Texte intégral
France Inter : 16 juillet 1992
France Inter : Considérez-vous que la première étape dans la modernisation des ports français est franchie ?
C. Josselin : Je regrette que Marseille n'ait pas pris les dispositions pour bénéficier du plan social. Des nouvelles rencontres ont lieu et je veux croire qu'elles permettront au gouvernement de considérer que Marseille rentre dans ce plan. Je n'oublie pas que Marseille représente 2 000 dockers et que s'il pouvait rejoindre les autres, c'est plus de 90 dockers qui verraient ainsi leur situation prise en compte.
France Inter : Vous accordez à Marseille et aux autres ports dans sa situation, un nouveau délai.
C. Josselin : Ce n'est pas un nouveau délai, mais si la volonté d'aboutir se manifeste comme j'ai cru le comprendre dans beaucoup d'endroits, y compris à Marseille, car il y a des différences à Marseille, on pourrait considérer qu'on a arrêté les pendules pour leur permettre de nouvelles chances. C'est demain que nous ferons le bilan de l'ensemble de ces accords. Mais je considère que les résultats sont conformes à ce que nous espérions, hormis quelques blocages. Les conditions sont réunies pour que les ports français retrouvent leur compétitivité. Les accords devraient se traduire par des gains de 20 à 30 % en ce qui concerne le prix du passage portuaire dans les ports français, et je crois que les chargeurs et armateurs, qui avaient détourné leur trafic vers des ports étrangers, vont permettre à nos ports de retrouver la santé, et celle de l'économie portuaire, et de l'économie française en général.
France Inter : Les ports ont perdu beaucoup d'argent et de clients au cours des mois de conflit.
C. Josselin : Permettez-moi de faire remarquer que les pertes de trafic étaient antérieures au conflit. C'est parce qu'il y avait eu ces pertes que la réforme est apparue comme indispensable. Il est vrai que les troubles qui ont accompagné les discussions et la mise en place de la réforme n'ont rien arrangé. Je pense que désormais les conditions vont permettre de retrouver un trafic normal et, si possible, en augmentation.
France Inter : On accuse le gouvernement de reculer sur des réformes. Votre attitude et celle de votre prédécesseur prouve que la fermeté et la négociation paient.
C. Josselin : Disons que oui, lorsque l'objectif est clair, qu'il y a un soutien large des forces économiques sur lui, y compris de la plupart des forces syndicales ouvrières, à l'exception notable de la CGT des dockers. Mais je sais même qu'à l'intérieur de celle-ci des nuances apparaissent entre les dirigeants, qui ont permis, dans la plupart des ports, d'aboutir à des accords satisfaisants.
TF1 : 16 juillet 1992
B. Fuchs : Les dockers de Marseille se rassemblent ce matin. Que leur dites-vous ?
C. Josselin : Le délai est passé. Mais j'ai cru comprendre qu'il y avait une volonté d'aboutir de part et d'autre. C'est ce qui apparaissait dans les conversations avec les manutentionnaires de Marseille. Si un accord intervient, on pourra considérer qu'il est susceptible de bénéficier du plan social. À 24 heures près, je ne vais pas compromettre l'issue des négociations sur un port aussi important.
B. Fuchs : Et les autres ports ?
C. Josselin : Plus des deux tiers des ports ont signé. Si Marseille pouvait aboutir, ce seraient 90 % des dockers. C'est demain que l'on pourra voir si les plans sont agréables par le gouvernement. La plupart d'entre eux sont dans cette situation. Il restera quelques compléments à apporter. Ce sera fait dans les jours qui viennent.
B. Fuchs : Vous êtes prêt à laisser 24 voire 48 heures pour que la situation puisse se débloquer ?
C. Josselin : J'ai bon espoir qu'aujourd'hui, s'agissant de Marseille, les choses seront éclaircies et que les dockers marseillais pourront bénéficier des mesures prévues par le gouvernement pour faciliter la modernisation des ports français.
B. Fuchs : Cette réforme a mis du temps pour aboutir.
C. Josselin : La perte est évidente. Mais ce n'est pas la réforme qui a provoqué cette perte. Il y a eu réforme car il y a eu perte. Le problème est de faire en sorte que les ports français retrouvent leur santé. Les chargeurs comme les armateurs qui avaient fait des détournements de trafic vont très vite retrouver le chemin des ports français. Ceci leur sera facilité par la productivité que cette réforme va permettre et par la réduction des frais de passage portuaire, ce qui est l'objectif de la réforme. Dans quelques semaines, on va tirer bénéfice de la réforme. J'en suis très heureux car nous avons connu des moments un peu difficiles.
B. Fuchs : Les écarts de productivité entre Le Havre et Anvers peuvent atteindre 100 %.
C. Josselin : C'est excessif. D'après les chiffres, les accords qui sont intervenus, en allégeant les charges de manœuvre portuaire, vont permettre à nos ports de retrouver une compétitivité par rapport à leurs concurrents. C'est surtout vrai en Manche et en Mer du Nord.
B. Fuchs : Les dockers vont-ils jouer le jeu ?
C. Josselin : Les dockers qui vont disparaître vont bénéficier des mesures d'âge ou d'aides à la reconversion qui sont particulièrement généreuses. Les dockers doivent savoir que leur intérêt n'est pas que les troubles perdurent.
Europe 1 : 16 juillet 1992
C. Josselin : Marseille est une place portuaire importante, avec un nombre de dockers considérable. Je savais que Marseille serait un peu plus difficile, pour des raisons qui tiennent aussi bien à l'histoire de ce port qu'à des relations sociales qui ont toujours été délicates, quelques problèmes de personnes probablement aussi. J'avoue être très déçu, mais pas encore désespéré.
Europe 1 : Vous êtes prêt à lâcher du lest ?
C. Josselin : Le lest, ce n'est pas à moi de le lâcher. On a toujours dit que ces accords locaux dépendaient de la bonne volonté des uns et des autres. Les manutentionnaires auront, je veux croire, fait tout de même un effort. Mais il est clair qu'il faut que les dockers fassent le leur. La loi a été votée à une très large majorité. Elle correspond à un souci très largement partagé par l'opinion de voir les ports jouer un rôle plus efficace qu'actuellement au bénéfice de l'économie et de l'emploi en général, mais je suis surtout déçu parce que le blocage risque de pénaliser les dockers eux-mêmes. Il est clair que l'absence d'accord local va priver Marseille du plan social qui autorisait des dispositions en matière de pré-retraite notamment, qui sont sensiblement plus intéressantes que le droit commun.
Europe 1 : Seriez-vous prêt à les recevoir ?
C. Josselin : Il n'y a pas de demande d'audience présentée à cette heure. Nous verrons lundi ce qu'il est envisagé de faire, mais il est clair qu'il ne faut pas qu'ils demandent au gouvernement de prendre à leur place leurs responsabilités.