Interview de M. Jacques Toubon, député RPR, à RMC le 1er avril 1992, sur l'éventualité d'un changement de Premier ministre, l'opposition du RPR et de l'UDF à tout gouvernement de gauche et la place des écologistes sur l'échiquier politique.

Prononcé le 1er avril 1992

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Média : RMC

Texte intégral

P. Lapousterle : Votre avis sur ces bruits, ce climat politique ?

R : Je crois qu'il y a aujourd'hui beaucoup de gens qui à gauche, à l'Élysée ou à Matignon, essayent de ne pas couler.

P. Lapousterle : Ces visites à l'Élysée hier, c'est décisif ?

J. Toubon : F. Mitterrand essaie de faire croire qu'en créant une sorte de suspense, il est encore un peu maître de la situation, que c'est lui qui prend les décisions et qu'elles ne lui sont pas imposées. En réalité, chacun sait que ce changement de Premier ministre, de gouvernement, était dans les urnes. F. Mitterrand ne peut pas faire autre chose que d'en tenir compte. Il essaie de donner le sentiment qu'il ne le fait pas de manière précipitée. Son rôle aurait été au contraire de répondre immédiatement, sans attendre, au verdict des urnes, au lieu de donner l'impression de maîtriser, de monter le scénario. Tout le monde sait bien qu'il n'a pas le choix. Le scénario a été écrit par les électeurs.

P. Lapousterle : Si P. Bérégovoy devenait Premier ministre, ce serait une bonne nouvelle pour la France et les Français ?

J. Toubon : Je crains que le Président ne s'enferme dans ce que L. Fabius dès dimanche, a appelé « le retour des socialistes sur leur identité de Gauche. » La nomination de Bérégovoy, avec autour de lui un gouvernement socialo-socialiste, – car on voit bien que les écologistes ont d'ores et déjà dit qu'ils n'iraient pas dans le nouveau gouvernement, ni les écologistes de Lalonde, ni ceux de Waechter – serait une sorte d'enfermement. On répondrait au désir de renouvellement, de spontanéité, d'ouverture manifesté par les électeurs, par un retour au noyau dur des socialistes. Même si par ailleurs Bérégovoy peut avoir l'effet de rassurer, notamment certains milieux économiques. Il s'agit aujourd'hui de savoir s'il y a une capacité au gouvernement, quel qu'il soit, de changer de politique économique et sociale.

P. Lapousterle : Demain, c'est la rentrée parlementaire, quelle sera l'attitude du groupe RPR vis-à-vis du troisième gouvernement du troisième septennat ?

J. Toubon : Notre attitude est claire : notre place, notre stratégie, c'est l'union de l'opposition. Nous ferons, avec les deux autres groupes de l'opposition, l'union centriste et l'UDF, ce que nous avons toujours fait, un bloc. Nous nous opposerons à tout gouvernement qui serait issu des décisions de F. Mitterrand et d'une majorité parlementaire dont je voudrais rappeler, c'est le fait essentiel, qu'elle n'a pas obtenu 18, 19 % dans les élections régionales le 22 mars, qu'elle est aujourd'hui un-cinquième du corps électoral. Je ne pense pas que le nouveau Premier ministre osera demander la confiance à l'Assemblée. S'il le faisait, il serait renversé immédiatement. Dans toutes les hypothèses où le gouvernement viendra devant l'Assemblée pour lui demander une majorité, il ne l'aura pas. Et s'il l'a avec le soutien des 27 députés communistes, chacun sait que ce sera une majorité qui ne représentera pas le pays. C'est cela qui est le vrai problème : nous ne pouvons pas aller très loin dans un système où les institutions, le gouvernement, la majorité parlementaire sont si minoritaires dans le pays. Nous n'aurons cette année aucune décision d'investissement, nous ne verrons pas les choses bouger en matière économique, sociale, donc pour l'emploi. Il ne peut pas se prendre de décisions dans ce pays dans l'incertitude où nous sommes. Quand on dit : il faudrait que le Président de la République rappelle les électeurs pour qu'il y ait une consultation, des élections qui disent ce que veulent les Français, nous le disons aussi. En levant cette hypothèque, en tranchant définitivement, alors seraient créées les conditions de la reprise.

P. Lapousterle : Pensez-vous que les écologistes soient une force cohérente avec laquelle on peut faire de la politique ?

J. Toubon : Deux choses : premièrement, les problèmes de l'environnement sont des problèmes majeurs. La force politique écologiste, je lui verrais deux défauts : elle est monomaniaque, de la même façon que le Front national l'est sur l'immigration. Ça ne fait pas un parti politique. Deuxième chose : ils sont divisés, traversés de courants. Les Verts du Nord-Pas-de-Calais sont des gens qui ont une sensibilité de gauche plus forte.

P. Lapousterle : C'est leur défaut principal ?

J. Toubon : Non. Ils ont un seul thème et en plus ils sont politiquement dans leur conviction, dans leur rattachement, divisés. Je crains que de ce fait, ils ne puissent constituer qu'une force d'expression, de message et non pas une force de gouvernement. Toutefois, le dialogue avec eux est très important, comme avec tous ceux qui se sont exprimés. Il y a quand même eu un vote-message. Ce message, il faut l'entendre.