Interviews de M. Robert Hue, secrétaire national du PCF, à Europe 1 le 2 septembre 1997, à RMC le 9 , dans "Le Parisien" du 12 (intitulée "Pas d'euro sans référendum"), à France 2 le 12 , et déclaration parue dans "L'Humanité" du 10 septembre, intitulé "Pour un renouveau des entreprises publiques", sur les privatisations d'Air France et de France Télécom, l'Europe, les réformes engagées par le gouvernement (fiscalité, protection sociale, temps de travail).

Texte intégral

Europe 1 – mardi 2 septembre 1997

J.-P. Elkabbach : Lionel Jospin déclarait dimanche à La Rochelle : « Nous avons commencé à rendre confiance aux Français. » C’est vrai ?

R. Hue : Un certain nombre de mesures prises par le Gouvernement depuis 90 jours, puisque nous sommes à 90 jours, eh bien…

J.-P. Elkabbach : Jour pour jour ?

R. Hue : Jour pour jour, eh bien vont dans le bon sens incontestablement, et pour les Français qui ont souhaité changer, mettre un terme à la majorité de droite et à sa politique, eh bien je crois qu’il y a effectivement, là, des choses qui vont dans le bon sens. Ce qui ne signifie pas qu’ils ne sont pas dans l’attente.

J.-P. Elkabbach : Et est-ce que vous avez confiance, personnellement, en lui ?

R. Hue : Je crois que la confiance dans un homme, au-delà des relations personnelles que nous avons et qui sont bonnes, tient aux engagements pris, aux faits, à la politique qu’il conduit. Je note qu’un certain nombre de dispositions qui sont prises vont dans un sens positif, et les Français d’ailleurs le ressentent comme ça. En même temps – et ça ne dépend pas seulement de Lionel Jospin – il y a d’immenses attentes. Et aujourd’hui, après une période de rodage, on va rentrer dans le vif du sujet.

J.-P. Elkabbach : Mais vous avez confiance en lui pour tenir ces engagements ou pas ?

R. Hue : Oui, j’ai a priori confiance. Et j’ai surtout confiance, dans la capacité qu’on a, ensemble, à mobiliser les citoyens pour mettre en œuvre cette politique.

J.-P. Elkabbach : La FEN et la FSU accordaient des bons points à Claude Allègre et Ségolène Royal au moment de la rentrée. Comment le PC note-t-il le Gouvernement ?

R. Hue : Je crois qu’il ne s’agit pas pour nous, chaque matin, de donner des bons points ou des mauvais points.

J.-P. Elkabbach : Mais après 90 jours ?

R. Hue : Mais je l’ai dit : il y a un certain nombre de dispositions qui ont été prises et qui vont dans le bon sens. Il reste que l’essentiel est devant nous aujourd’hui. Nous devons passer aujourd’hui aux grandes dispositions structurelles qui sont de nature à apporter aux Français les réponses qu’ils attendent. Sinon, là, les choses s’étioleraient, s’effriteraient.

J.-P. Elkabbach : Lionel Jospin à La Rochelle disait aussi : « Il faut réhabiliter la réforme, et il faut accepter l’idée d’un réalisme de gauche. » Est-ce que vous êtes des réalistes de gauche vous aussi, dans la majorité ?

R. Hue : Oui, il faut faire preuve de réalisme. Mais le réalisme, ce n’est pas précisément s’adapter au réel tel qu’il est. C’est le transformer. Le réel tel qu’il est, si on se contente de l’aménager, on continue la même politique. Ce qui n’est pas ce qu’on a choisi de faire, et ce n’est pas ce que le Gouvernement et sa majorité ont décidé de faire. Cela veut dire qu’aujourd’hui, « le réalisme de gauche », c’est avoir le courage de renverser un certain nombre de dispositions qui, en fait, freinent le progrès social, freinent l’investissement des entreprises, freinent les changements possibles, freinent l’intervention des salariés et des citoyens.

J.-P. Elkabbach : Je peux prendre un exemple : il paraît que Don Quichotte disait à Sancho Pansa qui devait former un gouvernement : « Faites des réformes pragmatiques, mais qui soient applicables et effectives. » Est-ce que Robert Hue parlerait comme Don Quichotte ?

R. Hue : Mais bien sûr qu’il faut des réformes qui soient applicables ! Si une réforme par nature n’est pas applicable, elle ne transforme pas les choses. Donc il convient de prendre des dispositions. Et là, il y a des choix très clairs sur lesquels on s’est engagé, et notamment…

J.-P. Elkabbach : On y arrive : Air France.

R. Hue : Attendez, je vais parler d’Air France, d’accord. Mais de faire contribuer les revenus du capital, et ne plus aujourd’hui toucher seulement au travail. Cela, ce sont des choses sur lesquelles il faut avancer.

J.-P. Elkabbach : Le ministre des transports Jean-Claude Gayssot, Sylvain Attal le rappelait tout à l’heure, a confié à l’Humanité de ce matin que pour Air France il ne veut « ni privatisation, ni statu quo. » Est-ce que cela veut dire que c’est un blocage du PC ?

R. Hue : Non. D’abord, Jean-Claude Gayssot, quand il dit : « ni privatisation, ni statu quo », il est fidèle aux engagements pris par les communistes et les socialistes dans leur déclaration commune, où sur un certain nombre d’objectifs, nous avons dit : il faut stopper. Et là, c’est un engagement pris, clairement énoncé, il faut stopper la privatisation. J’ai lu attentivement ce que dit mon ami Jean-Claude Gayssot, il dit : « ni privatisation, ni statu quo. » Et ça, c’est important.

J.-P. Elkabbach : Cela veut dire que vous êtes d’accord pour ouvrir le capital d’Air France ?

R. Hue : Il y a la nécessité de ne pas laisser Air France en l’état. Il y a une concertation qui a été engagée, elle doit se poursuivre. Jean-Claude Gayssot parle d’un débat qui doit s’approfondir encore. Il convient effectivement d’ouvrir… Il faut imaginer une mixité dans cette entreprise, différente de celles que l’on a pu préconiser. L’essentiel, c’est que cette entreprise ne soit pas privatisée précisément.

J.-P. Elkabbach : Est-ce que ce n’est pas une réponse de caractère idéologique et politique ?

R. Hue : Non, je ne crois pas du tout.

J.-P. Elkabbach : Mais il y a des engagements d’Air France avec la Commission de Bruxelles, 20 milliards…

R. Hue : Aujourd’hui, il y a un redressement qui pointe dans la gestion d’Air France, c’est dans le cas d’une entreprise, d’une compagnie nationale.

J.-P. Elkabbach : Dans la perspective de la privatisation, en tout cas de l’ouverture pour des alliances internationales…

R. Hue : Mais pourquoi ne pas imaginer que l’on peut trouver, je répète, en dépassant le statu quo, des dispositions qui permettent à Air France, sans être privatisée, d’être très compétitive, de pouvoir passer des accords internationaux, et être fidèle aux engagements pris.

J.-P. Elkabbach : Mais il faut une évolution du statut ?

R. Hue : Quand on dit « ni statu quo », c’est une évolution du statut.

J.-P. Elkabbach : Donc, à votre avis, il faut le voir comme une ouverture plutôt qu’un blocage ?

R. Hue : Écoutez, l’interview de Jean-Claude Gayssot aujourd’hui dans l’Humanité est une ouverture, c’est évident. Et il n’y a pas la volonté de blocage. D’ailleurs, sur l’ensemble des dossiers, je crois que le ministre communiste propose à chaque fois, avec équilibre, des choix. C’est important. Tenir des engagements, ne pas privatiser, mais faire évoluer un certain nombre de choses.

J.-P. Elkabbach : Est-ce que Christian Blanc est un bon patron pour Air France ?

R. Hue : En tous les cas, il a des résultats. Personne ne demande le départ de Christian Blanc. En tous les cas, ce n’est pas ce matin mon propos.

J.-P. Elkabbach : Et je cite au passage que M. Delebarre, qui a une mission sur l’avenir de France Télécom, disait-il y a quelques jours : « L’ouverture du capital, ce n’est pas la privatisation. » Vous êtes d’accord sur cela ?

R. Hue : C’est clair que, en tous les cas, il faut respecter l’engagement de ne pas privatiser.

J.-P. Elkabbach : Il y avait aussi une phrase de Lionel Jospin à La Rochelle : l’État n’avait pas la vocation à régenter la société ni à corseter l’économie. Vous êtes d’accord ?

R. Hue : Bien sûr. Il ne faut ni un étatisme qui a échoué – il a échoué ici, et il a échoué ailleurs –, ni en fait le tout marché, ni la rentabilité financière poussée à outrance. Il y a là une transformation sociale à imaginer en France qui est une voie différente. Une sorte de troisième voie.

J.-P. Elkabbach : Il y a d’autres dossiers : les 35 heures. Ce n’est ni pour demain, disait Martine Aubry, ni pour dans cinq ans. Ni précipitation, ni retard. Quel délai souhaitez-vous pour la mise en route des 35 heures ?

R. Hue : Je pense qu’il faut aller vite. L’idée de ne pas précipiter les choses est certaine mais quand on entend qu’il y a eu certaines notes qui parlaient de l’an 2000 : non. Il y a la nécessité d’aller vite pour la bonne raison que si on ne va pas vite vers ces 35 heures sans diminution de salaire, on n’apportera pas les réponses qu’on s’est promis d’apporter en matière d’emplois par exemple.

J.-P. Elkabbach : Vite, c’est quoi ?

R. Hue : Vite, c’est très vite prendre des dispositions pour une loi-cadre. Il me semble que dès la conférence salariale des semaines qui vont venir, eh bien il convient que cette question soit au cœur du débat avec les partenaires sociaux et que l’on avance très vite. Naturellement, il convient de tenir compte de la situation des entreprises. L’idée d’une loi-cadre n’impute pas le même traitement pour toutes les entreprises.

J.-P. Elkabbach : C’est-à-dire une longue négociation ?

R. Hue : Il convient de négocier par secteurs. Il y a des secteurs où l’on peut aller plus loin que les 35 heures. Et d’autres où il faut tenir compte des aides nécessaires pour faire face.

J.-P. Elkabbach : Sans oublier que la France est le pays où le temps de travail est le plus bas et le chômage le plus élevé.

R. Hue : Cela aussi, c’est très discutable.

J.-P. Elkabbach : Annuellement.

R. Hue : Les moyens en la matière, c’est quelque chose à manier avec précautions.

J.-P. Elkabbach : Pour la conférence des salaires et des emplois, quelle est la priorité du PC ?

R. Hue : Il n’y a pas une priorité, il y a des priorités. Il y a d’une part l’idée de ces 35 heures sans diminution de salaire. Et puis, il y a aussi l’idée d’un relèvement du pouvoir d’achat. Vous vous souvenez que je demandais que le Smic augmente plus nettement, les retraites également. Je proposais les minima sociaux. Cela a été insuffisant dans un premier temps. Aujourd’hui, il faut aller plus loin en la matière.

J.-P. Elkabbach : M. Jospin souhaite un consensus républicain sur l’immigration. Est-ce que de votre part, il l’aura ?

R. Hue : Le PC est favorable à un véritable débat qui permette une nouvelle politique de l’immigration. Pour nous, la logique de cette démarche implique – je l’ai dit et je veux le répéter ici – un réexamen de l’ordonnance de 1945 qui n’est plus adaptée. Mais je veux réaffirmer que le PC a dit combien l’abrogation des lois Pasqua-Debré était nécessaire. Il reste que dans le projet de loi relatif à l’entrée et au séjour des étrangers en France inspirée par Patrick Weil, il y a des choses intéressantes avec des avancées – je l’ai dit – indéniables, des ouvertures sur le droit du sol, sur le droit d’asile. Tout cela doit être complété. Aujourd’hui, c’est un avant-projet. Il y a la nécessité de compléter. Il va y avoir le débat au Parlement, les communistes vont apporter leur contribution. Je prendrai un seul exemple : le droit du sol. Je vois bien qu’il y a une avancée et moi, je pense qu’il faut, dès la naissance, que la nationalité s’exprime avec le droit du sol. Ce sont des débats qu’il faut conduire. De même que sur le droit d’asile. Il reste la lutte contre les filières d’immigration illégales : là, je crois qu’il faut être très fermes, très forts et très précis.

J.-P. Elkabbach : Donc, moyennant quelques modifications lors du débat, le PC votera ?

R. Hue : Voyons le texte.

J.-P. Elkabbach : A priori ?

R. Hue : S’il y a effectivement la mise en avant de ces avancées avec la prise en compte du débat parlementaire, bien sûr.

J.-P. Elkabbach : Que répondez-vous à ceux qui déclarent ou chuchotent que les principales difficultés du Gouvernement Jospin viendront moins de la droite que de ses alliés de gauche, donc de vous ?

R. Hue : Les communistes ont décidé de participer au Gouvernement. Ils n’ont pas décidé cela contraints et forcés.

J.-P. Elkabbach : Mais pour longtemps ?

R. Hue : Oui, nous nous inscrivons dans la durée. Pour transformer tout ce qu’il y a à transformer dans cette société. Il faut du temps, et nous voulons y contribuer, nous voulons que cela réussisse. Nous voulons aussi que soit prise en compte l’attente des Français et leur intervention est bien nécessaire.


RMC : mardi 9 septembre 1997

P. Lapousterle : L’opposition dit en chœur que le départ de Christian Blanc est une victoire de votre parti. Est-ce que vous considérez que la crise qui a opposé le Gouvernement et le PDG d’Air France est le fruit de votre vigilance et de votre influence ?

R. Hue : C’est tout simplement le respect des engagements pris de la part du Premier ministre, du Gouvernement et naturellement dans le cadre des propositions faites par le ministre communiste, Jean-Claude Gayssot. Avec Air France, nous avons assisté à une formidable campagne d’intox.

P. Lapousterle : Intox ?

R. Hue : D’intoxication. L’idée de trouver les capitaux nouveaux indispensables et nouer des alliances internationales qui devrait impliquer obligatoirement la privatisation a été le leitmotiv. C’est du dogmatisme total ! C’est faux, bien sûr. Et le Gouvernement a refusé de céder à cette campagne et je me félicite de cette démarche.

P. Lapousterle : Si le Parti communiste n’avait pas été là, est-ce que le Gouvernement et Lionel Jospin auraient été tentés de privatiser Air France à plus de 49 % ?

R. Hue : Je pense que le Parti communiste joue un rôle dans cette majorité plurielle. Il a sa spécificité. Il entend marquer son identité nettement et je crois qu’il le fait. Et à partir de là, il y a des prises de position du Gouvernement, naturellement, qui tiennent compte de l’opinion du Parti communiste. Vous savez, dans les mesures gouvernementales qui ont été prises dans ces 100 jours, lorsque 22 milliards sont prélevés sur les bénéfices des sociétés privées plutôt que sur les ménages, on voit là un peu d’inspiration communiste naturellement. Pour Air France, il s’agit de la même chose. Il reste que nous sommes tout à fait conscients du danger qui existe de ce que les prises de participation, de capital, puissent mener à une privatisation rampante. Et d’ailleurs de ce point de vue, il faut explorer toutes les possibilités. On peut imaginer des apports de capitaux nouveaux sans privatisation. Des possibilités existent d’appel à des capitaux publics qui ne soient pas d’ailleurs des capitaux d’État. On voit bien que l’ouverture au capital privé s’amorce dans un contexte de guerre économique. Je crois qu’il faut introduire toutes les clauses nécessaires pour maintenir la maîtrise publique.

P. Lapousterle : À ce propos, le Gouvernement a tranché pour France Télécom. Le 20 octobre, le tiers du capital sera vendu. C’est la plus importante cession jamais connue en France. Est-ce que vous diriez, comme Édouard Balladur, que cette décision va dans la bonne direction ?

R. Hue : Écoutez, si Édouard Balladur dit cela, il faut tout de suite s’interroger. C’est ce que je fais. Il est bien clair que j’ai dit qu’il fallait résister au dogmatisme de la privatisation, qu’elle soit énoncée ou rampante. Eh bien, concernant France Télécom, je dois dire que je vois là une situation différente de celle d’Air France, parce que chaque entreprise publique a sa spécificité. Je pense que toutes les possibilités n’ont pas été explorées.

P. Lapousterle : Pour France Télécom ?

R. Hue : Absolument et je veux le dire ce matin. Toutes les possibilités n’ont pas été explorées. Et je dis attention aux recettes budgétaires vite trouvées, aux prises de participation au capital qui, comme dans d’autres périodes, ne seraient que des rustines budgétaires et qui nous feraient abandonner un peu vite des parties essentielles de notre patrimoine. France Télécom est une entreprise qui fonctionne bien, qui a des perspectives, je crois qu’il faut être très vigilant quant à ces engagements et à ce qui est annoncé actuellement.

P. Lapousterle : Vous allez lutter politiquement pour que le Gouvernement revienne sur cette décision ?

R. Hue : En tous les cas, il y a une décision qui est prise mais tout cela participe d’un débat entre ceux qui sont dans la majorité, au Gouvernement, avec les citoyens, avec les salariés. Il y a là à écouter l’opinion publique.

P. Lapousterle : À propos de débat, le gouvernement Jospin fête ses cent jours et vous appartenez à la majorité plurielle. Est-ce que le débat a bien fonctionné dans la majorité plurielle ? Est-ce que vous êtes satisfait de son fonctionnement depuis cent jours ?

R. Hue : Je crois qu’il y a un véritable débat au sein de la majorité et au sein du Gouvernement. Mes amis qui sont dans le Gouvernement en attestent. Cela va dans le bon sens.

P. Lapousterle : Et le bilan du gouvernement Jospin est bon ?

R. Hue : Comme les Françaises et les Français qui, par leur vote, ont décidé de ce changement, les communistes sont satisfaits naturellement d’un certain nombre de dispositions qui ont été prises, en même temps qu’ils manifestent des attentes fortes, comme les Français eux-mêmes. Pour nous, il est bien clair que nous ne voulons pas nous comporter en censeurs sourcilleux et distribuer des bons ou des mauvais points mais en même temps, nous voulons contribuer à améliorer les projets. Nous disons les choses avec franchise et lorsque cela ne va pas dans le bon sens, nous sommes là pour rappeler la position qui est la nôtre. Il reste que les Français semblent satisfaits de façon globale de ces premiers mois, les enquêtes d’opinion en attestent. Il semble que nous avons connu les heures de rodage. Il faut maintenant passer à une autre vitesse. Il faut innover, rapidement innover et prendre des mesures, faire des réformes profondes, structurelles.

P. Lapousterle : Un brin d’impatience ?

R. Hue : Pas d’impatience mais attention à ne pas en rester à un regard purement comptable sur la situation, à savoir qu’il y a une conjoncture meilleure qu’on ne l’attendait à droite comme à gauche. Parce qu’il y a une conjoncture meilleure, qui tient d’ailleurs pour l’essentiel à l’extérieur, il ne faudrait pas oublier qu’il y a des mesures structurelles à prendre et qu’il faut les prendre vite sinon on n’aura pas les moyens de notre politique.

P. Lapousterle : Vous êtes au milieu de vos journées parlementaires à Nanterre. On a entendu des responsables critiquer la position du parti. Est-ce que vous avez l’impression que cela peut mettre en danger la position du parti et est-ce que votre sentiment est que la ligne du Parti communiste est menacée ?

R. Hue : Je ne crois pas du tout ! Il y a, aux journées parlementaires, naturellement, des débats.

P. Lapousterle : C’est tellement nouveau au PC qu’on n’en a pas l’habitude !

R. Hue : Il est très important de voir que le Parti communiste est dans une mutation profonde et que la diversité s’exprime comme une richesse – et le dernier comité national du Parti communiste peut en attester. La fête de l’Humanité, qui se tient dans quelques jours à La Courneuve, sera un très grand succès du rassemblement, de la mutation communiste, de l’orientation choisie par 80 % des communistes en juin dernier qui ont choisi qu’on participe au Gouvernement de la France et à la majorité. Il faut maintenant, sans en rester à une réflexion qui n’inspirerait pas la critique quand c’est nécessaire, avancer dans le bon sens.

P. Lapousterle : C’est que le Parti communiste est comme la majorité, pluriel ?

R. Hue : C’est important d’être pluriel.


L’Humanité : 10 septembre 1997

Nous refusons, quant à nous, a précisé Robert Hue, de céder à la pression des dogmes du libéralisme selon lesquels il n’y aurait de salut et d’efficacité que dans les privatisations. Et on peut faire observer que c’est justement le rejet des conséquences des politiques ultralibérales menées depuis des années qui s’est exprimé en mai-juin derniers dans le vote des Français. Est-ce à dire que les communistes, aveugles et sourds aux bouleversements des réalités internationales, de la mondialisation, à la gravité de la crise et à la violence de la guerre économique, comme aux exigences des transformations technologiques, à l’ampleur des besoins de financement, camperaient sur des positions figées ?

Non. Nous connaissons la brutalité de la concurrence internationale, les effets de la déréglementation, le poids des marchés financiers.

Mais justement, c’est parce que nous voulons que la France puisse affronter ces réalités, et non pas les subir, que nous sommes convaincus qu’il y a besoin d’un secteur public puissant, dynamique, moderne.

Certes, on nous objecte parfois que la nationalisation, la propriété de l’État n’est pas en soi la garantie d’une politique progressiste, différente, pour l’emploi, pour le progrès social. Et c’est vrai. Les salariés des entreprises concernées peuvent en témoigner. Mais, à l’opposé, la privatisation, elle, s’inscrit totalement dans la soumission aux impératifs de rentabilité des marchés financiers, avec à la clé les réductions d’emplois, la précarisation, les délocalisations, l’ignorance de l’intérêt national.

Dans quel sens s’inscrit donc notre réflexion ?

Nous pensons que, en tout état de cause, il faut que la puissance publique, et à travers elle, la nation, garde la maîtrise des grandes orientations, des stratégies de secteurs essentiels à la vie du pays, à sa place dans la compétition internationale. Un grand débat est ouvert sur les conditions du développement de ces atouts que sont pour notre pays les grandes entreprises publiques, notamment dans les secteurs des réseaux, immergés dans les turbulences de la concurrence et confrontés aux besoins de coopérations internationales et de cofinancement.

Partant de là, une formidable campagne d’intoxication est lancée : « Trouver les capitaux nouveaux indispensables, et nouer les alliances internationales nécessaires devrait obligatoirement conduire les entreprises publiques à la privatisation. »

Eh bien, ne craignons pas de l’affirmer : c’est faux.

Prenons le cas d’Air France : le gouvernement, en refusant la privatisation prônée par Christian Blanc, a décidé de ne pas céder à cette campagne. C’est bien. Et nous nous félicitons du rôle joué dans ce sens par le ministre communiste appelant au respect des engagements pris.

Donner acte de cela au gouvernement ne conduit pas à l’aveuglement. Des pressions continuent à s’exercer – y compris dans des milieux proches du pouvoir – pour une privatisation rampante dont le premier acte serait une large ouverture du capital au privé.

Les syndicats qui dénoncent de tels projets et alertent sur le danger qu’une ouverture, même limitée, conduise en fin de compte à la privatisation – et c’est ce que vient de dire pour la CGT son secrétaire général, Louis Viannet – sont parfaitement dans leur rôle. C’est, s’ils ne tenaient pas ce langage que ce serait anormal.

Pour ce qui nous concerne, nous sommes tout à fait conscients de ce danger.

Plus même, nous pensons que l’on peut concevoir une réponse aux exigences objectives – donc incontournables – d’apports de capitaux nouveaux et d’alliances internationales non seulement sans privatisation, mais aussi sans être obligatoirement contraints d’accepter des prises de participation de capitaux privés dans l’entreprise publique conduisant à sa privatisation progressive.

Des possibilités existent en effet – que l’on s’est, jusqu’à présent, refusé à explorer sérieusement – d’appel à des capitaux publics qui ne soient pas des capitaux d’État, et d’accès au crédit à moyen et long terme dans des conditions nouvelles.

En même temps, nous n’ignorons pas que les réformes nécessaires pour permettre de tels financements n’ont pas encore été engagées. Nous ne pouvons refuser de voir les engagements pris antérieurement et les conditions de réalisation d’alliances internationales dans le contexte actuel de « guerre économique ».

On ne peut donc exclure que l’ouverture du capital qui s’amorce comporte une part d’ouverture à du capital privé. Mais là encore, nous refusons l’intoxication intéressée à laquelle on se livre dans certains milieux. Il existe une multitude de possibilités juridiques, de clauses à introduire dans les accords conclus – notamment quant à la nature des actions, obligations, et quant aux pouvoirs de décision donnés ou non aux différentes parties prenantes – qui, couplées avec des droits nouveaux réels pour les salariés de l’entreprise, peuvent limiter le danger et créer un rapport de forces permettant d’orienter l’entreprise non vers une privatisation progressive, mais vers un développement nouveau dans l’accomplissement de ses missions de service public et de progrès social.

Et, au-delà du cas d’Air France, je veux souligner que, selon moi, l’on doit – par-delà tout dogmatisme, par-delà tout présupposé idéologique coupé des réalités – tenir compte de la spécificité de chacune des entreprises concernées. Faut-il prendre – pardonnez-moi l’expression – « pour argent comptant » l’affirmation selon laquelle la solution pour France Télécom serait la mise sur le marché boursier de 20 % ou davantage de son capital ? Je dois vous dire franchement que je ne le crois pas. Et France Télécom est précisément l’une des entreprises auxquelles je pensais tout à l’heure en évoquant les possibilités de solutions autres que la privatisation rampante. A-t-on exploré pleinement ces possibilités ? Et surtout, ne faut-il pas les explorer maintenant pour éviter de prendre des décisions qui pourraient être graves pour l’avenir ? Je le pense. Et sans doute pouvons-nous agir en ce sens.

En tout état de cause, il y a besoin d’un débat sérieux, ouvert, sans autre a priori que le développement des entreprises publiques concernées. Et les solutions à trouver dans ce but impliquent, nous le pensons, la nécessité de rompre avec les dogmes de l’ultracapitalisme et d’imposer des critères d’une efficacité sociale nouvelle.

Des avancées dans cette direction seraient en outre un apport de la majorité nouvelle portée au pouvoir en France en affirmant sa volonté de commencer à l’extraire en Europe de la logique de « guerre économique ».

C’est un vaste chantier. Il appelle un travail considérable. On peut compter sur les communistes pour y prendre toute leur part, avec beaucoup de détermination et d’esprit novateur, avec toutes celles et tous ceux qui le souhaitent.


Le Parisien : 12 septembre 1997

Le Parisien : Alain Bocquet, le président du groupe communiste à l’Assemblée, estime que les choses étaient plus claires quand le parti était dans l’opposition…

Robert Hue : Ce qui est clair, c’est que les communistes ont été consultés. À 80 %, ils ont décidé d’aller au gouvernement, conscients des difficultés, décidés à être porteurs des interrogations, des inquiétudes, des attentes populaires. Dans un esprit constructif : pour que cela réussisse. Sept ans après l’effondrement du mur de Berlin, il arrive que l’on m’interroge encore sur l’utilité, la fonction du PC dans la société. Eh bien, la réponse est là !

Le Parisien : Dans le dossier Air France, Jospin vous a fait un cadeau…

Robert Hue : Il ne s’agit pas d’un cadeau, mais du respect des engagements pris, et de la recherche de solutions efficaces à des problèmes éminemment complexes. Je me félicite du rôle positif joué par le ministre communiste des transports, Jean-Claude Gayssot. À présent, au-delà de la formule « ni privatisation ni statu quo », il faut déboucher sur des solutions neuves, y compris, si c’est inévitable, avec une ouverture du capital. Mais avec des clauses strictes empêchant que la recherche de la rentabilité pour ces capitaux prenne le pas sur le respect du public et des services à lui rendre.

Le Parisien : Ce que le PC accepte pour Air France, il le refuse à France Télécom.

Robert Hue : Chacune des grandes entreprises publiques est un cas spécifique. La situation de France Télécom n’est pas celle d’Air France. C’est pourquoi j’ai dit que, dans ce cas-là, je ne pense pas que la mise sur le marché de 20 % du capital est « la » solution.

Le Parisien : Vous avez beau dire, le PC donne l’impression de faire le grand écart sur cette question…

Robert Hue : Absolument pas ! Nous portons des propositions prenant en compte l’immense complexité des situations, avec une orientation claire : préserver et moderniser le service public dans toutes ses dimensions, y compris sociales. Rien n’est jamais complètement noir ou blanc. Nous n’avons pas de réponses définitives à tout, en toutes circonstances. Il faut travailler, réfléchir. On parle de « réalisme de gauche ». Je suis pour un réalisme qui ne se contente pas de s’adapter aux situations. Il faut faire bouger les choses dans le bon sens, et non s’y soumettre.

Le Parisien : Sur quels thèmes le PC compte-t-il se faire entendre en cette rentrée ?

Robert Hue : Il y a, d’abord, l’emploi des jeunes. Et, plus généralement, la nécessité d’agir efficacement pour créer de vrais emplois pour tous. Cela implique des aides aux PME-PMI et des moyens pour les collectivités locales. Si on veut que les communes s’engagent, il faut leur donner ces moyens. Quant aux PME-PMI, elles forment le tissu profond de la France : j’y suis donc très attaché. Nous serons également très actifs pour faire aboutir une vraie réforme de la fiscalité et du crédit, pour contribuer à améliorer sensiblement, sur la base du projet existant, la future loi sur l’immigration. Et aussi pour obtenir l’instauration de droits nouveaux pour les citoyens. Certes, nous le savons, tout ne peut pas être fait tout de suite. Mais nous sommes dans une phase où, tout de suite, il faut engager des mesures structurelles fondamentales.

Le Parisien : Approuvez-vous le projet de hausse de la CSG ?

Robert Hue : La CSG n’est pas notre tasse de thé ! C’est vers une tout autre réforme du financement de la protection sociale qu’il faudrait avancer. En tout état de cause, il serait inadmissible que les revenus des spéculations financières soient épargnés, et que les retraités ou les bénéficiaires d’aides sociales soient pénalisés.

Le Parisien : On a le sentiment d’une profonde méfiance des communistes à l’égard de leurs « cousins » socialistes…

Robert Hue : Communistes et socialistes, nous sommes différents. En même temps, nous avons une longue histoire commune. Évidemment, les communistes ne veulent pas que se reproduisent les erreurs des années quatre-vingt. Les interrogations et inquiétudes des militants à ce sujet, je les trouve naturelles. En même temps, comme le soulignait un sondage récent publié par votre journal, n’oublions pas que 63 % de l’électorat communiste exprime des attentes fortes et, en même temps, se dit « satisfait » de la situation actuelle. Il ne s’agit pas de « méfiance » ou de « confiance » : nous avons simplement à vivre dans la diversité notre identité propre pour avancer vers une réponse positive aux attentes des Français.

Le Parisien : Le PC peut-il continuer à refuser l’euro, alors que le processus est déjà enclenché ? Vous êtes en complet décalage avec le PS !

Robert Hue : Notre opposition à l’euro est fondée sur un constat : les critères de Maastricht et le pacte de stabilité imposent des contraintes qui pénalisent dépenses sociales, emploi et croissance. Ne tournons pas autour du pot : le pacte de stabilité organise l’austérité à perpétuité, en hypothéquant notre souveraineté. Le débat, à nos yeux, n’est donc pas clos. Il doit avoir pour objectif, comme l’indique la déclaration commune PS-PC que nous avons signée ensemble, de « réorienter la construction européenne vers une Europe sociale de progrès, de paix et de sécurité ». On est loin du compte. Et j’ajoute que, en dernière instance, ce sont les Français qui devront avoir la parole. Nous demandons l’organisation d’un référendum pour que les électeurs donnent, au moment de la décision, leur opinion sur ce dossier capital.

Le Parisien : Et si vous n’obtenez pas de référendum ?

Robert Hue : Pourquoi refuserait-on aux Français le droit de se prononcer ? Les partisans de la marche actuelle à l’euro craindraient-ils le verdict du suffrage universel ?

Le Parisien : Que pensez-vous de la « méthode Jospin » ?

Robert Hue : Incontestablement, le Premier ministre a adopté une méthode de gouvernement appréciée des Français. Cela dit, c’est une remarque plus qu’un conseil, il faut veiller à ce que chaque projet gouvernemental n’apparaisse pas comme définitif, et à ce que le Parlement – et, au-delà, les citoyens – joue pleinement son rôle.

Le Parisien : Qu’attendez-vous de la conférence sur les salaires ?

Robert Hue : Le CNPF et ses dirigeants sont déjà, c’est clair, en ordre de bataille pour faire obstacle à toute avancée sociale, notamment sur les salaires et la réduction du temps de travail ! Nous, nous devons répondre aux attentes des Français. Il y a urgence à relever le pouvoir d’achat et, en premier lieu, les bas salaires et les petites retraites. Attention à ne pas avoir une vue comptable de la situation ! Si nous tombions dans ce travers sous prétexte que la conjoncture est un peu meilleure, cela nous conduirait à oublier que les transformations nécessaires ne peuvent se faire qu’avec des réformes structurelles fortes.

Le Parisien : Peut-on augmenter les salaires en réduisant le temps de travail ?

Robert Hue : Oui, c’est possible. Mais, si on attend trop pour les 35 heures sans réduction de salaire, il n’y aura aucun effet sur l’emploi. Donc, il faut, là aussi, aller vite et fort. Et je souhaite que Lionel Jospin écoute les Français plutôt que des technocrates toujours sous l’emprise des dogmes de la pensée unique !


France 2 : vendredi 12 septembre 1997

B. Masure : Est-ce que vous êtes un communiste aussi heureux que le soir du second tour ou est-ce qu’il vous reste quelques couleuvres en travers de la gorge ?

R. Hue : Oui, mais. Heureux parce que nous avons contribué avec la majorité de notre peuple à battre la droite mais en même temps, aujourd’hui, nous voulons être porteurs des attentes urgentes et fortes qui s’expriment. Voilà, nous sommes heureux donc, mais en même temps porteurs des attentes importantes de notre peuple de celui qui a conduit la gauche à cette victoire.

J.-M. Carpentier : Prenons un exemple, pour mesurer ce bonheur avec votre ami, le ministre J.-C. Gayssot : vous avez totalement changé de position en acceptant l’entrée de capitaux privés dans Air France. C’était la première fois pour le PC. D’ailleurs cela flotte un peu car en même temps vous refusez la même chose pour France Télécom.

R. Hue : Nous sommes pour un secteur unique en France, dynamique, fort, moderne. Il faut bien voir les choses : l’expérience montre que ce n’est pas 100 % d’étatisation qui donne la garantie de l’efficacité sociale. En même temps, nous ne voulons pas de privatisations – cela est clair – qui, elles, sont vraiment l’ouverture aux marchés financiers et à la spéculation. Nous ne voulons pas de cela.

J.-M. Carpentier : Alors pourquoi oui à Air France et non à France Télécom ?

R. Hue : D’une part Air France, ce n’est pas du tout la privatisation. Il y a cette ouverture qui est avancée. Elle tient compte de la situation spécifique de cette entreprise. Une situation où Air France a été déficitaire. Il a fallu une recapitalisation de 1 milliard à Air France. Ce n’est pas du tout la même situation à France Télécom. C’est pour cela que je dis qu’il y a des situations spécifiques en fonction des entreprises publiques. Et à France Télécom, je ne pense pas que mettre 20 % sur le marché boursier du capital soit une bonne chose. Alors je suis clair, net et précis. Vous voyez, j’entendais tout à l’heure quelqu’un qui évoquait la privatisation à France Télécom. Surtout pas. Là, l’ouverture du capital se pose dans des conditions complètement différentes d’Air France.

J.-M. Carpentier : Vous dites que vous êtes précis. Pourtant certains députés communistes disent que vous n’avez pas une ligne politique claire. Est-ce qu’il n’existe pas le reproche, là, de sacrifier les idées du PC pour adhérer au réalisme de gauche de Lionel Jospin ?

R. Hue : Non, voyez-vous, les communistes ont décidé dans leur écrasante majorité qu’on participerait au Gouvernement de la France. Nous contribuons donc à ce Gouvernement dans l’esprit d’ouverture que vous savez. Et en aucun cas, nous entendons gommer notre identité. Cela est bien clair. Il est évident pour nous qu’aujourd’hui cette identité doit s’exprimer dans le Gouvernement. D’ailleurs, elle s’exprime avec force. J’ai la faiblesse de penser qu’un certain nombre de mesures qui ont été prises au Gouvernement sont appréciées des Français. Je pense notamment au fait de prélever 22 milliards sur les profits des grandes sociétés plutôt que sur les ménages. Je retrouve là une idée des communistes. Quand il y a des dispositions qui sont prises, comme par exemple, la création d’emplois-jeunes qui soient de vrais emplois, pas de petits boulots même si cela doit être aménagé, il y a là des choses qui sont imprégnées de la démarche communiste. Et c’est ce que nous allons faire dans le Gouvernement. Nous voulons porter notre idéal communiste de justice sociale, notre idéal de progrès humain et en aucun cas gommer – encore que personne ne nous le demande d’ailleurs – notre identité.

J.-M. Carpentier : Vous ne vous sentez pas flou comme vous le reproche certains de vos amis ?

R. Hue : La ligne du PC est claire, offensive. C’est bien net. Les congrès du PC, ces dernières années, ont fait le choix d’une mutation, d’une modernisation, d’un parti ouvert sur la société et sur le monde. Nous sommes fidèles à ce choix. C’est le mandat que j’ai et donc cette mutation nous allons la poursuivre dans l’esprit offensif qui est celui aujourd’hui de servir le mieux possible notre peuple. C’est cela notre ambition.

J.-M. Carpentier : Vous restez le patron du PC ?

R. Hue : Personne ne le conteste.