Interview de M. Gérard Longuet, président du PR, à RMC le 8 octobre 1992, sur la résolution de mise en accusation des anciens ministres Mme Dufoix et MM. Hervé et Fabius devant la Haute cour de justice, sur les propositions de l'opposition en matière de politique budgétaire et sur le projet de loi sur la prévention de la corruption.

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Texte intégral

P. Lapousterle : Que pensez-vous de l'initiative prise par le RPR de déposer une résolution de mise en accusation des anciens ministres Hervé, Dufoix et Fabius devant la Haute Cour pour qu'ils s'expliquent du scandale du sang contaminé ?

G. Longuet : C'est une initiative conjointe du groupe UDF et RPR. Elle a été proposée à l'UDF par le professeur Mattei. S'il n'avait pas été médecin, j'aurais sans doute hésité. Dès lors qu'un professeur de médecine considère que pour la dignité de sa profession et celle de la santé, on a le devoir d'éclaircir la totalité de l'affaire, ce que manifestement le tribunal n'a pas pu faire ou n'a pas su faire face à la filière ministérielle, les ministres ayant été convoqués comme témoins sans donner toutes les explications, c'est cette volonté, non de juger et de condamner, mais d'en savoir plus et de rappeler à l'opinion que les hommes politiques ne sont pas intouchables, me paraît utile au bon fonctionnement de la démocratie.

P. Lapousterle : Vous signerez donc la demande ?

G. Longuet : Tout à fait.

P. Lapousterle : Quand vous entendez parler de manœuvre politicienne répugnante ?

G. Longuet : La vie politique est faite effectivement d'initiatives. On peut les qualifier comme on veut. Les Français ont le droit de savoir qui commande dans les ministères, s'il y a une responsabilité de l'homme politique et si, de toutes les organisations, le ministre a la singularité d'être le seul chef d'organisation qui soit à l'abri de toute demande d'explication. Quand il y a un accident du travail sur un chantier, c'est le PDG qui est cité devant les tribunaux.

P. Lapousterle : Ce raisonnement s'étendra sur les futurs gouvernements ?

G. Longuet : Oui. Et j'ajoute que j'ai déjà été par le passé rapporteur d'une commission d'enquête tendant à traduire un ministre en Haute cour de Justice et que j'ai vu un ministre de l'Intérieur avoir l'obligation pendant des mois de répondre à des demandes d'investigation formulées par des députés de gauche et de droite. Je ne me souviens pas à l'époque que J. Auroux ait parlé de manœuvre répugnante. Il se réjouissait de cette formule.

P. Lapousterle : Pensez-vous que cette demande ait une chance d'aboutir ?

G. Longuet : Je ne peux absolument pas présumer. C'est une demande d'enquête pour savoir comment les choses se sont passées. Il ne s'agit absolument pas de condamner mais d'aller jusqu'au bout d'une information, un droit de savoir.

P. Lapousterle : Où en est le programme de l'opposition ?

G. Longuet : Une bouteille peut être à moitié vide ou à moitié pleine, c'est la même bouteille. La bouteille est à moitié pleine, je suis optimiste. Premièrement, l'opposition s'est retrouvée ; plus personne ne conteste la ratification des accords de Maastricht, chacun s'est exprimé, ces accords sont ratifiés, ils constituent une donnée de base de la vie politique française. En ce qui concerne l'organisation des primaires qui permet de dégager un candidat unique de l'opposition aux élections présidentielles, je constate qu'à l'UDF, beaucoup le demandent, pas tous, et qu'au RPR, la plupart le demandent. Par conséquent, c'est une mécanique qui se : le gouvernement se présente devant l'opinion et l'Assemblée avec derrière lui des casseroles bringuebalantes, tonitruantes qui discréditent en partie sa démarche. J'ajoute que le texte est assez mauvais.

P. Lapousterle : Quid de F. Léotard ?

G. Longuet : Il a fait le choix de faire confiance à la justice. Il a profondément raison. Ce choix n'est pas un choix interminable.