Déclaration de M. Claude Evin, ministre de la solidarité de la santé et de la protection sociale, sur la qualité humaine et professionnelle de l'accueil et des services des urgences, Nantes le 17 décembre 1988.

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  • Claude Evin - Ministre de la solidarité, de la santé et de la protection sociale

Circonstance : Pose de la première pierre du plateau technique au Centre hospitalier régional universitaire de Nantes le 17 décembre 1988

Texte intégral

Vous avez bien voulu m'inviter à poser la première pierre du plateau technique de l'Hôtel Dieu : c'est un honneur auquel je suis sensible.

Ma première rencontre avec les responsables des institutions sanitaires nantaises avait été, pour moi, l'occasion de vous dire le prix que j'attache à une authentique humanisation des hôpitaux et, notamment, à la qualité de l'accueil des malades.

En présidant, aujourd'hui, à l'acte de naissance du plateau technique des urgences du C.H.R.U. De Nantes, je marque la permanence de ma préoccupation et vous n'offrez l'occasion de vous préciser ma pensée sur cette fonction essentielle qu'est dans un hôpital, l'accueil et l'urgence. Je vous en remercie.

Toutefois, pour importante que soit, à mes yeux, cette question, je voudrais, au préalable, évoquer l'heureux aboutissement que constitue l'installation, sur un troisième niveau de ce plateau technique, de deux unités de l'INSERM.

Le fait que l'unité d'odontologie, dirigée par monsieur le professeur Kerebel, soit unique en France, qu'elle innove résolument dans la recherche sur les bio matériaux et les tissus calcifies est à souligner.

Il faut rappeler aussi, pour s'en réjouir, que l'unité sur les interactions cellulaires dans le cancer et les transplantations, diriges par monsieur le professeur Soulilou, fait autorité, qu'on lui doit la mise au point de traitement anti-rejets dans le domaine des greffes et que, de ses travaux, on peut espérer de nouvelles avancées dans des domaines aussi vitaux que la recherche sur les anticorps monoclonaux.

Tout ceci se passe à Nantes. Bravo à ces équipes de chercheurs et de cliniciens qui vont trouver, grâce à l'action déterminée des responsables hospitaliers, universitaires et politiques, des locaux fonctionnels des équipements et des liaisons logiques et immédiates avec les autres éléments – laboratoires notamment – du plateau technique. Adaptabilité en biologie.

Un pôle de recherche – original parce que lié organiquement a un centre de soins va ainsi pouvoir se développer en tant que membre d'un Gouvernement qui a fait de la recherche une de ses priorités, je ne peux que m'en féliciter. En tant que ministre chargé de la santé je veillerai à ce que la recherche médicale dispose des moyens dont elle a besoin. En tant qu'élu de cette région, ai-je besoin de dire mon profond désir de contribuer au renforcement d'un pôle de recherche à Nantes ? C'est l'un des gages de la réussite de demain, le rendez-vous de l'avenir, à ne pas manquer.

Je voudrais, maintenant, saluer le projet du plateau technique des urgences du C.H.R.U.

Une telle réalisation devrait constituer une référence d'autant plus précieuse qu'à l'évidence il y a un problème de l'accueil et des urgences, dans les hôpitaux, qui est difficile à résoudre.

L'opinion publique y est sensible. L'image de l'hôpital se fait ou se défait, en partie, sur sa capacité à accueillir et traiter les malades en situation d'urgence.

La première exigence en matière d'humanisation est, sans doute, là.

Or entre l'opinion publique et l'hôpital, il y a souvent malentendu à propos des urgences – pourquoi ?

Il faut, peut-être, relativiser d'abord cette notion. Quelle est la réalité ?

Environ 2 000 000 de personnes sont admises en urgence en France, chaque année. C'est selon les établissements, de 35 à 70 des hospitalisations.

Mais les urgences vitales strictes représentent moins de 10 % des entrées.

Environ 30 % des urgences sont ce que les spécialistes appellent des urgences "ressenties", souvent liées à des problèmes sociaux complexes, psychiatriques également. Relativement peu exigent des soins importants dans l'heure.

Il va de soi que les urgences graves sont prises en charge, grâce, notamment, à l'organisation médicale d'urgence – aux SAMU et SMUR.

Il reste que convergent vers l'hôpital de nombreuses demandes, qui doivent être accueillies avec le respect et l'attention due à une personne qui souffre et qui est dans un état anxieux c'est le cas, particulièrement, des personnes âgées dépressives.

Dans un état de choc physique et, souvent, plus encore moral, le malade et sa famille supportent mal de n'être pas assez informés, de trop attendre, prennent pour de l'indifférence le simple fait que le personnel, affaire, ne puisse s'arrêter, à tout instant, pour parler et rassurer.

L'architecture des locaux est capitale : leur distribution plus ou moins fonctionnelle, leur inconfort parfois, leur caractère impersonnel peuvent contribuer à accentuer le trouble du malade et la désorganisation de soins.

En dépit des immenses efforts d'investissements réalisé dans le domaine hospitalier depuis bientôt trente ans, il reste encore des établissements dont les locaux d'admission en urgence imposent au personnel des prouesses.

Dans son anxiété, le malade ne perçoit pas toujours celles-ci.

Et pourtant, il faut, pour le bon fonctionnement de cette "plaque tournante" qu'est un service des urgences, un personnel médical de qualité, disponible, un personnel paramédical expérimente un personnel administratif formé à la communication.

Je déplore, à cet égard, qu'en trop d'endroits, le choix ait été de faire reposer le fonctionnement des urgences sur des personnels médicaux et paramédicaux à qui l'on confie parfois une trop lourde responsabilité au regard de leur formation tant en ce qui concerne le prédiagnostic que les premiers traitements, voire la gestion de situations humainement difficiles.

L'organisation des urgences, enfin, et leur niveau d'équipement en imagerie et en laboratoires jouent un rôle déterminant dans leur efficacité.

Le plateau technique des urgences de Nantes trace, à cet égard, une voie prometteuse.

Procédant d'une analyse approfondie des réalités de l'accueil et de l'urgence, il traduit le souci d'y répondre par une organisation fonctionnelle tenant compte de la typologie des cas d'urgence.

Espaces et équipements sont distribués rationnellement. 

Il sera animé par une équipe médicale compétente et une surveillante générale expérimentée.

Je sais que la qualité de l'accueil est au centre des préoccupations des auteurs du projet.

Il reste, à mon sens, une condition à remplir pour réussir : mettre en place un centre de réception et de régulation des appels, autrement dit un centre 15. Il faut le faire. Je sais que votre conseil d'administration en a adopté le principe et je m'en réjouis. Je forme l'espoir que l'ensemble de la communauté médicale nantaise en comprendra l'importance pour le service à rendre à la population.

Il faut, enfin, éviter un écueil : la création du plateau technique des urgences, qui repose sur une analyse que je crois juste, ne doit pas déboucher, toutefois, sur la formule d'un "hôpital dans l'hôpital". La partie sera gagnée si une étroite coopération existe entre les services et le plateau des urgences. Le vœu que je forme, là, est essentiel, pour le bien des malades.

Mesdames et messieurs, je l'ai dit à plusieurs reprises au cours de non allocution, je suivrai de près l'expérience que vous tentez. C'est une des plus achevées au plan de la conception. Il sera donc très important d'en tirer tous les enseignements.

J'entends, en ce qui me concerne, mettre en œuvre, au cours de la prochaine année, un certain nombre de mesures incitatives en vue d'aider les hôpitaux à améliorer leurs services d'accueil d'urgence.

Les priorités que je retiens seront les suivantes :

1. – La qualité humaine de l'accueil

Nous rechercherons les moyens de mieux former les personnels médicaux, paramédicaux, administratifs notamment dans le domaine de la communication.

2. – La qualité professionnelle de l'accueil et de l'urgence :

Je veux faire étudier, immédiatement, les moyens d'affecter des personnels médicaux et paramédicaux (notamment aide anesthésistes) expérimentés aux services d'accueil et d'urgence.

Ceux-ci doivent être prioritairement pourvus en personnels qualifiés et ces derniers doivent bénéficier d'une carrière correspondant à l'étendue de leurs responsabilités et à la lourdeur de leur tâche.

Puisque nous entreprenons une réflexion sur les métiers à l'hôpital, voilà un bon exercice. Il y a sûrement un métier propre aux urgences, un métier complexe. À côté du nombre – relativement limité – d'urgences médicales graves, mais très absorbantes, il y a les multiples détresses de la vie quotidienne qui arrivent dans ce service, et qu'il faut savoir reconnaitre et traiter sous leurs mille visages !

3. – La qualité des locaux et des équipements

L'exemple du projet nantais est suffisamment parlant. Je n'y reviendrai que pour souligner ceci : le mélange des situations les plus diverses, l'exiguïté, les attentes plus ou moins longue d'examens doivent cesser.

Souvent, des aménagements simples peuvent déjà apporter des améliorations significatives. Parfois un effort d'équipement s'imposera. En tout état de cause, l'empirisme n'est pas acceptable au minimum l'existence d'un sas de choquage bien équipé est-elle indispensable ainsi qu'une circulation distincte de liaison avec le SMUR.

4. – La qualité de l'organisation est un aspect primordial :

Le tri des malades, avant toute attente, accompagne d'une première estimation du délai d'attente devrait être systématique.

Je l'ai dit, le développement des centres 15 doit permettre une meilleure gestion des urgences. Dans le même but l'articulation avec les SAMU et les SMUR me parait devoir être renforcée, et la participation des médecins libéraux à l'accueil des urgences devrait être rapidement mise à l'étude.

De très nombreuses questions sont encore soulevées par le problème du fonctionnement des urgences.

Elles appellent de la part des pouvoirs publics des réponses que j'entends bien apporter dans les prochains mois.

Je suis, à cet égard, certain que ce que j'ai appris aujourd'hui à Nantes m'aidera beaucoup lorsque j'aurai à prendre des décisions.

Mesdames et messieurs, je vous remercie de votre attention.