Texte intégral
23 septembre 1992
Libération
Poperen : "refaire le tissu politique de la gauche"
Si l'ancien ministre ne se résigne à la défaite aux législatives, il considère que le "petit oui" sanctionne le gouvernement. Et préconise une politique de terrain.
L'ancien ministre des Relations avec le Parlement analyse pour "Libération" le référendum de dimanche et détaille sa stratégie pour enrayer la "descente aux enfers" des socialistes.
Libération : Après chaque défaite électorale du PS, vous avez coutume de dire à vos camarades socialistes, "cette fois, cela suffit". Après le petit oui de dimanche qui confirme que la France populaire qui avait voté Mitterrand ne suit plus le PS, que dites-vous ?
Jean Poperen : Je vais me répéter mais effectivement, cela suffit ! Il est clair qu'une partie très importante des gens qui nous faisaient confiance, qui nous ont amenés au pouvoir, ont manqué au combat de dimanche. Faut-il s'étonner ? Je pense que c'est la sanction d'une campagne.
Libération : D'une mauvaise campagne ?
Jean Poperen : D'une campagne qui n'a pas répondu à l'interrogation de notre électorat. Quand les gens ont eu le sentiment que le discours dominant de cette campagne, c'était Giscard disant "l'Europe, c'est l'Europe libérale", comment voulez-vous qu'ils se sentent concernés ? Et puis, au-delà de la campagne, ce vote c'est aussi la sanction d'une politique, la nôtre. J'entendais sur une radio un électeur d'Ivry, un travailleur, dire : "J'ai redouté que Maastricht aggrave encore ce que nous subissons ; ce que j'espérais, c'était un peu plus d'égalité". C'est bien là le cœur du sujet. Le bilan qui ressort de notre gestion certes, réussie économiquement, c'est plutôt le creusement des inégalités, plutôt l'extension des zones de pauvreté, plutôt l'expansion du chômage. Il est normal qu'à un moment ou à un autre notre électorat décroche. Et aujourd'hui le décrochage est massif.
Libération : C'est un constat de faillite politique que vous dressez là ?
Jean Poperen : Je n'ai pas employé le mot de faillite. Mais ce qui est sûr, c'est que nous sommes, ressentis aujourd'hui comme ayant manqué à ce qui était notre engagement de base. Veut-on continuer la descente aux enfers ? Je suis de ceux qui considèrent qu'il n'y a pas à se résigner pour la prochaine échéance législative. Mais ceux qui à gauche, nous ont menés-là ne me paraissent pas les mieux placés pour assurer le nécessaire électrochoc.
Libération : Qui visez-vous ?
Jean Poperen : Je ne veux pas personnaliser.
Libération : Que préconisez-vous en guise de sursaut ?
Jean Poperen : Il faut refaire le tissu politique de la gauche. Il faut s'adresser à toutes les forces vives pour préparer la grande alliance du mouvement et du progrès. Il ne s'agit pas pour l'instant de discuter structures, il s'agit d'aller sur le terrain, de profiter du regain de la vie politique pour faire une sorte de tour de France interactif et établir le contact avec tous ces gens qui se sont sentis hors du coup et qui, cependant, veulent que la gauche mène le combat social qu'elle n'a pas mené ni en France, ni en Europe.
Libération : Ce déficit social de la gauche, vous le dénoncez depuis longtemps. Est-ce qu'il vous paraît encore possible de le combler en partie d'ici les législatives ?
Jean Poperen : C'est forcément un combat de longue haleine. Mais si on ne l'entreprend pas maintenant, pourquoi l'entreprendrait-on, plus tard ? C'est une première condition pour améliorer les données de l'affrontement des législatives de mars. Il n'y a pas de temps à perdre.
Libération : Pensez-vous comme certains socialistes que le mieux aujourd'hui serait une dissolution qui permettrait au PS de se refaire une santé dans l'opposition avant l'échéance présidentielle ?
Jean Poperen : Je ne fais pas la politique du pire et je mets en garde ceux qui pensent qu'une cure d'opposition est inévitable. On sait quand on entre dans l'opposition, on ne sait pas quand on en sort. Il ne faut pas jouer là-dessus.
Libération : Votre ami Jean-Pierre Chevènement a fait une campagne ardente en faveur du non. Considérez-vous qu'il a toujours sa place au Parti socialiste ?
Jean Poperen : Il ne faut pas couper des têtes ou lancer des menaces. Le référendum que nous venons de vivre ne doit pas être une ligne de partage. Le "lion de Belfort" a sa place dans la multiplication des points de rencontres des forces vives, la préparation de la grande alliance que je préconise. À condition qu'il le veuille et ne prétende pas refaire l'avenir à partir du camp des non à gauche ; ce serait absurde.
23 septembre 1992
France 2
Jean Poperen : Faut-il tuer le PS pour mieux le faire renaître ?
France 2 : C'est l'évidence que le temps d'Epinay est passé. Ce parti a eu de grandes qualités, il a réalisé de grandes choses, il a rassemblé, il est devenu prépondérant à gauche mais aujourd'hui, les temps sont différents. Donc, il faut imaginer autre chose.
France 2 : Imaginer quoi ?
Jean Poperen : Aujourd'hui, le paysage politique est éclaté. Tout cela, il faut peu à peu le rassembler dans une grande structure nouvelle beaucoup plus souple. Le temps des partis centralisés, structurés est passé, c'est l'évidence. Il faut déborder le PS mais, pour autant, il ne faut pas tuer ce qui existe. Mais je constate qu'à lui seul, et à partir de lui, ne se fera pas l'avenir.
France 2 : Vous avez un ton combatif et on nous dit que vous n'allez pas vous représenter aux prochaines élections législatives.
Jean Poperen : Le combat politique n'est pas seulement là. Dans la vie politique que j'aurais eu, j'aurais été, pendant un temps, parlementaire mais j'aurais été combattant politique, militant avant d'être parlementaire. Pour ceux qui croient que cette décision serait une retraite politique, je les rassure. Pour quelques autres qui ne seraient pas mécontents de me voir partir au loin, je vais les décevoir. Je continue le combat dans d'autres conditions. Je ne suis pas nécessairement élu jusqu'à la fin de mes jours. Je fais ce que beaucoup recommandent mais ne font pas.
France 2 : Quel est votre sentiment sur le financement des partis ?
Jean Poperen : Il faut rendre hommage à cette majorité d'avoir fait beaucoup pour une purification qui était indispensable. Tout le monde le reconnaît. Nous voulons aller plus loin. Mais, à partir de là, c'est difficile. De toute façon, pour avoir des ressources, il faut demander de l'argent à ceux qui en ont. Il ne faudrait pas que les plus démunis soient disqualifiés par leur manque de munition.
France 2 : On a le sentiment que vous avez perdu vos marques.
Jean Poperen : Prenons un peu de hauteur sur des affaires. Nous vivons une époque de formidables bouleversements. Depuis trois ans, ça s'est accéléré, le monde entier est brassé, notre propre société est brassée. Alors, effectivement, il faut retrouver les marques, ce n'est pas facile dans la tempête. Chacun doit s'y essayer. De l'autre côté, ce n'est pas triste non plus. Ces gens qui, à l'heure qu'il est, nous disent "on va être au pouvoir dans six mois" – ce qui est un risque énorme de vendre la peau de l'ours comme ça, ça porte généralement malheur – quelle va être leur politique économique ? Je suis étonné et amusé de voir que l'homme dont on dit généralement qu'il aurait la responsabilité des affaires si l'opposition actuelle dirigeait, M. Balladur, est contesté d'un peu partout dans son propre camp. Certains lui reprochent de faire la politique de M. Bérégovoy. Lui s'en défend. Les primaires, ils n'ont même pas pu les faire au Sénat parce que c'était les primaires à l'intérieur d'une des formations. Mais l'intérêt des primaires c'est qu'elles se fassent entre les deux grandes formations de l'actuelle opposition, c'est-à-dire l'UDF et le RPR et ça, ça n'a pas marché du tout.
9 octobre 1992
Le Figaro
Poperen : "À nouvelle période, nouvelle structure"
L'ancien ministre estime que l'avenir de la gauche ne passe pas par des problèmes d'affrontement interne au sein du PS.
Ancien numéro deux du PS, le maire de Meyzieu se retire de la vie parlementaire et se consacre à la réflexion. L'ancien ministre s'explique dans nos colonnes.
Le Figaro : Il y a un an, vous déclariez que le PS pouvait bien un jour disparaitre. Estimez-vous, aujourd'hui, que le seuil d'alerte a été franchi ?
Jean Poperen : Dès l'été de 1991, en tirant les leçons de l'effondrement du système soviétique, j'indiquais qu'il fallait préparer une structure nouvelle de large rassemblement de toutes les forces de l'espace de gauche. Un grand pari du mouvement, du progrès ou de la réforme – qu'importe l'intitulé ! – mais qui serait suffisamment souple pour rassembler toutes les diasporas.
Je crois que nous sommes entrés dans une époque nouvelle. Le PS d'Épinay a joué un rôle décisif et a réussi son pari. Il serait absurde de dire qu'on jette ce qui existe par-dessus bord : je n'ai pas l'intention de casser les vitres. Mais, pour autant, nous devons bien intégrer que cet âge d'or est révolu. À une nouvelle période, il faut une structure nouvelle. Bien sûr, le PS est appelé à jouer tout son rôle, mais l'impulsion principale ne pourra sans doute pas venir du PS tel qu'il est aujourd'hui.
Le Figaro : Outre le phénomène d'usure, quelle est la raison de cette dérive constante du PS ?
Jean Poperen : Je crains de me répéter, mais durant cette dernière période, le PS n'a pas été perçu comme un parti qui cherchait à inverser le glissement vers une France à deux, voire à trois vitesses. Or, tandis que nous réussissons notre tournant économique, ce glissement s'est plutôt accentué. Le PS n'a pas joué son rôle d'animateur du mouvement social. Voilà pourquoi tant de militants et d'électeurs se sont détournés de nous.
Le Figaro : Avec pour point d'orgue le résultat au dernier référendum…
Jean Poperen : Mon analyse est que le décrochage d'une partie de l'électorat de la gauche s'est fait en deux temps. D'abord, aux alentours de 1984, une partie notable de notre électorat populaire a carrément fait le saut jusqu'au Front national. Et dans un second temps, aux élections de mars dernier, une partie plus liée aux classes moyennes s'est portée vers l'écologie. Bilan : un solde déficitaire. Aujourd'hui, nous risquons de payer l'addition.
Le Figaro : Vous parlez de reconstruction, mais celle-ci est-elle possible en dehors du cadre d'une élection présidentielle ?
Jean Poperen : Grosse affaire ! Je crains d'être ici à contre-courant d'une opinion prépondérante au sein du PS. Je considère que si la recréation nécessaire d'une grande force à gauche se faisait essentiellement à cette occasion, nous n'aurions rien résolu. Un des vices de la vie politique française actuelle est justement qu'elle est excessivement centrée sur l'institution présidentielle et que tout tourne autour de l'élection présidentielle. C'est bien pourquoi le travail, qui, dans un premier temps, sera forcément obscur, pour refaire le tissu politique de la gauche, doit commencer dès maintenant.
Pas question de faire l'impasse sur les législatives. Je ne suis pas de ceux qui courbent l'échine devant une défaite proclamée irrémédiable. Il nous faut dialoguer sans relâche avec les composantes de la mouvance écologiste, durablement enracinée désormais dans la vie politique française et qui pèsera d'un grand poids aux prochaines élections, mais aussi avec tous les éléments éparpillés de la partie communiste qui rompt les amarres avec le réduit néostalinien, ainsi que la nébuleuse du centre gauche.
Moi, je n'attends pas pour préparer dans les meilleurs délais des manifestations communes.
Le Figaro : Vous pensez que le retour de Jean-Pierre Soisson est de nature à relancer l'ouverture ?
Jean Poperen : On verra bien. Je ne veux pas m'arrêter à cet événement.
Le Figaro : C'est quand même, pour vous, un événement…
Jean Poperen : Un petit événement.
Le Figaro : Croyez-vous que le PS soit encore un parti de premier tour ?
Jean Poperen : Il est bien trop tôt pour dire cela. Le PS est sans doute encore la première force à gauche, mais en partenariat avec d'autres forces. À partir de là, rien n'est plus important pour ceux qui le dirigent que de créer les conditions d'un rassemblement de second tour. C'est un travail un peu vain que de vouloir marchander telle ou telle circonscription au premier tour. L'essentiel de nos efforts doit-porter sur la recherche d'engagements pour le second tour.
Le Figaro : Pourquoi choisissez-vous de travailler en marge du PS ?
Jean Poperen : Je ne travaille pas en dehors. Il faut mener les deux de front. Ce qu'on ne peut plus faire, c'est jouer l'avenir sur des motions de congrès. L'avenir de la gauche française ne se fera pas sur des problèmes d'affrontement interne au PS. Ce jeu est dépassé, n'intéresse personne ; et l'expérience a prouvé que non seulement il ne débouchait sur rien, mais qu'il était truqué. Politiquement parlant, il n'y a pas de raison pour que cela soit, à l'avenir, différent. Les choses sérieuses se feront au-delà de ce jeu.
Le Figaro : Qui, du premier secrétaire du PS ou du Premier ministre, doit conduire la campagne des législatives ?
Jean Poperen : Dès lors que le Premier ministre estime qu'il dirige un gouvernement qui repose sur des forces diverses et qu'il aspire à élargir son espace politique, il a une campagne à mener qui est celle d'une majorité virtuelle. Mais, à l'intérieur de cette campagne, il appartient au PS et donc, à son premier secrétaire, de mener également sa campagne.
24 octobre 1992
France 3
E. Cachart : Trouvez-vous sain que des ministres critiquent le parti dont ils sont issus ?
Jean Poperen : Là, il y a un problème en effet que Bérégovoy doit traiter avec Fabius. Moi, sur tout ça, je ne vais pas en rajouter. Je ne suis pas incendiaire. Mais je ne suis pas non plus le pompier de service. Si ça va mal, c'est effectivement que le PS va mal, on ne va pas se cacher derrière son petit doigt. Et la réponse est politique. Je suis de ceux qui ne croient pas en effet, à la fatalité de l'échec, en tout cas à la fatalité du désastre. Pas du tout. Simplement, le sursaut, il ne résultera pas du contentement de soi, ou de la méthode Coué. Il résultera de décisions politiques. Permettez-moi de dire que cela fait quelques mois pour le moins que je dis que le PS doit jouer son double rôle de rassemblement de toutes les forces vives. Beaucoup sont disponibles et pas découragées, mais qu'il faut remettre dans le mouvement, et son rôle d'animateur du mouvement social, avec une réponse aux grandes questions, notamment celle de l'emploi et du temps de travail, qui sont liés. J'ai entendu d'ailleurs que P. Bérégovoy en parlait aujourd'hui. Simplement, je dis à P. Bérégovoy très amicalement : la solution ne résultera pas simplement d'un décret gouvernemental. Elle sera le résultat, il n'y a pas d'autre voie, du contrat négocié entre les forces sociales diverses, les chefs d'entreprise, les syndicats, les pouvoirs publics. Ou on ira vers ça, ou on ira vers de graves mécomptes, vers l'aggravation des désillusions, et on ne redressera pas le PS.
E. Cachart : Vous présentez mardi un texte en compagnie de membres du PS, mais aussi de communistes critiques, d'écologistes. Quel en sera le contenu ?
Jean Poperen : Je ne présente pas. Un certain nombre de parlementaires, d'élus en général, socialistes, communistes opposants, des personnalités des divers mouvements écologistes affirment ce que je viens de dire : la nécessité de regrouper toutes les forces vives pour petit à petit, dépasser la situation actuelle.
E. Cachart : Ce n'est pas possible au sein du PS ?
Jean Poperen : Je ne crois pas, je ne crois plus que le sursaut puisse se faire à partir des structures existantes, ce qui ne veut pas dire que je considère qu'il faille les détruire. C'est évident, le PS reste une force très importante, mais il est clair qu'il n'est pas en mesure aujourd'hui de donner l'élan à ce regroupement, à ce rassemblement. S'il avait dû le faire, on s'en serait aperçu, on ne serait pas dans la situation où on est, avec ce désarroi, ces querelles, c'est vrai, un peu minables, mais qui sont le résultat d'une crise, qui résulte elle-même d'une incapacité politique qui s'est vérifiée ces dernières années. C'est un simple constat, et je préférerai en faire un autre. Mais moi, j'indique une voie, je ne me contente pas de dire "ça ne va pas", ça n'avance à rien, ça c'est morbide.
E. Cachart : Vous faites l'objet d'une enquête dans le cadre de l'affaire de la Sagès. Votre mairie a-t-elle eu recours à ce bureau d'études ?
Jean Poperen : Je ne vais pas être soumis ici à la question, vous le savez. Je ne ferai surtout pas ce dont je fais reproche à d'autres, c'est-à-dire informer sur ce qui ne doit pas être objet d'information. Ma seule remarque à ce stade, c'est qu'il est tout à fait grave qu'on manque à ce qui est l'une des règles de la procédure judiciaire en ce pays. Je ne vous dirai donc pas quelle est la procédure, ni même s'il y a une procédure.
26 octobre 1992
France 2
G. Leclerc : Ça tangue au PS, notamment avec la déclaration de MN. Lienemann, selon laquelle "Le PS a fait son temps et qu'il faut changer d'air".
Jean Poperen : Ça tangue naturellement ; on a toujours été un peu comme ça. Pas d'émotion particulière, nous arrivons à une autre époque. Je ne dirais pas le PS c'est fini, à la poubelle, à la trappe. Ce serait ridicule. Personne n'a dit cela en vérité. Ce qui est sûr, c'est que le PS d'Epinay, celui que nous avons fait il y a un peu plus de 20 ans, qui a fait le rassemblement à gauche, qui a conquis les responsabilités du pouvoir et les a exercées, je crois que peu à peu, il doit accepter de voir se développer quelque chose de nouveau dans lequel il tiendra un rôle éminent. Mais, il ne peut pas se perpétuer tel qu'il est.
G. Leclerc : Il faut élargir, chercher de nouvelles alliances ?
Jean Poperen : C'est une idée qui est dans l'air depuis pas mal de temps. Depuis plus d'un an, j'ai dit que le moment était venu d'aller vers une structure nouvelle, plus souple, plus large, d'évoluer vers une sorte de grand parti du mouvement qui rassemble toutes les forces vives de la gauche au sens le plus large. Y trouvent leur place, tous ceux qui sont dans la mouvance socialiste. Mais également ceux qui dans la mouvance communiste ont rompu avec la tradition stalinienne, tous ceux qui se retrouvent dans ces diversités de l'écologie, d'autres orientés vers le centre. Bref, il y a là des forces considérables qui ne demandant qu'à agir, mais qui sont aujourd'hui un peu désorientées, séparées les unes des autres. Il faut faire confluer tout ça.
G. Leclerc : Est-ce que ces anciens communistes un peu perdus, ces écologistes, sont prêts à faire quelque chose avec vous ?
Jean Poperen : Dès demain, des parlementaires socialistes, communistes opposants, rénovateurs, des personnalités des différents mouvements de l'écologie, d'autres encore, vont s'exprimer avec cette volonté de se regrouper dans une direction offensive. La volonté de définir la politique sociale de notre temps, de tenir de compte de l'équilibre entre la croissance productiviste et les nécessités de l'environnement naturel. C'est le premier acte concret de la mutation dont je parlais.
G. Leclerc : Il y a aussi des critiques sur la gestion du PS, son fonctionnement. J. Dray accuse Fabius "de se livrer à un carnage, une chasse aux sorcières contre tous ceux qui ne seraient pas de son camp".
Jean Poperen : Ce sont peut-être des mots un peu forts. L. Fabius a peut-être trop cru qu'il suffisait de diriger l'appareil, la maison, la baraque pour que tout s'arrange. Cela ne suffit pas. Il faut une direction politique, une orientation, une perspective. Tous ces gens désorientés qui se sont éloignés de nous, qui ne votent plus pour nous ou plus du tout, qui sont déçus, il faut leur ouvrir notre perspective, leur dire ce que nous voulons dès maintenant. Définir la grande politique économique et sociale des années à venir. J'entendais, ce matin, que la critique est générale dans le monde contre l'ultra-libéralisme. Il y a dix ans, c'était le triomphe Reagan/Thatcher. Aujourd'hui, tout cela est balayé. Du reste, ça explique les difficultés de la droite idéologiquement. Ils sont à poils – excusez-moi de le dire – ils n'ont pas de projets. Va-t-on revenir vers l'étatisme traditionnel ? Nous disons non. Il faut aller vers une grande politique contractuelle à l'échelle de l'Europe. Prenez le temps de travail et l'emploi : on ne résoudra pas ça autrement que par la recherche d'accords négociés entre partenaires sociaux.
G. Leclerc : Il y a aussi une sorte de débandade des socialistes : une trentaine de députés qui ne se présentent pas et vous en faites partie.
Jean Poperen : Pas de débandade ; je ne quitte pas le terrain politique. On demande partout qu'il y ait une rotation des cadres, que ce ne soit pas toujours les mêmes, on veut une relève, qu'il n'y ait pas trop de cumuls. Et lorsque quelqu'un comme moi, après 20 ans de mandat parlementaire et d'exercice de responsabilités gouvernementales veut porter son action sur un autre terrain, alors c'est l'interrogation. Je suis là mais d'une autre façon.
G. Leclerc : Votre nom est cité dans les affaires, à propos d'une enquête préliminaire dans l'affaire de la Sagès…
Jean Poperen : Vous employez le mot qui convient : "cité". Je m'élève avec gravité, indignation contre cette stratégie de la rumeur qui recommence. Notre système judiciaire a des règles, ça forme un tout. Si l'une des règles – celle du secret, la garantie pour les citoyens – est foulée au pied, si on jette en pâture sans aucune preuve, mais simplement "on dit, on dit", comme l'air de Basile, de la calomnie, là plus rien n'est possible. Il n'y a plus de règles et où va-t-on ?
G. Leclerc : Vous ne vous sentez pas concerné par la Sagès ?
Jean Poperen : Je vous répète que c'est la stratégie de la rumeur et je n'entre pas dans ce jeu.