Texte intégral
Monsieur le gouverneur,
Monsieur le directeur,
Mesdames et Messieurs,
Le gouverneur de la Banque de France vient de vous exposer en détail les objectifs de la politique monétaire que nous avons fixés ensemble pour 1993. Avant d'y revenir, je voudrais vous dire quelques mots sur la situation économique.
Un sentiment de morosité s'est développé depuis maintenant plusieurs mois dans la plupart des pays industrialisés, tout particulièrement en Europe.
Les incertitudes pesant sur la construction européenne, qui ont à leur tour engendré des tensions au sein du SME, ont contribué à alimenter le doute et le scepticisme sur les perspectives de reprise de la croissance. La révision à la baisse des prévisions de croissance de la plupart de nos partenaires pour cette année, le ralentissement de l'activité que l'on peut observer dans certains pays d'Europe, notamment en Allemagne, sont autant de facteurs qui ne peuvent que renforcer cet état d'esprit.
Il ne faut cependant pas se laisser aller à un pessimisme injustifié. Il faut d'abord se souvenir que les périodes du type de celle que nous vivons, c'est-à-dire marquées par l'attentisme des entreprises et des ménages, sont souvent suivies par des périodes de forte reprise de la croissance, nous en avons eu de clairs exemples au cours de ces dernières années.
Mais je crois surtout que le ralentissement attendu de la croissance de certaines économies européennes sera contrebalancé par la reprise américaine dont de nombreux signes nous confirme la réalité. Je suis également convaincu que la conjoncture en Europe devrait très logiquement conduire à une baisse significative des taux d'intérêt dans les mois qui viennent.
Il n'en demeure pas moins que nous ne pouvons ni ne devons rester inertes face à la situation actuelle.
Je l'ai déjà souligné, cet attentisme résulte au moins autant de considérations psychologiques que de facteurs objectifs. Les gouvernements doivent donc impérativement émettre des signes clairs susceptibles de redonner confiance aux agents économiques.
Chacun est convaincu que l'Europe a un rôle important à jouer dans ce processus. C'est tout le sens de l'initiative européenne de croissance que nous avons lancée avec Pierre Bérégovoy il y a quelques mois.
Les pays européens doivent adopter une stratégie concertée visant à favoriser le retour rapide d'une croissance soutenue et non inflationniste, dans une perspective à moyen terme. Celle-ci passe par deux axes : le renforcement de l'effort de convergence d'une part, la stimulation des investissements d'autre part.
Comme vous le savez, cette initiative a été favorablement accueillie, en particulier par nos partenaires allemands.
Le Conseil européen d'Édimbourg sera l'occasion de confirmer à douze le lancement de cette initiative.
Je voudrais rappeler – non par autosatisfaction mais parce que c'est la réalité – que la France, dans ce contexte difficile, résiste mieux que ses principaux partenaires. Nous sommes en effet le seul pays qui pourra enregistrer simultanément une inflation faible, une croissance voisine de 2 % (la plus forte des pays du G7), un excédent de notre commerce extérieur, un équilibre des paiements courants. Ce résultat appréciable, nous le devons clairement à la politique de stabilité monétaire et de renforcement de la compétitivité que nous menons depuis maintenant une dizaine d'année.
Mais notre croissance se situe à un niveau qui ne me satisfait pas, nous faisons tous les efforts nécessaires pour qu'elle s'accélère, notamment pour créer davantage d'emplois et réduire le chômage. C'est ma première préoccupation.
Croyez-le bien nous ne sommes pas aveugles, nous avons pris et nous prendrons des mesures, destiné à soutenir l'activité économique, mais dans un cadre qui soit compatible avec la stratégie que nous nous sommes fixée. Ce n'est en tout cas pas en baissant les bras, en reprenait des recettes du passé, que l'on relancera la croissance en France.
Je le répète, ce n'est pas par hasard que nous faisons mieux aujourd'hui que nos partenaires, cela n'a pas été le cas pendant longtemps, je suis convaincu que nous le devons à la politique économique que nous suivons.
Notre pays est celui qui a le plus à gagner à un retour de la confiance en Europe. Ma conviction est qu'il est aussi celui qui est le mieux préparé pour la reprise.
Vous comprendrez donc que le maintien d'une politique de stabilité monétaire demeure un objectif fondamental.
La stabilité du franc est un acquis essentiel qu'il convient de préserver. Rien en effet ne justifierait de modifier la parité de notre monnaie dans les circonstances actuelles.
Vous savez que notre détermination est sans faille ; vous savez aussi que la coopération franco-allemande est très étroite. Il n'y a aucune raison de changer d'attitude, bien au contraire.
J'observe au demeurant qu'au-delà des différences légitimes qui séparent les uns et les autres sur la conduite des affaires de la France, il y a un accord sur la nécessité de préserver la stabilité monétaire.
Mais notre politique monétaire n'est pas myope, ni inutilement restrictive. Notre objectif est clairement de maintenir un rythme d'inflation très modéré tout en permettant une reprise de la croissance.
Je crois que l'évolution des agrégats monétaires en 1992 répondra parfaitement à cet objectif. Toutes les statistiques dont nous disposons montrent que la progression de M3 sera voisine de 6 %, soit la partie haute de la fourchette-objectif fixée pour cette année.
Ce résultat est encourageant et confirme la qualité de M3 en tant que support de l'objectif monétaire.
Pour 1993 nous pensons, le gouverneur et moi-même qu'il convient de maintenir la continuité tout en ne limitant pas les possibilités de reprise de la croissance. C'est la raison pour laquelle nous avons retenu une fourchette de 4 à 6,5 %, qui correspond à peu de chose près à l'enveloppe des deux objectifs fixés en 1991 et 1992.
Cet objectif est en cohérence complète avec les hypothèses retenues dans le projet de loi de finances. Il accompagne la reprise de la croissance, sans rigueur excessive, mais sans permissivité inflationniste.
Comme vous le voyez, notre politique monétaire n'est en rien déflationniste.
Il est vrai que la progression des crédits à l'économie s'est sensiblement ralentie au cours de la période récente. Ce ralentissement paraît d'autant plus brutal qu'il fait suite à des années de croissance très rapide, voire excessive dans les années qui ont directement suivi la suppression de l'encadrement du crédit.
Il faut cependant souligner que la croissance des crédits demeure positive y compris en termes réels, se situant à un niveau intermédiaire entre l'inflation et l'évolution du PIB nominal. Je note également que les financements désintermédiés se sont beaucoup développés, et qu'il n'est donc pas surprenant que la progression des financements intermédiés tende à se stabiliser à un niveau proche de celui de la croissance du PIB en valeur.
Je souligne par ailleurs que ce ralentissement recouvre des situations très différentes au niveau macro-économique.
Le ralentissement des crédits à la consommation est la suite normale et prévisible de l'explosion constatée en 1986. Cette évolution n'est pas en soi malsaine, elle a permis probablement d'éviter une correction qui aurait été alors beaucoup plus brutale (ce qu'ont connu certains pays).
Le secteur de l'immobilier connaît lui une crise spécifique qui, sachez-le, retient toute l'attention des pouvoirs publics. Je ne crois pas cependant que l'on puisse là encore évoquer un quelconque « credit crunch » : les ménages solvables peuvent toujours obtenir assez aisément un prêt immobilier tandis que les professionnels ne sont plus demandeurs.
En ce qui concerne les entreprises, la situation est très contrastée. Dans la plupart des grandes entreprises l'évolution de la situation financière et le développement des financements de marché expliquent probablement le moindre recours à l'emprunt.
En revanche, toutes les informations dont je dispose, me laissent à penser que la conjoncture difficile incite les banques à observer une prudence accrue à l'égard des PME. Celle-ci peut se justifier dans certains cas mais elle ne doit pas non plus se transformer en défiance plus ou moins systématique, par défaut d'analyse fine du risque que représente telle entreprise. Des entreprises saines, je le sais, ont parfois des difficultés à obtenir des financements bancaires, ou l'obtiennent à des taux injustifiés.
C'est la raison pour laquelle j'ai pris récemment toute une série de mesures visant à faciliter l'accès au crédit des PME.
J'ai en particulier décidé la création d'un fonds de garantie des prêts aux PME. L'État accompagne ainsi la prise de risque par les établissements de crédit, c'est à ces derniers maintenant de jouer pleinement leur rôle !
Avant de conclure mon intervention, je voudrais vous dire quelques mots des taux d'intérêt.
Les taux d'intérêt sont à l'évidence trop élevés en Europe.
Nous sommes cependant déjà parvenus à les réduire de manière significative.
La diminution des taux directeurs, rendue possible par la crédibilité de notre politique monétaire, ainsi que l'allègement des réserves obligatoires décidée en mai dernier, ont ainsi permis de ramener le taux de base bancaire de 10,35 % à 9,45 %, soit une réduction de près de 100 points de base en un peu plus de six mois !
Parallèlement les taux longs – même s'ils ont légèrement remonté depuis le début du mois – ont également sensiblement diminué, se situant à 8,1 % en moyenne en novembre, soit à leur niveau le plus bas enregistré depuis six ans.
La poursuite d'une politique de stabilité monétaire constitue à l'évidence une condition préalable à toute réduction des taux d'intérêt. Mais, comme vous le savez, la baisse des taux ne se décrète pas. Elle ne pourra, à mon sens, valablement s'opérer que de manière concertée en Europe.
En conclusion, laissez-moi souligner à nouveau que dans le contexte international difficile que nous connaissons, la politique économique que nous suivons – stabilité monétaire, maîtrise des grands équilibres économiques, mesures structurelles en faveur de la compétitivité, soutien sélectif aux secteurs en difficulté – constitue la seule vraie réponse.
C'est la meilleure voie pour bénéficier pleinement d'un retour de la confiance en Europe et d'une accélération de la croissance mondiale.