Texte intégral
1) Sur te talent de persuasion et la force de conviction du Chef de l'État ? Je n'avais pas d'inquiétude, je les connais. Sur l'issue du referendum ? Le Président de la République a donné à la campagne en faveur du "oui" un appui décisif. François Mitterrand a expliqué et il a convaincu.
2) L'Acte Unique ouvrait, le Traité d'Union Européenne protège. Les deux vont ensemble. Le Traité de Rome et l'Acte Unique, c'était l'Europe qui avançait sur le volet de l'intégration économique. Le Traité de Maastricht, c'est l'Europe qui progresse sur le volet de la coopération politique entre les États Membres en matière économique, dans le domaine de la politique étrangère, sur les questions de sécurité.
Prenez l'exemple de la monnaie. Le SME a constitué un progrès, il nous a permis de juguler l'inflation et l'on voit le profit que nous en tirons pour notre commerce extérieur et le pouvoir d'achat des Français. Il présente cependant l'inconvénient de donner à la monnaie la plus forte un avantage sur les autres. C'est ainsi que l'Allemagne peut changer ses taux d‘intérêt, en concertation avec nous, certes, mais de son seul chef. Cela ne sera plus possible. La responsabilité de la politique monétaire sera partagée. C'est un grand sacrifice consenti par l'Allemagne. C'est un formidable acquis pour la France.
Le Traité de Maastricht fait une part beaucoup plus importante aux décisions communes des gouvernements et du Parlement Européen. C'est moins d'Europe de Bruxelles, et plus d'Europe démocratique.
3) Avait-on donné jusqu'alors, l'occasion de réfléchir et de discuter de cette question aux salariés ? L'Europe qui est faite pour les peuples est restée trop longtemps l'affaire des élites et des experts.
Mais à qui profite-t-elle ? À qui profite la croissance, la désinflation, la stabilité monétaire, l'emploi ? À qui profite la protection du modèle social européen ? À ces catégories sociales où vous dites que se recrutent les indécis.
Les capitaux se déplacent au gré des opportunités, ils peuvent demain aller s‘investir ailleurs. Les hommes, eux, se déplacent beaucoup moins facilement. Si le développement du continent européen est remis en cause, faute que nous ayons su nous unir pour faire face à la concurrence des géants économiques que sont les États-Unis et le Japon, ce sont les salariés qui en feront les frais.
4) Tout est fait, d'ores et déjà, pour continuer de développer les performances de l'économie française : notre taux d'inflation, notre niveau de croissance, nos excédents commerciaux le montrent. Cette œuvre sera bien sûr poursuivie. Et le "ou" à Maastricht rassurera les entreprises et les incitera à aller de l'avant. La reprise, c'est de l'économie, c'est aussi de la psychologie. L'Europe est un bon horizon pour les entreprises.
5) Ne mêlons pas la politique intérieure à la question européenne. Vous me parlez de problèmes à six mois ou à trois ans. L'Europe, c'est le choix du siècle à venir. Ce n'est pas le sort de telle formation politique ou de tel homme public qui doit nous déterminer. C'est l'avenir de la France : locomotive de l'Europe ou wagon de queue des pays développés. Il faut ranger au vestiaire les querelles partisanes et ne penser qu'à l'intérêt national. Nous aurons tout le loisir de discuter du reste après le 20 septembre.
6) Les dividendes du "oui", ce sont les Français qui les toucheront. Et ce sont eux aussi qui paieraient la facture du "non". Le reste est secondaire. Je vous le répète, le choix de l'Europe nous engage pour plusieurs décennies. Je ne sais pas ce que seront devenus les centristes, les gaullistes et les autres en 2020 ou en 2030. Ce dont je suis sûr, c'est que la France, elle, sera encore là. Et ce que je souhaite, c'est qu'elle soit encore forte et rayonnante. Voilà pourquoi il faut voter "oui". C'est le "oui" du cœur car l'Europe est une belle espérance. C'est aussi le "oui" de la raison car c'est la certitude que les intérêts légitimes de la France seront mieux protégés dans l'Europe de Maastricht que dans celle d'aujourd'hui.