Déclaration de M. Claude Evin, ministre de la solidarité, de la santé et de la protection sociale sur ses orientations en matière de lutte contre les maladies en liaison avec l'OMS, Paris le 21 novembre 1988.

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  • Claude Evin - Ministre de la solidarité, de la santé et de la protection sociale

Circonstance : Visite officielle du docteur H. Nakajima, directeur général de l'OMS à Paris le 21 novembre 1988

Texte intégral

La France est un des premiers États à accueillir officiellement le nouveau directeur général de l'Organisation Mondiale de la Santé, ceci a pour moi valeur de symbole pour trois raisons :

- des liens anciens et forts unissent personnellement le docteur Nakajima et mon pays. Cette longue tradition d'amitié s'est trouvée enrichie d'une collaboration efficace encore récemment, dans l'exercice de vos responsabilités de directeur régional à Manille et nous tenons, monsieur le directeur général, à vous en remercier très sincèrement ;
- au travers de l'honneur de votre nomination, c'est aussi votre pays que je voudrais saluer car la modernité et le dynamisme du japon seront autant d'atouts majeurs pour l'organisation dans la réalisation de la santé pour tous d'ici l'an 2000 ;
- en effet, dans ce temps de rigueur, l'utilisation de toutes les compétences, des échanges techniques et culturels plus forts devraient enrichir nos programmes. Facteur d'équilibre aussi, cette conjugaison d'efforts, assortie d'une gestion concertée de nos actions nous permettra de combler plus rapidement le fossé entre les nantis et les plus démunis.

Cet engagement commun se traduit en France, par des actions dont je ne donnerai que quelques exemples afin de ne pas alourdir mon propos :
- la récente mise en place du revenu minimum d'insertion, la consécration de plus de 500 millions de francs à des actions "précarité-pauvreté", le maintien du budget santé du ministère de la coopération sont autant de témoins de notre lutte contre les inégalités ;
- le renforcement de notre programme de vaccination pour une couverture vaccinale "rougeole, oreillons, rubéole", de meilleure qualité, notre participation à l'éradication de la poliomyélite témoigne de notre préoccupation commune de protéger la santé de nos enfants ;
- le lancement, par la France, du thème de réflexion "la santé des jeunes" dans le programme de travail de l'organisation répond à la nécessité de mieux prendre en compte les difficultés socio-sanitaires actuelles de nos adolescents ;
- notre savoir-faire dans la prévention des maladies cardio-vasculaires et du cancer qui ne sont plus hélas des pathologies dites de pays riches, nous permet de participer activement au niveau européen au programme Monica mais aussi d'apporter une aide aux pays qui le demandent en réalisant des formations au recueil, de données, en proposant des actions d'éducation pour la santé adaptée ou en veillant au transfert de techniques appropriées de prise en charge. L'illustration la plus récente de cet engagement est notre participation, dès 1989, pour près de 4 millions de francs au plan "santé caraïbes".

Cet effort ne nous fait pas négliger la lutte contre les maladies tropicales car il serait inexcusable de négliger ce volet en faveur d'autres activités d'autant qu'il est possible de développer des politiques rationnelles dont l'efficacité est depuis longtemps démontrée. L'exemple du paludisme est typique : la qualité des résultats est basée sur une bonne connaissance épidémiologique des cas cliniques, par l'organisation d'un programme de lutte anti vectorielle bien intégré à la communauté, par la formation d'équipes d'intervention et des agents locaux, (par des moyens de prévention simples et peu couteux, par l'accessibilité économique des antipaludéens, assorti d'une rationalisation des prescriptions.

Cette démarche s'applique aussi à la lutte contre l'onchocercose ou la bilharziose et reste pour nous prioritaire.

La qualité de ces programmes repose aussi sur la recherche et l'information. C'est pourquoi nous actualiserons le montant de notre financement. Au programme de recherche sur les maladies tropicales. Dans le domaine de l'information, notre intervention dans le domaine du médicament illustre bien mon propos.

Nous diffusons la liste des nouvelles autorisations françaises de mise sur le marché ainsi que les retraits et suspensions d'autorisations de mise sur le marché, des fiches de transparence, des communiqués de presse du ministère, ainsi que divers documents d'informations spécialisés. La périodicité des envois est de deux par an.

Dès la sortie des suppléments de la Xe édition de la pharmacopée française, la direction de la pharmacie et du médicament diffuse ces documents de référence, en plus des échanges habituels avec les états disposant de pharmacopées nationales, a un grand nombre de pays, notamment en Afrique francophone.

En vue de la diffusion des fiches de transparence et des recommandations relatives aux bonnes pratiques de fabrication et de production pharmaceutiques vers les pays non francophones. La traduction en langue anglaise de ces fiches est actuellement en cours.

Chaque année, en septembre, se déroulent les journées pharmaceutiques internationales de Paris. À cette occasion, il est réservé une demi-journée pour débattre avec les responsables des services pharmaceutiques d'Afrique francophone, des thèmes qu'ils ont choisis l'année précédente.

Voilà quelques éléments techniques qui montrent notre communauté d'objectif avec l'OMS, mais celle-ci ne se limite à ces seuls aspects pragmatiques, en effet, la cohésion de notre position pour le respect des libertés individuelles et l'adoption d'une résolution contre un dépistage obligatoire des sujets infectés par le VIH, sont le témoin de l'engagement mondial pour la protection des droits de l'homme, l'0MS reste la conscience sanitaire mondiale.

C'est pourquoi, l'ensemble des efforts que nous conduisons, soit dans le cadre d'une coopération bilatérale avec un pays, soit par l'intermédiaire de l'OMS, soit dans le cadre d'une coopération multilatérale bilatérale, s'accélère et se renforce à tous les niveaux.

Pour terminer, en voici quelques exemples :

Création en 1988 de trois centres collaborateurs sur :

- la prévention des accidents des personnes âgées ;
- la formation et la pédagogie médicales ;
- la classification des handicaps.

Engagements financiers augmentés et mieux coordonnés, le sida en est un exemple concret : augmentation de nos contributions extra- budgétaires, mise à disposition de personnels, dégagement d'experts d'équipes d'intervention.

Concrétisation de réflexions communes en accueillant en France, en 1989, 4 réunions internationales importantes :

- le comité régional européen qui réunit 32 États membres et qui tiendra sa 39e session en septembre à Paris ;
- la réunion des autorités de réglementation des médicaments avec pour objectif la poursuite du dialogue nord-sud pour la commercialisation et la distribution de médicaments essentiels ;
- l'accueil à Marseille de la conférence annuelle sur le sida en Afrique, qui est l'illustration d'une coopération sud-sud passionnant et très utile.

Enfin, la première conférence internationale sur les implications du sida pour la mère et pour l'enfant se tiendra à paris, en novembre 1989.