Déclaration de M. Michel Sapin, ministre de l'économie et des finances, sur le retour au calme de la situation monétaire et l'éventualité d'une baisse des taux d'intérêt en Europe et sur la cession d'actifs de Rhône Poulenc, le 29 octobre 1992.

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Intervenant(s) : 

Circonstance : Point de presse de M. Michel Sapin le 29 octobre 1992

Texte intégral

M. Sapin : Messieurs, bonjour. Je commenterai en introduction à notre discussion deux décisions qui sont intervenues ce matin. L'une concerne une modification de la structure du capital de Rhône Poulenc et l'autre la décision annoncée par la Banque de France ce matin à propos de ses taux directeurs.

S'agissant de la société Rhône Poulenc, j'avais rédigé un communiqué pour que l'information soit la plus totale et la plus transparente possible, communiqué qui a été diffusé avant l'ouverture des marchés.

Comment se caractérise l'opération que nous proposons d'engager ?

Bien entendu, il ne s'agit pas d'une privatisation au sens strict du terme, ni même au seul sens du terme. La privatisation, je vous le rappelle, est le passage d'une entreprise du secteur public au secteur privé. L'opération qui est lancée s'inscrit très exactement dans la continuité des opérations que l'on a pu connaître auparavant ; elle consiste à mettre sur le marché une partie du capital d'une société sans pour autant faire passer cette société du secteur public au secteur privé.

Le terme de « privatisation » que j'ai vu employer ici ou là n'est donc pas exact s'agissant de cette opération.

Par contre, c'est une modification importante qui a de l'ampleur s'agissant de la structure du capital de la société Rhône Poulenc.

Pourquoi a-t-elle de l'ampleur ?

Parce qu'elle portera sur au moins 6 millions des actions détenues par l'État. Elle s'accompagnera également et naturellement d'offres d'échange contre des actions, des certificats d'investissement privilégiés et des titres de participations, de manière à simplifier la structure du capital et à faire en sorte que Rhône Poulenc ait un bilan plus simple, plus lisible et qu'il y ait aussi une plus grande liquidité du marché des actions concernant cette société.

Le secteur public restera majoritaire dans Rhône Poulenc, ce qui a un certain nombre de conséquences en termes juridiques, en particulier le fait que les dispositions de la loi de juillet 1983 démocratisation du secteur public continueront naturellement à s'appliquer à cette société.

Au-delà de l'aspect technique sur lequel vous aurez toutes les informations nécessaires à la transparence, j'annonce la chose avec un certain nombre de semaines ou de mois d'avance par rapport au moment où elle se fera, justement pour que cette transparence soit totale, que l'information soit totale et qu'il n'y ait pas la moindre difficulté de ce point de vue.

Je l'annonce aussi – chacun le voit – à un moment où vous me direz que la Bourse n'est pas au plus haut de ce qu'elle a pu connaître. Je pense pourtant que la Bourse de Paris tout particulièrement – d'une manière générale les Bourses européennes – connaîtra dans les semaines et les mois qui viennent une période meilleure que celle qu'elle a pu connaître depuis quelques semaines ou quelques mois. Je veux dire que notre décision, au moment où l'opération se fera, s'inscrira dans un marché qui sera beaucoup plus porteur qu'il ne l'est aujourd'hui.

Pour le dire encore plus clairement, c'est une décision qui est aussi un signe de confiance dans l'évolution des marchés dans les semaines et les mois à venir.

Que dire d'autre sur cette opération ? C'est une opération qui s'inscrira dans la continuité, ce n'est pas une privatisation, ce sont des cessions d'actifs sans faire basculer d'un secteur à un autre.

C'est aussi une opération dont les recettes seront principalement orientées vers la dotation en capital des entreprises publiques, dotation en capital qui, pour certaines d'entre elles, paraît nécessaire, comme ceci est connu et annoncé pour plusieurs des entreprises concernées.

Cette opération importante montre que nous avons le sens de la continuité et le sens de la réalité de ce que sera le développement de la Bourse ou de la conjoncture dans les semaines et les mois qui viennent.

L'autre décision qui a été annoncée ce matin et que je vais commenter rapidement est celle qui a consisté pour la Banque de France à annoncer le retour du taux des prises en pension de 13 %, taux qu'avait fixé la Banque de France le mercredi 23 septembre, jour de la grande contre-offensive contre la spéculation, à 10,5 %, c'est-à-dire très exactement et très logiquement le taux qui prévalait avant la crise.

Ceci est le dernier signe du retour à la normale après la crise monétaire que j'ai souvent commentée, mais dont je crois nécessaire de dire à nouveau qu'elle a été sans précédent à la fois dans son ampleur mai aussi dans la rapidité du retour à la normale.

Cela fait un mois jour pour jour et les taux directeurs sont revenus à ce qu'ils étaient auparavant, les taux d'intérêt au jour le jour sont revenus à ce qu'ils étaient auparavant et le franc dispose manifestement d'une capacité d'appréciation dans la bande du SME.

Également – c'est un point très important d'un point de vue économique – il y a une évolution très encourageante des taux à long terme. Je ne sais pas si vous avez observé quel était le niveau des taux à long terme ce matin sur le marché ; à 9 heures, il était à 8,14 %, c'est-à-dire que par rapport au mois d'août, les taux à long terme ont baissé de 100 points de base, donc de 1 %.

C'est une évolution très positive et porteuse, me semble-t-il, d'un certain nombre de modifications d'attitudes que je souhaite devant la situation conjoncturelle.

Pour le reste, j'observe les marchés, j'observe les taux au jour le jour, j'observe les taux à trois mois et j'observe que dans l'ensemble de l'Europe les conditions d'une détente des taux d'intérêt sont clairement en train de se créer.


M. Hoelm, Correspondant allemand : Vous confirmez donc les tendances positives observées de l'autre côté de l'Atlantique en ce qui concerne la conjoncture en général ?

M. Sapin : Je vous ai fait un commentaire sur les problèmes du retour à la normale par rapport à la bataille – en dehors de Rhône Poulenc.

Je constate que ce qui créait le fort déséquilibre, à savoir les évolutions des taux d'intérêt contradictoires en Amérique et en Europe ou en Allemagne, de même que des évolutions qui étaient à la baisse du dollar sont maintenant inversées.

Les ciseaux qui s'écartaient sont en train de se refermer et le dollar qui baissait est en train de remonter. C'est une très bonne chose et c'est souhaitable de voir continuer cela.

Le dollar ce matin est à 5,30 francs alors qu'il n'y a pas très longtemps, c'est-à-dire il y a quelques semaines, il était à 4,70 francs.

Ces évolutions de fond modifient profondément un certain nombre des conditions de fonctionnement de notre économie, en particulier des économies européennes, en les améliorant à l'évidence.

Mme Laik (L'Express) : Quels commentaires vous inspire la révision des chiffres de l'INSEE et maintenez-vous votre dossier pour 1993 ?

M. Sapin : Les commentaires ont été faits pour 1992. Je me souviens avoir commenté devant vous les chiffres de l'INSEE avant l'été, qui étaient de 2,5 %, et je me souviens ne pas les avoir repris à mon compte.

Je pense que beaucoup d'entre vous sont des habitués de ces Points de Presse et qu'ils me rendront cet hommage je n'ai pas repris à mon compte les chiffres de 2,5 % avant l'été qui me paraissaient un peu optimistes par rapport à l'idée que j'avais de l'évolution de la conjoncture.

Aujourd'hui, c'est 2 %, cela change assez vite et je pense que la vérité doit être un peu au-dessus de ces 2 % ; c'est la raison pour laquelle, pour ma part, je maintiens la perspective qui a toujours été celle du gouvernement d'un taux de croissance pour 1992 de 2,1 %. C'est le chiffre que j'ai avancé depuis plusieurs mois et qui me paraît rester la base crédible des prévisions pour 1992.

S'agissant de 1993, vous le savez et je l'ai souvent dit, le chiffre de 2,6 % est principalement dû dans les prévisions du gouvernement à une reprise de l'investissement des entreprises.

Mme Laik (L'Express) : D'où le débat.

M. Sapin : Oui, et c'est un bon débat. Il principalement dû dans ces hypothèses à deux éléments, d'une part le niveau du dollar et, d'autre part, le niveau des taux d'intérêt.

Je constate qu'au moment où les enquêtes de l'INSEE et de la Banque de France ont été faites, nous étions en plein dans la crise monétaire avec un dollar très bas et des taux d'intérêt très élevés.

Je constate qu'aujourd'hui le dollar est plus élevé et que les taux d'intérêt sont plus bas ; en conséquence, les deux hypothèses sur lesquelles le gouvernement se fondait pour prévoir une reprise de l'investissement, à savoir un dollar à 5,50 francs et des taux d'intérêt plus bas que ceux que nous connaissions, se concrétisent dans les faits. Il faut voir les évolutions, les tendances, mais aujourd'hui elles sont en train de s'inscrire dans les faits.

Cela me fait donc penser que l'hypothèse d'une reprise de 3 % de l'investissement en 1993 qui fait que l'on arrive à 2,6 % – sur tous les autres points il y a un accord entre les conjoncturistes, que ce soit la consommation des ménages ou la situation sur les marchés extérieurs – donc celle du dollar et des taux d'intérêt est en train de se concrétiser.

Je n'ai aucune raison de remettre en cause la prévision au gouvernement pour 1993.

M. Launere (RMC) : Ne pensez-vous pas que la politique de relance annoncée par Bill Clinton peut jouer sur le dollar en le ramenant à la baisse ?

M. Sapin : Je ne jouerai pas les Mme Soleil sur genre de sujet. Le plus simple est de regarder les marchés, et lorsque je l'ai fait j'ai eu le sentiment que la probabilité dans les sondages d'une victoire de Bill Clinton s'accompagnait plutôt d'une reprise du dollar.

Je n'ai donc pas le sentiment que les marchés, tout au moins celui du dollar, aient une crainte particulière à avoir vis-à-vis de la politique de Bill Clinton, au contraire.

Je ne pense pas que l'élection éventuelle – je ne me prononcerai pas à la place des Américains – de Bill Clinton aura effet négatif sur le dollar, et si l'on regarde la tendance des choses, je dirais même au contraire.

M. Donnet (AFP) : Continuez-vous à penser qu'il n'y aura pas d'accord sur le GATT avant les élections américaines ?

M. Sapin : Je n'ai pas d'information permettant de penser le contraire, et chaque jour passant nous nous en rapprochons.

Mme Grossman (Radio Classique Affaires) : Vous avez dit que les conditions d'une baisse des taux d'intérêt étaient réunies en Europe. La France peut-elle le faire sans tenir compte de la condition de l'Allemagne ?

M. Sapin : Lorsque l'on passe de 13 à 10,5 %, on baisse les taux ; aujourd'hui, c'est une décision de baisse du taux directeur de prise en pension de 13 à 10,5 %. Pour le reste, je regarde ce qui vient de se passer, je sais que je réponds à côté de votre question mais aujourd'hui c'est une décision de baisse.

Les marchés l'ont perçu ainsi, ils ont très positivement réagi ce matin à cette annonce. C'est une décision de baisse, et pour le reste, j'observe ce qui s'est passé sur les taux sur le court terme. Ceux-ci n'ont cessé de diminuer depuis plusieurs semaines, régulièrement, et j'observe ce qui s'est passé sur les taux à long terme, à savoir que par rapport à la crise on note une diminution d'un point de ces taux d'intérêt à long terme, ce qui est très significatif.

M. Guy Colling (Bloomberg) : Compte tenu de l'expérience de l'année passée, peut-on exclure toute baisse du taux d'intervention de la Banque de France avant une baisse des taux directeurs allemands, et compte tenu du fait que la hausse du taux de cinq à dix jours a été coordonnée avec la Bundesbank en septembre, allez-vous coordonner la baisse avec la Bundesbank ?

M. Sapin : Je n'ai pas de commentaires à faire en plus sur les taux d'intérêt, mais j'ai oublié de vous dire une chose.

Dans le scénario comme quoi nous avions récupéré la moitié, puis les deux tiers, puis les trois quarts, je peux vous dire que ce matin, nous avons récupéré plus que les 9/10èmes. C'est aussi un des éléments du retour à la normale. Il n'y a plus beaucoup de choses après, le scénario va s'arrêter.

M. Hoelm, correspondant allemand : Les gens au Fonds monétaire international ne font que s'occuper de la gestion de la crise à l'Est. Il y a aussi des gens qui vont plus loin, qui se demandent dans quelles conditions on pourrait restaurer l'économie mondiale. Vous faisiez allusion à la nécessiter d'encadrer les mouvements des échanges…

M. Sapin : Non, mais ils font cela discrètement, ne leur jetez pas la pierre, ce n'est pas brutal. Ils font leur travail.

M. Hoelm : Dans le sens des démarches faites par les analystes au Fonds monétaire international, pensez-vous à une construction comme celle du système monétaire européen à l'échelle mondiale ou au retour d'un système Bretton Woods bis ?

M. Sapin : Si les autorités monétaires et les banques centrales non seulement de la France mais aussi de l'Allemagne ont accordé autant d'importance au S.M.E. et donc se sont battues autour du franc pour que le SME persiste – car si le franc était sorti du système, c'était le SME qui disparaissait –, c'est bien parce que nous avons la conviction que ce pôle de stabilité, qui est le seul pôle de stabilité monétaire dans le monde, est un élément décisif du bon fonctionnement de nos économies.

On ne va pas revenir à Bretton Woods, mais plus il y aura de stabilité dans les relations entre les monnaies, mieux cela vaudra. L'Europe doit préserver avec le SME et va créer avec l'Union économique et monétaire une zone de stabilité encore renforcée, ce qui sera bon pour nos économies. Tout ce qui permettra au niveau international une plus forte coopération monétaire et donc une plus grande stabilité dans les relations entre les monnaies ira dans le bon sens.

Je parle de coopération monétaire et pas de mise en place d'un système mondial que je ne trouve pas réaliste aujourd'hui. À partir de ce pôle de stabilité qu'est le SME, lequel est un mécanisme institutionnel, je suis persuadé qu'il convient de renforcer la coopération monétaire au niveau international pour faire en sorte qu'il y ait plus de stabilité. On a vu les effets négatifs de mouvements trop fortement à la baisse du dollar ou du yen. Il faut à l'avenir qu'une plus grande stabilité sur le cours des monnaies puisse se mettre en place, sachant que le dollar peut encore se permettre de monter.

M. Rieumajou (F.-L.) : Et la livre ?

M. Sapin : Il convient que la lire revienne dans le SME et la livre aussi, premièrement, chacun au rythme qui sera choisi par leur gouvernement et, deuxièmement, en coopération avec les Européens puisque ce ne doit pas être une décision unilatérale mais prise par un pays en coordination avec les autres pays du système monétaire européen.

M. Vittori (L'Expansion) : Que pensez-vous des déclarations de M. Delors qui demande plus ou moins quelque chose qui ressemblerait à une relance concertée au niveau européen ?

M. Sapin : Je me souviens qu'avant l'été, en mai, Pierre Bérégovoy avait écrit à ses homologues et j'avais écrit aux miens au sein de l'Europe comme au sein du G7 pour prôner une initiative européenne de croissance.

Maintenant que cette tempête monétaire est en grande partie derrière nous et en particulier, pour la France, totalement derrière nous, je pense qu'il est temps de reprendre langue sur le thème de l'initiative européenne de croissance.

Mme Laik (L'Express) : Pourquoi cela n'a-t-il pas marché ?

M. Sapin : Parce qu'était manifestement à ce moment-là dans l'air et, plus encore, dans les mécanismes, ce qui a abouti à la crise monétaire : il y avait des contradictions d'évolution entre les économies – je pense aux économies allemande et américaine – et des évolutions des monnaies – je pense au dollar – qui étaient des mécanismes erratiques ne permettant pas de stabiliser les choses, ce qui a provoqué des tensions considérables au sein du SME. Il fallait s'attaquer à l'urgence, à savoir de restabiliser le SME.

Mme Laik : Pensez-vous que toutes ces tensions ont disparu aujourd'hui ?

M. Sapin : Le monde vit de tensions. Le jour où il n'y a plus de tensions, il n'y a plus de vie, mais s'agissant du franc, elles sont manifestement derrière et d'une manière générale, on voit bien que la remontée du dollar et le resserrement du ciseau des taux d'intérêt Amérique/Europe sont deux éléments qui diminuent fortement les tensions. Ce qui a provoqué les tensions est en train de s'atténuer, donc cela diminue à l'évidence les tensions.

M. Hoelm (Correspondant allemand) : (Inaudible).

M. Sapin : Je dis qu'il est temps aujourd'hui, je prendrai des initiatives dans ce sens, de prendre cette initiative européenne de croissance.

M. Launere (RMC) : L'initiative européenne de croissance se ferait par une croissance des investissements, des infrastructures, des grands travaux ?

M. Sapin : Je n'entrerai pas dans le détail aujourd'hui.

M. Vittori (L'Expansion) : Revenons à Rhône-Poulenc. Vous avez parlé de continuité. Doit-on en déduire que l'objectif est-il de descendre la part publique à 51 % ?

M. Sapin : L'objectif n'est pas de descendre la part publique à 51 %, mais, en fonction de l'intérêt de l'entreprise et de la situation des marchés et dans un mécanisme de transparence absolue, de mettre sur le marché un certain nombre d'actifs détenus aujourd'hui par l'État. L'objectif n'est pas d'arriver 50 et quelques, mais de mettre sur le marché, dans de bonnes conditions pour les entreprises et pour le marché, le marché, donc pour la gestion du patrimoine de l'État, un certain nombre de titres détenus aujourd'hui par l'État. C'est cela qui est la continuité.

Je vous ai dit 6 millions d'actions au moins.

Mme Laik (L'Express) : Vous tablez sur quelle somme pour le budget ?

M. Launere (RMC) : 12 % du capital ?

M. Sapin : C'est cela, 12 %. C'est ce qui est indiqué dans le communiqué : « Une offre de vente par l'État sur le marché d'au moins 6 millions d'actions », plus l'opération d'échange, mais c'est autre chose.

M. Launere (RMC) : Quelle est l'offre d'échange ?

M. Sapin : Un pour un, c'est indiqué dans le communiqué.

M. Launiere (RMC) : En général ? …inaudible.

M. Sapin : Là, il y a un privilège, ils sont davantage rémunérés, donc vous échangez un privilège en termes de rémunération contre un retour à la normale en droits de vote.

Un intervenant : Est-ce qu'il n'y a pas une privatisation partielle (… inaudible) avant les élections parlementaires ?

M. Sapin : D'abord, je ne sais pas ce qu'est une privatisation partielle, mais je ne vais pas revenir sur mon langage. Cette cession d'actifs, qui ne fait pas passer du secteur public au secteur privé, est une parmi celles qui ont été initiées depuis le début de l'année. Pour le reste, on va déjà essayer de réussir celle-ci et elle le sera.

L'intervenant : … inaudible.

M. Sapin : L'État est actionnaire d'un très grand nombre d'entreprises et je peux vous dire, pour y passer un certain temps, qu'il travaille beaucoup avec entreprises. C'est un actionnaire vigilant.

Un intervenant : Comment seront affectées les sommes ainsi dégagées ?

M. Sapin : Je vous ai dit – depuis le début les choses sont très claires là-dessus – que, d'une manière générale, l'utilisation des ressources de ces cessions d'actifs, c'est premièrement la recapitalisation d'un certain nombre d'entreprises publiques qui en ont besoin et, deuxièmement, le plan emploi.

Le plan emploi, aux alentours d'un milliard de francs, a été en très grande partie financé par les cessions d'actifs précédentes et il y a un décret d'avance qui est paru juste avant l'ouverture de la session parlementaire qui le matérialisait et je constate donc que les sessions d'actifs qui sont maintenant décidées avec Rhône-Poulenc seront principalement tournées vers le capital des entreprises publiques qui ont besoin d'une augmentation de capital.

M. Launere (RMC) : Monsieur le ministre, tous les dirigeants d'entreprises publiques doivent être maintenant la langue pendante en attendant cette manne céleste.

M. Sapin : Pas tous, il y en a beaucoup qui ne demandent rien.

M. Launere (RMC) : Peuvent-ils savoir lesquels vont recevoir une partie de la manne ?

M. Sapin : Ceux qui en ont besoin pour développer leur entreprise, leurs marchés, leur emploi.

M. Hoelm (correspondant allemand) : Êtes-vous content de la manière dont le Club de Paris cherche à maîtriser ce savon qui s'appelle crédits de l'ex-URSS ?

M. Sapin : Je suis admiratif devant le travail qu'actuellement fait et continue de faire le Club de Paris devant un sujet aussi difficile. Je ne sais pas si c'est une savonnette, mais c'est en tous les cas un sujet très difficile quant à son contenu et dans le choix des interlocuteurs.

Comme vous le savez, s'agissant de savoir quels sont les interlocuteurs concernant la dette de l'ex-Union Soviétique et comment on travaille là-dessus, le sujet est très difficile et, je le répète, je suis tout à fait admiratif devant la manière dont les responsables du Club de Paris (et la France y est un peu impliquée) agissent en ce moment.

M. Hoelm : Il y avait cette proposition de Eltsine de changer une partie de la (… ?) entre les mains de l'État pour… ? Où en est-on ?

M. Sapin : Ils discutent.

M. Boulanger (Europe 1) : Revenons-en aux taux. Vous vous réjouissiez tout à l'heure que le rendement des OAT (?) à dix ans se soient détendus d'une centaine de points. Quel sentiment vous inspire le fait que l'écart entre le taux à dix ans allemand et le taux à dix ans français baissent de l'ordre de 90 points après avoir été… ?

M. Sapin : À quel niveau étaient-ils ?

M. Boulanger (Europe 1) : Au printemps, ils étaient d'une quarantaine de points et cet été, ils ont atteint 130 environ.

M. Sapin : Là, je vois que l'écart est de 0,76, sauf si depuis 9 h 4, il est 10 h 34, les choses se sont profondément modifiées, c'est toujours possible mais je ne pense pas autant que je sache : 8,14 pour la France, 7,38 pour la RFA.

Je constate simplement que sur le jour le jour, le 3 mois ou le 10 ans, trois chapitres sur lesquels nous étions il y a non seulement quelques semaines mais quelques mois, cet été, à plus de 1 % de différentiel avec la RFA, nous sommes à moins de 1 % de différentiel avec la RFA. C'est une évolution et quand on regarde jour après jour, il y a des courbes qui sont très explicites, le différentiel ne cesse de diminuer sur tous ces chapitres.

C'est une constatation de la réalité des marchés. Elle ne peut que me réjouir. Vous aussi d'ailleurs.

M. Launere (RMC) : Pensez-vous que l'écart va disparaître un jour ?

M. Sapin : Personnellement, je regarde et je commente ce qui se passe.

M. Launere (RMC) : S'agissant du GATT, peut-on parler de solidarité européenne ? Est-ce que la France n'est plus isolée vis-à-vis de ses partenaires au sein de l'Europe face aux exigences américaines ?

M. Sapin : J'ai le sentiment que si la France était isolée, les choses ne se passeraient pas comme actuellement, donc j'ai l'impression qu'il y a une vraie solidarité européenne sur le sujet, même si c'est aussi un sujet très difficile à appréhender collectivement. En particulier, il y a une vraie solidarité franco-allemande, ce qui n'étonnera personne.

M. Hoelm, correspondant allemand : Mais les Allemands eux-mêmes sont divisés sur la question, on ne peut pas parler des Allemands, il y a un clivage.

M. Sapin : Les Allemands sont peut-être divisés, mais les Français sont sûrement divisés sur le GATT. J'en entends qui disent qu'il faut signer tout de suite et d'autres qu'il ne faut surtout pas signer. Ce qui compte, c'est que les autorités en charge du dossier aient une position. Quand je regarde la question, je constate que les autorités françaises et les autorités allemandes sont sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres solidaires, même s'il peut y avoir des discussions entre elles.

M. Hoelm, correspondant allemand : Ne voyez-vous pas comme un danger cette possibilité d'une guerre commerciale entre les États-Unis et les Européens qui pourrait amener à une situation très grave en ce qui concerne cet état très fragile ?

M. Sapin : Je pense que ce n'est l'intérêt ni des États-Unis ni de l'Europe de rentrer dans un mécanisme de guerre. Je pense qu'au contraire, nous avons intérêt à approfondir la négociation et en particulier que les Américains ont intérêt à nous faire des propositions nouvelles.

Mme Deller (AFP) : Est-il vrai que si l'accord n'était pas conclu d'ici la fin de l'année, la signature serait reportée de deux ans ?

M. Sapin : Pourquoi ? Je ne vois pas quel est le mécanisme juridique qui aboutirait à un tel report.

M. Hoelm, correspondant allemand : Autre sujet : pensez-vous pas que cette querelle entre Européens et Américains est mal perçue dans les différents pays d'Asie qui cherchent comment faire pour s'organiser à l'intérieur des trois blocs du commerce ?

M. Sapin : Vous avez raison de dire que cela ne concerne pas seulement les Européens et les États-Unis. Personnellement, je suis très attentif à ce va qui se passer au Japon, à ce que le Japon va décider en d'ouverture de son marché aux services, aux banques, aux assurances.

Vous avez raison de dire qu'il y a d'autres partenaires que nous-mêmes. Cela dit, il est manifeste que c'est entre ces deux pôles, sans oublier que le troisième, que la discussion aujourd'hui est la plus ardue.

S'il n'y a pas de d'autres commentaires, je vous remercie.