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Pauvres, personnes âgées, malades, handicapés : à la veille des fêtes, le ministre des affaires sociales et de la… solidarité invite chaque Français à multiplier autour de lui les gestes d'entraide. Pour la troisième année consécutive, le ministre des affaires sociales et de la solidarité, Claude Évin, lancera ce jeudi 20, jour d'entrée dans l'hiver, la "Nuit de la solidarité". À la veille des fêtes période lors de laquelle toutes les formes d'exclusion (pauvreté, maladie, absence de statut, âge, handicap, etc.) se font plus insupportables, il invite l'opinion à multiplier des. initiatives d'entraide.
La Croix : Monsieur le ministre, pourquoi cette "Nuit de la solidarité" ?
Claude Évin : Pour mon premier Noël au ministère, en 1988, j'ai visité durant la même nuit une soupe populaire, un foyer d'accueil pour femmes seules, un asile pour clochards et sans-abri ainsi que SOS-Amitié. J'ai été frappé par l'importance de ces exclus, dans une société de plus en plus urbaine où s'estompent les anciens liens de solidarité. J'ai été revigoré aussi par les bonnes volontés que cette exclusion mobilisait. D'où mon idée de rendre plus visibles et les uns et les autres.
"Il ne suffit pas, pour être solidaire, de payer ses impôts"
La Croix : Cette "Nuit", située au solstice d'hiver, n'est-elle pas une réplique à la nuit de la musique, organisée au solstice d'été ?
Claude ÉVIN : Si vous voulez. La différence est que, pour participer, il faut d'un côté jouer d'un instrument, alors qu'on s'adresse de l'autre à 55 millions d'acteurs potentiels ! La nuit de la solidarité s'était limitée l'an dernier à des initiatives locales et à une circulaire de ma,part aux préfets et aux DDASS. Cette année, elle prendra une autre ampleur, avec la participation de 80 grandes associations nationales, allant de la Croix-Rouge à SOS Racisme.
La Croix : En démissionnant du RPR, Michel Noir a prétendu que "la France est malade". Pensez-vous également qu'elle souffre d'un "déficit" de solidarité ?
Claude ÉVIN : M. Noir se regarde le nombril et je souhaite qu'on en finisse avec cette forme de morosité ambiante. Si la France est malade, c'est surtout de son engourdissement intellectuel ! La solidarité est inscrite dans nos valeurs de référence, mais elle s'est institutionnalisée. C'est elle qui a justifié la création de la sécurité sociale puis celle du revenu minimum d'insertion (RMI), l'une des meilleures mesures prises par le gouvernement Rocard. Or cette solidarité ne relève pas que des textes et des lois. Il ne suffit pas, pour être solidaire, de payer ses impôts et ses cotisations sociale ! Il ne suffit peut-être même plus de verser de l'argent aux organismes caritatives.
La Croix : Alors, que faut-il faire ?
Claude ÉVIN : D'abord ré-apprendre à regarder autour de soi. Les télécommunications nous informent de ce qui se passe à l'autre bout du monde mais, une fois enfermé devant sa télé, l'homme moderne ne voit plus ce qui se passe à sa porte. Le RMI a bien mis en évidence cet aveuglement collectif, en faisant émerger des milliers de situations de détresse totalement cachées. Il faut, aussi comprendre, comme on va y insister sur nos affiches que la solidarité est affaire de temps donné. Savoir offrir de son temps et retrouver le geste d'entraide à l'égard du voisin:la personne âgée qui souhaite une visite, le chômeur qui ne sait pas remplir ses papier, le handicapé qui a besoin d'un accompagnateur pour aller au cinéma.
La Croix : La solidarité "médiatique", basée sur l'émotion immédiate et la simple collecte d'argent, nuit-elle à cette solidarité quotidienne et de proximité ?
Claude ÉVIN : C'est le risque. Aider les myopathes est nécessaire. Mais compte tenu du fonctionnement des médias, des solidarités paraissent plus nobles que d'autres. Il est plus facile de mobiliser l'opinion en faveur des enfants roumains qu'en faveur de clochards alcooliques bien français. La nuit de la solidarité vise justement à compenser ces déséquilibres. Verser son obole une fois par an pour une cause lointaine dispense trop souvent d'agir durablement à sa propre porte.
"Cantonner l'État dans un rôle de régulation"
La Croix : Dans un nouveau sondage CSA-le Parisien, 50 % des Français estiment que la pauvreté est le problème des pouvoirs publics. Appeler à ce sursaut de la solidarité individuelle, n'est-ce pas signifier l'échec de l'État ? N'est-ce pas avouer la faillite de la gauche, longtemps persuadée que la justice décrétée d'en haut suffirait à instaurer l'égalité ?
Claude ÉVIN : La justice institutionnelle ne peut pas répondre à tout. Il y a toujours eu au sein de la gauche un débat entre les partisans du tout. Il faut aussi comprendre, comme État promulguant ses décrets et les on va y insister sur nos affiches, que adeptes d'un partenariat entre le la solidarité est affaire de temps politique et la société civile. J'appartiens à cette seconde culture le "rocardisme" qui est devenue majoritaire à gauche, qui veut mettre en mouvement l'intelligence du plus grand nombre et qui cantonne l'État dans un rôle de régulation, y compris en matière de solidarité.
La Croix : Les récentes émeutes des banlieues montrent l'émergence, en France aussi, d'une "ville à deux vitesses". Parviendrons-nous à éviter le contre-modèle américano-britannique, dans lequel s'épient îlots pour riches et ghettos pour pauvres ?
Claude ÉVIN : Notre pays a jusqu'à présent évité cette dérive anglo-saxonne, grâce notamment à notre protection sociale et à notre principe d'intégration. Mais je vous accorde qu'il faut rester très vigilant.