Interview de M. Bruno Durieux, ministre chargé du commerce extérieur, à Antenne 2 le 24 juillet 1992, sur les résultats du commerce extérieur et les perspectives de recomposition politique.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : Antenne 2

Texte intégral

B. Roger : Les cinq premiers mois de l'année, le solde du commerce extérieur était positif, est-ce qu'il en sera de même pour le mois de juin ?

B. Durieux : J'espère que les résultats de juin seront bons, parce que toutes les raisons vont dans le sens de l'amélioration des résultats du commerce extérieur, il peut y avoir un aléa mensuel. Mais depuis le début de l'année, la tendance fondamentale est très positive. On n'a jamais eu une situation aussi favorable depuis une dizaine d'années et on sait l'expliquer. On sait que si nous avons de bons résultats du commerce extérieur, c'est que la hausse des prix est modérée, donc que nos produits se vendent bien; la monnaie est stable, ce qui est un avantage pour le pays et nous gagnons des parts de marchés sur les marchés extérieur et intérieur. S'agissant de l'automobile par exemple, en l'espace d'un an, nous avons repris deux points sur les constructeurs étrangers qui vendent en France. Ceci est important parce que ça montre que l'économie française est dynamique et qu'elle résiste mieux que les autres aux difficultés de la conjoncture internationale actuelle.

B. Roger : Est-ce que c'est un résultat qui est dû au fait que les entreprises françaises font de meilleurs produits, ou la concurrence étrangère est-elle moins bonne ?

B. Durieux : Il y a tout un ensemble de raisons. Les entreprises françaises font de meilleurs produits ; elles sont, à l'exportation, plus toniques, elles développent des stratégies de long terme; les produits sont moins chers et ils correspondent bien à ce que les pays étrangers attendent. Nous sommes bons, nous enregistrons des résultats qui sont le fruit de cinq ou six ans d'efforts. C'est parce que la politique de désinflation est à l'œuvre, qu'elle porte ces résultats.

B. Roger : Vous êtes un ministre heureux ?

B. Durieux : Je suis vraiment content, non seulement comme ministre du commerce extérieur, mais également comme Français. On a souvent dit que la France était un pays qui était condamné à l'inflation, condamné au déficit extérieur. On fait la preuve que l'économie française, lorsqu'elle est bien pilotée, lorsque les entreprises s'y mettent, nous sommes capables de faire mieux que les autres.

B. Roger : Vous étiez un ministre d'ouverture sous M. Rocard, parfois en conseil des ministres, depuis quelques mois, est-ce que vous n'avez pas l'impression d'être un rescapé ?

B. Durieux : Je n'ai pas le sentiment d'être un rescapé parce que pour moi, l'ouverture, ça ne s'apprécie pas seulement en fonction du nombre de ministres non socialistes qui sont dans le gouvernement, cela doit s'apprécier à la politique qui est menée. Il me semble bien que M. Bérégovoy est un Premier ministre qui est tout le contraire d'un sectaire. C'est un homme qui est ouvert, qui écoute les opinions d'autrui, qui défend ses positions et qui mène une politique qui est conforme à l'intérêt général.

B. Roger : On ne parle plus d'ouverture, on parle de recomposition. On a l'impression que tout le monde en parle, mais que personne n'y croit.

B. Durieux : Je pense que la recomposition politique est inéluctable car les frontières politiques actuelles sont artificielles. Que les partis politiques parviennent ou non à réaliser cette recomposition politique, les faits, c'est-à-dire les Français, l'imposeront. Il ne faut pas mélanger les genres. Le débat sur le Traité de Maastricht est une chose qui, à mon sens, passe avant tout le reste. Ne mélangeons pas la politique intérieure à la discussion sur le Traité de Maastricht. Je suis un partisan du Traité de Maastricht, c'est l'intérêt fondamental de la France de continuer l'œuvre qui est entreprise depuis trente ans par tous les présidents de la République, toutes les majorités. L'attitude vis-à-vis du Traité de Maastricht doit être avant tout guidée par la question suivante : la France veut-elle ou non continuer à être le fer de lance de la construction de l'Europe ?