Interview de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national, à France 2 le 13 novembre 1994, sur ses propositions pour l'élection présidentielle de 1995, sa conception de l'Europe et sa stratégie politique face aux divers candidats de la droite.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : Emission L'heure de vérité - France 2

Texte intégral

M. de Virieu : Bonjour.

Monsieur Le Pen, lors de votre dernier passage à l'Heure de Vérité, c'était le 31 janvier 1993, vous aviez donné l'impression de faire une croix sur les élections législatives qui se profilait et dont vous pressentiez qu'à cause du mode de scrutin, elles ne vous donneraient aucun député.

Mais vous aviez ajouté: « J'aurai une occasion de me rattraper l'élection présidentielle de 1995. Compte tenu des circonstances, je serai sans doute en tête à ce moment-là ».

1995, nous y sommes ou presque. Et les « circonstances » auxquelles vous faisiez allusion sont réunies à savoir que, depuis cette semaine, 5 ou 6 prétendants sont en lice pour se partager les 60 % de l'électorat français qui vote à droite.

M. Le Pen : C'est beaucoup, ça.

M. de Virieu : Vous dites : « un peu moins », on peut discuter.

Et pourtant malgré cet émiettement vous n'êtes toujours pas, à en croire les sondages, en tête des candidats de droite. On vous invite, et c'est normal, parce que vous représentez un électeur français sur dix, mais vous n'êtes plus, comme disait jadis un de vos adversaires, monsieur Léotard, « l'astre noir autour duquel tourne toute la vie politique française ».

Vous êtes candidat à l'Élysée pour la troisième fois. Peut-être la dernière, monsieur le Président, compte tenu de votre âge. Vous n'êtes d'ailleurs pas le seul dans ce cas. Vous avez l'intention de conduire une campagne à l'américaine qui va commencer le mardi 29 novembre à Perpignan.

Qu'allez-vous proposer aux Français ? Avez-vous des idées nouvelles à lancer dans le débat politique ? En quoi vos remèdes sont-ils différents de ceux des autres candidats de droite : messieurs Chirac, Balladur, Charles Millon, de Villiers, peut-être monsieur Pasqua ?

Nous allons partager cette émission en trois volets :

Premier volet avec Alain Duhamel : votre jugement sur la situation politique actuelle en France. Vos chances dans la compétition présidentielle et celle de vos rivaux.

Ensuite, nous écouterons vos réponses aux problèmes économiques et sociaux qui assaillent en ce moment la France. Ce sera Élisabeth Schemla, rédacteur en chef du Nouvel Observateur qui vous interrogera sur la progression du chômage, bien sûr, mais aussi sur l'exclusion, la situation dans les banlieues et les problèmes que pose la naissance d'un Islam de France.

Enfin, nous parlerons des affaires du monde avec Jean-Marie Colombani, c'est-à-dire de l'Europe en premier lieu bien sûr puisque vous êtes député européen, mais aussi de la défaite électorale de monsieur Bill Clinton et de la levée de l'embargo sur les armes destinées aux musulmans de Bosnie qui a pris effet cette nuit. La France doit-elle retirer ses Casques bleus comme le veut monsieur Alain Juppé ? Nous verrons cela tout à l'heure.

Nous commençons tout de suite avec Alain Duhamel pour un quart d'heure.

M. Le Pen : Si vous me permettez, monsieur de Virieu…

M. de Virieu : … Allez-y, monsieur Le Pen.

M. Le Pen : Je voudrais vous dire d'abord un grand merci pour m'avoir invité, fut-ce une fois tous les deux ans. Ma foi, je suis si peu invité que j'accueille votre invitation…

M. de Virieu… Ne perdez pas votre temps dans les remerciements.

M. Le Pen : Je ne considère pas que je perds mon temps en faisant savoir aux téléspectateurs qui nous écoutent que quelqu'un qui représente 3 350 000 électeurs n'est jamais invité sur les médias de façon à ce qu'ils sachent…

M. de Virieu : … Ce n'est pas ici qu'il faut le dire.

M. Le Pen : Mais bien sûr que si, c'est le seul endroit où je puisse le dire… De façon à ce qu'ils sachent que ce n'est pas du tout par carence ou par paresse qu'on n'entend pas parler de moi et du Front national, c'est parce qu'il y a une convention générale du monde médiatique pour nous tenir à l'écart du débat politique et Dieu sait si pourtant nous aurions des choses à dire, que nous allons essayer de dire.

M. de Virieu : Alors, allez-y, dites-les.

M. Le Pen : Pour vous remercier, je voudrais vous remettre un cadeau. Vous pourrez mettre ce petit cadeau où vous voudrez. Nous avons souvent parlé de l'immigration. C'est une pensée d'Aristote sur l'immigration.

M. Duhamel : En grec ?

M. Le Pen : L'absence de communauté nationale est facteur de guerre civile tant que les citoyens ne partagent pas les mêmes valeurs de civilisation. Une cité ne se forme pas à partir de gens pris au hasard et elle a besoin de temps pour se coaguler. C'est pourquoi, parmi ceux qui ont accepté des étrangers pour fonder une cité avec eux et pour les intégrer à la cité, la plupart ont connu des guerres civiles. Par exemple, les tyrans de Syracuse, en ayant naturalisé les immigrés, ont dû subir des révoltes. Citoyens et étrangers en sont venus à se combattre…

M. de Virieu : … Très bien ! C'était tout de même une autre époque et une autre conception de la citoyenneté, mais enfin on ne va pas refaire l'Histoire. Alain Duhamel.

M. Duhamel : J'ai combien de temps, là ?

M. Le Pen : Le temps que nous a laissé monsieur Delors qui nous a déjà mangé cinq minutes.

M. Duhamel : Ah bon !

M. de Virieu : Monsieur Le Pen fait allusion à la bande-annonce pour le passage de monsieur Delors demain soir au journal de 20 heures.

M. Le Pen : … Et à la messe. J'espère qu'en échange, Monseigneur Lustiger priera un peu pour moi et pour mon succès.

M. de Virieu : Alain Duhamel.

M. Duhamel : Monsieur Le Pen, pour 12 minutes.

Monsieur Le Pen, qu'est-ce qui vous fait penser que, cette fois-ci, vous avez de meilleures chances que les fois précédentes ?

M. Le Pen : Parce que je pense que les que l'enjeu n'est pas de savoir qui sera messieurs Balladur, Chirac ou le monsieur Delors ou un autre qui au demeurant ont les mêmes programmes…

M. Duhamel :  … On va y venir.

M. Le Pen : Mais parce qu'il me semble qu'ils se rendent compte que l'enjeu devient dramatique et qu'il s'agit de l'avenir et même de l'existence de la France.

L'enjeu des élections de 95, ce sera la vie ou la mort de la France.

M. Duhamel : C'est-à-dire ?

M. Le Pen : Je montrerai tout à l'heure que l'ensemble des éléments qui permettent de se faire un jugement sur la santé de notre pays est négatif.

M. Duhamel :  Pour vous, Édouard Balladur ou Jacques Chirac, est-ce la même chose ?

M. Le Pen : Oui, cela n'a pas beaucoup d'importance tout cela…

M. Duhamel : … Ce sera des gens que vous trouverez devant vous.

M. Le Pen : Oui, ce sont des querelles de sérail…

M. Duhamel : … Ou à côté de vous.

M. Le Pen : Et, moi, je souhaite qu'il y en ait le plus possible. J'ai toujours trouvé anormal que des gens qui n'avaient pas d'identité de conception politique soient rassemblés pour des raisons purement électorales dans la même formation politique. Alors, je pense que, en dehors de monsieur Balladur et de monsieur Chirac et à condition qu'ils ne soient pas en prison ou en correctionnelle, on devrait pouvoir trouver un certain nombre d'autres candidats. Monsieur Pasqua, visiblement, est démangé par l'envie d'y aller, je pense que le Président de l'Assemblée nationale aussi et quelques autres sans doute, sans parler de l'UDF et de ses composantes. Alors, là, il y a des clients.

M. Duhamel : Là, c'est vous qui en parlez, ce n'est pas moi qui fais la liste.

Ce que je voudrais tout de même savoir, puisque ce sont des gens que vous allez retrouver au premier tour, à vos côtés, et les Français qui auront à choisir, là, ce n'est pas du tout le sérail…

M. Le Pen : … Oui, en l'occurrence…

M. Duhamel :  … Attendez ! Les Français qui auront à choisir devront forcément comparer les uns et les autres, y compris avec vous. Donc, ce n'est pas du tout illégitime de vous demander, au début d'une campagne présidentielle, si vous considérez que Édouard Balladur et Jacques Chirac, c'est absolument la même chose ou si, à vos yeux, il y a une différence entre les hommes ou entre leurs conceptions ou leurs méthodes politiques ? C'est légitime puisque c'est là-dessus aussi que les Français devront se fonder pour se déterminer.

M. Le Pen : Oui, en l'occurrence, ils ne seront pas à côté de moi. Nous serons face à face…

M. Duhamel : … Au premier tour.

M. Le Pen : D'un côté, l'ensemble des candidats du sérail, de l'établissement qui, dans le fond, se rattachent tous à la social-démocratie, peu ou prou.

M. Duhamel : Pour vous, Édouard Balladur est un social-démocrate ?

M. Le Pen : Somme toute, oui, puisque je n'aperçois pas beaucoup de divergences entre ses idées, en tous les cas les idées qu'il met en œuvre quand il est au Gouvernement et celles de ses adversaires. Je ne vois pas d'ailleurs les différences qui existent non plus entre monsieur Chirac et lui-même si ce ne sont de pures et simples querelles de personnes et d'ambitions.

M. Duhamel : Donc, là-dessus, vous ne m'en direz pas plus.

M. Le Pen : Non.

M. Duhamel : Il y a quelqu'un qui, aux élections européennes, vous a fait de l'ombre, qui a une logique qui le mène lui aussi à entrer en lice dans l'élection présidentielle et à propos duquel j'aimerais bien que vous nous disiez ce que vous en pensez, d'ailleurs, je pense que votre électorat l'attend, c'est Philippe de Villiers ?

M. Le Pen : Je crois que monsieur de Villiers fait partie du jeu de la Majorité !! fait même partie de la tactique d'un certain nombre de ses dirigeants et sa présence…

M. Duhamel : … Vous voulez dire qu'il est manipulé ?

M. Le Pen : Et sa présence aux élections européennes n'était pas, si j'ose dire, innocente.

M. Duhamel : Non, mais elle a été efficace.

M. Le Pen : Visiblement, visiblement !

M. de Virieu : Soyez plus clair, il roule pour qui ?

M. Le Pen : Je crois qu'il roule surtout ses électeurs. Je ne sais pas pour qui il roule ? Mais en l'occurrence la Majorité savait qu'en choisissant monsieur Baudis elle ne pourrait pas rallier l'ensemble de ses voix et il fallait bien quelqu'un qui empêchait les électeurs de venir chez Jean-Marie Le Pen. Alors, on a choisi monsieur de Villiers pour faire ce travail, ce qui le met quelquefois dans de difficiles contradictions parce qu'il veut à la fois copier le programme du Front national pour essayer de lui prendre des voix et en même temps il s'indigne de la diabolisation que lui valent ses idées. Il croit pouvoir se débarrasser de la tunique de Nessus en m'attaquant et en se rangeant dans le camp de nos persécuteurs.

D'autre part, il est plein de contradictions. Voilà quelqu'un qui s'affiche comme un homme de droite et qui a dans son groupe parlementaire de Strasbourg deux députés communistes, danois certes, mais communistes tout de même. Et j'ajoute que sa démarche…

M. Duhamel : Vous ne pensez pas tout de même que…

M. Le Pen : … Sa démarche…

M. Duhamel :   … Monsieur Le Pen, excusez-moi un instant, vous ne pensez tout de même que Philippe de Villiers soit un crypto-communiste déguisé ?

M. Le Pen : Je constate simplement, c'est un fait.

M. Duhamel : Je vous demande ?

M. Le Pen : Je constate qu'il y a dans son groupe deux députés communistes. Or, la constitution d'un groupe, ça veut tout de même dire quelque chose. Et dans la bataille pour la propreté de la Nation, je constate que cet ancien membre de la « bande des douze salopards », comme ils s'appelaient eux-mêmes, je me permets de vous le rappeler…

M. Duhamel : C'était une boutade.

M. Le Pen : Boutade, certes, mais qui cachait…

M. Duhamel : Qui faisait allusion à un film qui vous a sûrement beaucoup plu à l'époque.

M. Le Pen : Mais qui cachait beaucoup de vérités puisqu'on a vu un certain nombre de ces salopards prendre la route de la correctionnelle et peut-être que la liste n'en est pas d'ailleurs exclue, ce n'est peut-être fermé, alors, j'attends ! De ce côté-là, je trouve que monsieur de Villiers devrait balayer un peu devant sa porte et mettre de l'ordre chez lui.

M. Duhamel : Vous trouvez qu'en ce qui concerne, par exemple, la lutte contre la corruption, Philippe de Villiers jusqu'à présent a plutôt été en arrière de la main ?

M. Le Pen : Non, mais il l'est devenu depuis quelques jours, me semble-t-il, que comme il est tout de même membre du Parti politique le plus compromis…

M. Duhamel : C'est-à-dire ?

M. Le Pen : Et qu'il l'a été pendant dix ans. Le PR…

M. Duhamel : … Il n'en est plus membre maintenant.

M. Le Pen : Ah, bien sûr, il a démissionné il y a quelques semaines juste avant la mise en accusation de ses camarades. Mais pendant 10 ans était-il aveugle ou bien était-il complice ? Vous choisissez ce que vous voulez. Dans les deux cas, cela ne le qualifie pas pour jouer un rôle de premier plan dans la vie politique française, surtout au moment où il faudrait de la lucidité et de l'énergie pour remettre de l'ordre dans le pays.

M. Duhamel : Pour vous, Philippe de Villiers, c'est la même chose, ce sont les mêmes thèses et les mêmes idées qu'Édouard Balladur ou Jacques Chirac ?

M. Le Pen : Oui, suffisamment copiées sur le Front national jusqu'à, y compris…

M. Duhamel :  … C'est autre chose, ça.

M. Le Pen : Le fameux slogan, avant qu'il ne soit trop tard, qui était celui de la naissance du Front national, il y a maintenant 21 ans, jusque-là, en effet, il n'y a pas de différence.

Je ne comprends pas, d'ailleurs au moment de Maastricht, je dois vous dire que je ne comprenais pas comment on pouvait à la fois dire que les gens qui voulaient Maastricht étaient des traîtres et continuer à cohabiter dans le même Parti. Il y a, là, une autre contradiction. Quand on pense que les gens, ils ont raison, qui préconisent l'Europe européiste, si j'ose dire, l'Europe fédérale sont des traîtres à la Nation française, eh bien, on ne reste pas avec eux. Or, monsieur de Villiers est resté dans la Majorité, comme il était d'ailleurs resté dans la Majorité au moment où il était ministre et il se prétendait un adversaire de la cohabitation.

M. Duhamel : Monsieur Le Pen pour en terminer avec ce sujet et puis passer à la corruption justement, il y a tout de même dans ce que vous dites quelque chose qui me paraît être une contradiction. Comment pouvez-vous dire à la fois que, tout cela, ce sont des sociaux-démocrates plus ou moins déguisés et en même temps que Philippe de Villiers met en avant des idées qui, sur certains points, se rapprochent des vôtres ? Vous, on vous a reproché beaucoup de choses dans votre vie, cela continuera sans doute, mais rarement d'être social-démocrate.

M. Le Pen : Oui, mais monsieur de Villiers fait là œuvre purement tactique…

M. Duhamel : … Jamais vous ?

M. Le Pen. Dans certains milieux, on l'appelle « Pasquino » ou « Pasquinetto », n'est-ce pas ! c'est-à-dire qu'il a de fortes accointances, il faut le dire, avec certains milieux de la Majorité et il sera ou il ne sera pas candidat, à mon avis, selon la consigne qu'il recevra et selon l'équilibre des différentes candidatures à l'intérieur de la Majorité.

M. Duhamel : Est-ce que, dans votre esprit, Édouard Balladur, – je dis bien Édouard Balladur lui-même –, est un honnête homme ?  

M. Le Pen : Je le crois. Je le crois parce qu'il a eu la chance de ne pas se trouver dans la situation de voir financer ses campagnes politiques par de l'argent sale. Ce qui n'est pas le cas de la plupart des hommes politiques et, là, je voudrais prendre le contre-pied d'une de ses déclarations.

M. Duhamel : Allez-y.

M. Le Pen : Monsieur le Premier ministre a dit : « Il y a quelques centaines de gens, dans notre pays, quelques centaines d'hommes politiques qui n'ont pas respecté la loi et qui sont malhonnêtes » et, moi, j'inverse la proposition: ce n'est pas vrai…

M. Duhamel : … Que voulez-vous dire ?

M. Le Pen : Il y a quelques centaines d'hommes politiques qui sont honnêtes et au premier rang de ceux-là il y a tous les gens du Front national qui ont pu faire campagne sous la bannière « tête haute et mains propres » parce qu'ils ne sont mêlés à aucun des scandales dont nous ne connaissons d'ailleurs que la petite partie émergée.

M. Duhamel : Pour vous, l'immense majorité des élus français est corrompue ?

M. Le Pen : Oui, tel était le système.

M. Duhamel : Non, je vous demande votre point de vue.

M. Le Pen : D'en haut jusqu'en bas. Du haut de la pyramide jusqu'en bas, les méthodes de financement des partis politiques, par le détournement de fonds, par la concussion, par le racket, étaient générales ou quasi générales, c'est pour cela que j'excepte quelques centaines d'hommes politiques mais, pour le reste, je crois que le racket d'URBA l'a démontré dont le Président de la République a été le fondateur quand il était Premier Secrétaire… parfaitement ! Et qui couvrait l'ensemble des activités…

M. Duhamel : Vous vous occupez des histoires d'argent de votre Mouvement ?

M. Le Pen : De temps en temps, tout de même, oui, un peu. J'ai des hommes de confiance et puis je vais vous dire une chose notre vertu est certaine mais elle est d'autant plus certaine qu'on n'essaie pas beaucoup d'y attenter parce qu'il est très clair que, d'abord, nous avons une certaine réputation dans ce domaine et que, d'autre part, nous ne sommes pas aux leviers de pouvoirs qui séduisent les gens qui veulent obtenir quelque chose.

M. Duhamel : Vous voulez dire que c'est parce que vous n'avez pas de chance d'être élu que vous ne recevez pas d'argent ?

M. Le Pen : Non, pas du tout. C'est parce que nous ne sommes pas dans les structures de la République et parce que nous les contestons, nous combattons contre elles.

M. Duhamel : Que voulez-vous dire « Quand vous n'êtes pas dans les structures de la République » ?

M. Le Pen : C'est-à-dire que nous ne sommes pas aux leviers de commandes, aux leviers de pouvoirs, la classe politique par le front républicain…

M. de Virieu : … Vous êtes dans les Conseils régionaux.

M. Le Pen : Par le pacte républicain où nous menons une dure campagne contre tout ce qui, de près ou de loin, peut ressembler à un gaspillage et plus encore à une magouille.

M. Duhamel : Est-ce que vous êtes d'accord avec la proposition d'Édouard Balladur – théoriquement elle va même être discutée demain au Sénat, elle pourrait être adoptée avant la fin de l'année – qui serait de réduire de 30 % les dépenses autorisées pour les candidatures à l'élection présidentielle ? Est-ce que cela vous paraît une bonne idée ou pas ? ou une mauvaise ?

M. Le Pen : Je pense que s'il s'agissait exclusivement d'écrêter les chiffres…

M. Duhamel : Apparemment c'est ça oui, c'est ça.

M. Le Pen : Non ! Hélas non.

M. Duhamel : Diminuer de 30 % les dépenses autorisées.

M. Le Pen : Oui… C'est-à-dire, pour le plafond je suis d'accord.

M. Duhamel :   C'est ça…

M. Le Pen : … Mais amputer les dépenses prévues par l'État pour l'élection présidentielle…

M. Duhamel :   Non, non, ce n'est pas ça.

M. Le Pen : Si c'est ça !

M. Duhamel : Diminuer de 30 % l'ensemble des dépenses autorisées pour chaque candidat…

M. Le Pen : Oui, oui…

M. Duhamel : … À l'élection présidentielle.

M. Le Pen : Je trouve ça très anormal. Je trouve ça très anormal, très démagogique et assez malhonnête de la part de gens qui ont le monopole de la télévision, qui peuvent faire connaître leurs idées, défendre leur programme à tout moment, tandis que leurs adversaires, eux, seraient réduits à le faire connaître en collant des affiches. Alors, il y avait…

Les chiffres sont connus… 30 millions de francs par candidat…

M. Duhamel : Oui.

M. Le Pen : … Sur 40 millions d'électeurs, je tiens à le préciser. Eh bien, le Premier ministre propose, ce que je trouve tout à fait anormal, que l'on coupe cela d'un tiers; comme, d'ailleurs, je suis tout à fait contre le fait que les Partis politiques reçoivent la moitié de leur financement à travers les députés., ce qui fait qu'un Mouvement comme le nôtre reçoit, dans le fond, la moitié de ce qu'il devrait recevoir, si le mode de scrutin n'était pas celui-là.

M. Duhamel : … Et est-ce que vous souhaiteriez, comme on le demande beaucoup en ce moment, que les entreprises ne puissent plus donner ce qu'elles avaient le droit de faire légalement, avec un plafond bien entendu, mais ce qu'elles avaient le droit de faire légalement jusqu'à présent, ne puissent plus donner d'argent pour une campagne ou pour le budget d'un parti ? Est-ce que cela vous paraît…

M. Le Pen : C'est ce que l'on appelait…

M. Duhamel : … Normal ou pas normal ?

M. Le Pen : C'est ce que l'on appelait les personnes immorales, c'est ça ? Le financement des personnes immorales.

M. Duhamel : Vous faites des jeux de mots sur des choses relativement sérieuses.

M. Le Pen : Oui, oui, mais tout de même ! Mais les jeux de mots…

M. Duhamel : On est d'accord, on est d'accord.

M. Le Pen : Mais les jeux de mots peuvent être quelquefois extrêmement…

M. Duhamel : Très révélateurs, oui, ça je sais.

M. Le Pen : Très révélateurs. Alors, j'ai là un livre dont je recommande la lecture, c'est publicité non payée, c'est le Journal Officiel, n'est-ce pas ! et c'est la première fois où les citoyens peuvent acquérir un journal, un livre de cette dimension, pour 3,60 F. Il y a là les noms de tous ceux qui ont financé les candidats aux dernières législatives…

M. Duhamel : Légalement ?

M. Le Pen : … Et il y aura, je crois, pour les longues soirées d'hiver, de quoi alimenter leurs discussions. Ils pourront s'apercevoir que les candidats du Front National ne recevaient pas d'argent, même par cette voie légale, alors que certains députés de la gauche caviar « se voyaient recevoir 800 000 Francs…

M. Duhamel : Mais alors… 

M. Le Pen : … Pour leur campagne.

M. Duhamel : … Vous ne répondez pas, est-ce que vous trouvez bien ou pas bien que ce soit…

M. Le Pen : Je trouve bien…

M. Duhamel : … Que l'on supprime ça ?

M. Le Pen : Je suis pour la suppression… Je suis pour le financement des campagnes et des Partis, principalement par l'État, de façon juste et…

M. Duhamel : Donc par les contribuables ?

M. Le Pen : … Et par les contribuables, et je crois que les contribuables n'auront… Ce qui serait scandaleux, ce qui est le cas actuel, c'est que certains contribuables sachent que leur argent finance des Partis pour lesquels ils ne votent pas. Tandis que, en donnant à la proportionnelle du chiffre obtenu lors des élections législatives, chaque contribuable votera et il aura un candidat ou un Parti pour lequel il aura voté.

M. de Virieu : Merci, Alain Duhamel. Je voudrais revenir, pendant qu'Élisabeth Schemla s'installe, sur monsieur de Villiers, un de vos anciens lieutenants…

M. Le Pen : Oui, c'est un peu trop peut-être pour monsieur de Villiers…

M. de Virieu : Vous permettez que je pose ma question ?

M. Le Pen : Oui, je vous en prie.

M. de Virieu : …Un de vos anciens lieutenants…

M. Le Pen : Vous l'avez invité quatre fois en…

M. de Virieu : Oui…

M. Le Pen : … En deux ans…

M. de Virieu. D'accord.

M. Le Pen : … Moi, vous ne m'avez pas invité. Alors…

M. de Virieu : Je peux poser ma question ?

M. Le Pen : Il est souvent là, il peut… Allez-y, vous êtes chez vous !

M. de Virieu : Un de vos anciens lieutenants, monsieur de Saint-Affrique, que nous avons bien, qui venait ici…

M. Le Pen : Non, non… Un de mes anciens collaborateurs.

M. de Virieu : Voilà, bon… qui a été effectivement exclu du Front National…

M. Le Pen : C'est un caporal à la limite.

M. de Virieu : Bon. Il propose d'organiser des primaires entre vous et monsieur de Villiers, pour désigner le meilleur candidat pour dire « non à l'Europe de Maastricht ». Vous lui répondez quoi ?

M. Le Pen : C'est un garçon plein d'esprit…

M. de Virieu : Oui.

M. Le Pen : … Et qui a certainement des idées originales, mais il n'a pas de moyen de les appliquer, en tous les cas pas chez nous.

M. de Virieu : Non, mais l'idée est bonne ou pas ?

M. Le Pen : Non, cela n'intéresse personne.

M. de Virieu : Idiote ?

M. Le Pen : Il n'y a qu'un moyen de…

M. de Virieu : Idiote.

M. Le Pen : … de faire des primaires aux élections prochaines, aux élections présidentielles…

M. de Virieu : C'est le premier tour.

M. Le Pen : … c'est de respecter la Constitution.

M. de Virieu : Parfait. Élisabeth Schemla.

Mme Schemla : Bonjour Monsieur Le Pen.

M. Le Pen : Bonjour, Madame.

Mme Schemla : Je vous ai entendu parler de corruption, et évidemment de transparence. Donc je pense que, à la fois les téléspectateurs et vos électeurs, seraient contents de savoir quel est l'état de votre patrimoine ? Question que j'ai posée il y a deux mois à Jacques Delors, qui m'a d'ailleurs volontiers répondu, donc j'imagine que, probablement, vous allez en faire autant ?

M. Le Pen : Vous n'avez qu'à le demander à mon percepteur, il le connaît, je fais une déclaration comme tout le monde et il n'a rien de particulier.

Mme Schemla : La faisant, vous devez donc la connaître ?

M. Le Pen : Comment ?

Mme Schemla : Je dis : faisant cette déclaration, vous devez donc la connaître ?

M. Le Pen : Mais parfaitement. Je suis propriétaire d'une maison à Saint-Cloud, dont j'ai hérité dans les conditions les plus claires et les plus légales qu'il soit. J'ai, en effet, fait un héritage, sur lequel je vous rappelle que j'ai payé 70 % d'impôts à l'État…

M. de Virieu : … C'est l'héritage de monsieur Lambert, le cimentier.

M. Le Pen : Absolument.

M. de Virieu : … Affaire très connue.

M. Le Pen : Absolument ! J'ai un compte en banque qui est de l'ordre de million cinq cent mille francs. À 66 ans, au bout d'une vie de travail, je crois que c'est raisonnable. Mais…

M. de Virieu : C'est tout ?

Mme Schemla :  Votre ex-femme parlait de 150 millions.

M. Le Pen : Oui… Mais mon ex-femme a dit beaucoup de sottises pour lesquelles elle a d'ailleurs été condamnée.

Mme Schemla : Bon. Mais…

M. Le Pen : Je voudrais que, dans ce domaine-là… J'ai entendu l'autre jour la presse, enfin beaucoup de gens de la presse, se désoler des remous qu'on faisait autour des affaires personnelles de monsieur le Président de la République. Moi, j'ai connu un temps, et même maintenant si je peux dire, où on n'avait pas, on ne prenait pas les mêmes précautions quand il s'agissait de Le Pen, n'est-ce-pas ? Alors, là aussi, il faudrait qu'on applique la même morale à tout le monde, voyez-vous. Ma femme est divorcée, elle est hors de ma vie, elle a d'ailleurs été divorcée à ses torts exclusifs. Voilà, c'est une page qui est tournée et qui est tournée depuis 10 ans, je vous le signale.

Mme Schemla : Toujours sur la transparence de votre patrimoine, monsieur Le Pen, il y a un livre qui est sorti, une biographie sur vous, de deux confrères de « Libération », Bresson et Lyonnais…

M. de Virieu : Une biographie des années de jeunesse, d'ailleurs.

M. Le Pen : C'est une biographie qui s'est arrêtée, très curieusement, en 1988, comme si j'étais mort à cette date-là. Or, depuis 7 ans, il me semble que, moi-même et le Front National, nous avons fait un certain nombre de choses. Mais vous avez regardé ce livre, vous avez pu voir sa première page et ça décrit tout à fait ce qui est contenu à l'intérieur, c'est une biographie en négatif, ce qui ne nous étonnera pas quand on sait que les deux journalistes sont des journalistes de « Libération ».

Mme Schemla : Monsieur Le Pen…

M. Le Pen : Ce sont des ennemis politiques…

Mme Schemla : … C'est une biographie… C'est une biographie…

M. de Virieu : Donc, vous allez pouvoir répondre très facilement aux questions qu'ils posent.

Mme Schemla : Voilà, voilà. Alors, la question que je voulais vous poser, toujours sur votre patrimoine, car je crois que c'est une transparence très importante, n'est-ce-pas, vous serez d'accord avec moi…

M. Le Pen : Eh bien, écoutez… Si vous posez la question de la même manière à tous vos interlocuteurs, j'en suis d'accord.

Mme Schemla : Absolument ! Alors, sur la transparence de votre patrimoine toujours, Bresson et Lyonnais, reprenant par là des informations qui étaient parues dans l'Événement du Jeudi avec des fac-similés à l'appui, font état de comptes en Suisse.

M. Le Pen : Oui, c'est poursuivi ça. Cette affaire est devant la Justice et votre journal… Non, ce n'est pas votre journal ?

Mme Schemla : Non, ce n'est pas le mien.

M. Le Pen : Alors, c'est un frère jumeau du vôtre, c'est-à-dire l'Événement du Jeudi…

Mme Schemla :  Oui.

M. Le Pen : … Est poursuivi en correctionnelle et je vous tiendrai au courant de cette affaire.

Mme Schemla : Donc, vous affirmez que vous n'avez pas d'argent en Suisse ?

M. Le Pen : Absolument. Absolument. Et j'attends qu'ils en apportent la preuve, car ils ont donné des fac-similés totalement faux, et, par conséquent…

Mme Schemla : En tous cas, l'affaire est en cours pour démontrer si oui ou non, vous avez des comptes en Suisse.

M. Le Pen : Absolument.

Mme Schemla : Nous passons, si vous voulez maintenant, toujours pour parler d'argent, à votre programme de 300 propositions de Gouvernement, que j'ai lues…

M. Le Pen : … C'est le programme du Front National, ça. Vous avez un tout petit peu de retard… il est toujours d'actualité…

Mme Schemla :  J'imagine que vous n'avez pas changé d'avis par rapport à ce qu'il y a là-dedans ?

M. Le Pen : … Il est toujours d'actualité.

M. de Virieu : … Nous, on vit là-dessus !

M. Le Pen : … Il s'est passé un certain temps depuis !

Mme Schemla : …Nous nous sommes basés là-dessus !

M. Le Pen : Vous interrogez qui ? C'est très important. C'est le candidat à la Présidence de la République ou c'est le Président du Front National ?

Mme Schemla :  Parce que vous n'êtes plus Président du Front National ?

M. Le Pen : Si, si, toujours, toujours…

Mme Schemla : Vous êtes Président du Front National et candidat à la Présidence de la République…

M. de Virieu : Vous n'avez pas démissionné comme monsieur Chirac.

M. Le Pen : Je ne me suis pas cru obligé de me livrer à la palinodie de monsieur Chirac.

Mme Schemla : Vous n'allez pas me reprocher, monsieur Le Pen, d'avoir lu votre programme de Gouvernement ?

M. Le Pen : Ah non, madame, car je suis presque sûr qu'il vous a convaincu !

M. de Virieu : Alors, allons-y !

Mme Schemla : Eh bien, écoutez, nous allons le voir, et je crois que non.

Je partirai d'un sondage pour démontrer quelle est votre crédibilité auprès des Français, c'est que, pratiquement, 97 % d'entre eux ne vous font pas confiance pour gouverner la France…

M. Le Pen : … 97 ?

Mme Schemla : Oui, d'après un sondage HARRIS du début de l'année.

M. Le Pen : Comment se fait-il que j'ai 15 % d'électeurs ?

Mme Schemla : Parce que sur 15 % d'électeurs, monsieur Le Pen…

M. Le Pen : … Autrement dit, 12 % de ces 15 % votent pour moi pour que je ne sois pas candidat, pour que je ne sois pas élu ?

Mme Schemla : Un certain nombre des électeurs qui votent pour vous, monsieur Le Pen, ne vous font pas confiance pour gouverner la France. Donc, revenons à ce….

M. Le Pen : … Madame Schemla, écoutez, laissez-moi rire parce que…

Mme Schemla : Vous permettez que je vous pose ma question, monsieur Le Pen…

M. Le Pen : … Vos questions sont articulées exclusivement soit sur des « on dit », soit sur l'opinion de vos confrères, soit sur des sondages…

Mme Schemla : Pas du tout. Ma question, monsieur Le Pen, est articulée sur vos 300 propositions de Gouvernement.

M. de Virieu : Vous savez très bien Monsieur Le Pen, qu'il y a une grande différence entre être choisi comme chef par une fraction de la population et être voulu et souhaité comme Président de la République par l'ensemble des Français. Dans votre cas, vous savez très bien qu'il y a un décalage entre les deux.

M. Le Pen : … Et pourtant je suis le Président dont la France aurait besoin, car je suis le seul à avoir démontré sa lucidité depuis plusieurs décennies sur les malheurs qui pouvaient menacer la France et sur l'évolution tragique dans laquelle elle est engagée.

Je suis aussi le seul sans doute qui ait le caractère et la volonté de rendre la France aux Français, de défendre l'identité nationale…

Mme Schemla : Alors, parlons-en, monsieur Le Pen, s'il vous plaît…

M. Le Pen : … De faire échec au chômage…

Mme Schemla : Monsieur Le Pen…

M. Le Pen : … De faire échec à l'insécurité…

M. de Virieu : Ça, ce sont des mots…

M. Le Pen : Non, ce ne sont pas des mots.

M. de Virieu : … On vient au détail…

Mme Schemla : Monsieur Le Pen, concernant vos propositions, précisément dans le domaine économique, vous avez de longs chapitres consacrés à la réforme fiscale et vous nous annoncez que vous êtes pour la suppression de l'impôt sur le revenu, pour la quasi disparition de l'impôt sur les grandes fortunes, ainsi que pour d'autres disparitions d'autres fiscalités.

Alors, je vous pose une question toute simple: « Comment allez-vous financer toutes les autres mesures que vous voulez prendre et où allez-vous trouver l'argent pour faire tourner la France ? »

M. Le Pen : Alors, ça, bien sûr, c'est le « pont aux ânes », c'est la question par laquelle vous croyez me démonter et me désarçonner. Alors, je vais vous dire une chose…

M. de Virieu : Ce n'est pas ce qu'elle cherche.

Mme Schemla : Ce n'est pas du tout ce que je cherche, monsieur Le Pen …

M. de Virieu : Ce n'est pas ce qu'elle cherche. Elle cherche à ce que vous vous expliquiez.

M. Le Pen : C'est très gentil à vous de me tenir à l'étrier, je vous en remercie…

M. de Virieu : … Elle est à cheval…

M. Le Pen : … Et je monte…

Mme Schemla : Vous êtes lourd à porter…

M. Le Pen : Non, je ne vous monte pas sur le dos, non ! (rires)

Mme Schemla : Non, je me dis que vous êtes lourd à porter…

M. Le Pen : … Sur le dos du cheval. Non, mais soyons sérieux. Le plus grave problème français sur le plan financier, c'est le chômage, parce qu'il coûte 400 milliards à la Nation. Il faut s'attaquer aux causes de ce chômage si l'on veut, peu ou prou, redresser la France.

Les causes de ce chômage, pardonnez-moi de les rappeler, sont simples, ce sont : la suppression des frontières ; l'immigration ; l'abusive fiscalité…

1. En portant remède à ces trois graves problèmes, c'est-à-dire en rétablissant des contrôles douaniers qui permettent à la France de protéger son industrie, son agriculture, son commerce, son artisanat, nous allons offrir des emplois aux Français.

2. En réglant le problème de l'immigration d'une façon humaine mais ferme.

3. En réduisant la fiscalité, nous allons permettre à l'économie de se développer.

Actuellement, je constate que tous les Gouvernements depuis 20 ans…

Mme Schemla : Monsieur Le Pen, réduire la fiscalité, c'est précisément ce que je vous demande. La réduisant en supprimant l'impôt sur le revenu : où trouverez-vous l'argent ?

M. Le Pen : Madame, le taux de prélèvements obligatoires de notre pays est de plus de 44 %.

M. de Virieu : … Depuis un moment.

M. Le Pen : Celui des États-Unis et du Japon est de près de 15 points inférieur. Et si l'on voulait bien comparer les chiffres du chômage avec les chiffres des prélèvements obligatoires, vous vous apercevez qu'il y a entre eux un parallèle absolu.

Pourquoi avons-nous choisi la suppression sur 7 ans de l'impôt sur le revenu ? C'est parce que c'est un impôt démobilisateur de ceux qui travaillent, de ceux qui ont l'ambition de créer. C'est la seule raison….

Mme Schemla : Non, monsieur Le Pen.

M. Le Pen : Si.

Mme Schemla : Non, monsieur Le Pen, votre proposition dit très exactement que le supprimant progressivement sur 3 ans, vous commencerez par le supprimer auprès des bas-salaires et, pour une part, auprès des très grandes fortunes. Ce qui veut dire que vous allez taxer encore plus, pendant ces 3 ans là en tous cas, les classes moyennes qui sont précisément les classes les plus … ?

M. Le Pen : Non, madame, les classes moyennes aujourd'hui sont dans l'incapacité, surtout les jeunes, de se prévoir un avenir viable, parce que les ponctions faites par l'État, et que monsieur Laure évalue non pas à 44 % officiellement mais à 60 %, paralysent le pays…

M. de Virieu : Monsieur Laure est l'inventeur de la TVA.

M. Le Pen : … Et aussi des polyvalents, il ne faut pas l'oublier. Mais il a une certaine compétence en la matière, et ce n'est pas à proprement parler un membre du Front National, par conséquent je peux m'appuyer sur lui, comme je peux m'appuyer, dans les démonstrations que je fais, sur le seul Prix Nobel français, monsieur Allais. Et en ce qui touche la suppression de l'impôt…

M. de Virieu : … Seul Prix Nobel français d'économie…

M. Le Pen : … D'économie, mais c'est de cela qu'il s'agit.

J'appuie d'ailleurs mon opinion sur la suppression de l'impôt sur le revenu, mais qui est un moyen, ce n'est pas l'objectif final. L'objectif final, c'est la grande réforme fiscale qui permet de laisser aux Français la plus grande partie de ce qu'ils gagnent. Et je dois vous dire – là je vous apporte quelque chose de nouveau – j'ai l'intention, dans la grande réforme constitutionnelle que je soumettrai au pays quand je serai élu, qu'il soit inscrit que le taux de prélèvements obligatoires dans le pays –constitutionnellement – ne saurait dépasser 35, en tous les cas pas 40 %. C'est un engagement précis, parce que je considère que la montée….

M. de Virieu : … Précis à 5 % près quand même ! C'est 35 ou 40 ?

M. Le Pen : … Je souhaiterais montrer quelques tableaux qui illustrent le thème central de notre campagne qui est la décadence et même le naufrage de la Vème République.

M. de Virieu : Alors, allons-y rapidement…

M. Le Pen : Permettez-moi de les montrer, mais vous allez voir pourquoi c'est important. Voici celui du chômage …

M. de Virieu : …Ça, tout le monde avait compris !

Mme Schemla : Ce n'est pas un « scoop », monsieur Le Pen.

M. Le Pen : Ce n'est pas un « scoop ». Il engage la responsabilité de la Droite et de la Gauche depuis 20 ans de façon parfaitement égale.

Voici celui des prélèvements obligatoires depuis 1958 : de 27 à 44,4 %.

Ceux qui verront ces courbes, comprendront quelles sont les raisons.

Voici la dette de l'État prévue pour 3 100 ou 3 200 milliards en 1995…

M. de Virieu : … Et dont le remboursement des intérêts va peut-être devenir un jour le deuxième budget de l'État.

M. Le Pen : Absolument. 200 milliards par an, c'est-à-dire le budget de la Défense Nationale. Ici, nous sommes dans les Crimes & Délits : mais c'est l'une des positions…

M. de Virieu : Ça, c'est plus difficile à définir !

M. Le Pen : Oui, mais, enfin, tout de même ! …. Où nous sommes passés de 1 million à 4 millions en 30 ans.

Voici le Trafic de Drogue…

M. de Virieu : Là, ça augmente surtout depuis 1981, d'après vous ?

M. Le Pen : Non, non….

M. de Virieu : Derniers graphiques.

M. Le Pen : Voilà les graphiques qui, eux, devraient être bénéfiques et qui, malheureusement, sont tous mal orientés.

Voici le graphique des Naissances françaises qui atteint des proportions dramatiques, très largement au-dessous du seuil de renouvellement des générations.

Et puis celui du nombre des agriculteurs : c'est important…

M. de Virieu : … Dans tous les pays, c'est pareil, pour les agriculteurs malheureusement…

Mme Schemla :   … Oui, c'est pareil, c'est une donnée de la modernité.

M. Le Pen : Madame Schemla, ce qui me frappe dans le débat actuel, c'est que j'entends beaucoup parler du RPR …, des intérêts de l'UDF…, je n'entends personne parler de la France. Je n'entends personne parler des Français, et cela, c'est d'eux qu'il s'agit…

Voilà la croissance de l'économie…

M. de Virieu : En taux, bien entendu. Ce qui diminue, c'est le taux de croissance annuelle.

Dernier graphique, ensuite l'on repasse aux questions…

M. Le Pen : Voici la valeur du Franc : le Franc, dont la valeur a été divisée par 4 sous la Vème République par rapport au Deutschemark.

Mme Schemla : Monsieur Le Pen, vous nous présentez ces tableaux comme s'ils étaient des révélations sur l'état d'un certain nombre d'indicateurs de l'économie française….

M. Le Pen : …Madame, je vais vous dire pourquoi je les ai montrés, c'est parce que je veux expliquer pourquoi je dis aux Français que la Vème République est en état de naufrage, et que son naufrage amène celui de la France.

Mme Schemla : Monsieur Le Pen, par exemple, sur le problème…

M. Le Pen : … Et c'est cela qui m'intéresse. Moi, je veux sauver la France et les Français…

M. de Virieu : … Dernière question, Élisabeth Schemla…

Mme Schemla : Du chômage et de l'immigration. Si j'ai bien compris votre réponse, c'est de dire : il y a 3,5 millions de chômeurs plus 2,5 millions de chômeurs déguisés, sous les formes que nous savons. Il y a 6 millions d'étrangers en France. Nous allons donc par une équation miraculeuse remplacer les chômeurs par des travailleurs français qui viendront occuper les postes qu'occupaient les immigrés.

Mais, monsieur Le Pen, ce n'est pas très sérieux tout cela, parce que vous savez parfaitement qu'il n'y a pas de travailleurs français dont la qualification ou l'absence de qualification professionnelle correspond exactement à celle qu'occupent les immigrés. Donc, où est le sérieux de votre analyse ?

M Le Pen : Madame, c'est tout à fait inexact. Je vais vous donner un exemple précis, c'est parmi les chirurgiens, par exemple. Le nombre de chirurgiens étrangers – avec des conséquences souvent, d'ailleurs, dommageables, parce qu'ils ne sont pas toujours de très bonne qualité – qui créent une situation qui est dommageable à la fois pour le pays dans lequel ils viennent, parce que, en effet…

Mme Schemla : Mais, monsieur Le Pen, qu'est-ce que vous appelez les « chirurgiens étrangers » en France ?…

M. Le Pen : … Je parle de chirurgiens qui ont des nationalités étrangères, qui sont des immigrés….

Mme Schemla : … Mais quel est le nombre de chirurgiens étrangers en France ?…

M. Le Pen : … Qui prennent la place de chirurgiens français…

Mme Schemla : Ce n'est pas un exemple sérieux, ça !

M. Le Pen : … Je peux vous parler des professeurs…

Mme Schemla : Vous allez me parler bientôt des éboueurs, je sens, aussi !

M. Le Pen : Et pourquoi pas ? J'ai beaucoup regretté pour ma part, dans les années 60….

Mme Schemla :  Mais ce ne sont pas des arguments sérieux….

M. Le Pen : … Que l'on ne payât pas plus cher les éboueurs français et qu'on recrute des éboueurs étrangers. Ça coûtait beaucoup plus cher de recruter des éboueurs étrangers, car on laissait à la charge de la collectivité nationale de les loger, de les soigner et d'éduquer leurs enfants.

Mme Schemla : Monsieur Le Pen, la vérité que, quand on lit vos 300 propositions, et notamment sur le thème de la préférence nationale, sur l'éviction des émigrés à travers l'éviction du logement, le nettoyage des ghettos, dont vous parlez – puisque ce sont les termes que vous employez –, la suppression des Allocations Familiales, on a curieusement le sentiment d'être en face d'une purification ethnique….

M. Le Pen : … C'est ce que vient de voter….

Mme Schemla : … Vous avez très exactement un programme intégriste, monsieur Le Pen.

M. Le Pen : … Par 59 % le corps électoral de l'État de Californie qui, avec 37 millions….

Mme Schemla : Avec une très grande différence, monsieur Le Pen….

M. Le Pen : … D'habitants est le 5ème ou le 6ème État économique du monde. Par le referendum d'initiative populaire qui est une mesure que nous proposons dans la réforme de la Constitution, ce referendum a permis au peuple californien de s'exprimer. Et ce peuple s'est exprimé à 59 % pour la suppression des avantages sociaux donnés aux étrangers illégaux. Ce qui est défini par les promoteurs de cette mesure comme étant une « pompe aspirante », eh bien, cette « pompe aspirante » fonctionne depuis 25 ans tout continûment…

M. de Virieu : … Donc, vous approuvez tout à fait le résultat du referendum californien ?

M. Le Pen : J'approuve tout à fait le referendum californien…

M. de Virieu…. Plus de scolarisation, plus d'aide médicale….

M. Le Pen : … Absolument… absolument….

M. de Virieu : … Plus d'assistance pour les immigrés clandestins…

M. Le Pen : … Il faut que les étrangers sachent qu'ils doivent trouver cela chez eux. Et il faut que les étrangers qui occupent des postes de responsabilité chez nous, sachent qu'ils seraient mieux chez eux en train d'éduquer leur peuple, en train de l'élever socialement et économiquement, plutôt que d'obérer que le nôtre.

Mme Schemla : Et vous n'appelez pas cela un discours raciste ?

M. de Virieu : Bien. On ne relance pas Élisabeth.

M. Le Pen : Non. Ce n'est pas du tout un discours raciste.

M. de Virieu : On ne relance pas. Jean-Marie Colombani.

M. Le Pen : Nous ne sommes pas racistes.

M. de Virieu : Monsieur Le Pen, vous ne faites pas partie du théâtre de marionnettes des « Guignols de l'Info sur Canal +….

M. Le Pen : … Non. Mais j'en remercie les promoteurs.

M. de Virieu : Justement, est-ce que vous considérez que c'est une aubaine ou un handicap ?

M. Le Pen : Ah, moi, je considère que c'est une dignité. Par conséquent, je me trouve très bien de ne pas y être. J'avais d'ailleurs protesté une fois, parce que, dans l'émission précédente, je ne me souviens plus de son nom – on m'avait caricaturé de manière outrageante. Et j'avais d'ailleurs obtenu le retrait de cette ….

M. de Virieu : … Sauf pour votre cas personnel, la dérision, pour vous, c'est un stimulant pour les hommes politiques ou est-ce, au contraire, une dévalorisation ?

M. Le Pen : Je pense que, quand on m'expliquera dans l'Histoire, comment la Vème République née avec la guerre d'Algérie et morte avec la deuxième guerre d'Algérie aura disparu, l'on admettra que les émissions de ce style ont joué le même rôle que les libellés sous la Révolution française.

Alors, je crois donc que cela contribue à donner des hommes politiques qui nous gouvernent une véritable dimension, et les gens les jugent, je crois, de façon assez saine, à travers les traits quelquefois accusés de ces caricatures.

M. de Virieu : Jean-Marie Colombani pour 10 minutes.

M. Colombani : Je voudrais que l'on parle principalement de l'Europe. Mais, auparavant, comme tout à l'heure vous avez développé un programme parlant de taux de prélèvements obligatoires, des dépenses sociales, de l'impôt sur le revenu, etc., il y a quelqu'un qui, dans un pays proche, a développé le même type de programme, a gagné les élections avec, dans sa majorité, une composante d'Extrême-Droite, Silvio Berlusconi. Il s'est passé moins d'un an avant que les Italiens ne se mettent en mouvement, plus d'un million de personnes dans les rues…

M. de Virieu : … Dans les rues, hier….

M. Colombani : Et, d'autre part, un programme qui, manifestement, ne répond pas du tout à ce qui avait été dit, et une menace très claire sur un certain nombre d'acquis sociaux. Ce contre quoi les Italiens se mobilisent, cela vous fait-il réfléchir par rapport aux promesses électorales et à ce que l'on peut tenir ou pas tenir ?

M. Le Pen : Je ne suis pas chargé ici de faire la défense de monsieur Berlusconi. Je ne suis pas berlusconien. Encore que j'admets que la nouveauté par la politique italienne a plutôt été dans le bon sens par rapport à ce qu'était la corruption qui était la règle générale de ce pays, et qui l'est encore probablement malheureusement. Il faudra beaucoup de temps pour éradiquer, et en Italie et surtout chez nous, toutes les méthodes illégales, toutes les méthodes déplorables.

Mais 1 million de manifestants dans la rue, ça ne me paraît pas étonnant dans un pays de 60 millions d'habitants, et ça ne prouve pas pour autant que ce million représente une opinion majoritaire dans le pays ? Et c'est d'ailleurs ce qu'a dit Monsieur Berlusconi. Il a dit : « C'est très bien, vous avez défilé. Maintenant, il faut travailler, parce que c'est par le travail que l'on va réussir à résoudre les problèmes en Italie ».

M. Colombani : Ça ne prouve pas à vos yeux que les promesses qu'il avait faites, étaient de type démagogique et donc impossible à tenir dans la réalité ?

M. Le Pen : Non, ça ne le prouve pas a priori. Mais, vous savez, pour ce qui touche les promesses démagogiques, nous sommes servis chez nous. Il n'ait pas besoin d'aller tremper notre pain dans la soupe des voisins. Parce que je vous rappelle que le Gouvernement actuel avait promis de diminuer les impôts et il les a augmentés de 90 milliards.

M. Colombani : Vous ne vous appliquez pas à vous-même ce jugement, parce que vous aussi vous promettez de réduire les impôts.

M. Le Pen : Oui, bien sûr, mais…

M. Colombani : Et ça, ce n'est pas démagogique ?

M. Le Pen : …Oui, mais pour développer une activité économique. Et je suis sûr qu'en prenant les mesures sur l'immigration, en prenant les mesures sur les droits de douane et les frontières destinées à défendre notre économie, ainsi que sur la diminution de la fiscalité, nous obtiendrons une relance de l'économie, un développement de l'emploi, la solution du problème du chômage, et que c'est cela qui va résoudre les problèmes français, et rien d'autre !

M. Colombani : Alors l'un des grands débats nationaux est celui sur l'Europe…

M. Le Pen : Oui !

M. Colombani : …Sur l'Europe, il y a depuis 30 ans deux conceptions qui s'affrontent : une conception franco-allemande dont la France a toujours eu l'initiative, qui est l'affirmation progressive d'une identité européenne, et une conception britannique qui est d'une Europe très lâche dans ses Institutions et d'une simple zone de libre-échange. Alors à quelle conception de l'Europe vous rattachez-vous, si vous vous rattachez à l'une de ces conceptions ?

M. Le Pen : Il y a bien longtemps que j'ai fait connaître mon point de vue. Puisqu'aussi bien, pressentant quels étaient les moteurs de l'idée européenne, et sachant à l'avance, par leurs confidences ou par leurs écrits, qu'ils entendaient conduire un projet fédéraliste, j'étais hostile à cette Europe.

M. Colombani : Donc vous êtes plus proche de la conception britannique. Une zone de libre-échange ?

M. Le Pen : Oui disons cela, si vous voulez. Schématiquement, je suis en effet plus proche d'une conception qui pourrait à la limite aller jusqu'à la Confédération de l'Europe, c'est-à-dire des Europe qui préserverait les identités nationales, qui préserverait les souverainetés nationales, mais qui multiplierait les moyens de coopération chargés d'obtenir un climat de paix et de succès économique.

M. Colombani : Oui, mais vous disiez tout à l'heure droits de douane, et cette Europe là, elle est par essence libre-échangiste.

M. Le Pen : Oui.

M. Colombani : Donc, elle tend à supprimer les droits de douane. Comment conciliez-vous les deux ?

M. Le Pen : Je pense qu'en effet nous ne pouvons pas rester dans une Europe libre échangiste. D'ailleurs, si l'on compare la destruction des moyens de production français depuis 20 ans, on constate que cette courbe est tout à fait parallèle à l'évolution de l'Europe et à la fédéralisation de l'Europe.

M. Colombani : Oui mais, regardez ce qui se passe aujourd'hui ! On vit sous le régime du marché unique européen.

M. Le Pen : Absolument !

M. Colombani : L'amorce de reprise qui s'est produite, et qui devrait donner 3 % de croissance en France en 1995, disent les Experts, elle est tirée par l'exportation, et l'exportation française elle se fait principalement en Europe, donc grâce au marché unique. En quoi cela est-ce un handicap pour la France ?

M. Le Pen : Écoutez ! La Pologne fait 60 % de ses exportations avec le Marché Commun ; la Suède fait 60 % de ses exportations avec le Marché Commun. Si demain nous ne trouvions pas…

M. Colombani : Mais la France 40 % avec l'Allemagne…

M. Le Pen : … Pour une raison ou pour une autre dans cette Europe fédérale, car cette Europe fédérale implique la mort de la France, eh bien nous ferions du commerce avec cette entité économique, comme les autres pays. Nous ne mourrions pas de faim parce que nous ne serions plus dans l'Europe fédérale.

M. Colombani : Mais nous serions aujourd'hui spectateurs d'une reprise qui ne nous concernerait pas.

M. Le Pen : Mais ce n'est pas certain d'abord qu'il va y avoir une reprise, et je constate, et nous constatons, que cette promesse fallacieuse n'a pas réussi et ne réussira pas, de l'aveu même de ses promoteurs, à dégonfler le nombre des chômeurs. Peut-être même s'accommodera-t-elle de l'augmentation du nombre des chômeurs.

M. Colombani : Considérez-vous, comme Jacques Chirac, qu'il faut un nouveau referendum qui revienne éventuellement sur un referendum, donc sur une loi, un traité approuvé déjà par le peuple français il y a de cela peu de temps ?

M. Le Pen : Tout ce que l'on peut faire pour dégager la France de l'évolution néfaste de l'Europe fédéraliste doit être salué.

Monsieur Chirac s'aperçoit de cela en période électorale présidentielle, on sait que c'est le moment où il a les meilleures idées ! Mais, en fait, il a voté, lui, pour Maastricht. Nous, nous avons voté contre. Et nous nous sommes battus depuis des années contre cette dérive de l'Europe, aussi bien sur le plan national que sur le plan européen, au Parlement européen.

M. Colombani : Mais comment expliquez-vous, à ce moment-là, cette formidable capacité d'attraction de l'Europe telle qu'elle est et telle qu'elle se construit, avec sa prospérité auprès des Autrichiens, auprès des Finlandais, aujourd'hui auprès des Suédois ? Comment expliquez-vous cet engouement …

M. Le Pen : Eh bien ils peuvent commettre la même erreur que nous. D'ailleurs, quand vous parlez de formidable attraction, cette formidable attraction représente 51 % de notre corps électoral.

M. Colombani : Attendez… tous les pays…

M. Le Pen : Ce n'est pas exactement une formidable attraction.

M. Colombani : Je vous parle des autres. Vous voyez bien que tout le monde est candidat à entrer dans l'Europe, et que là l'Europe est en train de s'élargir à au moins 4 pays.

M. de Virieu : Même les Suisses qui ne peuvent pas y entrer, d'ailleurs.

M. Le Pen Parfaitement, mais quand elle sera élargie à 16, puis à 20, puis à 30, nous aurons refait la Fable de La Fontaine « La grenouille qui se veut aussi grosse que le bœuf », et nous aurons réalisé le rêve des Fédéralistes, à savoir le mondialisme. L'Europe sera devenue le monde, puisqu'il sera bien sûr question d'y faire entrer la Turquie, puis le Maroc, puis le Sénégal – vieille colonie française –, puis l'Algérie, et puis Israël, et puis le Pakistan, et puis le reste du monde !

M. de Virieu : Ah vous croyez que l'Algérie va rentrer demain dans la communauté européenne ?

M. Le Pen : Eh bien écoutez je crois qu'elle ne nous demande même pas l'autorisation. Elle ne passe pas par ce biais là, mais par le biais de l'immigration, puisqu'aussi bien M. Devedjian disait « Il va entrer un million d'Algériens bientôt en France, et je le dis, même Le Pen le dit, mais ce n'est pas parce que Le Pen le dit que je ne le dis pas ». Cela, ce n'est pas l'Europe qui va faire venir les Algériens en France, c'est la guerre d'Algérie, la deuxième guerre d'Algérie…

M. de Virieu : On parle, et vous parliez d'Algérie en tant qu'État bien entendu.

M. Le Pen : Bien sûr.

M. Colombani : Restons sur l'Europe deux minutes encore. Considérez-vous à ce stade aujourd'hui que les Français sont majoritairement anti-européens ?

M. Le Pen : Je le crois !

M. Colombani : Majoritairement prêts à vous suivre ?

M. Le Pen : Je pense que, s'il y avait aujourd'hui un referendum, il y aurait une majorité contre l'Europe fédéraliste.

M. Colombani : Alors dans ces conditions…

M. Le Pen : D'ailleurs, je pense que c'est ce qui fera qu'en toute hypothèse le candidat de la Gauche sera battu…

M. Colombani : Attendez !

M. Le Pen : … Surtout si c'est M. Delors qui incarne …

M. Colombani : Attendez ! Attendez ! Attendez ! Justement… justement…

M. Le Pen : … L'une des formes les plus néfastes de l'Europe.

M. Colombani : Justement, comment expliquez-vous que dans un contexte que vous décrivez comme hostile à l'Europe, la politique la plus populaire en France aujourd'hui soit M. Delors et qu'il soit immédiatement suivi en termes de popularité par un autre Européen, Édouard Balladur ?

M. Le Pen : Parce que ce sont les deux seuls dont on parle dans les médias. Si on parlait un peu des autres, si on donnait un petit peu la parole aux autres compétiteurs de la politique française, peut-être les Français pourraient-ils faire un choix ! Là, ils font un choix et vous pourriez d'ailleurs introduire le Prince Philip aussi, éventuellement, dans le concours. Il apparaîtrait, il sortirait aussi, lui, dans le sondage, oh, avec un bon chiffre… je ne sais pas ! 25 à 30 % d'opinion favorable pour le gouvernement de la France. Cela n'est pas déterminant. Ce sont les élections qui vont être déterminantes. Et là je crois pouvoir vous annoncer une grande surprise.

M. Colombani : Laquelle ?

M. Le Pen : Ah ! Et voilà ! Ce ne serait plus une surprise si je vous le disais (rires).

M. de Virieu : Alors, pourquoi vous croyez pouvoir l'annoncer ?

M. Le Pen : Mais parce que moi j'en connais les termes.

M. Colombani : Et vous allez aux élections comme ça, en annonçant les choses dans le brouillard ?

M. Le Pen : Non, pas du tout ! Au contraire ! J'espère avoir l'occasion…

M. Colombani : …Non, mais il serait intéressant de savoir l'objectif que vous vous assignez quand même ?

M. Le Pen : oui, je m'assigne l'objectif d'être élu Président de la République.

Ce qui veut dire que vous soyez présent déjà au 2ème tour, ce qui ne vous est jamais arrivé ?

M. Le Pen : Absolument, absolument ! Mais cela je pense que, Dieu merci, le RPR et l'UDF font et vont faire tout ce qu'il faut pour que cela soit possible.

M. Colombani : Le Conseil de l'Europe qui s'est réuni récemment, qui regroupe 33 pays européens, vient d'adopter une nouvelle convention qui est une convention qui est destinée à protéger les minorités. Et dans ces protections et garanties qui sont donc la règle commune pour ces 33 pays européens, il y a les droits à sa propre culture, la liberté de conscience, donc le droit de pratiquer sa propre religion, et l'on y ajoute une liberté linguistique qui est l'autorisation donnée aux minorités de s'exprimer dans leur langue vis-à-vis des autorités administratives du pays. Est-ce qu'à vos yeux cette convention doit être ratifiée par la France, puisque le problème va se poser dans les jours qui viennent ?

M. Le Pen : Oh, il y a un certain nombre de termes auxquels je souscrirais très facilement. Je ne suis pas sûr que le troisième terme que vous avez évoqué soit de nature à renforcer la cohésion et l'homogénéité des sociétés, dans la mesure où celles-ci sont nécessaires pour qu'elles vivent en paix.

Mais voyez-vous, je suis plus inquiet de la défense des intérêts bafoués, dans notre pays, de la majorité. Parce que je vois beaucoup de gens s'intéresser aux minorités et à leurs droits, et beaucoup de gens mépriser les droits de la majorité des Français dans leur pays. Alors je voudrais que les Français soient conscients de cela et qu'ils donnent le pouvoir dans le pays, pour faire les grandes réformes nécessaires, à celui qui défend précisément l'intérêt national majoritaire encore, mais pour combien de temps !

M. de Virieu : Merci monsieur le Président. C'était donc l'Heure de Vérité de monsieur Jean-Marie Le Pen, Président du Front National et candidat à l'élection pour le Président de la République.

Prochain invité, monsieur Alain Juppé, le nouveau Président du RPR, monsieur Juppé qui se trouve maintenant être à la fois le successeur de monsieur Chirac, est l'un des plus importants ministre du Gouvernement de monsieur Balladur.

Rediffusion cette nuit de l'Heure de Vérité de monsieur Le Pen sur France 2 vers 1 heure, et demain lundi à 11 heures sur TV5 Europe.

Dans 10 minutes, le Journal présenté par Bruno Masure. Bonne semaine à tous.

« Sans haine et sans crainte, la vérité, toute la vérité » – Jean-Marie Le Pen – 13 décembre 1994