Déclaration de M. Claude Evin, ministre de la solidarité de la santé et de la protection sociale, sur la recherche dans l'industrie pharmaceutique, l'actylise en tant que nouveau produit et la commercialisation des médicaments, Paris le 29 mars 1989.

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Intervenant(s) : 
  • Claude Evin - Ministre de la solidarité, de la santé et de la protection sociale

Circonstance : Remise du prix Galien à Paris le 29 mars 1989

Texte intégral

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,

La remise de prix scientifiques a, entre autre, ceci d'intéressant qu'elle permet de déceler les grandes tendances du secteur considéré : le prix GALIEN ne déroge pas à cette règle puisqu'en effet les médicaments issus du génie génétique vont prendre une place de plus en plus importante. Le président du groupe BOHRINGER a fait, nous a-t-il dit un double pari scientifique et économique. La conduite des affaires de l'État s'accommodant mal des paris, je me contente pour ma part d'avoir deux volontés : celle de permettre une nécessaire et indispensable amélioration des soins et celle de pérenniser notre système de protection sociale.

Améliorer la qualité des soins, c'est, bien sûr, profiter du progrès technique. Je constate que la France dispose d'atouts non négligeables. La recherche publique, dynamisée de façon remarquable depuis quelques années travaille de plus en plus souvent avec la recherche privée. Et je tiens à rendre hommage à ceux qui estiment à juste titre anachronique la coupure entre recherche publique et privée et s'efforcent de développer des synergies entre elles.

Ces chercheurs, ces cliniciens que la France s'honore de compter parmi ses élites et dont certains noms ont été cités jouent un rôle essentiel et leur contribution à la mise au point de l'Actilyse ne fait que traduire l'importance de la médecine française dans le monde. Notre médecine justement réputée, le fait que notre pays soit le quatrième marché mondial du médicament et notre exceptionnel système de protection sociale doivent permettre à la France de jouer un rôle de premier plan dans l'industrie pharmaceutique mondiale. Ces faits sont connus mais je tenais à les rappeler.

Il est parfaitement compréhensible qu'une entreprise après avoir, je m'en doute bien, optimisé ses chances de succès, fasse des paris. Mais qui dit pari dit mécanisme aléatoire et il serait inconséquent de la part du Gouvernement de faire entrer une part de hasard dans la survie de notre protection sociale.

L'Actilyse est un remarquable succès pour la recherche et l'attribution du prix GALIEN en témoigne.

Sans vouloir ternir ces éloges, je ne peux m'empêcher d'évoquer ici un sujet de préoccupation autour de ce produit – sinon mon attitude ne serait pas cohérente –, je souhaite parler vrai : la supériorité de l'Actilyse sur les deux autres produits concurrents est discutée ; et d'ailleurs, une très vaste étude internationale va être entamée de façon à établir des comparaisons scientifiquement indiscutables. En attendant, je m'interroge, comme Ministre de la protection sociale, sur la légitimité d'un prix du produit considéré par des personnalités éminentes du corps médical comme prohibitif au regard des avantages prouvés par l'Actilyse sur les produits concurrents. Ce prix est libre. Il est donc de la responsabilité des industriels de savoir intégrer efforts de recherche, amélioration du service médical rendu et contraintes de la protection sociale, faute de quoi ce serait au Gouvernement de prendre ses responsabilités.

Je comprends les obligations qui pèsent sur les laboratoires, néanmoins, ce que je viens d'exprimer représente un enjeu décisif compte-tenu de l'importance des nouvelles spécialités qui seront disponibles au cours des prochaines années.

Je ne pense pas qu'un médicament soit un produit industriel banal et que les règles économiques qui lui sont appliquées doivent nécessairement être les mêmes que celles régissant le marché des voitures ou des téléviseurs. Les français ne veulent pas de cette protection là et les récentes informations données par des groupes d'assurance privée sur le SIDA montrent bien qu'il n'y a pas en France d'alternatives à notre organisation de la couverture du risque.

La compétition économique est un fait. Mais assurer la solidarité nationale est un devoir pour ceux qui ont la charge des affaires de l'État. Concernant l'industrie pharmaceutique et le médicament, une comparaison honnête entre pays doit intégrer et la réalité économique et les traductions concrètes de cette solidarité.

Je vous ai parlé franchement et c'est tout aussi franchement que j'adresse à nouveau mes félicitations au laboratoire BOEHRINGER pour son succès de recherche et mes plus vifs encouragements à la recherche publique symbolisée ici par l'INSERM et Monsieur le Professeur DUBERTRET qui dans le cadre de l'unité 312 de l'INSERM a mené des recherches très prometteuses sur le comportement de la peau humaine dans le domaine de l'allergie. L'étude des mastocytes au sein des chambres cutanées peut nous permettre des progrès significatifs dans la compréhension de diverses pathologies, des mécanismes de la cicatrisation ou du psoriasis.

Merci à vous tous pour vos efforts et vos découvertes effectués avec le souci de l'amélioration de la Santé Publique.