Déclaration de M. Claude Evin, ministre de la solidarité de la santé et de la protection sociale, sur l'importance de la recherche et l'évaluation de la qualité des soins dans les hôpitaux, Paris le 8 décembre 1988.

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Intervenant(s) : 
  • Claude Evin - Ministre de la solidarité, de la santé et de la protection sociale

Circonstance : Colloque "chercher pour agir", Paris le 8 décembre 1988

Texte intégral

Messieurs les présidents, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Je me félicite et je vous félicite de l'organisation par l'INSERM et la CNAMTS de ce colloque "chercher pour agir". Je sais que la CNAMTS et l'INSERM ont engagé depuis 1983 une coopération. Celle-ci a permis la réussite de plusieurs projets grâce à une démarche commune dans le respect des compétences de chacune des deux instances. Le système mis en place, avec une commission paritaire de concertation au plus haut niveau, un groupe technique mixte qui définit des actes de recherche communs, la co-présidence des sessions de ce colloque par un responsable de la CNAMTS et un responsable de l'INSERM, me paraît exemplaire.

L'INSERM a pour mission de développer les connaissances dans le domaine de la santé, assez traditionnellement, la recherche dans les disciplines les plus fondamentales y tient une place privilégiée. Je suis heureux de constater que le fait de contribuer pratiquement à l'amélioration de la santé de la population devient de plus en plus un de ses objectifs prioritaires. J'ai eu l'occasion d'en discuter avec son directeur général et je l'encourage vivement à poursuivre dans cette voie.

La CNAMTS a pour sa part pour vocation première d'assurer la gestion du système de protection sociale. Il est logique et heureux qu'elle ait aussi à cœur de favoriser les recherches qui peuvent contribuer à l'amélioration de la pratique médicale.

J'ai eu l'occasion d'insister déjà à plusieurs reprises sur l'importance que revêt à mes yeux la réunion, dans le même portefeuille ministériel, de la santé et de la protection sociale. Je sais que les Français sont extrêmement attachés au maintien et même à l'amélioration de notre système de protection sociale. D'autre part, l'intérêt de la population pour les progrès des connaissances dans le domaine de la santé est attesté par la place de plus en plus importante que prend la santé dans les médias.

Les Français considèrent qu'il est normal pour eux de bénéficier dans les plus brefs délais des retombées médicales de la recherche. On doit noter de ce point de vue que le développement par exemple des transplantations, la mise sur le marché des produits thérapeutiques dérivés de la recherche biologie moléculaire, ont été particulièrement rapides dans notre pays qui peut envisager un rôle de pointe en Europe en la matière. Mais ces progrès ont un coût qui sera à l'évidence croissant. Il est donc indispensable que le corps médical, avec l'aide des pouvoirs publics, n'introduise de nouvelles pratiques qu'elles soient diagnostiques ou thérapeutiques qu'après les avoir soigneusement évaluées. Il faut aussi et parallèlement évaluer en profondeur les pratiques médicales classiques pour pouvoir écarter sans hésiter celles qui sont désuètes, éviter les prescriptions redondantes, choisir la stratégie dont le rapport qualité prix est le meilleur. L'évaluation de la qualité des soins à tous les niveaux de l'activité médicale est, j'en suis de plus en plus persuadé, le seul moyen qui permette à terme de garantir aux Français un haut niveau de qualité de soins tout en préservant le niveau de protection sociale devant la maladie. Je pense, de plus, que cette réflexion quotidienne sur les raisons de prescrire est le meilleur moyen de revaloriser l'activité médicale, même routinière, en la rendant intellectuellement plus attractif pour tous : médecins hospitaliers et médecins libéraux, médecins spécialistes et médecins généralistes...

C'est pour cette raison que je suis en train de mettre en place un groupe de travail sur l'évaluation auquel je demande de définir dans les semaines qui viennent un dispositif permettant de susciter des évaluations, d'en faire connaître les méthodologies, d'en diffuser les résultats. Ce nouveau dispositif devrait probablement être très lié à l'INSERM et à la CNAMTS. Il devrait constituer le chaînon qui manque manifestement actuellement à côté du comité national d'évaluation.

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire – et je pense que ce colloque est un lieu privilégié pour le répéter – je tiens à ce que l'évaluation de la qualité des soins devienne une préoccupation centrale, et je l'espère un état d'esprit permanent, de l'ensemble des acteurs du système de santé. L'exemple du Sida dessine la place que pourront jouer dans cette évolution le ministère de la santé, les organismes de recherche, la CNAMTS et l'aiguillon que pourraient constituer les associations représentant en quelque sorte les consommateurs du système de soins.

Le choix des thèmes de votre réunion : diagnostic précoce et dépistage, transplantation, virologie-clinique, périnatalogie, vieillissement, apport de l'informatique médicale à l'aide de la décision, m'ont semblé particulièrement judicieux. Je pense que la plupart de ces thèmes mériteront d'être repris et amplifiés lors de vos prochaines réunions.

Je sais, en particulier, la part croissante, que vont prendre la dépense de sécurité sociale, la prise en charge des sujets âgés et celle des malades infectés par le virus VIH. Je suis aussi conscient du fait qu'un investissement important en moyens informatiques est nécessaire pour mettre en place dans les hôpitaux un système d'information médicale qui permette de comparer les modes et coûts de prise en charge entre services hospitaliers de la même discipline et aussi entre les hôpitaux publics et les cliniques privées.

Pour terminer je voudrais dire, sans trop jouer sur les mots, que si j'ai apprécié le titre que vous avez donné à ce colloque : "chercher pour agir", je ne souhaite pas que l'on croit que la recherche appliquée est ma seule préoccupation. Je suis, comme l'ensemble de ce gouvernement, persuadé que toute démarche de recherche à condition d'être bien conduite aura un jour ou l'autre des retombées pratiques. Je souhaite donc que se développe, parallèlement et fructueusement, la recherche fondamentale sans laquelle notre pays risque de devenir de plus en plus dépendant de l'étranger, le transfert de la recherche fondamentale aux applications pratiques en particulier avec l'industrie : c'est ce que j'appellerai "agir à partir de la recherche" et la recherche en évaluation de la qualité des soins pour aboutir à ce que j'intitulerai volontiers "réfléchir avant d'agir".

Je remercie tous les présidents de séance, tous les participants et je souhaite que votre colloque connaisse chaque année un succès croissant.