Texte intégral
Mesdames les Présidentes,
Mesdames et Messieurs,
Je suis heureux d'ouvrir ici ce soir votre congrès mondial sur le parvis des droits de l'homme, auquel le Président de la République, Monsieur François MITTERRAND, a conféré sa vocation il y a 5 ans.
En ce lieu privilégie, il souhaitait que soient commémorés les évènements du passé de la France et du monde, qui ont constitué une avancée pour les droits, la liberté, la citoyenneté et la dignité de tous les hommes. Il souhaitait aussi que cette esplanade devienne le lieu naturel de manifestations qui se fixent, pour l'avenir, l'objectif de nouveaux progrès des Droits de l'Homme. Elle offre le meilleur des accueils possibles à l'ouverture du Xe Congrès mondial du handicap mental, que vous avez placé sous le signe de la pleine citoyenneté que la société doit à tous ses membres.
Je voudrais saluer tous les participants français et étrangers de ce congrès et les associations qui ont pris l'initiative de l'organiser. Depuis que j'ai pris mes fonctions, le dialogue entre les pouvoirs publics et le monde associatif, et notamment les associations de parents, n'a cessé de se développer.
Nous en savons assez maintenant, mes partenaires et moi, pour confirmer que nous regardons et les uns et les autres dans la même direction :
- avons une approche commune de la place de la personne handicapée dans la société ;
- nous avons un même objectif de qualité pour l'ensemble des services qui leur sont nécessaires ;
- nous avons aussi, je le crois, une claire conscience de la place que la France a déjà prise et du rôle qu'elle doit continuer de jouer en Europe et dans le monde pour promouvoir une politique généreuse, mais rigoureuse, du handicap.
1. Quelle place offrons-nous, quelle place voulons-nous offrir aux personnes handicapées mentales ?
Plus que les paroles, les actes que nous avons réalisés ensemble depuis deux ans illustreront la place nouvelle que nous donnons aux personnes handicapées :
- dans la solidarité nationale et locale ;
- dans la vie commune de la cité ;
- dans les droits qui fondent la reconnaissance même de la personne humaine.
Les personnes handicapées ont pris en effet une place prioritaire dans l'exercice de la Solidarité nationale et des solidarités locales. Le Gouvernement français s'est engagé, vous le savez, dans un effort substantiel et programmé pour mettre en place les services d'accompagnement, d'éducation et de soins qui permettront à chaque personne handicapée et à sa Les famille de trouver l'aide qui correspond à ses besoins. Les collectivités locales, qui ont reçu en partage il y a peu d'années de nouvelles responsabilités, participent également à cet effort très actif.
Je souligne que ces politiques répondent à une demande sociale profonde. Tous les élus savent que nos concitoyens perçoivent désormais avec acuité la nécessité impérative de consacrer une part accrue de nos efforts à ceux qui ne peuvent vivre sans le soutien actif de leurs familles et de leur entourage d'une part, ni souvent, sans compétente de professionnels et d'institutions spécialisées d'autre part. Je suis heureux que nous ayons résolument pris le parti de la solidarité.
La vie commune de la cité d'aujourd'hui, plus sans doute que la vie commune de la société rurale, intolérante aux faibles, à ceux qui ne savent pas, à ceux qui ne "peuvent" pas.
L'objectif que nous nous sommes fixés n'est pas le plus facile : intégrer le jeune handicape à l'école, l'adulte handicapé dans l'habitat ordinaire, et dans une activité de travail adaptée, nécessite beaucoup d'observation, de persévérance, d'ingéniosité, de souplesse. On n'est jamais sûr de n'avoir aidé ni trop ni trop peu.
La prise en charge institutionnelle est souvent nécessaire. Elle doit s'ouvrir aussi sur la vie.
L'objectif, c'est de mobiliser toutes les capacités, toutes les qualités grâce auxquelles l'enfant ou l'adulte établit ses liens sociaux, forge sa place dans la communauté, développe ses propres talents.
Ces principes, simples à énoncer, plus difficiles à vivre, nous avons essayé de nous en faire une règle commune. C'est en particulier en se fondant sur eux que nous avons, l'an dernier, consacré l'expérience des équipes les plus performantes et réformé le fonctionnement des établissements pour enfants handicapés.
C'est aussi en se fondant sur ces principes que nous examinons la cohérence des dispositifs de soutien financier : ces dispositifs doivent garantir une vie autonome, ils ne doivent pas inciter la personne handicapée à demeurer en milieu "surprotégé".
Enfin les droits de la personne handicapée ont été dernièrement précisés et reconnus, dans leur globalité, par la loi elle-même. Au-delà des dispositifs pratiques mis en place par des lois successives, il est important que la France ait défini le regard égal qu'elle porte sur les personnes handicapées et sur les autres, le refus de toute discrimination à l'égard des personnes malades ou handicapées, jusque dans les actes les plus banals de la vie quotidienne.
Je me félicite de la volonté unanime qu'ont manifesté les élus français, lors du vote de cette loi, de maintenir le respect dû à tous les hommes, en cette période où ressurgissent, en France et dans le monde, de dangereux mouvements d'intolérance que nous ne pouvons laisser se développer.
Ainsi la place de nos enfants et nos concitoyens handicapés se redessine peu à peu. Beaucoup reste aussi à faire. L'action des pouvoirs publics, familles et professionnels, demeure indispensable pour promouvoir la qualité du service rendu aux personnes handicapées.
2. Quelle qualité pour nos services ?
L'effort de solidarité nationale entrepris par le Gouvernement est tout autant qualitatif que quantitatif et financier. Les protocoles signés en novembre dernier par le Gouvernement avec les grandes associations combinent étroitement politique qualitative et politique quantitative.
Cette approche est à mes yeux indispensables. Je maintiendrai quant à moi le double objectif :
- satisfaction quantitative du besoin en service ;
- amélioration qualitative du service rendu.
C'est tout simplement la voie de la raison et de la rigueur : un service inadapté, de mauvaise qualité, qui ne mobilise pas assez la participation de la personne elle-même et de son entourage à la prise en charge de sa vie est un service inefficace, générateur de coûts sociaux inutiles.
J'en dirai de même du service trop réduit, qui laisse les difficultés matérielles, l'angoisse et la solitude envahir la scène : dans ce cadre, les situations se détériorent, le coût social à terme augmente.
Je suis particulièrement sensible au souci qui anime actuellement aussi bien les professionnels de terrain que les associations de familles mettre en place des instruments d'information, de mesure, de conseil, de recherche, d'évaluation sur la qualité des actions entreprises. La plupart des grandes associations se sont dotées de conseils scientifiques. Les chercheurs et les médecins sont plus que jamais sollicités. Leurs travaux sont aussi discutés et appréciés avec sérieux et mesure. Cette forme particulière de partenariat entre parents, gens de terrain et chercheurs me paraît particulièrement importante.
La recherche contribue aussi à modifier notre regard sur ce que j'appelle par habitude et commodité "le handicap".
La personne "déficiente" cesse d'apparaître comme un être figé. Nous la voyons susceptible de mobilisation et d'évolution.
C'est pourquoi j'attache beaucoup d'importance aux propositions qui m'ont été faite en vue d'une nouvelle classification de l'invalidité et du handicap, qui doivent être testées.
C'est aussi pourquoi j'attache beaucoup d'importance à la tenue régulière de congrès et de manifestations permettant un large échange de vue. J'attends beaucoup, pour ma part, d'échanges conduits dans cette optique de qualité et de progrès, à l'échelle mondiale au cours de votre congrès. Je suis satisfait que la France ait été choisie pour accueillir ce potentiel de réflexion.
3. Que peut apporter la France à la réflexion mondiale sur la prise en charge du handicap mental ?
Dans le domaine du handicap, la France n'a à rougir, je crois l'avoir montré :
- ni des conceptions renouvelées du handicap qui tendent à y prévaloir ;
- ni des instruments dont elle s'est dotée pour apporter une aide aux personnes handicapées ;
- ni des formes de partenariat qui se sont instaurées entre les pouvoirs publics et le monde associatif.
Dans ces trois domaines, la France a su développer des originalités propres. Permettez-moi d'en prendre quelques exemples concrets.
En cohérence avec notre perception affirmée de la personne handicapée comme citoyen à part entière, nous avons développé une conception française du travail protégé, considéré d'abord comme l'instrument d'insertion de la personne handicapée dans une communauté de travail. Loin de la "rentabilité" qui ne conviendrait guère, loin aussi de l'activité "occupationnelle", qui risque de confiner certains dans un statut de malade, un travailleur de CAT est d'abord un travailleur. Il gagne lui-même sa vie et peut jouir du produit de ses efforts. Il participe ainsi à une véritable intégration sociale.
Au chapitre des instruments législatifs d'ensemble, je mentionnerai, comme vous l'avez fait Madame WAHL, et bien qu'elle ait aujourd'hui 15 ans d'ancienneté, la loi française d'orientation sur les personnes handicapée. Cette loi a conféré durablement au dispositif de prime en charge du handicap sa cohérence d'ensemble. Son architecture intéresse encore nombre d'autres pays.
On ne cesse pas non plus, à l'étranger, depuis quelque mois, de me demander la "recette" de la loi de 1987 sur l'emploi des personnes handicapées, et plus récemment, la loi concernant les discriminations opérées à l'encontre des malades et handicapés dont je vous parlais tout à l'heure.
Nos dispositifs d'ensemble sont donc objet d'intérêt au-delà de nos frontières. Nous veillons à les faire évoluer.
C'est ainsi que les lenteurs et les lourdeurs des commissions qui statuent sur l'orientation et l'attribution de certaines prestations, les COTOREP, me sont trop souvent signalées. Nous avons apporté des améliorations partielles. Mais j'ai aussi demandé à mes services de réfléchir à des réformes plus profondes. Il faut à la fois accélérer et simplifier les traitements de données, et maintenir les garanties d'un examen sérieux, impartial, et "transparent".
Quant à la répartition de responsabilités entre associations et pouvoirs publics, elle résulte avec pragmatisme, de l'organisation d'un travail en commun. Ce partage est original : dans quels pays, les pouvoirs publics, en faisant tout à leur guise, prennent le risque de "déresponsabiliser" les personnes les plus directement intéressées à cette action. D'autres pays recourent à la seule initiative privée.
Mon expérience est qu'une répartition mieux équilibrée entre partenaires responsables renforce l'efficacité de l'action, garantit qu'elle reste orientée en faveur des plus démunis et confère une dynamique singulière à l'ensemble.
C'est pourquoi un dialogue régulier prendre sa place au niveau international entre les associations et les organismes gouvernementaux.
Des avancées peuvent se réaliser au niveau européen. La commission et les Gouvernements européens ont donné des signes de leur intérêt pour une politique commune du handicap. Des directives ont été adoptées. Des programmes comme le programme HELIOS ont été mis en place depuis plusieurs années.
La France, qui souhaite maintenir l'indispensable équilibre entre les avancées économiques et les avancées sociales européennes, est particulièrement attentive à la mise en place d'une politique commune du handicap. Il lui revient de faire part à ses partenaires européens de l'intérêt des méthodes de travail et de dialogue qu'elle a su instaurer avec les représentants des familles et des professionnels.
Dans la "boîte à idées" commune à tous ceux qui, de par le monde, ont à connaître du handicap, la France a donc quelques messages à glisser. Elle demeure également l'écoute très attentive de tous les progrès, de tous les savoir-faire que développent nos amis au-delà de nos frontières.
Rien n'aurait pu se faire ici, sans la précision médicale des Américains, sans le sens de la santé publique des Anglais, sans l'expérimentation sociale audacieuse des italiens, sans l'ingéniosité pratique des Suédois… Je ne peux énumérer l'apport de toutes les communautés nationales à notre démarche commune et à nos progrès communs. Que chacun sache toutefois combien les réflexions et les expériences les plus lointaines font l'objet d'une attention soutenue de tous. Les frontières ne font pas obstacle aux échanges d'idées et d'expériences.
Je suis certain que vous saurez mettre à profit pleinement les quelques journées qui s'ouvrent devant vous à Paris pour réfléchir ensemble à un accueil toujours plus ouvert à tous ceux qui souffrent d'un handicap mental. L'attention que nous portons à cette ouverture, ne l'oublions pas, a des retours gratifiants pour tous.
Bienvenue donc à tous les responsables associatifs, à toutes les personnalités qui participeront à ce congrès. L'hommage que doit la France à cette action est à la mesure de son attachement permanent aux progrès des Droits de l'homme, de tous les hommes.