Texte intégral
Vers le Congrès
Les radicaux seront donc en Congrès les 4, 5 et 6 novembre prochains, au rendez-vous qu'ils ont donné au pays pour la création d'un grand parti radical moderne, indépendant, militant et puissant, le parti de la gauche radicale, réformiste et républicaine. Pour réussir le pari d'un Congrès fondateur du radicalisme nouveau, nous avons assigné quatre objectifs à ce grand rassemblement.
Rénover pour répondre à une attente sociale nouvelle. Dans une société menacée par la désagrégation, par l'émiettement et la disparition du citoyen, les partis traditionnels ont perdu leur capacité d'écoute et privilégient leurs problèmes internes plutôt que la lourde rumeur sociale. Par l'adoption d'un Manifeste Radical clair, offensif et prospectif, les radicaux devront démontrer l'actualité de leurs valeurs et prouver leur capacité de réponse à une demande politique totalement renouvelée. Ils devront aussi adapter leur organisation, leurs pratiques, leur nom même, à ce besoin – qu'exprime la société – d'une politique rénovée.
Rassembler pour gagner ; ce sera le deuxième objectif du Congrès. Le Mouvement des Radicaux de Gauche a su, lors des européennes, s'ouvrir à de nombreux non-radicaux qui ont découvert, à cette occasion, qu'ils étaient proches du radicalisme. Cette attitude de tolérance a convaincu les électeurs de placer sur Énergie Radicale leurs espérances d'une victoire de la gauche. La préparation de l'élection présidentielle et des municipales soulève des questions similaires. Avant toute négociation, les radicaux ont à consolider et à amplifier leur succès électoral de juin en ouvrant leur parti à de nouveaux partenaires et en s'adressant aux Français pour obtenir d'eux la constitution d'un grand mouvement populaire, celui de la gauche radicale. Rien ne sera possible sans l'émergence de ce pôle.
Dire pour ne pas subir, tel sera le troisième objectif. Nous aurons à réaffirmer notre ligne d'indépendance à gauche en soulignant qu'indépendance ne signifie pas isolement. Nous sommes conscients des nécessités d'alliance que portent les prochaines échéances électorales. Mais les radicaux n'ont pas l'intention d'attendre les notifications de leurs alliés ou celles de tel ou tel candidat. Ils diront, lors de leur Congrès, leurs options stratégiques pour les élections, et ils énonceront les conditions politiques auxquelles ils entendent subordonner leurs alliances. Rien ne se fera à gauche sans la gauche radicale. On pourra compter avec les radicaux si on est décidé à compter avec eux.
Espérer et ne pas renoncer ; ce devrait être le message final du Congrès. Nous voyons trop de responsables de gauche qui se préparent à perdre et qui ont déjà fait l'impasse sur l'élection présidentielle pourtant tellement déterminante. Sous ses airs bonhommes et courtois, l'actuel gouvernement de la France est peut-être le plus conservateur que la Ve République ait connu. La démobilisation de la gauche peut placer tous les leviers entre les mains de la droite pour une période très longue. Certains s'y sont déjà résignés. Pas nous. Le besoin qu'ont les Français d'une grande politique de solidarité et de liberté donne des chances à notre projet. Les divisions de la droite nous servent. Il faut relever le défi ; le Congrès des radicaux sera le lieu et le moment de l'optimisme de la gauche : nous allons gagner.
Nous avons une volonté : retrouver, le 6 novembre, l'esprit de 1901, celui de la création d'un grand parti radical utile à la France en ce qu'il porte l'exigence républicaine. Et nos concitoyens sauront, parce qu'ils le verront, que le radicalisme est le meilleur de la politique, le sel de la République.
Reportage
L'université d'été des radicaux
Un nouveau parti pour un nouveau défi
L'université d'été du Mouvement des Radicaux de Gauche s'est tenue du 7 au 11 septembre à Ramatuelle. Au centre des débats, la création d'un nouveau parti radical moderne et rassembleur et la préparation de l'élection présidentielle.
Double innovation pour la cuvée 1994 de l'université d'été des radicaux de gauche. Pour la première fois, elle était organisée par le MRG et le MJRG. En outre, cette VIIIe édition de ce rendez-vous de rentrée s'est déroulée sur cinq jours et non sur trois comme l'habitude en avait été prise. Cette durée inhabituelle a permis de multiplier les ateliers de formation et les forums pour les nombreux participants qui avaient fait le déplacement.
Mais l'attention des journalistes et des observateurs se portait avant tout sur les deux moments forts de cette université d'été. La réunion du comité directeur du MRG, qui avait lieu le samedi matin et la matinée politique du dimanche. C'est lors de ces rendez-vous que l'on devait aborder la préparation du congrès extraordinaire du MRG et celle des présidentielles.
Le comité directeur a permis aux radicaux de se fixer des objectifs et un calendrier de travail pour les semaines et mois à venir. Le congrès extraordinaire du Mouvement aura bien lieu les 4, 5 et 6 novembre prochains, en banlieue parisienne – le choix exact du lieu étant soumis à la délibération du bureau national.
Dans la perspective de ce congrès, les radicaux devront fournir des efforts d'organisation, de formation et d'encadrement, de réflexion et de communication, dans le but de transformer le succès électoral des Européennes en un acquis durable pour le Mouvement. Jean-François Hory (voir pages suivantes) a proposé un ambitieux programme de travail, intitulé. Un nouveau parti pour un nouveau défi, avec pour objectif d'ancrer durablement le radicalisme dans la vie politique nationale et locale.
Le congrès extraordinaire procédera à l'adoption du Manifeste Radical, réformera les statuts et l'organisation du Mouvement, changera son appellation. C'est un véritable changement, et non un simple ravalement de la façade qui devra s'effectuer. Le congrès devra "produire une nouveauté", résume le président du MRG. Nouvelles formes d'organisation (comités et cercles privilégiés au niveau local ; structure nationale ressemblant plus à "une molécule qu'à une pyramide", où l'influence et les réseaux auront remplacé la hiérarchie ; définition d'un véritable statut de sympathisant…), nouvelles formes d'action politique, programme innovant et moderne démontrant l'actualité et la pertinence des valeurs radicales, telles sont quelques-unes des pistes qui orienteront les travaux des radicaux dans les semaines qui viennent.
Un effort particulier sera fait, dès le lendemain du congrès, pour la préparation des prochaines élections municipales et la construction des comités radicaux solides et implantés. La campagne nationale d'adhésions sera lancée mi-novembre. Jean-François Hory a par ailleurs demandé à toutes les fédérations et à tous les comités de désigner, dans toutes les villes de plus de 3 500 habitants, le premier des radicaux qui sera chargé de constituer une liste radicale ou de mener les discussions avec les partenaires des radicaux en vue de la constitution d'une liste d'union. Les premiers des radicaux devront être désignés par les comités avant la fin octobre pour pouvoir être présentés lors du congrès. En outre, un groupe de travail s'est constitué pour préparer les éléments indispensables à l'animation des comités radicaux et à la formation des candidats aux municipales. Guides de formation, séminaires décentralisés, ateliers viendront donc aider, dès l'automne, ceux qui développeront des comités ou prépareront les campagnes municipales.
L'autre sujet important des discussions des radicaux était celui de la préparation de l'élection présidentielle. La matinée politique du dimanche, dont le thème était "la gauche peut-elle gagner en 1995 ?", a permis à de nombreux orateurs d'affirmer que "la gauche était en mesure de l'emporter". Cet avis, exprimé notamment par Noël Mamère, Émile Zuccarelli, Bernard Tapie et Jean-François Hory, était unanimement partagé. Mais tous ont également affirmé le "rôle capital" que pourront avoir les radicaux dans cette victoire. Jean-François Hory a d'ailleurs fixé à cette occasion le cahier des charges politique qui doit être rempli pour qu'un candidat de gauche non radical ait le soutien des radicaux ou pour que les forces de gauche présentent un candidat commun dès le premier tour. Conditions qu'il résumerait ainsi : "On pourra compter sur les radicaux à condition que l'on soit déterminé à compter sur eux". Si ces conditions ne sont pas remplies, les radicaux auront au service de leurs idées un candidat, ce qui serait une manière, selon Bernard Tapie, de répondre à l'incroyable attente exprimée lors du vote aux Élections Européennes. En tout état de cause, une Convention Nationale se réunira au mois de février 1995, pour décider de l'attitude qu'adopteront les radicaux. Deux attitudes d'ici là : les radicaux ne sont pas prêts à sacrifier leur indépendance si chèrement et difficilement retrouvée, en retombant dans une nouvelle vassalité ; le seul objectif qui déterminera leur conduite pour la présidentielle est celui d'installer à l'Élysée, en 1995, un successeur de gauche à François Mitterrand.
S. R.
Reportage
Jean-François Hory : "à demain la gauche"
Lors de la matinée politique de l'Université d'Été, Jean-François Hory a tracé le programme d'action de la gauche pour les six prochains mois.
Mesdames, Messieurs, Chers amis,
Merci à vous tous d'avoir répondu à notre invitation, merci à tous ceux qui ont animé ces cinq journées de réflexion, merci à nos amis dont la présence a démontré le besoin que nous avons tous de dialogue et de rassemblement.
Mes félicitations et mes remerciements également à toute l'équipe d'organisation du MRG et des jeunes radicaux qui ont su allier le travail à cette atmosphère particulière de liberté, de tolérance et même de fête sans laquelle le radicalisme ne serait pas lui-même. Des félicitations encore à notre fédération du Var dont chacun sait qu'elle m'est particulièrement chère.
Vous nous avez posé une question lourde et forte sur l'avenir de la gauche mais avant d'y venir, je voudrais rappeler pour ceux qui n'assistaient pas à notre Comité Directeur d'hier quelles dispositions le MRG a arrêtées pour répondre à votre question dans les meilleures conditions.
Les élections européennes nous ont permis d'enregistrer un formidable succès d'étape et je veux remercier, une fois de plus, Bernard Tapie pour la part décisive qu'il y a prise.
Ce résultat a révélé les changements quantitatifs, géographiques sociologiques, les changements de rythme et d'image aussi dont bénéficient le MRG et, plus largement, le radicalisme.
Il a dévoilé également, par contraste, les insuffisances d'organisation, d'encadrement, d'implantation militante, de réflexion programmatique et de communication auxquelles nous devons remédier très vite si nous voulons consolider un résultat friable et avancer vers les autres succès dont nous avons l'ambition.
C'est pourquoi j'ai proposé au MRG d'adopter un important programme d'action pour les six prochains mois avec un mot d'ordre : un nouveau parti pour un nouveau défi. Ce programme comporte quatre étapes.
Première étape : par une mobilisation – que je veux sans précédent – des radicaux et par la multiplication des contrats d'association avec nos alliés, nous allons avancer à marche forcée vers notre Congrès Extraordinaire des 4, 5 et 6 novembre.
Le Congrès devra approuver le Manifeste Radical (qu'est-ce que le radicalisme aujourd'hui ?), réaffirmer la ligne politique d'indépendance à gauche, arrêter les stratégies électorales pour les présidentielles et les municipales sûrement, pour les législatives éventuellement. Je reviendrai sur ce point. Il devra surtout réformer les statuts, l'organisation et même l'appellation de notre Mouvement pour en faire une véritable organisation moderne, décentralisée, ouverte et tolérante. Il faut rompre avec la pratique des appareils politiques classiques qui n'offrent plus aucune ressemblance avec la vraie vie. Restituer le pouvoir à la base, valoriser l'échelon régional et la dimension européenne, s'ouvrir vers les activités sociales, culturelles ou économiques, privilégier la communication horizontale et interactive gage de la démocratie participative, admettre à tous les niveaux du pouvoir interne les nouveaux au même titre que les anciens, reconnaître la richesse de la différence en inventant le statut du sympathisant, celui de l'apparenté, celui de l'organisation associée. Bref, nos partis sont nés dans la fin du XIXe siècle, il est temps de les préparer au XXIe. Et je lance un appel à tous ceux qui croient en la gauche de l'individu solidaire : radicaux, écologistes, démocrates, socialistes en mouvement, républicains de tous horizons, féministes, personnalités associatives ou syndicales, à tous je dis votre place est là, ce nouveau parti sera le vôtre.
Notre Congrès choisira enfin une nouvelle direction puisque je lui remettrai mon mandat comme il est normal. Après une aussi rapide évolution et avant des échéances d'une telle importance, la légitimité politique du Président et de la direction ne peut procéder que d'un nouveau Congrès.
Deuxième étape : immédiatement après le Congrès, du 7 novembre au 20 décembre, nous mènerons cinq grandes campagnes nationales.
Une campagne nationale d'adhésions sur ces bases renouvelées.
Une campagne sur l'emploi autour de la proposition de Bernard Tapie contre le chômage des jeunes.
Une campagne sur la politique de la ville, des banlieues, et contre l'exclusion, campagne prolongée au plan européen.
Une campagne d'inscription des jeunes sur les listes électorales.
Enfin, une campagne plus interne de pédagogie des statuts de la nouvelle organisation et de mise en place des responsables locaux du Mouvement.
La troisième étape sera celle des rassemblements régionaux. Du 5 janvier au 15 février, nous organiserons dans toutes les régions de France des réunions militantes – celles de tous les radicaux, anciens et nouveaux, actuels et virtuels – couplées avec des journées de travail et d'information sur tous les grands thèmes du Manifeste Radical : aménagement du territoire, fiscalité, entreprise et citoyenneté, école et décentralisation, agriculture européenne, place du service public, parité hommes-femmes, emploi de l'an 2000, etc.
Ces rassemblements devront aussi nous préparer à notre quatrième étape, la Convention Nationale qui se tiendra à la fin du mois de février et qui aura trois responsabilités :
1) Établir le bilan des premiers mois du nouveau parti.
2) Dire le nom de celui ou de celle- qui portera, représentera ou acceptera les projets, les idées, et les espérances des radicaux lors de l'élection présidentielle.
3) Lancer la campagne pour cette élection et quelles que soient les formes de la participation radicale.
Voici donc notre programme d'action au service d'une grande ambition : recréer un grand parti radical, républicain réformiste, qui donnera toutes ses chances à la gauche.
Ce qui m'amène à la question des organisateurs à laquelle je suis tenté de répondre de façon simple :
Oui la gauche peut gagner en 1995.
Non la gauche ne peut pas l'emporter sans les radicaux.
La gauche peut gagner grâce à ses valeurs, grâce à la droite et… malgré la gauche. Plus que jamais nos valeurs d'humanisme, de justice, de solidarité, de laïcité sont utiles, indispensables, à la France et au monde qui est le nôtre.
Guerres ethniques et religieuses en Europe même, en Afrique, risques d'explosion de l'ancien bloc communiste, peuples haïtien ou cubain doublement pris en otages par des dictatures et par l'égoïsme des nantis, libertés étouffées en Algérie et dans tous les pays que menace l'intégrisme. Dans tous ces conflits, seul l'universalisme sous-tendu par les valeurs de la gauche permettra de trouver des solutions que notre cynisme vaguement corrigé d'intentions humanitaires paralyse aujourd'hui. Quant à notre pays, ce sont des dangers plus sournois qui le guettent. Mais nous devons veiller à ce que le combat mené par M. Pasqua contre les libertés et la fraternité s'arrête dès le mois de mai prochain. Il nous faut renvoyer M. Méhaignerie et sa curieuse conception de la justice : une loi pour tous et une autre pour les copains. Il faut chasser les agresseurs de la laïcité qui ne rêvent que d'en découdre avec la République. Enfin et surtout dire au pays que, sous ses airs patelins, M. Balladur est occupé à creuser les inégalités sociales et dirige le gouvernement le plus authentiquement réactionnaire que la France ait connu depuis le début de la Ve République. Voilà ce que nous devons dire pour montrer aux Français que notre pays a besoin des valeurs de la gauche. La droite peut nous y aider et, de fait, elle nous aide. Heureusement pour nous par ses divisions. Malheureusement pour la France par ses échecs.
Car M. Balladur est en échec total, ce que personne ou presque ne dit. M. Balladur qui devait "rétablir la confiance" ne mérite plus guère que celle de M. Sarkozy. Échec économique : la reprise est partout dans les économies occidentales, générale, puissante, et, pour la France, M. Balladur la guette comme Sœur Anne et, comme Sœur Anne, ne voit rien venir. Échec budgétaire : le fameux gestionnaire a consolidé les déficits publics et porté la dette de l'État à un niveau jamais atteint dans le même temps qu'il bradait le patrimoine public à ses actionnaires chéris pour gager ses dépenses de fonctionnement. Beau résultat. Échec social plus grave encore : malgré les cadeaux faits au patronat financier, malgré les incantations sur le bout du tunnel, malgré une présentation optique d'un chômage stabilisé (à des niveaux record cependant), malgré tout, la durée moyenne du chômage augmente et la part relative de celui des jeunes est chaque jour plus forte.
C'est bien l'échec sur toute la ligne et cependant M. Balladur a trouvé une parade ratifiée – pour combien de temps ? – par les sondages : il ne fait rien. Rien d'autre que préparer les élections présidentielles. Il a raison, d'ailleurs, car tout lui réussit dès lors qu'il n'entreprend rien. S'il veut faire quelque chose (rappelons-nous les marins-pêcheurs, l'abrogation de la loi Falloux, le CIP) ça se passe généralement mal. Tout récemment il a même essayé, subrepticement, de se faire passer pour le Président de la République. Résultat ? Il s'est fait taper sur les doigts… Alors, il ne fait rien, imité en cela par l'ensemble de son gouvernement à l'exception de l'omnipotent M. Pasqua (Police et Justice, Intérieur et Extérieur) et du boulimique M. Sarkozy (Budget, Propagande, Communication, plus l'écurie présidentielle).
Les autres ont disparu et je suis tout près de lancer un avis de recherches : que sont devenus messieurs Giraud, Alphandéry, Roussin, Bosson, sans parler de madame Michaux-Chevry ? Sont-ils toujours au gouvernement ? Que font-ils ? Rien, sauf peut- être hésiter entre M. Balladur et M. Chirac.
Car voilà la grande question du moment. Serons-nous dirigés par la droite orléaniste ou par la droite bonapartiste ?
Et voilà bien aussi un des meilleurs atouts de la gauche pour 1995. Le pays se réveillera de l'anesthésie Balladur notamment parce que l'homme-orchestre de la place Beauvau joue un peu fort… et quand il se réveillera, il découvrira outre le visage connu de M. Giscard d'Estaing, le nouveau "look" de M. Chirac. M. Chirac réfléchit ; il en est même au premier tome de ses réflexions. Et en réfléchissant, M. Chirac s'est aperçu que M. Balladur l'avait trahi, d'une trahison qui lui a révélé tout à coup le déficit social dont souffre notre pays. Voilà M. Chirac devenu social, réfléchi et trahi. Ce n'est pas M. Chirac qui ferait des choses pareilles à ses amis. En 1974, il a fait battre M. Chaban-Delmas par M. Giscard d'Estaing. En 1981, il a fait battre M. Giscard d'Estaing par François Mitterrand. C'est une seconde nature : en 1988, il a même fait battre Jacques Chirac par François Mitterrand ; c'est plus fort que lui. Il a 20 ans d'expérience, faisons lui confiance encore pour cette fois. C'est vraiment le plus fort pour faire perdre la droite.
Et je pense qu'il va y parvenir… malgré la gauche. Il n'y a rien à dire encore de la lenteur géologique avec laquelle le parti communiste sort de sa phase de glaciation antérieure. Attendons. Pas grand-chose à dire non plus de la passion que les écologistes entretiennent pour leurs divisions 3 % aux européennes et déjà 3 candidats aux présidentielles ; on doit pouvoir sans doute faire encore mieux. Un mot, en revanche, sur la singulière évolution du parti socialiste. Qu'on ne s'y méprenne pas : les socialistes sont depuis longtemps les partenaires et les alliés des radicaux et nous sommes amis souvent, même si, actuellement, les relations nationales sont assez froides ce qui, au demeurant, constitue plutôt une amélioration.
Malgré l'amitié, malgré la proximité, j'ai un peu de peine à comprendre ce que veut le P.S. Il avait un candidat naturel ; il n'en a plus mais il pourrait en avoir un autre, avec des chances de gagner. Va-t-il l'aider, le soutenir ? Pas du tout. Lassé de son expérience de gouvernement du socialisme de la raison, le PS en appelle à la rupture et à toutes les vieilles lunes de sa mémoire. Hésitant entre le social-libéralisme gestionnaire et l'idéologie du grand soir, il entre dans la modernité à reculons et pour faire bon poids il s'invente une nouvelle interrogation, une grave question morale sur les engagements de François Mitterrand, question qui épouse curieusement les frontières des motions de congrès. La morale devient une affaire de courants.
Pour les radicaux, je rappelle notre position : confiance totale à François Mitterrand ; et je présente une suggestion : si on essayait, plutôt, de faire gagner la gauche ?
C'est possible, je l'ai dit. Il faut d'abord le vouloir et il faut aussi en respecter les conditions.
Et je répète que la gauche ne gagnera pas sans les radicaux. On pourra compter sur eux si on compte avec eux. Et il faudra bien compter avec eux car, dans tous les cas, nous ne serons pas absents de l'élection présidentielle. Nous serons présents quelle que soit la configuration dans laquelle nous inscrirons notre participation et je vois, à cet égard, trois grandes hypothèses dont je veux dire, pour chacune d'elles, les conditions politiques qui les autorisent selon nous. Je veux indiquer dès aujourd'hui pour que ce soit bien clair, le cahier des charges radicales pour gagner la présidentielle à gauche.
Prenons donc ces hypothèses dans l'ordre de probabilité croissante. Première figure : les organisations de la gauche radicale et de la gauche non radicale passent un accord pour désigner ensemble un candidat commun. Quelles sont, ici, les conditions des radicaux ? Il faut tout d'abord que tous soient décidés à gagner ; cela paraît banal mais j'en vois qui sont furieusement occupés à préparer cette élection pour la perdre. Pas nous. Ensuite, il y faut un programme minimal sérieux, crédible, moderne pour l'élaboration duquel j'ai fait des propositions à tous mes partenaires potentiels depuis le mois de juillet. Pas encore de réponse socialiste ; il paraît que ma demande n'était pas courtoise. Il y faudrait encore un véritable partenariat équilibré et des accords précis pour les municipales et pour d'éventuelles législatives. Sur quelles bases ? Eh bien tout simplement celles de la dernière photographie d'opinion dont nous disposions, celles du résultat des européennes. Si cette proposition est refusée, cela signifie que nos interlocuteurs nous imposent de nous compter à nouveau, par exemple au premier tour de la présidentielle… et ça, croyez-moi, il ne faudra pas me le dire deux fois.
Deuxième configuration plus conforme à la pratique de nos institutions, un candidat se déclare et il est susceptible de l'emporter. Il faut bien sûr qu'il ait les qualités requises ; il faut aussi qu'il ait la volonté. Dans ce cas, les radicaux seraient appelés, avec d'autres éventuellement, non plus à le désigner mais à le soutenir. À quelles conditions, là encore ? La première est toute simple : pour avoir le soutien des radicaux, il faudra le leur demander ; trop souvent, par le passé, nous sommes allés au soutien de ceux qui n'avaient même pas pris la peine de le solliciter. Pas cette fois. Si le dialogue se noue, il devra porter, là encore, sur le programme et peut-être plus largement sur la philosophie de l'action et nous serons particulièrement attentifs à la prise en compte de nos valeurs d'humanisme, de justice, de solidarité et de laïcité. La composition de la majorité présidentielle et sa représentation électorale devront, en outre, obéir aux règles d'équilibre que j'ai indiquées précédemment. Voilà pour la deuxième hypothèse.
La troisième figure est sans doute la plus simple. Pour porter leurs projets, leurs idées, les radicaux choisissent de demander à l'un des leurs de figurer directement dans cette élection, au premier tour. Au premier tour… au moins. Là encore, j'y vois deux conditions. La première est que ce choix devrait être efficace pour la gauche. Et quand je considère les résultats des européennes, je vois que nous avons su mobiliser des gens qui seraient sans doute déçus si nous ne leur fournissions pas une nouvelle occasion d'exprimer leur profond besoin de rénovation de la vie politique française. La deuxième condition ? Il faut avoir un candidat… et il se trouve que nous en avons un, et un bon. Je connais ses réticences, ses autres projets, ses scrupules devant une élection de cette taille, mais d'ores et déjà je lui dis que si, le moment venu, nous devions faire ce choix, il devrait vaincre toute hésitation pour se mettre à la disposition du parti, au service du projet de construction d'une gauche moderne, radicale, réformiste et républicaine. Une gauche pour faire gagner la gauche.
Voilà ce que je voulais dire en réponse à la question qui nous a été posée. À tous, radicaux, alliés, amis et observateurs je répète que rien ne sera possible sans les radicaux et que, pour la part de responsabilité qui me sera confiée dans la période qui s'ouvre, je ne permettrai pas qu'on l'oublie.
Aux radicaux je dis que je sais où valeur préférence. Je les comprends et j'ai la même préférence. Mais nous devons, dans tous les cas faire passer l'intérêt de la gauche et celui du pays avant celui de notre parti. Il ne tient qu'à vous qu'ils coïncident. La place des radicaux dans cette élection et dans l'avenir politique de la France ne dépend que de votre volonté et de vos qualités. Vous avez les unes et vous avez l'autre. Alors, à demain la gauche !