Interview de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national, à France 2 le 24 janvier 1999, sur la scission du Front national et sa stratégie face à Bruno Mégret.

Texte intégral

Emission « Polémiques » diffusée sur France 2 - Le 24 janvier 1999

Invité : Jean-Marie Le Pen

Michèle Cotta - Bonjour. Un congrès du Front national est réuni en ce moment même à Marignane, un congrès qui vient d'élire Bruno Mégret comme président. Y aura-t-il désormais deux fronts... deux mouvements à se réclamer du Front national ? Bruno Mégret a été début décembre l'invité de « Polémiques » Je recevrai tout à l'heure, et tout de suite même, Jean-Marie Le Pen que je vais interroger avec Paul Guilbert du FIGARO.

Le CSA, le Conseil supérieur de l'audiovisuel a dix ans. Neuf conseillers, trois désignés par le président de la République, trois par le président du Sénat et trois par le président de l'Assemblée nationale sont responsables de la régulation du secteur privé et public et non pas, comme ce fut le cas, avant 1982 le gouvernement. La liberté de l'information, la violence, la pub, les radios privées, les concentrations, tout cela dans la deuxième partie de ce « Polémiques ».

Alors première séquence, Jean-Marie Le Pen, le président du Front national. Jean-Marie Le Pen bonjour.


Jean-Marie Le Pen - Bonjour.

Michèle Cotta - Le congrès de Marignane se déroule en ce moment même où on attend que Bruno Mégret prenne la parole. Alors Bruno Mégret a été élu président et vous-même, vous avez été élu président honoraire. Alors, comment est-ce que vous prenez cette nomination ?

Jean-Marie Le Pen (président du Front national) - Oui mais je voudrais d'abord faire une remarque. Vous avez parlé du congrès du Front national à Marignane. Ce n'était pas un congrès et ce n'était pas le Front national parce que nous sommes dans un pays de droit et que, et un pays démocratique et la première condition de la démocratie, c'est le respect des lois et le respect des règles. Or, cette réunion s'est faite en dehors de tout respect des règles et ce n'est pas parce qu'on réunit 500 personnes ou 1 000 qui vous applaudissent et qui crient...

Paul Guilbert (LE FIGARO) - Venant de chez vous quand même ...

Jean-Marie Le Pen - Oui, oui, non, mais d'accord ... mais qui crient « Vive machin ! » que pour autant ce soit la démocratie et le Front national.

Michèle Cotta - La justice lui a donné le droit d'utiliser le Front national...

Jean-Marie Le Pen - Non, pas du tout. Monsieur « Coulons » qui était l'adversaire de monsieur « Creuvons » d'ailleurs ce jour-là, messieurs « Coulons » et « Creuvons » ont tiré des conséquences d'une demande de - comment dirais-je ? - d'intervention de la justice en référé. Il a simplement renvoyé au fond et comme c'est un de nos ennemis jurés, il a assorti cela de quelques pics particulièrement méchants mais sans efficacité juridique.

Michèle Cotta - Donc, vous vous sentez président honoraire de ce mouvement ou toujours président ?

Jean-Marie Le Pen - Écoutez, j'aime mieux être président honoraire que président des honoraires déjà mais, je laisse ce cadeau empoisonné à monsieur Mégret et à ses amis. Je n'ai pas besoin de leur considération. En revanche, j'avais besoin de leur fidélité, de leur loyauté et de leur honnêteté, ce qu'ils ne m'ont pas donné malgré les honneurs qu'ils ont reçus pendant des années et des années.

Paul Guilbert -

Si dans le discours qu'il prononce en ce moment à Marignane, monsieur Mégret vous propose une conciliation, est-ce que vous mettrez des conditions ? Qu'est-ce que vous répondrez ?

Jean-Marie Le Pen

- Non, ce n'est pas sérieux. On peut se concilier quand on a le respect de quelqu'un. Là, je n'ai pas de respect, ni le Front national, dont je suis le président élu à l'unanimité et pour trois ans et qui a derrière lui l'ensemble des groupes qui constituent l'encadrement du Front national.

Paul Guilbert - Comment se fait-il que le président que vous êtes a perdu sa fonction de rassembleur ? Comment cela s'est passé ?

Jean-Marie Le Pen - C'est un petit peu comme le mari, même parfait, qui s'aperçoit que sa femme s'en va, il n'y a pas forcément de...

Paul Guilbert - Il y a une raison à cela en général.

Jean-Marie Le Pen - Ce n'est pas forcément de sa faute. Les tribunaux d'ailleurs ... dans mon cas par exemple, moi, j'ai eu le divorce à mes torts ... à mes - comment dirais-je ? - avantages exclusifs et j'ai même obtenu des dommages et intérêts... c'est vous dire...

Michèle Cotta - C'est un lapsus !

Jean-Marie Le Pen - ... Par conséquent, il peut arriver que la justice considère que les uns ont raison et les autres ont tort et la vérité ne se situe pas entre telle thèse et telle autre.

Paul Guilbert - Mais s'il n'y en avait qu'un mais il y avait quand même beaucoup de monde à Marignane. Il y avait plus de 2 500 participants ... beaucoup de tables ... enfin ...

Jean-Marie Le Pen - C'est six fois ou sept fois moins de ceux que j'ai rassemblés moi à Versailles pour témoigner contre le traité d'Amsterdam il y a quelques jours. C'est moins qu'il n'y en avait avant-hier ou il y a trois jours à Paris à la salle Wagram. Cela ne veut rien dire que de réunir quelques centaines de personnes. Il y avait là, c'est vrai un ramassis d'aigris, d'ingrats, de gens qui sont fâchés de la place qui leur avait été faite et puis des agités qui en toute circonstance aiment bien quand ça change.

Michèle Cotta - Mais pourquoi... il ne vous arrive jamais de faire votre autocritique de temps en temps, Jean-Marie Le Pen ? On a dit, c'est le culte du mois, il est devenu adepte d'un système monarchique pour ne pas dire impérialiste...

Jean-Marie Le Pen - Écoutez, je n'ai pas changé de système. Ce système présidentialiste qui était celui du Front national et qui est d'ailleurs celui de la plupart des partis qui s'inspirent de la philosophie qui gouverne notre Ve République existait. Tous ces gens-là pendant des années ont été les hauts fonctionnaires du mouvement, les dirigeants du mouvement. Comment se fait-il que brusquement, ils aient découvert comme cela, comme je l'ai entendu hier, que j'étais un abominable ?

Michèle Cotta - Vous avez peut-être eu une dérive monarchique après tout !

Jean-Marie Le Pen - Quelle dérive monarchique ? Soyons sérieux ! Ces gens-là faisaient partie d'un bureau politique dans lequel ils étaient 12 ou 13. Ils avaient la possibilité de s'exprimer. Ce qui s'est passé, c'est pour cela que je dis que c'est un véritable complot, une conspiration, c'est que ce conflit en quelque sorte est resté secret jusqu'à son éclatement, ce pseudo...

Paul Guilbert - Vous n'avez rien vu venir...

Jean-Marie Le Pen - Si, on voyait bien qu'il y avait une tentative hégémonique d'une secte, d'un certain clan qui pratiquait depuis plusieurs années et mois le noyautage, l'intrigue ... mais, président du Front national, j'étais contraint d'essayer de maintenir cette unité, de ces courants, de ces familles etc. ce n'est que quand l'un de ces clans a débordé les limites que je lui ai signifié qu'il fallait s'arrêter là. Et, comme j'allais contre ce qu'il souhaitait à ce moment-là, ils ont déclenché leur putsch. Raté d'ailleurs !

Michèle Cotta - Tout de même, tant de cadres ... pourquoi tant de gens vous ont-ils abandonné ? Les services de sécurité tout de même, on les voit se rallier à Bruno Mégret depuis le début. Et votre propre directeur de cabinet sans oublier votre fille, une de vos filles.

Jean-Marie Le Pen - Écoutez, mon directeur de cabinet jusqu'à présent, est à l'hôpital depuis un mois et demi. Il n'a pas fait connaître son opinion. Il m'a beaucoup manqué car c'est un collaborateur remarquable. Ma fille si vous voulez, on va la tenir à l'écart de cela. Vous voyez, je ne suis pas méchant homme, je lui souhaite son 39e anniversaire aujourd'hui. Vous voyez que je ne suis pas un père indigne. Mais, il est évident que je suis un peu choqué de voir ma fille s'engager contre son père et de se laisser instrumentaliser à cause de son nom. Si elle avait été ... si elle portait le nom de son compagnon, cette chance ne lui serait pas laissée.

Paul Guilbert - Mais pourquoi tant de haine verbale, tant de violence de votre part d'ailleurs ?

Jean-Marie Le Pen - De ma part ?

Paul Guilbert - Oui. Par exemple, quelle valeur cela a pour vous d'attaquer le physique d'un adversaire ou d'attaquer son mental comme vous l'avez fait ce week-end ?

Jean-Marie Le Pen - Parce que c'est le jugement que l'on porte sur les gens. Voyez-vous, c'est simplement une question technique. Quand on veut... quand on aspire à devenir le chef d'un mouvement populaire, on doit avoir un certain nombre de qualités y compris physiques. C'est qu'il ne suffit pas de monter sur un escabeau pour être un grand homme et de la même manière...

Michèle Cotta - Oh, avec la télévision...

Jean-Marie Le Pen - Non mais ce n'est pas vrai ! Ce n'est pas vrai, on le voit bien ! Écoutez, il pourrait très bien être le chef d'un gouvernement, on en voit comme cela, il ne peut pas s'adresser à des masses populaires, il ne peut pas être le remplaçant de Jean-Marie Le Pen...

Paul Guilbert - « Excusez-moi, ça n'a pas gêné BONAPARTE...

Jean-Marie Le Pen - Oui, il avait un cheval, BONAPARTE. Oui. Mais je vous signale qu'à l'âge de Mégret, BONAPARTE était déjà à Sainte-Hélène.

Paul Guilbert - Enfin, il y a quelque chose de déplaisant ... je me demande ... ou bien vous provoquez volontairement mais le côté insupportable de l'attaque contre une personne physique ... est-ce que vous ne voyez pas que c'est ... c'est inacceptable ?

Jean-Marie Le Pen - Ce n'est pas une attaque, c'est une ironie ! Alors, si vous trouvez cela inacceptable, mon cher, il fallait trouver aussi inacceptable quand les caricaturistes me traînent véritablement quelquefois dans la boue au point que quelquefois, je suis obligé d'aller en justice, avec des dessins qui sont ignominieux, ignobles ... repoussants. Cela ne vous choquait pas à ce moment-là. Cela vous choque quand c'est Le Pen qui se défend.

Michèle Cotta - Enfin, vous avez traité tout de même de racistes Bruno Mégret et les siens, c'était avouer a posteriori qu'il y avait bien des racistes parmi le Front national ...

Jean-Marie Le Pen - Non, non ... c'est très précis. Cela se passe le 5 décembre au Conseil national où pour la première fois, je vois des gens essayer de m'empêcher de parler dans une instance du mouvement dont je suis le fondateur et le président, pendant plusieurs dizaines de minutes, me menaçaient, m'invectivaient et à ce moment-là, ils prennent à parti l'un de nos conseillers régionaux du Midi - n'est-ce pas - monsieur Stéphane DURBET (phon) qui est antillais, en lui disant « toi, fous le camp, sale négro ! ». C'est ce que je n'accepte pas. Et je dis, il y a ici, ic et nunc, il y a ici une minorité d'extrémistes et de racistes et on sait bien que le clan de monsieur Mégret et de ses amis se situe quand même à l'extrême droite bourgeoise, à l'extrême droite intellectuelle et ceci depuis 25 ans mais ils faisaient partie du Front national. Ils en étaient l'aile extrémiste.

Paul Guilbert - Donc parmi… dans l'ancien Front national, pour faire ... il va bien falloir faire une sorte de différence quand même entre les mégrétistes et les lepénistes. Vous croyez que le racisme est une ligne de fracture ?

Jean-Marie Le Pen - Non, je crois que ce sont les électeurs qui vont faire la différence. Il va y avoir un certain nombre de rendez-vous que je fixe d'ailleurs à Monsieur Mégret, en particulier les élections européennes, puisqu'ils ont commis le véritable crime contre le pays et contre le Front national de déclencher leur putsch, de créer ce trouble en pleine campagne électorale européenne et au moment où le Front national avait l'espoir légitime de passer la barre des 20 %.

Michèle Cotta - Mais est-ce que vous soupçonnez, parmi les différences entre Bruno Mégret et vous, est-ce que vous soupçonnez Bruno Mégret de chercher une alliance à droite, peut-être avec le RPR, peut-être avec Monsieur Madelin ? Est-ce que vous le soupçonnez de cela ?

Jean-Marie Le Pen - Écoutez, tous les dissidents des mouvements de droite nationale ont toujours fini comme supplétifs de la fausse droite, depuis 30 ans. Par conséquent, Monsieur Mégret qui a probablement agi en connivence avec certains milieux liés peut-être soit à l'Elysée ou à d'autres mouvements, qui doit recevoir sans doute des appuis extérieurs car je me pose encore la question, qui paie l'ensemble de cette propagande, ces congrès, etc. ces conseils ...

Paul Guilbert - Il est financé par des sources extérieures ?

Jean-Marie Le Pen - Je pense ...

Michèle Cotta - Par le président de la République, vous l'avez dit...

Jean-Marie Le Pen - Non, non, non, non ! J'ai parlé de cabinet de l'Elysée ...

Paul Guilbert - C'est pareil !

Jean-Marie Le Pen - Peut-être oui parce que cela coïncide. Les intérêts coïncident. Tout le monde parle actuellement de la possibilité qu'aurait le président de démissionner et de faire de nouvelles élections présidentielles et législatives. Or, il est évident que face à cette stratégie, Le Pen d'une part incarnant le Front national, c'est un os difficile à avaler et c'est presque une certitude de défaite pour le président qui se représenterait. Alors, il faut faire sauter l'obstacle et, je constate qu'il y a convergence. En tous les cas, peut-être coïncidence mais en politique, il n'y a pas beaucoup de coïncidence.

Paul Guilbert - Et est-ce que vous croyez que vos électeurs et surtout vos militants ont été toujours satisfaits ou sont toujours satisfaits de la balance égale que vous voulez tenir entre la droite et la gauche ? C'est-à-dire par un double refus de votre part ?

Jean-Marie Le Pen - Écoutez, il est possible qu'il y en ait qui soient mécontents mais je voudrais souligner que la droite et la gauche nous ont exclus du champ de la démocratie et de la République. Ce n'est -pas au départ nous qui avons eu cette démarche, encore que nous critiquions aussi sévèrement la droite que la gauche pour les échecs politiques qu'ils ont accumulés dans le traitement de toutes les grandes questions que ce soit le chômage, l'immigration, l'insécurité, on le voit maintenant, le fiscalisme, etc. Mais eux ont posé une condition - n'est-ce pas ? - d'exclusion totale contre le Front national. Voyez ce qui est arrivé à Millon. Le seul fait d'avoir reçu les voix d'élus démocratiquement désignés a suffi à le diaboliser et à le faire considérer comme un nazi.

Paul Guilbert - Vous avez peut-être une conception de la société et surtout un vocabulaire qui justifiait cette exclusion ...

Jean-Marie Le Pen - Je ne crois pas. Je ne crois pas. Je crois que la démocratie, c'est avant tout la liberté de l'esprit, c'est l'interprétation pour les hommes politiques élus de ce que pense et de ce que veut le peuple et il est certain que les 4,5 millions de voix que j'ai par deux fois obtenues aux élections présidentielles sont représentatives d'une partie importante du pays dont on ne tient pas compte, ni des volontés, ni des intérêts ...

Michèle Cotta - Tout de même, en maintenant la balance égale entre François Mitterrand à un certain moment...

Jean-Marie Le Pen - Non !

Michèle Cotta - Et la droite, est-ce que vous n'avez pas, vous, conforté à un certain moment le pouvoir de la gauche et n'est-ce pas cela que vos électeurs vous reprochent ?

Jean-Marie Le Pen - Écoutez, on dit beaucoup de choses qui sont fausses. La seule préférence que j'ai exprimée, ce n'était même pas une préférence, c'était plutôt une répulsion, c'était au deuxième tour des élections présidentielles quand j'ai dit de Jacques Chirac « il sera pire que Jospin », il a vérifié mon pronostic.

Michèle Cotta - On a l'impression que vous râlez, que vous tempêtez mais que vous n'avez pas de stratégie à opposer à celle de Bruno Mégret et que même d'une certaine façon, vous suivez les événements sans les déminer.

Jean-Marie Le Pen - J'apprends qu'il y a une stratégie de Bruno Mégret depuis trois jours, quatre jours. Car je l'ai vu à côté de moi pendant des mois et des années au bureau politique sans jamais exprimer ses pensées. Je vous rappelle d'ailleurs qu'il est au contraire le théoricien de l'alternative pas de l'alternance. C'est-à-dire le Front national progressant seul et contraignant le corps électoral, somme toute, à le rallier par-delà la tête des partis politiques. Il a changé. Il a laissé dire par exemple qu'il était l'initiateur de la politique qui a permis l'élection de Millon, de Blanc et d'un certain nombre de gens. Il y était totalement étranger mais il est assez habile pour se mettre sous l'arbre pour cueillir les pommes quand d'autres secouent le pommier.

Paul Guilbert - Est-ce que vous avez réellement envie du pouvoir ? Est-ce que ce n'est pas plutôt « après moi, le déluge » quand vous vous cantonnez dans votre position souvent provocante d'ailleurs ?

Jean-Marie Le Pen - Mon aspiration et ma revendication du pouvoir, croyez bien que je l'ai fait, que je le fais ... plutôt avec une angoisse considérable compte tenu de ce qu'est la situation du pays, de l'aggravation continuelle de sa situation, de sa perte de souveraineté et sa fusion dans une Europe informe, je me dis que ceux qui prendront le pouvoir sont des héros mais je pense que c'est le devoir de ceux qui pensent pouvoir apporter quelque chose à leurs concitoyens et à leur peuple de le faire. Je le fais par devoir. Je ne suis pas - je vous le dis vraiment du fond du cœur - poussé par l'ambition et je le regrette car c'est un moteur, c'est un turbo, quelquefois même comme dans certains cas, il vous ...

Paul Guilbert - Cela permet de prendre le pouvoir parfois !

Jean-Marie Le Pen - ... Il vous propulse au-delà même de la limite que vous vous étiez fixée.

Michèle Cotta - Est-ce que vous êtes tout de même plus provocateur ... on a l'impression que souvent, vous êtes plus provocante qu’autre chose. C'est la provocation qui vous use dans la politique.

Paul Guilbert -

C'est par nature ou par stratégie ?

Jean-Marie Le Pen

- Si j'étais invité couramment sur les médias, comme vous l'avez fait si gentiment aujourd'hui, je n'aurais pas besoin d'attirer l'attention. Mon raisonnement, mon programme, cela suffirait à m'attirer les masses populaires mais on fait l'inverse. On m'empêche de tenir des réunions politiques, on m'écarte pratiquement de l'audience médiatique. Alors, on ne retient d'un discours de deux heures et demie comme celui que j'ai fait l'autre jour à Wagram que la phrase relative à la taille de monsieur Mégret et qui était une boutade lancée devant 2.500 militants - cela les a d'ailleurs beaucoup fait rire - puisque lui ne trouve pas gênant de parler de mon âge, il n'y a pas de raison que je ne parle pas de sa taille. Cela fait partie de la bataille, de la polémique si vous voulez bien, comme votre émission est intitulée. Eh bien, on ne retient que cette phrase-là. On ne retient pas les phrases sur l'insécurité, par exemple, moi, j'aimerais beaucoup parler du problème de l'insécurité auquel est confronté le pays et qui va basculer dans l'innommable bientôt.

Michèle Cotta -

Alors, dernière question. Nous arrivons au terme de la séquence qui vous est consacrée. Donc, les européennes, finalement les sondages révèlent que le Front national divisé en deux fait peut-être plus de voix que le Front national tout seul. Est-ce que vous avez l'impression que vous ratissez plus large en étant deux ?

Jean-Marie Le Pen

- Je ne crois pas. Parce que, autant je crois que je ferai mieux que ce que les sondages m'accordent jusqu'à présent, autant je crois que monsieur Mégret sera probablement aux alentours de 1 ou de 2 % ce qui est généralement le score qu'ont fait tous les dissidents du Front national. Mais, ce que je crois, c'est qu’il est possible encore, d'ici 4 mois, il peut se passer beaucoup de choses, il peut se passer beaucoup d'événements, beaucoup de situations dramatiques. Et par conséquent, dans ce cas-là, je crois que nous pouvons atteindre le chiffre que j'avais fixé qui reste la barre des 20 %. Pour un Front national qui représente évidemment, celui dont je suis président, qui représente 90 ou 95 % des forces du Front national.

Paul Guilbert - Une dernière question, les élections régionales dans le département des Bouches-du-Rhône risquent d'être annulées.

Jean-Marie Le Pen - Oh, voilà une bonne question !

Paul Guilbert - Dans ce cas-là, les autres départements, les autres conseils régionaux des autres départements de la région PACA se réuniront pour élire un autre président.

Jean-Marie Le Pen - Non, non, non ...

Paul Guilbert  - Qu'est-ce que vous allez faire ?

Jean-Marie Le Pen -  Ah oui, d'accord, mais d'abord, il va y avoir un test là, très remarquable puisque c'est, dit-on, le fief de Monsieur Mégret alors que je sais qu'il est en minorité et ainsi qu'à Marignane, il y a plus de lepénistes que de mégrétistes dans le conseil municipal. La preuve, c'est que Madame Mégret, n'a pas pu tenir sa séance de conseil municipal à cause des abstentions, il n'y avait pas le quorum. Mais là, cela va être un bon test, dans le fief de Monsieur Mégret, dans les Bouches-du-Rhône, eh bien, on va bien voir entre Monsieur Mégret en tête de liste et Monsieur Susigny (phon) en tête de liste pour le compte du Front national, le vrai, on va bien voir quels seront les résultats. Avant les élections européennes, cela va être un test démocratique. Je suis ravi pour ma part, je serai ravi si le Conseil d'État annulait l'élection des conseillers régionaux des Bouches-du-Rhône.

Michèle Cotta - Juste ... je reviens un peu en arrière, vous avez dit « en 4 mois, il peut se passer beaucoup de choses » mais, qu'est-ce qui peut se passer qui change la situation ? Entre vous ?

Jean-Marie Le Pen - La situation de l'insécurité, quand les ministres ...

Michèle Cotta - Non, non, entre vous, entre Bruno Mégret et vous.

Jean-Marie Le Pen - Pas entre nous. Entre nous, cela n'a plus d'importance. Pour moi, la page est tournée. Ce n'est qu'un incident ce qui s'est passé, un incident comme l'entorse d'un skieur. On a soigné l’entorse, on va la bander et puis dans un mois, dans trois mois, on sera de nouveau sur les skis et dans la compétition au plus haut niveau.

Michèle Cotta - Jean-Marie Le Pen, merci.