Texte intégral
Communiqué du Bureau National, le 20 octobre 1992
Jean Kaspar a décidé de mettre fin à son mandat de Secrétaire général. Il a remis sa démission au Bureau National de la Confédération, réuni en séance extraordinaire le 20 octobre 1992.
Constatant qu'au sein de la Commission Exécutive et du Bureau National les conditions d'un exercice normal de sa fonction n'étaient plus réunies, que, de plus, ces difficultés internes étaient exposées publiquement, Jean Kaspar a estimé qu'il n'était plus possible, dans l'intérêt de la CFDT, de prolonger cette situation, d'autant que les orientations et la politique d'action de la CFDT ne sont pas en cause. Trente-trois membres du BN étaient présents. Par 22 voix sur 25 votants, le National a élu Nicole Notat Secrétaire générale de la CFDT. Elle prendra effectivement sa fonction à partir du 20 novembre. Les autres conséquences dans la répartition des responsabilités au sein de la Commission Exécutive seront examinées par le Bureau national dans sa session ordinaire des 18 et 19 novembre 1992.
Syndicalisme Hebdo CFDT : 29 octobre 1992
Jean Kaspar « Se rassembler autour du nouveau Secrétaire général »
Je voudrais tout d'abord répondre à Michel Pernet pour lui dire que je suis très libre. En effet, c'est seul que j'ai pris la décision de démissionner, estimant que c'était de l'intérêt de l'Organisation. Je ne suis donc pas dans la situation du condamné qui est appelé à faire son propre réquisitoire. Il y a des moments dans la vie où il faut savoir appliquer à soi-même les principes que l'on affirme pour la société. C'est ce que j'ai essayé de faire, estimant que c'était mon devoir.
Je voudrais tout d'abord vous dire qu'il me semble important que l'on ne rentre pas dans ce que j'appellerai une sacralisation de la fonction de secrétaire général. Certes le Secrétaire général joue un rôle tout à fait important; ce n'est pas une fonction comme une autre ; on attend de lui capacité d'écoute mais aussi d'animation, d'anticipation et de décision. Le secrétaire général ne peut se contenter d'être un militant comme les autres et, à écouter certains, j'ai tout d'un coup beaucoup de qualités. J'ai comme tout le monde des défauts et des insuffisances qu'il faut avoir le courage et la lucidité de reconnaître. Mais je reviendrai sur ce point tout à l'heure.
Je souhaite vivement que nous considérions que la crise est derrière nous. Il faut être capable de relativiser ; il faut maintenant se mobiliser ensemble pour expliquer que la décision prise par le Bureau national était nécessaire dans l'intérêt de l'Organisation.
Certes, quand on est confronté à des problèmes relationnels ou de personnes il y a tendance à laisser le champ ouvert à l'intrusion de l'irrationnel et du passionnel. Nous devons dépasser cela pour faire preuve du maximum de lucidité.
Je voudrais également vous dire qu'il faut que nous acceptions collectivement la légitimité du nouveau secrétaire général. En effet, il est légitime tout comme je le suis jusqu'au 20 novembre. Il l'est parce qu'il a été élu membre du Bureau national par le Congrès. Il l'est parce que le Bureau national l'a élu à la fonction de secrétaire général. Je voudrais rappeler que c'est au Bureau national, et à lui seul, d'élire le secrétaire général et non au Congrès, sauf à modifier nos règles et à rentrer dans une conception présidentielle de cette fonction. Cela est contraire à notre conception de la démocratie, à notre volonté de donner au travail collectif toute son importance. Nos règles c'est bien le fonctionnement collégial de la Commission exécutive. C'est le Bureau national qui décide du secrétaire général et qui répartit les fonctions en nommant la Commission exécutive.
Je vous demande de faire un effort de rigueur. Certains se posent la question de savoir pourquoi nous en sommes arrivés là ? Soyons sérieux, quand je vous regarde au fond des yeux, il nous faut reconnaître ensemble que vous avez été nombreux après le Congrès confédéral à faire part de vos insatisfactions.
Vous avez souvent souligné le manque d'ambition de notre Congrès, le manque de tonus, et fait remarquer que mes propres interventions ne donnaient pas le souffle que les militants attendaient.
Vous étiez nombreux à venir me voir pour me dire qu'il fallait que je change et que je modifie mon comportement, en insistant sur la nécessité de trancher et d'affirmer mon autorité.
Il ne faut donc pas croire que ce qui nous arrive aujourd'hui est inattendu.
L'important pour moi c'est d'affirmer que les orientations politiques du Congrès sont aujourd'hui nos règles communes et qu'il appartient au Bn, à la Ce et à l'ensemble de l'Organisation de les mettre en œuvre.
Certaines organisations ont demandé la tenue d'un congrès extraordinaire, il ne faut pas retenir cette proposition. Nous avons en effet autre chose à faire aujourd'hui, et de plus urgent, que de nous engager dans des affrontements stériles.
Nos militants doivent être mobilisés pour gagner les Prud'hommes, pour mettre en œuvre nos objectifs, pour faire reculer le chômage et faire avancer nos objectifs dans les entreprises, les services, les administrations et la société. La priorité aujourd'hui c'est bien tout cela et non pas un congrès extraordinaire qui étalerait des divisions sans intérêt par rapport aux enjeux de la période. Trois organisations ont déposé une motion… (sur ce passage de l'intervention voir encadré page 5)
Mon choix était simple : ou bien j'allais à l'affrontement avec tous les risques pour l'Organisation, prenant la responsabilité de la diviser, ou alors je démissionnais et je permettais à l'Organisation, en tout cas c'est ma conviction, de se ressaisir sur l'essentiel. C'est le choix que j'ai fait et je crois que c'était le seul choix digne dans l'exercice de la fonction de Secrétaire général.
Je voudrais que vous sachiez que je n'ai aucune amertume et que j'assume cette décision sereinement et tranquillement. L'heure aujourd'hui est aux responsabilités et à l'apaisement. Cela dépend de chacun d'entre nous et je compte sur vous pour que vous apportiez cette preuve de votre attachement à l'Organisation. Ce que je souhaite vraiment, c'est que, comme en d'autres moments, notre Organisation puisse se rassembler autour du nouveau secrétaire général, de la Commission exécutive, du Bureau national.
Je voudrais enfin remercier Alain Chupin qui a pris la lourde responsabilité de démissionner de sa fonction de secrétaire national.
Il a toujours été exigeant, rigoureux, et ses coups de gueule nous obligeaient à aller plus au fond sur un certain nombre de questions.
Je voudrais le remercier pour son action au département Économique, au département Communication et depuis peu au département International. Merci Alain pour le travail que tu as fait avec nous.
Ndlr. : En page 15, voir l'article consacré à la démission de Alain Chupin.
« Je vous demande de respecter cette décision prise en respect de nos règles de fonctionnement »
Comme vous le savez, un Bureau national extraordinaire s'est tenu pour analyser et tirer les conséquences de la crise grave que traverse notre Organisation. Compte tenu des rumeurs persistantes dont la presse s'est fait l'écho et des échéances qui sont devant nous, j'ai cru de mon devoir de proposer une issue rapide et d'en tirer toutes les conséquences pour moi-même. Cette crise met en jeu bien d'autres choses que le destin personnel de ses responsables. Elle nous commande d'y faire face avec le souci de faire prévaloir en toutes circonstances l'intérêt de l'Organisation et sa cohésion, car c'est le seul moyen pour nous tous, collectivement de surmonter l'épreuve et de passer avec succès les échéances qui nous attendent.
C'est pourquoi, constatant que je n'avais plus la confiance de la majorité de la Commission exécutive et après avoir consulté les membres du Bureau national, j'ai décidé d'en tirer les conséquences et de remettre mon mandat de secrétaire général au Bureau national.
Ce fut, vous l'imaginerez bien une décision difficile que je n'ai prise que parce qu'elle répondait à une volonté exprimée par une majorité au sein du Bureau national. Je vous demande de respecter cette décision, prise dans le cadre de nos règles de fonctionnement, par l'organe directeur de la Confédération. C'est en effet au Bureau national qu'il appartient d'élire la Commission exécutive et d'attribuer les responsabilités au sein de la Ce. Ayant le sentiment d'être minoritaire au Bureau national, n'ayant plus la confiance d'une majorité des membres de la Commission exécutive qui a souhaité mon départ mon retrait s'imposait de lui-même, pour éviter une d'épreuve de force qui aurait consacré la division de la CFDT. J'ai voulu préserver l'avenir pour la CFDT en songeant aux adhérents et aux salariés qui nous font confiance.
Croyez bien que ce fut pour moi un choix difficile. Il m'est apparu en conscience comme étant le seul moyen de sortir de cette crise en limitant au maximum les difficultés pour l'Organisation. À ceux qui désapprouveraient ce choix, je dirais qu'il ne signifie pas de ma part d'un recul devant mes responsabilités de Secrétaire général. C'est un choix que je crois responsable car conforme aux règles de fonctionnement que nous nous sommes données. La Commission exécutive a décidé de présenter devant le Bureau national, qui l'a acceptée, la candidature de Nicole Notat au poste de Secrétaire générale. Cette décision marque notre volonté de sortir rapidement de l'impasse. En accord avec Nicole Notat, nous avons décidé que sa prise de fonction s'effectuerait au lendemain du prochain Bureau national, c'est-à-dire le 20 novembre. C'est par ailleurs ce Bn qui décidera de la répartition des responsabilités au sein de la Commission exécutive. Alain Chupin a décidé de démissionner ce que je regrette pour ma part.
Les militants et les structures seront informés des décisions du Bureau national par une lettre aux Syndicats et par Syndicalisme Hebdo.
Ce Conseil national marque une date importante dans la vie de notre Organisation. Je vous demande de faire abstraction des querelles de personnes et de rester fidèles aux choix qui nous unissent. C'est l'avenir du syndicalisme et l'avenir de la CFDT qui m'importent avant toute chose. Je vous demande de le comprendre et je sais d'avance que je peux compter sur vous. Vous savez l'attachement que je porte aux décisions et aux orientations marquées par le congrès de Paris. Ma conviction est que l'avenir du syndicalisme tout entier dans ce pays passe par le renforcement de la CFDT et du syndicalisme réformiste. Car seule cette conception du syndicalisme est à même de dégager des résultats durables pour les salariés, de mieux associer les salariés aux décisions qui les concernent et de faire prévaloir une autre conception de la modernisation qui fasse le choix des hommes et de l'emploi contre l'exclusion. Je crois également que le renforcement du syndicalisme réformiste passe par le développement des convergences entre des organisations unies sur l'essentiel, c'est-à-dire précisément la conception du syndicalisme. Il y a là une tache historique à accomplir.
Un mouvement syndical réformiste plus uni peut seul trouver les chemins qui le rapprocheront de la grande masse des salariés qui ne croient plus à l'action collective. Ne demandons pas aux salariés d'arbitrer nos querelles d'appareil. Offrons leurs des objectifs et des perspectives d'action en commun. Je crois en une conception du syndicalisme qui privilégie la politique contractuelle et l'autonomie des partenaires sociaux. Mais un syndicalisme qui ne renonce en rien à ses objectifs de transformations sociales. Ce choix d'un syndicalisme ambitieux mais qui concrétise nous le partageons tous ici.
La CFDT restera une force de proposition et d'impulsion dans le mouvement syndical. Une force au service de la défense des salariés qui ne se confond pas avec la défense du statu quo, et qui s'attache, pas à pas, à montrer preuves à l'appui, l'efficacité de sa démarche syndicale. C'est cela qui est essentiel, par-delà le choix des personnes. Je vous demande également de réfléchir au renforcement de nos règles de fonctionnement. Le respect des règles est le meilleur garant du fonctionnement démocratique de notre Organisation. Le respect des règles c'est aussi une certaine façon de mener le débat interne dans le souci de l'intérêt de l'Organisation. C'est encore le respect des décisions prises en commun, dont nous sommes tous collectivement porteurs. Le rôle clé revient au Bn qui est l'organisme directeur chargé de mettre en œuvre les décisions du Congrès. C'est lui qui choisit d'attribuer les responsabilités. C'est également lui qui peut les défaire.
Les exigences démocratiques que nous affirmons pour la société, nous devons nous les appliquer à nous-mêmes. C'est ce que j'ai fait en prenant la décision que j'ai prise. J'aurais aimé poursuivre avec vous mais c'eut été prendre le risque d'une cassure de l'Organisation. J'ai trop le sens de l'Organisation en ce qui me concerne pour faire ce choix. Désormais chacun à votre place dans les Organisations de la CFDT, il vous appartient de préserver les liens qui unissent les militants qui, sur le terrain sont la force de la CFDT, et les structures démocratiquement élues. Il vous faudra sans doute faire face au découragement de certains, à l'incompréhension d'autres. Mais le combat continue sans modification de la ligne politique de la CFDT qui reste fixée par nos décisions du Congrès.
Le secrétaire général est au service de l'Organisation même lorsque son sort personnel est en jeu. Mon attitude jusqu'à aujourd'hui a toujours été inspirée par cette conviction. Je ne doute pas que vous le compreniez. À ce stade, je voudrais remercier ceux qui m'ont toujours fait confiance pour leur demander de ne pas céder à la rancœur et de jouer la seule carte qui vaille, celle de la cohésion de l'Organisation.
Pour Jean Kaspar, il y a bien sûr la CFDT à laquelle je dois ce que je suis mais il y a aussi la vie. Une page est tournée. J'aurai d'autres combats à mener, dans d'autres lieux mais toujours au service des valeurs qui me font agir et de l'éthique personnelle que je me suis fixée. Merci encore à tous ceux qui m'ont exprimé leur soutien et ont tenu à marquer leur amitié à mon égard.
Nicole Notat : « je serai la secrétaire générale de toute l'Organisation »
Comme chacun d'entre vous ici, vous imaginez, je pense que j'ai conscience de la gravité de l'acte qu'a posé Jean. De la gravité de la situation et de la gravité de la décision que le Bureau national a été amené à prendre ce matin (Ndlr. 20 octobre). Par rapport à cela, je comprends avec vous tous, ce que des milliers de responsables de l'Organisation, les militants, peuvent éprouver en terme d'émoi, de désarroi, d'amertume, dès lors qu'ils sont confrontés à l'annonce de cette décision. D'autant que, c'est vrai aussi, six mois après notre congrès, il y a de quoi à être troublé.
Je voudrais que tout le monde soit convaincu ici que personne n'a été dans cette affaire conduit à se comporter à la légère. Que personne n'a joué les apprentis sorciers et que tout le monde aurait préféré ne pas être conduits à gérer la situation que nous vivons aujourd'hui. C'est un pari collectif qui est perdu, aux responsabilités partagées. En tout cas, il y a du gâchis dans cette affaire, c'est vrai.
Les quatre années que nous venons de vivre ne sont pas pour autant des années perdues. Vous l'avez dit ! Les résultats à mettre à l'actif de la CFDT sont là. Ces acquis n'ont pas à être mis au compte de pertes et profits de l'Organisation. Ils sont là, ils sont présents, ils y resteront. Ce n'est évidemment ni le lieu, ni je crois le moment, de revenir sur les causes qui nous ont conduits à cette situation. Chacun en a les éléments, chacun en a une opinion, s'en fait une interprétation. Je veux vous dire que je n'accepte pas que soit aujourd'hui tout simplement affirmé de manière péremptoire que ceci est le résultat d'une stratégie de l'échec programmé, que ceci est le résultat de quelques individus qui auraient des velléités de pouvoir, qui auraient traités de manière manichéenne les responsabilités qui leur avaient été confiées depuis Strasbourg. Je le dis avec solennité, car vous savez tous que cette version ne tient pas. Les décisions que nous avons prises ce matin étaient devenues inévitables.
Le Bureau national a décidé de m'élire au poste de secrétaire générale. Il faut que vous sachiez que je ne souhaite pas que nous fassions là un marché de dupes et que je m'efforcerai pour ma part, avec tous ceux qui auront envie de fonctionner sur les mêmes bases, de garantir à nos débats les bases politiques les plus claires possibles.
À l'évidence, ma candidature, mon élection, ne recueille pas l'unanimité dans l'Organisation. Elle suscite des désaccords, des inquiétudes, des appréhensions. Je trouve dans la logique des choses que des Organisations qui ne partagent pas les orientations arrêtées à notre congrès de Paris les mêmes qui se sont employées à les combattre avec force soient effectivement en désaccord avec cette décision. Je dois vous dire que j'ai entendu certaines Organisations intervenir, ici, sur la validité, la légitimité des décisions et orientations que nous avions prises, avec une certaine émotion par rapport à l'attitude qui a été la leur pendant le congrès et avant le congrès.
Mais il y a aussi des Organisations qui s'inscrivent pleinement dans les orientations du congrès confédéral, dans la démarche de la Confédération. Elles les traduisent pour certaines avec beaucoup d'efficacité dans leur activité professionnelle ou régionale. Elles expriment aussi des désaccords, parfois violents, des jugements hâtifs, péremptoires, des appréhensions. Je le dis tout net, leur position est respectable. Mais qu'elles sachent que je n'ai pour ma part, pas l'intention de porter sur ces raisons des jugements de valeur. Pas davantage, je ne tirerai conséquence des appréciations qui ont été portées, ici, ou vont continuer à être portées, des votes qui ont été émis (Ndlr. : votes du Bureau national extraordinaire). Je n'en tirerai pas conséquence sur la manière avec laquelle j'entends, avec la Commission exécutive, m'employer à assurer la cohésion maximum et le rassemblement le plus large autour, effectivement, des orientations de ce congrès de Paris. Elles sont nos orientations, elles sont les orientations de la Commission exécutive, elles sont les miennes. Je souhaite simplement que priment sur toute autre considération l'appréciation de l'action conduite, le jugement sur les faits et les résultats.
Il ne sera pas de mon fait, il ne sera pas du fait de la Commission exécutive de fonctionner dans cette maison sur la base de clivages, a priori, de l'alimentation de clans qui devraient désespérément et durablement en permanence se combattre. La décision de ce Bureau national extraordinaire est une décision qui m'amène à être, qui m'amènera à être, la secrétaire générale de toute l'Organisation. Je mesure après ces débats, cette journée difficile, l'ampleur de la tâche. La responsabilité qui m'es donnée est en quelque sorte redoutable. Je pense qu'elle ne peut réussir sans l'appui, sans la volonté collective de toute la Commission exécutive. De réussir sans la volonté du Bureau national de l'accompagner. C'est donc dire combien notre capacité à débattre, notre capacité à dégager des décisions claires, notre capacité à retrouver une impulsion dans le travail collectif, seront au centre du travail que nous aurons à fournir dans l'avenir. Je dis cela non seulement parce que c'est un choix de fonctionnement, mais parce que cela me semble, aujourd'hui, être une condition de l'efficacité.
Plusieurs d'entre vous sont intervenus pour interpeller, m'interpeller me semble-t-il, sur un certain nombre de questions. Il a été question d'interrogations finalement sur la manière de conduire la politique. De quelles cultures syndicales, quelles cultures militantes, nous allions nous inspirer ? Je ne vais pas convaincre ceux qui refusent de l'être. Mais en tout cas, je souhaite, vous dire que je viens d'une région où je sais que les cultures syndicales sont diverses. Je sais ce qu'est la tradition en la matière, je sais aussi qu'il y a maintenant des couches nouvelles et qu'elles génèrent de nouvelles cultures. Et, par conséquent, il s'agit maintenant de respecter cette réalité. De la prendre en considération et non pas de la réduire. En tout cas pas à un petit dénominateur commun dont on se demande d'ailleurs lequel il pourrait bien être.
Concernant la question de la marche de l'Organisation, les conditions de l'adaptation, du rôle des militants : si c'est le cas aujourd'hui dans cette maison, de penser qu'il suffise, de décider, de prendre une orientation, par un vote à l'arraché dans une de nos instances, pour qu'ensuite cela se traduise effectivement en efficacité, en résultats, sur le terrain, nous serions là de doux rêveurs. Nous savons aujourd'hui que notre problème est tout à la fois de mieux préciser, de mieux clarifier peut-être, de mieux exprimer, de donner plus de visibilité aux ambitions, qui sont les nôtres en des termes compréhensibles par tous, de donner du sens à notre action quotidienne. Et, en même temps, d'être capables, que nos militants, les forces vives de l'Organisation, soient capables de porter les orientations, de les traduire dans les faits et de produire des résultats.
C'est le sens de l'action que nous avons menée depuis déjà maintenant plusieurs années et qu'il nous faut poursuivre avec force. Oui, dans cette affaire, le rôle des militants est fondamental, le rôle des structures aussi. Si les structures ne jouent pas ce rôle de clarification, ce rôle d'impulsion, si elles ne disent pas clairement la cohérence à l'Ensemble alors il y a quelque chose qui ne fonctionnera pas dans ce que nous voulons faire. C'est d'interactivité entre nos centres de décision et nos militants dont nous avons besoin, pas d'exclusivité.
L'allure des changements : ce n'est pas parce que nous déci dons d'un changement, là encore, à un moment donné dans nos textes, dans nos instances, qu'il doive s'appliquer aussitôt. Je crois avoir suffisamment exprimé, là, l'importance, la nécessité de faire de nos militants des gens complètement partie prenante de l'élaboration et de la mise en œuvre de nos décisions pour que, si possible, nous n'ayons pas de faux débats sur cette question. Évidemment, la Commission exécutive devra faire la démonstration de ses qualités d'écoute, de ses qualités de débattre, ce ses qualités de confrontations partout où les Organisations le souhaitent.
Évidemment, nous nous emploierons à prendre les contacts, et à avoir des confrontations, partout où, dans les semaines et dans les mois à venir, cela sera nécessaire.
Il ne me reste plus qu'à vous dire, car ce n'est pas ici le moment d'un discours programme, que je compte tout simplement sur tous les responsables, sur vous tous, pour qu'au-delà des opinions légitimes du moment, au-delà des inquiétudes, des incompréhensions que suscitent et que vont susciter nos décisions, ce passage difficile soit franchi sans dramatisation excessive. Je le souhaite pour l'Opinion et pour les militants, afin que nous puissions, en particulier, continuer cette marche en avant pour que le 9 décembre soit une nouvelle occasion de montrer la bonne santé de la CFDT.