Interviews de M. Charles Pasqua, président du groupe RPR au Sénat, dans "Le Figaro" le 4 août à RTL le 7 et à Antenne 2 le 28 août, à Europe 1 le 2 et le 3 septembre 1992, sur les raisons de son engagement en faveur du non au Traité de Maastricht.

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Intervenant(s) : 

Média : Le Figaro - RTL - Antenne 2 - Europe 1

Texte intégral

4 août 1992
Le Figaro

Pour cet anti-Maastricht du RPR, la création d'une monnaie unique conduit au "renoncement total et définitif de l'État à se gouverner et à s'administrer". Président du groupe RPR du Sénat, Charles Pasqua mène activement campagne pour le "non" au référendum du 20 septembre. Pour Le Figaro, il s'explique sur un des aspects du Traité de Maastricht : l'union économique et monétaire.

Le Figaro : L'instauration, avent la fin du siècle, d'une union économique et monétaire (UEM) comportant la création d'une monnaie unique ne va-t-elle pas dans le bon sens, celui d'une meilleure cohésion des États européens ?

Charles Pasqua : Non, au contraire. Cette mutation conduit fatalement à l'établissement d'un pouvoir fédéral européen fortement centralisé et donc à l'abandon de l'Europe des États, qui a été et est encore le cadre dans lequel la Communauté a accompli les immenses progrès que l'on sait. C'est bien d'ailleurs ce que souhaitent, sans le dire, la plupart des partisans du Traité de Maastricht. Car tout se tient. La politique monétaire est indissociable des autres domaines de la politique économique. Il ne s'agit donc pas seulement d'un transfert ou d'une limitation de la souveraineté, mais bien plutôt d'un renoncement total et définitif de l'État considéré à se gouverner et à s'administrer. C'est, autrement dit, le dépérissement de l'État auquel il faudra bien substituer un autre pouvoir, européen celui-là. Dans les pays comme la France ou État et Nation sont inséparables, l'existence même de la nation est ainsi mise en cause.

Le Figaro : Ne dramatisez-vous pas l'enjeu du Traité ?

Charles Pasqua : Pas du tout. Il est clair qu'un pays privé de la faculté et des moyens de se gouverner s'exclurait pratiquement de lui-même de la communauté des nations. C'est encore plus vrai à une époque où questions économiques, politiques et de défense sont étroitement imbriquées les unes dans les autres sur la scène internationale. Pour la France, ce serait dire adieu à toute ambition de rayonnement et d'influence, notamment en Méditerranée et en Afrique. La lettre du Traité est, à cet égard, incontournable. Il faut noter en particulier que la règle de l'unanimité exigée par le Traité pour la fixation des parités monétaires ne saurait fournir une échappatoire. Il serait en effet inconcevable que l'État récalcitrant puisse chicaner sur la fixation des parités pour remettre en cause son appartenance à l'union économique et monétaire, sous peine de se faire justement accuser de la plus extrême mauvaise foi. Une telle manœuvre serait d'ailleurs d'autant plus vouée à l'échec que les marchés financiers ne supporteraient pas d'être laissés dans l'incertitude quant au niveau des parités monétaires.

Le Figaro : Mais le "compromis de Luxembourg" – veto d'un État membre quand son "intérêt vital" est en jeu – n'est-il pas une bonne garantie concernant le passage à la dernière phase de l'union économique et monétaire ?

Charles Pasqua : Non. Il faut savoir en effet que le "compromis de Luxembourg" n'est un moyen de protection des intérêts essentiels d'un État que si celui-ci a la volonté de l'invoquer. S'agissant de la France, qui peut nous assurer que, placé devant une redoutable menace pour les intérêts du pays, le gouvernement de l'époque serait animé d'une telle volonté et ne donnerait pas la priorité à l'ambition de se monter "bon européen" ? Encore ne faut-il pas oublier que plusieurs de nos partenaires ne reconnaissent pas la validité du texte de Luxembourg.

Le Figaro : L'union économique et monétaire ne favorisera pas à terme, selon vous, l'expansion en France ?

Charles Pasqua : Non. Selon l'avis de nombreux économistes français et étrangers, c'est plutôt le contraire qui se produira. C'est également ce que font apparaître des statistiques officielles. Tout donne à penser, en effet, que la défense a tout pris d'une monnaie européenne à taux élevé, que la Banque centrale européenne gérera en fonction de considérations prioritairement anti-inflationnistes, entraînera fatalement des effets récessionnistes et donc des conséquences sur le niveau de l'emploi qui auront toutes les chances d'être lourdement négatives.

Le Figaro : Mais l'union économique et monétaire est tout de même un pas vers l'unité de l'Europe ?

Charles Pasqua : Non. En vertu des critères posés par le Traité de Maastricht, les pays comme la Grèce, l'Italie, l'Espagne ou le Portugal seront, selon toute vraisemblance, contraints de demeurer à l'écart. La Grande-Bretagne s'est placée délibérément hors du jeu. Le cas du Danemark est des plus incertains. Ainsi, des douze États composant la Communauté, seule une moitié participera à cette union. Quant aux nouveaux adhérents d'ici à la fin du siècle, rien ne permet d'affirmer qu'ils seront tous en mesure de s'y joindre. Résultat : la Communauté sera littéralement coupée en deux. Le Traité de Maastricht prétend instituer l'Union européenne. C'est plutôt de désunion qu'il faudrait parler. Pour les pro-Maastricht, l'application du Traité conduira à un meilleur équilibre entre les monnaies européennes, alors que la situation actuelle confère au mark, de fait, un rôle dominant. Il est clair que, en raison de sa population plus nombreuse, de sa puissance industrielle et commerciale, de la position et de la réputation acquises par le mark de grande monnaie mondiale, enfin de sa situation géographique au cœur du continent européen, l'Allemagne aura toutes les chances de tenir la première place dans le fonctionnement du système. D'autant que, en l'absence de la Grande-Bretagne, de l'Italie et de l'Espagne, la France sera le seul des grands pays de la Communauté à faire contrepoids à la puissance allemande. D'autant aussi que les petits États qui seront membres de l'union économique et monétaire, membres présents ou futurs de la Communauté, sont, à des degrés divers, dans l'orbite économique de l'Allemagne. Cette probable prépondérance de l'Allemagne et de ses représentants au sein des organismes dirigeants du système serait encore renforcée si, comme le gouvernement allemand paraît l'exiger fermement, la Banque centrale européenne devait être installée dans une ville allemande.

Le Figaro : Vous ne retenez pas l'argument selon lequel l'Europe ferait le poids face aux États-Unis et au Japon ?

Charles Pasqua : Non. On sait que les Américains et les Japonais n'hésitent pas à utiliser les variations à la baisse de leur monnaie pour faciliter leurs exportations. Il est très vraisemblable que le nouveau système, avant tout orienté vers la lutte contre l'inflation et vers l'ambition de doter l'Europe d'une monnaie forte, ne disposera pas des mêmes possibilités de manœuvre. On connaît d'ailleurs la répugnance des Allemands à laisser la monnaie se dévaluer et leur souci constant de faire preuve d'un esprit conciliant envers les États-Unis d'Amérique.

Le Figaro : Pourquoi dénoncez-vous tant la "technocratie" induite, selon vous, par le Traité de Maastricht ?

Charles Pasqua : Parce que, à titre d'exemple, le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, dont les membres sont nommés pour une durée de huit ans et sont indépendants des gouvernements, disposera de pouvoirs extrêmement étendus, y compris celui d'arrêter des règlements. Bien loin de se démocratiser, la Communauté européenne, ou tout au moins le groupe des États membres de l'union économique et monétaire, sera dominée par une technocratie allant bien au-delà de la situation présente qui est déjà condamnable.

Le Figaro : Vous ne reconnaissez aucun avantage à la monnaie unique ?

Charles Pasqua : Non. Les prétendus avantages de change procurés aux voyageurs privés représentent peu de choses à une époque où des moyens de paiement tels que les cartes de crédit ne cessent de se répandre. En ce qui concerne les échanges commerciaux, l'expérience des trente dernières années montre que le volume de ces échanges dans le cadre de la Communauté s'est considérablement développé en l'absence d'une monnaie unique. De même, les échanges mondiaux se sont continuellement accrus en dépit des fluctuations des cours des principales devises.

On a vu enfin qu'il est illusoire de penser que la monnaie unique permettra aux voisins de l'Allemagne de se prémunir contre le rôle prépondérant de cette nation. Ces constatations confirment que l'union économique et monétaire prévue par le Traité de Maastricht est avant tout une opération politique dont il faut dénoncer les fins, plus ou moins avouées, et les effets désastreux pour l'existence des États.

 

7 août 1992
RTL

P. Caloni : Trouvez-vous en vacances de nouveaux arguments contre Maastricht ?

C. Pasqua : Il faut se détendre, mais on réfléchit à ces problèmes qui sont lourds de conséquence pour notre pays.

P. Caloni : Les sondages restent favorables au oui, mais pensez-vous que le non pourrait l'emporter ?

C. Pasqua : Il n'y a aucune passion de la part des partisans du oui et ils n'arrivent pas à susciter le moindre enthousiasme. Et par rapport à ce qui était prévu il y a un mois ou deux, à savoir une victoire écrasante du oui et une promenade de santé pour ses partisans, aujourd'hui les choses sont différentes. Le non grignote. Un pourcentage important de Français votant non mettra la France dans une meilleure position pour renégocier le Traité, ce qui est inévitable.

P. Caloni : Êtes-vous satisfait de l'organisation de la campagne ?

C. Pasqua : On ne peut pas être satisfait. Une fois de plus, le gouvernement a fait preuve du plus grand arbitraire. Il n'a fait aucun effort pour réellement partager les temps d'antenne et donner un temps convenable à ceux qui défendent des thèses. Il s'est contenté d'appliquer presque stupidement les règles habituelles en matière de campagne, ce qui ne concerne pas le référendum.

P. Caloni : Au RPR, les partisans du non pourront-ils s'exprimer ?

C. Pasqua : Oui, je crois. Le RPR a déjà donné l'exemple de la tolérance. L'UDF, je crois, ne donnera pas de temps d'antenne à P. De Villiers, Poniatowski, je ne crois pas que Chevènement pourra s'exprimer, parce que le PS fait preuve d'un beau sectarisme.

P. Caloni : Ceux qui votent oui à Maastricht, dans les sondages, trouvent en majorité que c'est bon pour l'économie et l'emploi.

C. Pasqua : C'est un argument fallacieux. C'est ce que le gouvernement et ceux qui le soutiennent ont voulu faire croire. Or, les rapports des principaux économistes ont indiqué que la mise en application de l'union économique et monétaire aura pour première conséquence un freinage de l'économie et non pas son développement et une progression du taux de chômage. On pourrait se demander pour quelles raisons le gouvernement ne publie par le rapport établi par le FMI. Parce que celui-ci indique que jusqu'en 1997 au moins, les mesures prises auront comme conséquence une aggravation de la situation économique. L'Europe n'aura pas un effet dynamique automatique. C'est d'abord à la France ou aux Français de faire les efforts nécessaires.

P. Caloni : Si la politique étrangère commune existait, les pays de la CEE pourraient-ils aller plus loin que l'indignation ?

C. Pasqua : D'abord le Traité de Maastricht ne prévoit pas de politique de défense commune. Il indique simplement une intention. Il faut que l'Europe puisse de dépêtrer de ce type de situation et empêcher son développement, ce qui peut se produire ailleurs, notamment dans l'ex-URSS.

P. Caloni : Que peuvent faire la France et l'Europe ?

C. Pasqua : Quelle Europe ? Si c'est les Douze, la réponse est rien. La France manque à ses responsabilités morales et elle s'abrite derrière les Douze. Résultat, personne ne fait rien. On a vu qu'en-dehors de la visite du Président de la République à Sarajevo, ce qui était une bonne chose, mais rien ne s'est passé depuis. Il faut une organisation de sécurité collective, au niveau de l'ensemble des pays européens. Il faut que les 35 États européens se regroupent au sein d'une organisation régionale de sécurité, que celle-ci se dote d'un organisme un peu comparable au Conseil de Sécurité. Et là, nous aurons l'autorité nécessaire pour intervenir.

P. Caloni : En attendant ?

C. Pasqua : On ne peut pas tolérer la situation actuelle sans réagir. Et je crois que la France serait parfaitement fondée à demander à l'ONU une intervention militaire au moins limitée pour permettre l'acheminement des médicaments et des vivres envers les populations.

P. Caloni : Monsieur Kiejman propose la neutralisation des armes lourdes ?

C. Pasqua : Monsieur Kiejman a raison de trouver des explications. La réalité est simple : ce gouvernement ne fait rien. Et les Douze ne font rien, pendant qu'on s'étripe à une heure de nos frontières et qu'on recrée des camps de concentration. Ça me rappelle un peu l'aveuglement dont nous avons fait preuve à une autre époque. Ce dont on a besoin, ce n'est pas tellement de réflexion, on a besoin de courage et de volonté. Ce gouvernement en est-il capable ? J'en doute fort.

 

28 août 1992
Antenne 2

H. Sannier : Est-ce que vous jouez à l'apprenti-sorcier ?

C. Pasqua : Je crois que J. Delors, président de la Commission, devrait apprendre à garder le contrôle de ses nerfs. Nous, nous ne jouons pas aux apprentis sorciers, mais lui, dans le rôle de donneur de leçons, il n'excelle pas très bien. Je rappelle qu'il avait déjà eu cette attitude envers les Danois quelques jours avant le référendum. Cela ne lui avait pas réussi, il avait dû s'excuser. Nous sommes un peuple adulte, les Français sont responsables. Ils n'ont pas besoin des conseils de J. Delors. Quant à J. Delors, il devrait se souvenir qu'il est un fonctionnaire, nommé par le gouvernement français, qu'il a des responsabilités administratives. S'il a des conseils à donner, qu'il les donne à ses amis.

H. Sannier : L'association des non est contre nature.

C. Pasqua : Nous avons pris soin de ne pas organiser de cartel des non. Je ne suis ni avec J.-M. Le Pen, ni avec G. Marchais. Chacun mène sa campagne et sur le plan des objectifs généraux, nous n'avons certainement pas les mêmes. Il n'y a pas d'étrange coalition, il y a un référendum. C'est une question posée par le Président de la République aux Français. C'est à chaque Français de répondre en dehors des directives des partis politiques. Le RPR a décidé de laisser la liberté de vote à ses adhérents. Par conséquent, nous conduisons la campagne que nous entendons conduire. Nous considérons que le traité de Maastricht est une mauvaise chose pour la France et pour l'Europe. Par conséquent, nous conduisons cette campagne avec conviction et ténacité. Aujourd'hui, on est dans une situation qui inquiète un certain nombre d'observateurs politiques. Ils se disent "comment les Français peuvent être à la fois pour l'Europe et contre Maastricht ?". Les choses seraient plus claires si, à ce référendum, on avait posé deux questions. Si on avait posé deux questions, les Français auraient pu répondre d'une manière claire. "Êtes-vous pour la poursuite de la construction européenne ?". Les trois quarts des Français auraient répondu oui. À partir de là, si nous avions répondu non au traité de Maastricht, cela voulait dire qu'on refusait une certaine conception de l'organisation de l'Europe. Mais, à partir du moment où il y a une seule question, elle est biaisée. En répondant non à Maastricht, cela peut donner le sentiment à certains qu'on refuse l'organisation de l'Europe, ce qui n'est pas le cas. Je suis de ceux qui croient que le siècle qui se termine devra être celui de la poursuite de la construction européenne et probablement de son aboutissement.

H. Sannier : C'est possible même si les Français répondent non ?

C. Pasqua : Oui, c'est surtout faisable si nous répondons non. Si nous répondons non, nous déboucherons sur une renégociation. On ne va pas se trouver dans le vide du jour au lendemain. Le marché commun continuera à fonctionner. L'acte unique sera mis en application à partir du premier janvier 93. Dans l'acte unique, il y a déjà un certain nombre de dispositions qui auraient pu par exemple fonctionner à propos de la Yougoslavie. Il y a un chapitre qui concerne la coordination des politiques étrangères. Bien que nous ayons signé l'acte, cette coordination n'a pas eu lieu, ce qui veut dire que même la signature du traité de Maastricht n'apporterait pas grand-chose. Le fait que le Danemark ait déjà rejeté le traité de Maastricht le rend caduque de toute façon. Tous les experts en droit international sont d'accord sur ce point. Renégocier veut dire repartir sur de nouvelles bases. Le vrai problème est relativement simple. Depuis 40 ans, il y a un conflit entre deux conceptions de l'Europe. Ceux qui sont pour l'Europe des États et des Nations et ceux qui sont pour une Europe fédérale. La Commission de Bruxelles a toujours tenté d'aller au-delà de ses prérogatives et, sournoisement, d'orienter la communauté vers une solution fédérale. Il est inacceptable que la politique monétaire de l'Europe soit décidée et conduite par des fonctionnaires qui ne seront responsables devant personne.

H. Sannier : C'est facile de brandir la menace des technocrates de Bruxelles.

C. Pasqua : Pas de menace. Quel est l'État qui peut accepter que des gouverneurs nommés par des gouvernements pour diriger la Banque européenne ne soient plus responsables à partir du moment où ils sont nommés ? C'est totalement inacceptable. Ce qui est étonnant c'est que nous irions là vers une Europe irresponsable et une Europe du grand capital. Qui propose ça ? Les socialistes. Qui a proposé la réforme de la Banque de France pour en faire un organisme qui soit séparé des oligarchies financières ? Le Front Populaire en 1936. Qui a confirmé cette organisation de la Banque de France ? De Gaulle en 1945. C'est ça qu'on veut mettre à plat. C'est inacceptable pour des gens qui ont le sens de l'État et de l'indépendance nationale.

H. Sannier : Pourquoi ne pas dire que le traité est médiocre, mais qu'on arrangera tout cela après, comme J. Chirac ?

C. Pasqua : Parce qu'à partir du moment où le traité sera signé, il sera appliqué. C'est comme cela que les choses se passeront. On ne pourra pas revenir sur ce qui a été décidé. Or ce traité est mauvais. La plupart des gens le reconnaissent. Le seul moyen de le modifier, c'est de le rejeter.

H. Sannier : En cas de victoire du non, remettrez-vous en cause la légitimité de J. Chirac ?

C. Pasqua : Non. Ce sera à J. Chirac d'apprécier lui-même ce qu'il doit faire. Nous avons déjà dit, qu'il s'agisse de P. Séguin ou de moi, que le problème pour nous n'est pas un problème de rechercher de pouvoir à l'intérieur du RPR. Ce n'est pas notre affaire. Ce que nous voulons, c'est que la France reste la France, que la construction européenne reparte du bon pied. Ce que nous voulons, c'est nous débarrasser du pouvoir socialiste. Nous sommes persuadés que la meilleure manière de nous débarrasser du pouvoir socialiste, ce n'est pas de donner d'abord une victoire à F. Mitterrand. Il faut donc voter non à Maastricht.

 

28 août 1992
FR3

Passage antenne

C. Pasqua : Notre ambition n'est pas de provoquer la désunion au sein du RPR mais, au contraire, de manifester, comme le rappelait P. SÉGUIN, que nous restons unis et rassemblés sur l'essentiel.

 

2 septembre 1992
Europe 1

J.-P. Elkabbach : Le non commence à stagner, à descendre, vous êtes soulagé ?

C. Pasqua : Pourquoi voulez-vous que je sois soulagé !? Quand je fais campagne c'est pour gagner et non pour perdre.

J.-P. Elkabbach : Vous n'avez pas peur de la victoire du non qui aurait provoqué des ravages dans toute l'Europe ?

C. Pasqua : Je tiens à adresser une recommandation aux partisans et aux leaders du oui : ils devraient rapidement voir leur médecin et prendre des tranquillisants. Car lorsque j'entends leur excitation et quand je vois leur inquiétude, comme j'ai de la sympathie pour eux en dehors du combat politique ce qui est normal, je me demande dans quel état ils seront, compte tenu de ce que les sondages vont probablement continuer leur effet accordéon.

J.-P. Elkabbach : Hier P. De Villiers disait que à l'UDF ceux qui prenaient ces positions étaient "les chauffeurs de l'ambulance dans laquelle se trouvaient les socialistes et les acolytes du pouvoir socialistes."

C. Pasqua : Les excès des uns appellent ceux des autres. On ne peut pas contester le fait que si le oui l'emporte, ce sera un succès pour Mitterrand. Car tout le monde reconnaît que si c'est le non, ce sera un échec pour lui. D'autre part, ce succès ne sera rendu possible que par la participation à la campagne du oui de membres de l'opposition actuelle.

J.-P. Elkabbach : Donc, V. Giscard d'Estaing, Chirac, Balladur, Léotard sont les complices de Mitterrand et ils vont le faire gagner ?

C. Pasqua : Je ne dis pas cela ! N'essayez pas de m'avoir de cette manière. Je dis ceci et tout le monde le reconnaît puisque P. Bérégovoy a appelé au secours J. Chirac, V. Giscard d'Estaing et d'autres : Chirac et V. Giscard d'Estaing militent pour l'adoption du Traité de Maastricht, c'est leur droit. Il n'en reste pas moins que si les Français votent oui, ils donneront un sursis au Président de la République et au pouvoir socialiste. C'est la réalité. Je suis un "acteur" et non pas un analyste politique.

J.-P. Elkabbach : "Une actrice" (S. Veil) a dit : "Les partisans du non quand ils sont un peu excessifs sont irresponsables. Ce sont des fossoyeurs de la France."

C. Pasqua : Je n'ai pas l'intention de polémiquer avec S. Veil. J'ai des soucis pour elle ; il faut qu'elle se calme un peu.

J.-P. Elkabbach : Elle défend les intérêts de la France, elle connaît l'Europe.

C. Pasqua : Elle a parfaitement le droit de défendre son point de vue et même le devoir puisqu'elle a eu des responsabilités politiques. Mais ce n'est pas une raison pour insulter les autres. Lorsque j'entends S. Veil ce matin, comme j'entendais Rocard hier parler de "Munich", je me dis que le débat est en train de déraper dangereusement. Soyons plus calmes. Une question est posée aux Français et ils ont le droit de répondre ce qu'ils veulent. Si on considère qu'ils n'avaient pas le droit de répondre non, il ne fallait pas les questionner. Tout le forcing qui est fait par les partisans de Maastricht, consiste à expliquer aux Français que s'ils votent non c'est une catastrophe et qu'ils sont – les Français pas les hommes politiques – des fossoyeurs, des irresponsables.

J.-P. Elkabbach : Vous dites que ce sont ceux-là qui démolissent les intérêts de la France.

C. Pasqua : Je ne crois pas que n'importe quel homme politique ait comme ambition d'abaisser la France ou de faire en sorte que les Français soient plus malheureux. Mais il arrive que par leur attitude, ils obtiennent ce résultat.

J.-P. Elkabbach : Si le oui l'emporte ?

C. Pasqua : C'est que les Français auront voté pour le oui.

J.-P. Elkabbach : Vous êtes désavoué, vous démissionnez ?

C. Pasqua : Démission de quoi ? Des postes que je n'ai pas ?

J.-P. Elkabbach : Vous rentrez dans le rang au RPR ?

C. Pasqua : En ce qui nous concerne, nous nous inclinerons devant le verdict du suffrage universel. Si les Français votent oui, le Traité sera ratifié. Ensuite, nous verrons si Chirac et Balladur, quand le prochain gouvernement sera constitué, comme le dit Balladur – si c'est lui le prochain Premier ministre – on verra bien si un gouvernement dirigé par les représentants de l'opposition actuelle, sera en mesure de limiter les effets néfastes de Maastricht.

J.-P. Elkabbach : Si le non gagne ?

C. Pasqua : Ils auront défendu leurs arguments et eux aussi s'inclineront devant le suffrage universel.

J.-P. Elkabbach : Y-a-t-il un gouvernement possible des non pour appliquer votre politique ?

C. Pasqua : Le référendum n'a pas pour objet de constituer une majorité de gouvernement.

J.-P. Elkabbach : Mais il y a une suite politique ?

C. Pasqua : Elle viendra le moment venu. Pour nous ce sera le plus tôt possible. Si le non l'emporte nous demanderons au Président de la République – s'il décidait de rester – à ce qu'il y ait dissolution de l'Assemblée nationale afin de permettre la constitution d'un nouveau gouvernement. Ce dernier serait constitué de positions actuelles. Il n'irait pas de Marchais à Le Pen. Il sera composé de partisans de oui et du non. Au RPR, nous avons la même vision de l'Europe et nous ne sommes pas d'accord sur les effets du Traité. Mais sur une Europe démocratique, ouverte aux pays de l'Est, nous sommes tous d'accord.

J.-P. Elkabbach : Des gens chaque jour viennent grossir les rangs du oui, notamment des gens du CNPF. Ils se trompent ?

C. Pasqua : Possible. Ce qui ne m'étonne pas, c'est que les présidents d'entreprises nationalisées, nommés par Mitterrand en conseil des ministres, décident d'appeler à voter oui. Ce sont eux que l'on met en avant. Les grands patrons des multinationales, il faut reconnaître que pour eux, certaines dispositions du Traité semblent faciliter le travail de leurs entreprises. Le résultat de la politique suivie par Bérégovoy qui est celle du Franc fort maintenu fort grâce à des taux d'intérêts élevés, a trois conséquences : 1. Les patrons français ne peuvent pas investir car le loyer de l'argent est trop élevé. 2. Ils investissent à l'étranger. 3. Les entreprises françaises n'investissent plus en France. Donc on ne peut pas dire que la politique suivie par ces entreprises ait des effets bénéfiques pour la France et pour les Français.

J.-P. Elkabbach : Finalement, le référendum utile ou pas ?

C. Pasqua : Très utile, indispensable même.

J.-P. Elkabbach : Là, vous êtes d'accord avec Chirac et Mitterrand sur ce point ?

C. Pasqua : Bien sûr. Encore un référendum le plus tôt possible après celui-là.

 

3 septembre 1992
Europe 1

B. Brigouleix : Les Français ont basculé dans le camp du oui ?

C. Pasqua : Les instituts de sondage ne disent pas cela. Ils disent que les résultats sont très serrés. Il y a une tendance à la remontée du oui, mais c'est bien la moindre des choses. Car si l'entrée en campagne de M. Chirac, de V. Giscard d'Estaing, de R. Barre et maintenant du Président de la République, n'avait aucune conséquence, ce serait à désespérer. Mais les jeux sont très serrés.

B. Brigouleix : Le Conseil constitutionnel a rejeté le recours que vous aviez déposé et dit que le Traité ne comporte aucune disposition contraire à la Constitution.

C. Pasqua : C'est l'exemple d'une décision politique qui n'a strictement rien à voir avec le droit. Au Conseil Constitutionnel désormais se trouvent six personnalités nommées par le Président de la République, six socialistes, qui ont rendu une décision politique. La plupart des professeurs de Droit consultés et tous les experts en Droit international considéraient que le Traité est resté contraire à la Constitution. Je n'irai pas jusqu'à dire ce que disait F. Mitterrand quand il était dans l'opposition du Conseil Constitutionnel : "je les croyais serviles, ils ne sont qu'obéissants".

B. Brigouleix : Avez-vous été convaincu par l'intervention de J. Chirac à Paris-Match ?

C. Pasqua : Nous avons déjà eu ce débat avec J. Chirac qui considère que ce Traité est loin d'être bon. Mais il considère que le rejet pourrait être interprété par nos partenaires européens comme le renoncement de la France à poursuivre la construction européenne. Mais, J. Chirac a une pensée et une espérance. C'est que lorsque nous aurons gagné les élections d'une classe politique européenne. Comme cela se passe déjà plus ou moins au Parlement de Strasbourg. Mais c'est une procédure à manier avec une grande précaution. Car cela peut renforcer les partisans du non, dans la mesure où Maastricht porterait bel et bien atteinte à la souveraineté nationale.