Texte intégral
Le Figaro : Quel est le sens de votre engagement sur la liste UDF-RPR aux élections européennes ?
Christian Jacob : J'ai milité pendant quinze ans au sein du monde agricole. Ayant atteint la limite d'âge pour rester au CNJA (Centre national des jeunes agriculteurs), J'avais décidé de revenir chez moi. Et puis, quand j'ai été sollicité pour figurer sur la liste de la majorité, j'ai considéré que je pourrais, après mon engagement professionnel, poursuivre mon parcours dans un cadre politique. On a trop souvent constaté la mainmise de la technocratie dans l'Union européenne. Le rôle des politiques doit être renforcé. Il y a des choses importantes à faire au Parlement européen, et le monde agricole à de formidables perspectives.
Le Figaro : Avez-vous pris votre carte du RPR ?
Christian Jacob : Selon les statuts du CNJA, je ne peux prendre aucune carte politique. Je me suis mis en congé du centre, et c'est le premier vice-président qui assume l'intérim jusqu'au congrès du 14 juin, au cours duquel sera élu mon successeur.
Le Figaro : Aviez-vous voté oui ou non lors du référendum sur le traité de Maastricht ?
Christian Jacob : À l'époque, nous avions décidé au CNJA de ne pas rendre public nos votes. Je ne vais pas le faire maintenant. Que j'indique mon choix, dans un sens ou dans l'autre, et je serai suspecté de récupération. De toute façon, le vote des agriculteurs lors du référendum sur Maastricht est connu.
Le Figaro : Pourquoi vous êtes-vous engagé derrière Dominique Baudis plutôt que derrière Philippe de Villiers ?
Christian Jacob : Il n'y a pas d'hésitation possible. On a trop souvent déploré le peu d'existence politique de l'Union européenne pour ne pas souhaiter changer les choses. L'Europe est une formidable puissance économique, mais sa puissance politique est quasiment inexistante, même si dans la dernière phase des négociations du GATT la France a lutté contre le dysfonctionnement des institutions européennes, en revalorisant notamment le rôle du Conseil.
Le Figaro : Vous pensez que le monde agricole votera plus en faveur de la liste conduite par Dominique Baudis que pour celle menée par Philippe de Villiers ?
Christian Jacob : Je le pense. Le clivage entre ceux qui avaient voté oui et non à Maastricht est dépassé. La majorité UDF-RPR veut démocratiser l'Union européenne et la rendre plus proche des citoyens. Les personnes qui figurent sur la liste de la majorité se sont également engagées à siéger effectivement au Parlement de Strasbourg, et Dominique Baudis a manifesté cette volonté en démissionnant de son mandat national sans attendre d'être élu à Strasbourg.
Je ne vois pas comment on peut voter pour une liste contre l'Europe. Il faut rebâtir l'Union européenne. En Bosnie, au moment des négociations du GATT, on a souffert du manque d'Europe et du peu d'unité politique au sein des Douze.
Le Figaro : Quels sont les dossiers sur lesquels vous comptez travailler ?
Christian Jacob : Nous avons besoin de nouvelles règles. À l'intérieur de l'Union européenne, les dévaluations – celles récemment de la lire, de la peseta, ou de la livre – créent de graves distorsions. Les céréaliers italiens par exemple, qui sont payés en écus, vendent aujourd'hui leur blé au même prix que précédemment, alors que les producteurs français de blé ont subi une baisse de 20 à 25 %. Voilà pourquoi je suis pour la monnaie unique.
Tout est à rebâtir
Entre l'Union et le reste du monde, il faut aussi de nouvelles règles communes. Au-delà du travail des enfants ou des prisonniers, les simples différences de salaires se traduisent par une importation de la misère. Le monde agricole est tout à fait prêt à accepter la concurrence internationale. Mais les normes sur la qualité des produits, les normes sanitaires pour le lait ou la viande, doivent être sur le marché européen les mêmes pour tous. Il faut également veiller à ce que le calendrier des importations de l'Europe ne déséquilibre pas nos marchés intérieurs.
Tout est à rebâtir. La réforme de la politique agricole commune arrive à son terme le 31 décembre 1995. Il faudra donc la repenser pour qu'elle soit mieux compatible avec le cadre du GATT. Parallèlement, la France devra s'engager sur la voie de la baisse des charges qui pèsent sur les exploitations agricoles, faute de quoi toutes les réformes au niveau de l'Europe ne serviront à rien.