Interview de M. Claude Evin, ministre de la solidarité, de la santé et de la protection sociale, à Antenne 2 le 10 mars 1991, sur l'euthanasie et la question du protocole thérapeutique, sur la procréation médicale assistée et sur l'affaire des cigarettes Chevignon.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Claude Evin - Ministre de la solidarité, de la santé et de la protection sociale

Média : Antenne 2

Texte intégral

Q. : Protocole thérapeutique de fin de vie, n'est-ce pas une façon élégante de parler d'euthanasie ?

R. : Non, protocole est un terme médical. Cela veut dire qu'on peut se mettre d'accord entre le médecin et le malade sur la manière de conduire cette fin de vie. Aujourd'hui, on peut soulager la douleur. La morphine bien utilisée permet de soulager la douleur. Le grand danger est qu'on n'en parle pas. Il y a comme une chape de plomb sur la mort. Il faut permettre aux équipes soignantes d'en parler.

Q. : Vous avez dit qu'il n'est pas question de légiférer sur ce problème trop compliqué…

R. : Chaque mort est particulière, il n'est pas possible de tout prévoir. Il faut permettre, qu'on sorte de l'implicite pour passer à l'explicite, qu'on parle de cette fin de vie pour mieux l'accompagner jusqu'au bout de la vie.

Q. : Le Pr SCHWARZENBERG a dit publiquement qu'il avait accompagné certains malades jusqu'à la mort, il s'est fait réprimander par le Conseil de l'Ordre…

R. : Le fait que le Conseil de l'Ordre organise le Congrès, pour échanger sur les problèmes éthiques, pas seulement sur la mort, mais sur les sujets que les techniques médicales nous posent comme problèmes nouveaux, difficiles. Il n'y a pas besoin de légiférer sur tout. Le fait que 3 000 personnes en parlent pendant tout un week-end à Paris, c'est important.

Q. : Vous avez déclaré ne pas comprendre la justice à propos de la procréation des prisonniers par insémination artificielle… Êtes-vous partisan de solution à la suédoise, de chambre d'amour…

R. : J'ai réagi à une situation relatée dans la presse hier après-midi, le ministère de la justice a autorisé une procréation médicale assistée pour un prisonnier dont l'épouse était stérile. Le paradoxe : on autorise la procréation alors qu'on ne permet pas les relations sexuelles dans la prison. Autre préoccupation : le fait d'autoriser la procréation médicale assistée pour des prisonniers dont l'épouse ne serait pas stérile. Je mets en garde pour répondre à un problème médical, et non pas pour traiter sur un problème de société. Qu'il y ait à réfléchir et à débattre sur les relations sexuelles dans la prison est un autre problème, et on ne peut pas demander au médecin, de traiter un vrai problème de société.

Q. : Vous, personnellement…

R. : Je ne suis pas ministre de la justice, et je laisse mon collègue H. NALLET traiter ce genre de problèmes, qui est difficile. Moi, comme ministre en charge des problèmes de santé, je rappelle que la procréation médicale assistée est pour traiter un problème de santé, et non de société. Les médecins ont suffisamment de responsabilités sur leurs épaules, ce n'est pas à eux de traiter ce problème, mais à la justice.

Q. : Ou en est l'affaire des cigarettes Chevignon ?

R. : Il appartient à la Justice de trancher puisqu'une loi a été adoptée au Parlement qui limite la publicité pendant deux ans sur le tabac pour l'interdire ensuite. C'est au juge de trancher, au regard de la loi que j'ai fait voter il y a quelques semaines au Parlement. Je ne suis pas attaché à ce qu'on interdise de fumer, mais pour empêcher qu'on présente, notamment aux jeunes, le tabac comme un produit qui est propre, qui manifeste un bienfait. C'est un produit dangereux, et je veux préserver la jeunesse.