Article de M. Pierre Zarka, membre du secrétariat du comité national du PCF, dans "L'Humanité" du 21 août 1998, sur la récente modification par décret des aides à la presse écrite à faible capacité publicitaire et sur les conditions d'attribution du "fonds de modernisation de la presse".

Intervenant(s) :

  • Pierre Zarka - Membre du secrétariat du comité national du PCF

Circonstance : Décret gouvernemental modifiant celui de 1986 sur la pérennisation de l'aide aux quotidiens à faibles capacités publicitaires le 17 août 1998

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Texte intégral

« J’apprends à la lecture de « la Correspondance de la presse » de ce matin qu’un décret gouvernemental du 17 août modifie celui de 1986 pérennisant l’aide aux quotidiens à faibles capacités publicitaires, dont le financement est assuré par une taxe sur les ressources de la publicité télévisée. Cette taxe rapporte d’ailleurs trois fois plus que les sommes distribuées. Cette aide est à présent scindée en deux parties. L’une représente 85 % des sommes allouées, et correspond en fait à l’aide précédente, et l’autre partie (15 % de la somme budgétée) devrait permettre à certains titres qui ne satisfont pas aux critères de l’aide - en particulier par un prix trop bas - d’être à présent éligibles.

Je suis surpris de la méthode et m’interroge sur l’efficacité de la mesure. Le fonds d’aide avait été porté dans le budget 1998 à 19 millions de francs sans qu’il soit précisé au moment de la discussion budgétaire que les règles du jeu seraient modifiées. Nous avions d’ailleurs réagi positivement en prenant acte de cette augmentation de 20 %, tout en rappelant que, il y a plus de trois ans, le ministre d’alors s’était engagé à doubler ce fonds d’aide. Ce décret du mois d’août, qui s’appliquerait à l’aide 1998, aboutira de fait à annuler l’augmentation votée par le Parlement. S’il s’agit - comme le suggère le commentaire, mais rien dans le texte du décret ne le précise - d’aider des journaux à prix très bas, en direction de la jeunesse, à bénéficier de tarifs postaux préférentiels, on pourrait trouver des dispositions beaucoup plus simples et plus efficaces : les propositions des organisations professionnelles ne manquent pas.

Enfin, cette décision m’inquiète d’autant plus que j’attends, avec mes confrères de la presse quotidienne d’information politique et générale, la publication d’un autre décret qui vise à préciser les conditions d’attribution du « fonds de modernisation de la presse » créé cette année et financé par la taxe de 1 % sur le « hors-média ». S’agira-t-il d’un saupoudrage ne pouvant que conforter les inégalités entre les titres ? Ou prendra-t-on réellement en compte les besoins des journaux qui, pour se développer, n’ont que le soutien de leurs lecteurs et dont l’existence est aujourd’hui gravement compromise. Chacun sait que c’est le cas de « L’Humanité ». Le développement de la démocratie passe par le développement du pluralisme de la presse.

Je suis naturellement prêt, ainsi que les représentants de « L’Humanité » dans les organisations professionnelles, à participer à toute rencontre ou table ronde qui aboutirait à des mesures concrètes. »