Déclaration de M. Édouard Balladur, en hommage aux 3 policiers morts dans une fusillade causée par 2 tueurs à Paris le 4 octobre 1994, Paris le 7 octobre 1994.

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Circonstance : Fusillade dans la nuit du 4 au 5 octobre 1994 entre la police et deux jeunes tueurs (5 morts)

Texte intégral

C'est sous le signe de l'émotion et d'une profonde tristesse que nous sommes réunis ce matin pour honorer la mémoire de Laurent Gérard, Guy Jacob et Thierry Maymard, tombés victimes du devoir le 4 octobre.

Mes pensées vont d'abord vers leurs familles, vers leurs parents, leurs conjoints et leurs enfants.

Si nous sommes aujourd'hui rassemblés en aussi grand nombre autour de vous, c'est pour vous apporter, Mesdames, Messieurs, en mon nom, au nom du ministre d'État, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire, et du Gouvernement dans son ensemble, le témoignage de notre chagrin, de notre amitié, de notre solidarité.

Soyez assurés que la police nationale tout entière est à vos côtés pour vous soutenir et vous aider à surmonter la cruelle épreuve qui vous frappe, qui nous frappe, qui atteint la Nation.

Dans la nuit du 4 au 5 octobre, deux tueurs ont semé la terreur et la mort dans la capitale.

En cette nuit tragique, qui restera douloureusement gravée dans nos mémoires, trois policiers sont tombés, victimes du devoir.

Leur mort nous bouleverse et nous choque au plus profond de nos consciences et de nos âmes.

Face à un tel drame, le recueillement et la sobriété s'imposent à l'évocation des disparus.

Laurent Gérard, âgé de 25 ans, était gardien de la paix depuis 1992, après avoir effectué son service national comme policier auxiliaire.

Affecté au XIe arrondissement le 1er janvier 1994, il s'y était rapidement distingué par son dynamisme et son courage.

Le sous-brigadier Guy Jacob, âgé de 36 ans, était entré dans la police nationale en 1983.

Il avait servi au sein de plusieurs commissariats de police parisiens avant de réussir la spécialisation motocycliste ; il était en fonction à la compagnie motocycliste urbaine départementale du Val-de-Marne depuis le 16 juin 1988.

Ce fonctionnaire, disponible et compétent, était unanimement apprécié.

Sa compagne, elle aussi gardien de la paix, et lui avaient deux enfants, Laurent et Mélanie.

Thierry Maymard avait 30 ans ; entré dans la police nationale en 1986, il avait été affecté au XIe arrondissement le 1er octobre 1989.

Son épouse est, comme lui, gardien de la paix, il était le père de deux enfants, Christophe et Ludivine.

Volontaire et dévoué, il avait l'entière confiance de ses supérieurs.

Le pays tout entier, la police nationale, la préfecture de police, sont profondément meurtris par la disparition brutale de ces fonctionnaires exemplaires, à qui la République rend aujourd'hui un hommage solennel.

À leurs supérieurs, à leurs collègues, à leurs camarades, je voudrais dire la part personnelle que je prends à leur peine et leur apporter mon soutien.

Qu'ils me permettent d'avoir également une pensée pour le courageux chauffeur de taxi, monsieur Amadou Diallo, qui a trouvé la mort au cours de la fusillade, pour les deux gardiens de la paix blessés, Sébastien Bloudeau et Régis Decarreaux, à qui j'adresse mes sentiments de vive sympathie en leur souhaitant un rapide et complet rétablissement, ainsi que pour les autres malheureuses victimes de cette équipée meurtrière.

Qu'ils sachent que tout est mis en œuvre pour que l'assassin soit remis le plus rapidement possible à la justice et réponde devant elle de ses crimes.

Ceux qui portent atteinte à la vie des représentants de la force publique méritent l'application la plus sévère des lois.

Soyez assurés que le Gouvernement est plus que jamais résolu à donner à la police nationale les moyens qui lui sont nécessaires pour lutter plus efficacement contre la criminalité, avec le souci permanent de préserver la vie de ses fonctionnaires.

Les évènements tragiques du 4 octobre rappellent à tous ceux qui seraient tentés de l'oublier les risques quotidiens encourus par les policiers qui ont accepté, en choisissant cette carrière, d'exposer jusqu'à leur vie pour faire respecter, à toute heure et en tous lieux, les lois de la République et assurer la sécurité de leurs concitoyens.

C'est ce qui fait l'extrême difficulté du métier de policier, mais aussi sa noblesse et sa grandeur.

Je souhaite que chacun prenne conscience de ce qu'il doit à nos policiers. Je souhaite que ceux-ci sachent toute l'estime et la confiance que le Gouvernement et le pays leur portent.

La citation à l'ordre de la Nation, la croix de chevalier de la Légion d'Honneur, la médaille d'Honneur de la Police Française, la médaille d'or pour actes de courage et de dévouement et à l'initiative du maire de Paris ici présent, la médaille de vermeil de la ville de Paris décernées à Laurent Gérard, Guy Jacob et Thierry Maymard, qui ont été promus officiers de paix à titre posthume, manifestent notre reconnaissance et notre profond respect.

Ces marques symboliques n'épuisent pas pour autant la dette que la Nation a contractée à leur égard.

Au nom du Gouvernement, au nom de la police nationale et en mon nom personnel, je vous prie d'accepter, Mesdames, Messieurs, mes condoléances les plus sincères et les plus attristées pour vous-mêmes et pour vos enfants.

Me faisant, je le sais, l'interprète de toutes celles et de tous ceux qui vous entourent ce matin ou qui, n'ayant pu se déplacer, s‘associent par la pensée à cette cérémonie empreinte de tristesse, je puis vous affirmer que chacun, à la place qui est la sienne, aura à cœur d'assurer, à vos côtés, son devoir de fidélité, de solidarité et d'amitié pour vous aider à surmonter la douloureuse épreuve que vous traversez.

Ce sera le plus bel hommage que nous puissions rendre à la mémoire de ceux qui, pour assurer notre sécurité, ont fait leur devoir et l'ont payé de leur vie.