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Ils ont de quoi payer des pots-de-vin… et ne pourraient pas augmenter les salaires ?
C'est le grand patronat qu'il faut mettre "en examen"
Un troisième ministre du gouvernement a été "mis en examen"pour une affaire de fraude financière. Il faut dire qu'on a modifié la loi à temps, et que "mis en examen" fait quand même mieux que dire "inculpé" comme on disait précédemment.
Certains d'entre eux, comme le maire de Grenoble, auraient perçu des avantages personnels pour avoir favorisé une entreprise de distribution d'eau plutôt qu'une autre. Après cela, les consommateurs pourront toujours se plaindre de payer l'eau trop cher. C'est peut-être de l'eau potable, mais ce n'est pas de l'eau propre.
On a vu aussi des grands patrons mis en examen pour des raisons semblables. La colère des grévistes d'Alsthom qui réclament d'être un peu mieux payés vient, bien sûr, des bénéfices arrogants affichés par leur entreprise, mais aussi du fait que certains de leurs patrons ont maille à partir avec la justice.
Dans un bon nombre de cas, l'argent du patronat aurait servi illégalement à financer des campagnes électorales.
Aujourd'hui d'ailleurs, la loi permet de le faire légalement. Les entreprises privées ou même peut-être publiques peuvent financer les partis de leur choix. Et ce n'est pas rien quand le plafond des dépenses officiellement autorisées pour le premier tour des élections présidentielles est de 128,4 millions de francs. Près de 13 milliards de centimes ! Et les candidats des grands partis trouvent le moyen de dépenser plus, c'est-à-dire qu'ils trouvent des patrons pour leur fournir cet argent. Des patrons qui prétendent que le SMIC est bien suffisant pour leurs travailleurs ou qu'une augmentation de 200 ou 300 F par mois, quand ils en donnent une, devrait largement suffire.
Et ce n'est que la partie visible de l'iceberg, car il y a bien d'autres moyens de soutenir un candidat, sans encourir les foudres de la loi. Un annonceur peut parfaitement, s'il n'écrit rien, promettre un peu plus ou un peu moins de publicité à une chaîne de télévision, en fonction du temps que celle-ci consacrera, ou pas, à tel ou tel candidat. Tout cela a son cours à la Bourse des interventions des gros annonceurs en faveur de leurs poulains politiques.
Il va sans dire, mais cela va encore mieux en le disant, que la candidate de Lutte Ouvrière ne touche aucune subvention du patronat et qu'elle n'est pas cotée à la Bourse des valeurs en question. Car en dehors des dépenses prises en charge par l'État, elle ne disposera que de l'argent collecté auprès des travailleurs.
Cela dit, tous ces scandales à répétition sont choquants, en cette période de misère et d'incertitude pour les travailleurs. Mais ce qui est encore plus choquant, le scandale des scandales, c'est que quelques centaines de grands patrons puissent acheter des hommes politiques comme on achète un paquet de cigarettes et influer plus sur la vie politique que des millions d'électeurs. Les mêmes disposent, dans le secret de conseils d'administration, du sort, de la vie, de l'avenir de centaines de milliers de travailleurs et de leur famille.
La crise, c'est eux. Le chômage, c'est encore eux. Les diminutions des prestations sociales et des garanties contre la maladie, c'est à eux que cela va. Les hommes politiques, c'est eux qui les paient.
Il est grand temps que les travailleurs, les chômeurs, tous ceux qui souffrent de la crise, mettent le nez dans les comptabilités officielles ou occultes de tous ces gens-là, qu'on les rende publiques, ainsi que leurs comptes en banque et ceux de leurs prête-noms. Qu'on sache enfin quel est l'argent qui transite par ces hommes-là et à quoi il sert, qui ils paient et combien. C'est bien le diable si on n'y trouve pas de quoi fournir à ceux qui sont sans travail les moyens de produire tout ce qui manque à la collectivité : logements, écoles, hôpitaux, transports en commun, infrastructures sociales dans les quartiers populaires.
Il n'y a pas assez de juges pour tout cela, et il faudra bien le contrôle direct des travailleurs, et de toute la population, sur les finances du grand patronat !
25 novembre 1994
Lutte Ouvrière
Le bal des pourris
Le Parti Socialiste a tenu à faire son congrès à Liévin, cette ville du Pas-de-Calais où a eu lieu, il y a vingt ans, la dernière grande catastrophe minière, au cours de laquelle quarante-deux mineurs ont été tués et bien d'autres blessés d'un coup de grisou.
Il s'agissait, suivant les dirigeants socialistes, de renouer, dans ce lieu symbolique, avec les traditions ouvrières car, comme l'a dit en gros l'un d'eux à la presse, "le mot ouvrier paraît vieilli, mais pour nous socialistes la classe ouvrière existe toujours et nous lui sommes fidèles".
Les déclarations dans ce sens auraient paraît-il été nombreuses au congrès. Mais cela n'a pas empêché le même congrès de souhaiter à l'unanimité que Jacques Delors se présente à l'élection présidentielle et les y représente ; ce Jacques Delors, qui fut un collaborateur du RPR Jacques Chaban-Delmas, l'actuel maire de Bordeaux, pendant que ce dernier était Premier ministre de Pompidou.
Voilà l'homme du patronat que les dirigeants du Parti Socialiste ont trouvé pour représenter et défendre les travailleurs dans les circonstances actuelles.
Ils sont comme la chauve-souris de la fable, mais au lieu de dire : "je suis oiseau, voyez mes ailes" ou "je suis souris voyez mes poils", ils disent, selon leurs interlocuteurs, "nous sommes ouvriers, voyez notre Liévin", ou "nous sommes bourgeois, voyez notre Delors".
Et ils ont eu le culot de terminer leur congrès en chantant L'internationale, ce qui n'était pas arrivé à la plupart d'entre eux depuis de nombreuses années. D'ailleurs, la télévision n'a pas pu cacher que les hauts responsables du Parti, surtout les anciens ministres, ou bien n'ont pas voulu chanter, ou bien n'en connaissaient ni les paroles ni même l'air.
En tout cas, il est bien temps de faire une telle démagogie. Pourquoi ne se sont-ils pas souvenus que la classe ouvrière existait au moment où ils étaient au pouvoir ? Pourquoi ne chantaient-ils pas L'Internationale alors ?
Bien sûr, en la chantant, ils l'auraient déshonorée. Mais pourquoi chantent-ils aujourd'hui ce qui fut le chant de lutte et d'espoir de tous les travailleurs du monde, et le redeviendra sans doute, mais pas chanté par eux ?
En fait, il s'agit d'une vulgaire et basse démagogie vis-à-vis des travailleurs du pays, pour faire croire que s'ils revenaient au pouvoir les choses pourraient changer, et qu'ils feraient ce qu'ils n'ont pas fait pendant douze ans.
Mais ils savent bien que leur candidat, Jacques Delors, n'étant pas là, ne se sentirait absolument pas engagé, s'il se présentait à la Présidentielle, par le cirque de Liévin du Parti Socialiste.
En fait les dirigeants du PS se moquent éperdument que Delors reprenne ou pas tout cela dans sa campagne, qu'il promette un avenir meilleur aux travailleurs, ou encore et toujours des sacrifices supplémentaires. Ce qui les intéresse, c'est qu'un candidat, se présentant plus ou moins sous la bannière socialiste, soit élu et distribue des postes de ministre ou de sous-ministre, des places d'attaché de ceci ou de secrétaire de cela, des sinécures, du haut en bas de l'échelle.
Et s'ils revenaient au pouvoir, ils oublieraient de nouveau bien vite et les paroles et la musique de L'Internationale.
La seule musique qu'ils entendent, c'est celle de l'argent qui n'a peut-être pas d'odeur, mais qui a quand même un bruit caractéristique pour leur oreille, qui est fine même si elle n'est pas musicale. Et ce qui les intéresse, c'est seulement de résorber le chômage qui les a frappés, eux, aux dernières élections.
Oui, les travailleurs existent, comme les chômeurs. Oui, la classe ouvrière existe toujours. Les travailleurs de l'Alsthom en grève illimitée ces jours-ci, à Belfort et ailleurs, font bien de le rappeler. Et les travailleurs de tout le pays, ceux du secteur privé comme ceux du secteur public qui étaient appelés à des débrayages mercredi 23 novembre, feraient bien de le rappeler tous ensemble aux patrons et aux gouvernants, par le même moyen que celui choisi par les travailleurs de l'Alsthom : par la lutte, par la grève, par les manifestations dans la rue qui sont leurs armes de classe, celles de la classe ouvrière justement.
Et si tous les travailleurs s'y mettaient, ils auraient largement les moyens de mettre dehors toutes les ordures, celles qui se prétendent de gauche comme celles qui s'affichent de droite. C'est ce jour-là qu'il faudra chanter L'Internationale, sans en oublier les paroles : "Il n'est pas de sauveur suprême, producteurs sauvons-nous nous-mêmes" !