Interview de Mme Nicole Notat, secrétaire générale de la CFDT à France 2 le 8 juillet 1999, sur la possibilité d'une union syndicale sur la réduction du temps de travail et le plan de réformes de la Caisse nationale d'assurance maladie.

Texte intégral

F. Laborde
Un mot sur les 35 heures puisque hier, l’ensemble des organisations syndicales se réunissait pour voir s’il pouvait y avoir un discours commun. On n’est pas vraiment à l’accord entre les syndicats en la matière, c’est le moins qu’on puisse dire ?

N. Notat
- « Ecoutez, cinq syndicats français, les cinq confédérations qui se réunissent, c’est quand même déjà un premier résultat non négligeable en soi. La paysage syndical est en train de changer, les syndicats se voient, ils se parlent, et ils arrivent à travailler ensemble. Alors ne ménageons pas notre premier plaisir. Je crois qu’il va falloir s’habituer qu’à chaque réunion de ce genre, c’est pas forcément suivi de décisions spectaculaires et fracassantes. Donc je crois que cette réunion a été utile hier ; il y a beaucoup de travail  à faire sur ce projet de loi ; les articles sont nombreux. Ils ont tout simplement, hier, décidé de continuer leur travail, d’examiner, article par article, sur un plan technique, sur un plan politique, sur un plan juridique, ce que ce projet de loi recèle pour tout simplement être en état, dans les mois qui viennent et jusqu’au débat parlementaire, de faire les propositions utiles. »

F. Laborde
Ca veut dire qu’à terme, il pourrait y avoir effectivement un accord ou une vraie convergence de vues entre vous tous ?

N. Notat
- « Il y a déjà des convergences de vues ; je pense aux cadres, par exemple, et aux conditions dans lesquelles les cadres doivent eux aussi bénéficier clairement, franchement d’une réduction de la durée du travail. Là, il y a un consensus évident. »

F. Laborde
Sur la Sécurité sociale : on sait que lundi, le conseil d’administration doit se pencher sur les 35 mesures du plan de la Caisse nationale. Hier soir, un certain nombre de députés socialistes ont présenté à leur tour dix propositions. C’est une attaque directe ou indirecte contre les mesures de la Cnam, une contribution inattendue ?

N. Notat
- « Non, ce n’est absolument pas la lecture de la CFDT. Je vois dans les propositions conduites par C. Evin et quelques députés socialistes une démarche positive, une démarche qui est utile à l’alimentation du débat. Et c’est convergeant, complémentaire, pas alternatif. Vous savez, nous ne sommes pas, en la matière, dans une logique de compétition, dans une logique de concurrence où je ne sais qui aurait en permanence envie de déterrer la hache de guerre. Ce n’est vraiment pas notre état d’esprit et ce n’est pas l’esprit que j’ai trouvé dans les propositions formulées par Le Garrec et Evin. »

F. Laborde
Et vous n’y voyez pas non plus de pierre dans le jardin de M. Aubry qui pourrait se sentir visée indirectement par cette démarche ?

N. Notat
- « Une pierre pourquoi ? Je pense que M. Aubry et le Gouvernement ont maintenant entre les mains un plan de la Cnam – enfin elle l’aura, quand le conseil d’administration bien sûr l’aura adapté -, elle aura aussi des propositions complémentaires, qui méritent d’être discutées, des députés socialistes. Je crois qu’au contraire, le Gouvernement, là, a une base de réflexion, de proposition qui peut venir alimenter et aider son propre jugement. Je continue à dire que c’est une chance pour le Gouvernement. »

F. Laborde
Comment faire pour expliquer aux Français que tous les ans, on leur dit qu’on va équilibrer la Sécu, que tous les ans on leur dit que, finalement on n’y est pas arrivé, que tous les ans on leur dit qu’on va prendre de nouvelles mesures ?

N. Notat
- « C’est vrai que les Français, peut-être, ne s’y retrouvent plus. Peut-être faut-il commencer par leur dire qu’il n’y a pas de solution magique, qu’il n’y pas de solution-miracle et que l’adaptation, la modernisation de notre système de soins est quelque chose qui prendra du temps, qui se fera progressivement, qui se  fera de manière évolutive mais à condition de savoir dans quelle direction nous souhaitons l’améliorer. En tout cas, ce que nous soutenons, à la CFDT, ce n’est pas d’abord de faire des économies drastiques dont les assurés pourraient se dire : ÒCa y est, c’est encore moins qui vais trinquer !Ò Non. C’est d’abord de remettre la qualité du système de soins au centre des réformes et permettre à chacun d’en bénéficier et d’y accéder. »

F. Laborde
Et le remboursement peut-être, aussi, cat il y a quand même beaucoup de secteurs où on n’est pas vraiment bien remboursé…

N. Notat
- « Et si voulez, si avec les réformes, avec les nouvelles propositions qui sont faites, cela conduit à dépenser moins, d’avoir besoin de moins d’argent pour en plus soigner mieux il ne va pas s’en plaindre. D’autant que cela permettra de rembourser mieux là où aujourd’hui c’est insuffisant. Pensons aux lunettes, aux soins d’optique, aux soins dentaires ; pensons aussi à certains besoins des personnes âgées, que ce soit à l’hôpital, que ce soit à la médecine de ville. Il y a, dans les deux cas, un objectif de mieux satisfaire les besoins de santé, dans une meilleure qualité et pas d’abord de faire des économies drastiques. Mais maîtriser les dépenses oui, parce que nous avons besoin, aujourd’hui, de mieux satisfaire des besoins non satisfaits. »

F. Laborde
Avec éventuellement les assureurs privés comme pour la couverture médicale universelle ?

N. Notat
- « La aussi, je crois que c’est une nouvelle logique qui, d’ailleurs, se retrouve dans les propositions des uns et des autres. Plutôt, là encore, que de faire dans la concurrence, dans la compétition entre le régime de base de la Sécu et les régimes complémentaires, décider d’un certain nombre de comportements communs pour le plus grands bien des assurés sociaux. »