Texte intégral
Paris Match : Vous êtes tout jeune marié. Depuis un mois à peine.
François Léotard : Oui. À mon âge, ce n'est pas convenable.
Paris Match : Quel âge avez-vous ?
François Léotard : Cinquante ans tout juste. Cela m'a fait beaucoup de bien d'être jeune marié en cette période. Ça m'a donné la part de vie privée dont j'avais besoin et qui permet de se protéger de la haine naturelle due à la vie publique. Isabelle m'a énormément soutenu. Elle a toujours été là, attentive, chaleureuse, douce, discrète. J'en avais tellement besoin ! Je ne crois pas qu'on puisse traverser ce type d'épreuve tout seul. D'ailleurs, si j'avais été seul, je ne sais pas si je n'aurais pas craqué. En tout cas, je ne l'aurais pas supporté de la même manière. Je considère que l'appui d'Isabelle, son amour, sont très importants pour moi.
Paris Match : En épousant Isabelle, vous avez "hérité" d'une petite fille très mignonne.
François Léotard : Absolument. Julie a 12 ans, et c'est à elle que j'ai dédicacé mon livre "Pour Julie qui aura 20 ans en l'an 2000". Ce qui est exact, puisqu'elle est née en 1980. C'est un très beau symbole et ça m'a fait plaisir, car je l'aime beaucoup. Et je me demande avec angoisse quel monde on est en train de faire pour elle et pour les autres. Je suis très inquiet. Je suis né en 1942, l'année de Stalingrad. Je ne sais pas à quoi pensaient mes parents à ce moment-là. Mais il fallait une grande dose d'espoir pour imaginer construire un avenir. Je souhaite ardemment avoir un enfant le plus vite possible, et il naîtra dans les années Sarajevo.
Paris Match : Parlez-moi de votre couple.
François Léotard : Nous nous sommes rencontrés tout naturellement. Rien de vraiment extraordinaire. Je ne crois pas aux contes de fées, mais à la réalité du cœur des hommes et des femmes. Je crois beaucoup à l'amour, c'est vrai. J'ai reçu une éducation chrétienne; c'est ce qu'on m'a enseigné et c'est ce que j'ai vécu. Je ne crois pas qu'on puisse traverser la vie sans amour. Il faut aimer les gens, même, comme je le dis dans mon livre, quand on sent la haine autour de soi.
Paris Match : Un homme politique a-t-il plus besoin d'amour qu'un simple citoyen ?
François Léotard : Absolument. Mais je dois ajouter qu'un homme politique a le cuir qui se durcit plus vite. On a l'impression de devenir un hippopotame, d'avoir de l'épaisseur pour résister à l'agression. Je peux vous dire que les hommes publics souffrent quelquefois de ce que disent ou écrivent les journalistes. Parce que, pour certains d'entre eux, ce qui est probable est vrai. Ce n'est pas bien. Je ne dis pas que les hommes publics sont sans défauts, mais les attaques injustifiées provoquent des blessures.
Paris Match : J'ai vu tout à l'heure les habitants de Fréjus vous tendre les bras...
François Léotard : J'aime cette ville. C'est la ville de mon enfance. Mon père y est né. Il était maire de Fréjus. Je ne lui ai pas directement succédé. Fréjus, ce sont les gamines dont j'ai été amoureux à 15 ans, les garçons avec qui j'ai joué au football. J'ai aussi été plagiste pendant les vacances plusieurs années pour gagner de l'argent. Ce sont des choses qui ne s'oublient pas. À Fréjus, j'ai des odeurs, des couchers de soleil, des couleurs, des lieux secrets de mon enfance.
Paris Match : Auriez-vous épousé une non-Méridionale ?
François Léotard : Ma première femme ne l'était pas. Isabelle est Provençale. Avec elle, je retrouve mes racines et la chaleur qui me sont nécessaires. Nous sommes tous les deux des gens de la chaleur.