Texte intégral
Madame et Messieurs les Présidents, Mesdames, Messieurs,
Je voudrais tout d'abord remercier Monsieur le Président de la République du Honduras qui a pris l'initiative, avec les autres Présidents des États de l'isthme centraméricain, de convier les représentants de la communauté internationale à cette Conférence sur la paix et le développement.
Je viens aussi à vous exprimer à nouveau ma gratitude pour l'accueil chaleureux que ce pays m'avait déjà réservé lors de ma dernière visite en mars 1994, ainsi que pour tous les témoignages d'amitié reçus au Salvador en décembre 1993 et au Guatemala en février 1994.
En raison des liens historiques qui unissent la France, dans la grande tradition des principes qui guident son action depuis 1789, aux pays d'Amérique centrale dans leur combat historique d'émancipation, je suis heureuse de représenter le gouvernement français et de participer à cette nouvelle forme de dialogue qui associe, pour la première fois, les hautes autorités des États de la région et les représentants de la société civile centraméricaine, en faveur de la consolidation de la paix et du "développement intégral" dans cette partie du continent américain.
Nous nous félicitons des progrès constants qui, cette année encore, sept ans après les Accords d'Esquipulas de 1987, permettent à la région de connaître des relations satisfaisantes entre les États et à l'intérieur des États.
J'aurai le plaisir de me rendre dès ce soir au Nicaragua, où la paix a été rétablie grâce aux élections pluralistes de 1990 et où l'on assiste actuellement à la reprise du dialogue politique en vue des élections générales de 1996. Au Salvador, le processus de pacification est pratiquement achevé à la faveur du bon déroulement des initiatives adoptées lors des accords de Chapultepec de janvier 1992 et à celle de la présence de Ponusal. Je note avec satisfaction qu'au Guatemala les pourparlers de paix ont repris à la suite de la signature d'un accord-cadre en janvier 1994 entre le gouvernement et l'Union révolutionnaire nationale guatémaltèque et de trois autres accords traitant des Droits de l'Homme, de la réinstallation des populations déracinées, et de la Commission d'enquête chargée de faire la lumière sur les violations commises pendant la guerre civile.
L'apaisement des conflits a ainsi permis à vos pays de renouer avec la croissance et, justement, de poursuivre l'intégration économique régionale, ce dont nous nous réjouissons. Sur le plan de l'intégration, l'Amérique centrale a une expérience ancienne, qui avait connu un coup d'arrêt en raison des crises. Depuis 1990, l'intégration entre les pays centraméricains connaît une relance sur des bases renouvelées. Le Système d'Intégration centraméricaine, créé lors du Sommet présidentiel de Tegucigalpa en 1991, a été installé en février 1993 en son siège de San Salvador. Par ailleurs, en 1992, le Guatemala, le Honduras et le Salvador ont fondé un espace intégré dans lequel l'union financière et économique est renforcée le "Triangle Nord". Enfin, en avril 1993, le Nicaragua a adhéré au Triangle Nord qui s'est transformé en groupe centraméricain. Il est le véritable moteur de l'intégration régionale.
La situation économique et sociale reste fragile, chacun en a bien conscience, mais la France et la communauté internationale se félicitent de l'initiative des Présidents centraméricains qui souhaitent passer à une nouvelle phase de leur histoire en donnant dorénavant la priorité au développement économique et à l'accélération des processus d'intégration régionale afin de garantir la paix. La France et l'Union européenne approuvent les termes de "l'Alliance pour le développement durable" qui prennent en compte toutes les composantes de la société civile, les exigences de la défense de l'environnement, dans un esprit de justice, de solidarité et de sauvegarde du patrimoine naturel et humain.
L'Europe et la France, conscientes des enjeux auxquels vous êtes actuellement confrontés, poursuivront leur aide et leur coopération, aussi bien à titre bilatéral que dans le cadre du dialogue de San José. Au cours de la Xe Conférence de San José qui s'est tenue à Athènes cette année, les pays membres de l'Union européenne ont fait des problèmes économiques et de l'intégration régionale les priorités de la coopération future entre les deux régions. La XIe Conférence de San José, qui se tiendra alors que la France exercera la présidence de l'Union européenne, abordera à nouveau ces thèmes. Ils s'intègrent parfaitement dans le propos recherché par la Conférence de la paix et du développement : consolider la démocratie tout en renforçant le développement économique. Les deux notions sont indissociables. C'est leur mise en œuvre conjuguée qui doit permettre aux populations, durement touchées par de longs conflits, de progresser dans la paix et le respect des Droits de l'Homme pour le bien de tous.
La présence de la France comme membre associé de l'Association des États de la Caraïbe qui vient d'être, il y a trois mois, portée sur les fonts baptismaux, témoigne également de notre volonté de participer à la consolidation et au renforcement des principes de démocratie et d'État de droit dans cette partie du monde.
Oserai-je vous confier, Madame et Messieurs les Présidents, Mesdames, Messieurs, que j'éprouve, dans ma mission ministérielle, un intérêt tout particulier pour cette région géographique qui est la vôtre et un peu la mienne. Originaire de ce qu'on appelle du beau nom de "Département français d'Amérique", je vous rends un peu aujourd'hui une visite de voisinage.
Et puis je garde de mes contacts avec l'ensemble des autorités des pays de la région que j'ai visités, l'impression que nous nourrissons les mêmes espoirs et les mêmes préoccupations.
Femme, mère, grand-mère, j'ai fait de la protection de l'enfance une de mes priorités absolues. C'est une question difficile, multiforme et vous le savez bien. Je crois cependant que l'on peut avancer utilement dans trois directions :
1. En apportant une assistance aux enfants que le destin a jetés à la rue, proies faciles pour toutes les perditions.
2. En suscitant des instruments juridiques nouveaux qui aideront, dans le monde entier, à une meilleure prise en compte de la protection de l'enfance en détresse. Dans cinq jours, un groupe de travail, créé par la Commission les Droits de l'Homme des Nations unies, étudiera à Genève les moyens les plus efficaces de protéger les enfants dans les conflits armés. Dans quelques semaines, un groupe de réflexion, pour lequel je me suis beaucoup battue, s'occupera du douloureux problème de la vente d'enfants et des trafics liés à la prostitution et à la pornographie impliquant des enfants.
3. Enfin, 3e axe de mon travail en direction de l'enfance, une réflexion autour du thème des enfants au travail. Nous devons tous nous mobiliser pour que cessent les formes les plus scandaleuses d'exploitation et pour offrir une éducation aux générations futures. Vous savez, je garde un souvenir très fort d'une scène à laquelle j'ai assisté à l'occasion de ma récente visite au Guatémala. C'était un dimanche dans un camp qui accueille, dans la province de I'ixcan, les personnes qui rentrent dans leur pays à la suite des accords de paix que j'évoquais tout à l'heure. Sur la terre battue d'une salle de classe, un garçon d'une dizaine d'années faisait ses devoirs d'espagnol. Comme je l'interrogeais, il m'a confié qu'il était content de travailler, même un dimanche, parce que, de cette façon, il occuperait une place dans la société de demain !
Comme j'aurais voulu que tous les petits Français, tous les petits Européens aient pu le voir, aient pu l'entendre ! Quel bel emblème, quel beau message d'espoir pour toute l'Amérique Centrale, Panama et Belize.
Mais l'éducation, quel que soit le continent ou le pays, ne doit pas s'entendre simplement comme l'apprentissage de la littérature, des mathématiques ou des langues étrangères. Elle doit aussi inculquer la tolérance et le respect de l'autre. C'est pour cela que j'ai choisi de m'occuper activement d'éducation aux Droits de l'Homme. La France a soutenu au cours des dernières années, plusieurs projets de ce type en Amérique Centrale, qui visaient à faire partager le message des Droits de l'Homme à des publics scolaires ou non scolaires.
Je suis d'ailleurs très heureuse de vous annoncer que j'ai décidé de verser une contribution exceptionnelle au Centre d'études et de formation judiciaires pour l'Amérique Centrale dont le siège est, comme vous le savez, à San José de Costa Rica.
La qualité de la justice, c'est à dire en premier lieu la qualité de la formation des magistrats, c'est là une avocate qui vous le dit, constitue certainement un pilier essentiel de la démocratie.
Dix-huit mois déjà d'exercice de mon mandat ministériel ont achevé de me convaincre que l'émergence de crises graves dans le domaine de l'humanitaire avait pour origine, le plus souvent, une méconnaissance insupportable des droits élémentaires de la personne humaine. Le drame rwandais nous l'a, il y a quelques mois, rappelé avec une terrible force.
Madame et Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,
Vous l'avez compris, ce qui m'intéresse c'est l'avenir. Avenir des enfants mais aussi avenir de la démocratie et progrès économique. Et ce qui me fait plaisir c'est d'éprouver aujourd'hui le sentiment de me trouver parmi des bâtisseurs. Vous posez aujourd'hui des fondations et la communauté internationale en est le témoin. Soyez convaincus que la France des libertés et des Droits de l'Homme sera à vos côtés pour vous aider à réaliser la tâche à laquelle vous avez choisi de vous consacrer.