Texte intégral
Communiqué de V. Giscard d'Estaing – 19 octobre 1994
J'ai reçu hier au soir une lettre du Premier ministre qui appelle une réponse réfléchie.
Autant je suis prêt à tout mettre en œuvre pour assurer l'unité et la cohérence de la majorité, autant je ne souhaite pas voir déplacer vers l'UDF la responsabilité de la mauvaise agitation politique actuelle, à l'origine de laquelle l'UDF, en tant que mouvement, n'a pris aucune part.
Lettre à M. Edouard Balladur, Premier ministre – 25 octobre 1994
Vous vous êtes adressé à moi, en tant que Président de l'UDF, pour me faire part de votre sentiment à propos de la cohésion de la majorité qui offre à nos concitoyens, selon votre expression, un spectacle qui les inquiète.
Je suis prêt à m'associer à votre réflexion, sans accepter pour autant qu'on déplace vers l'UDF des responsabilités qui ne sont pas les siennes.
La mauvaise agitation politique que vous déplorez, a deux origines.
La première est celle des affaires de corruption, qui font l'objet de procédures judiciaires en cours. Ni l'UDF, ni moi-même, n'ont fait à leur sujet d'autre déclaration que celle de souhaiter que la Justice aboutisse rapidement, et en toute indépendance, aux conclusions indispensables. Je maintiens ce point de vue. Le cancer de la corruption doit être extirpé de notre vie publique.
La seconde origine est celle des initiatives prises par certains membres de votre Gouvernement pour entraîner les formations auxquelles ils appartiennent dans des prises de position prématurées en faveur de candidats éventuels à l'élection présidentielle. Telle a été la situation créée par leurs interventions au cours des Universités d'été des mouvements de la majorité, initiatives et interventions dont la presse a abondamment rendu compte.
Le plus grand nombre des parlementaires qui y participaient ont su observer l'attitude de réserve que vous souhaitez.
De même, un de vos Ministres s'est livré à RTL, le matin du jour où vous m'avez adressé votre lettre, à de violentes attaques contre les responsables du RPR et de l'UDF, attaques qui, dans des circonstances comparables, avaient appelé un sévère blâme public du Président Georges Pompidou.
Au cours de cette période, les positions prises par les Présidents des Groupes parlementaires de l'UDF, par son Secrétaire Général et par moi-même, ont évité toute implication dans les querelles de personnes, et se sont efforcées, sans grand succès jusqu'ici, d'orienter le débat en direction des grandes options qui détermineront l'avenir de notre pays.
Conscient de cette situation, vous venez de faire auprès de certains de vos ministres, les rappels à l'ordre indispensables, et je m'en réjouis.
Vous souhaitez également me rencontrer, accompagné d'une délégation de l'UDF. Il est naturel que le Premier ministre puisse s'entretenir avec les dirigeants des mouvements qui composent sa majorité parlementaire des problèmes qui le préoccupent.
Je ne voudrais pas toutefois que cette démarche paraisse attribuer à l'UDF une part de responsabilité quelconque dans une agitation politique malsaine, à l'origine de laquelle elle est étrangère.
Aussi, fallait-il être assuré que votre rappel à l'ordre a été bien entendu de ceux auxquels il s'adresse, et qu'ils se conforment désormais, sous votre autorité, à l'attitude de réservé que vous leur demandez.
Je puis alors venir examiner avec vous, comme vous en exprimez le souhait, la manière de conduire, dans la dignité et la sérénité, le grand débat sur leur avenir, auquel les Français ont droit.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Premier ministre, l'assurance de ma très cordiale considération et celle de mes meilleures pensées et celle de mes meilleures pensées.