Article de M. Bernard Bosson, secrétaire général du CDS, dans "Démocratie moderne" du 11 juin 1992, sur la réforme de la PAC, intitulé "La politique agricole commune".

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Média : DEMOCRATIE MODERNE

Texte intégral

La politique agricole commune, que la Communauté européenne a construite, a réussi à apporter aux douze États membres leur autosuffisance alimentaire, et a permis que nos agriculteurs obtiennent, pendant des années, des revenus décents.

Mais cette politique, par sa réussite même, et en raison des extraordinaires progrès de productivité qu'ont accomplis nos paysans, a provoqué un effet pervers dû à l'incitation à produire… c'est-à-dire une surproduction conduisant à un amoncellement de stock qu'il fallait céder ensuite, quand la Communauté arrivait à les vendre ce qui n'était pas toujours le cas, aux pays tiers, à des prix faibles, voire inexistants.

Cette politique a conduit à ce que les contribuables européens paient de plus en plus cher… alors même qu'il entrait moins d'argent dans la poche des agriculteurs, surtout des petits et moyens agriculteurs, les désespérant de plus en plus.

Dans le même temps, cette politique a conduit à empêcher le développement agricole des pays producteurs du tiers-monde. En effet, contrairement à un discours démagogique et contraire à la réalité, trop longtemps et trop souvent entendu, aider le tiers-monde, sauf en cas d'urgence ou de famine, ce n'est pas, par nos exportations, déséquilibrer ses marchés agricoles. Nos exportations ne font que casser les possibilités de cultures et d'exportations des produits agricoles de ces pays… par ailleurs elles créent une accoutumance par rapport à nos produits qui, le plus souvent, ne peuvent y être cultivés.

Notre devoir est donc bien d'aider les pays du tiers-monde, qui le peuvent, à cultiver des productions locales et d'aider les pays du tiers-monde sans cultures à acheter ces productions locales.

Nous en étions arrivés à ce que la politique agricole commune soit condamnée, non pas par les seuls Américains comme on tente trop souvent de le faire croire, mais par tous les pays en voie de développement ainsi que par l'Europe Centrale et de l'Est.

Chacun savait donc, et cela depuis plusieurs années, qu'une réforme de la politique agricole commune était inéluctable.

Chacun savait également que nous devions beaucoup travailler pour que cette réforme permette d'atteindre un double but, à première vue contradictoire, mais dont les deux faces sont toutes deux indispensables : maintenir toutes les chances d'une agriculture compétitive qui fait de l'Europe, singulièrement de la France, un des grands acteurs agricoles dans le monde ; et maintenir parallèlement à la terre un nombre suffisant d'agriculteurs dans toutes les régions européennes et dans toutes les régions françaises.

Le courage et l'honneur des hommes politiques étaient hier et demeurent aujourd'hui de travailler positivement à une telle réforme.

Malheureusement, l'actuel ministre français de l'Agriculture n'a pas préparé le pays à la cette échéance, cédant à la démagogie et faisant souvent croire que cette réforme de PAC pourrait être évitée. Puis il a brusquement accepté à Bruxelles un changement de cette politique tout à la fois trop brutale et sur beaucoup de points discutable.

Enfin, il n'a pas su mettre en place au niveau national un plan régional cohérent de gestion du nouveau système et un plan de soutien national aux agriculteurs adapté aux régions, productions, tailles des exploitations, etc.

Le Parlement français ne pouvait accepter en silence une telle situation… L'opposition a donc déposé une motion de censure pour condamner, non pas le principe d'une réforme de la politique agricole commune, mais la politique agricole du gouvernement et singulièrement la politique de l'actuel ministre de l'Agriculture.

Cette motion de censure a permis le débat.

Aujourd'hui, il est de notre devoir de nous battre pour obtenir concrètement : les nécessaires révisions ou adaptations de la nouvelle politique agricole commune ; une gestion décentralisée et participative dans le cadre du nouveau système ; enfin, un plan d'aide national, décentralisé et adapté aux productions et aux types d'entreprises agricoles.

Nous, démocrates-chrétiens, attachés à notre identité qui suppose partout le maintien d'une vie rurale impossible sans une composante agricole, avons un devoir à remplir, en expliquant clairement que nos critiques ne sont pas dirigées contre l'Europe communautaire mais bel et bien contre le manque d'intérêt, de considération et de vision d'avenir du gouvernement socialiste pour le monde agricole.