Texte intégral
G. Leclerc : Vous allez proposer la tenue d'assises communistes pour la formation d'un nouveau parti de transformation sociale. Qu'est-ce que cela veut dire ?
C. Fiterman : Je pars d'un constat. Le PC s'est affaibli. Il se maintient, mais dans de basses eaux. Dans le même temps, le PS a reculé considérablement. Il y a dans ce pays des millions d'hommes et de femmes qui sont à la recherche d'une issue nouvelle, de réponses à leurs problèmes quotidiens, des réponses que la droite ne donnera pas. Je crois que l'idée communiste peut être porteuse de nouveaux combats, mais il faut rénover profondément les objectifs, les formes d'organisation, les modes d'interventions politiques. Ces assises visent à relancer l'idée du communisme, mais d'un communisme moderne.
G. Leclerc : Cela veut dire un changement de nom, un changement d'organisation, la fin du centralisme démocratique ?
C. Fiterman : Ce qu'il faut rénover, ce sont les objectifs, non pas les idées. Les valeurs qui sont de tous les temps. Ce sont des valeurs humaines comme la solidarité, la générosité, l'épanouissement de l'individu, la liberté. Ce qu'il faut rénover ce sont les méthodes par lesquelles on peut dépasser le capitalisme. En ce qui concerne le nom, je pense que, dès lors que le renouvellement est clair, net, affirmé, je ne verrai que des avantages à ce que l'on garde le nom parce qu'il prendra un nouveau contenu.
G. Leclerc : Il y a déjà eu beaucoup de tentatives pour moderniser le PC. Il y a eu les rénovateurs, les reconstructeurs, les refondateurs. Ça a toujours échoué. Pourquoi cela marcherait aujourd'hui ?
C. Fiterman : C'est un peu vite dit. Les choses ne sont pas restées immobiles. Je suis persuadé que les choses bougeront. Si elles ne bougent pas aujourd'hui cela serait dommage. Le plus tôt serait le mieux, mais cela finira par bouger.
G. Leclerc : Cela se fera de toute façon à l'intérieur du PC ?
C. Fiterman : Il n'y a plus d'intérieur et d'extérieur. Il y a des gens dedans, des gens dehors, il y en a un peu partout. Regardez le paysage de la gauche, c'est un paysage complètement éclaté. Moi, je m'adresse à tous les hommes et les femmes qui ont envie de reconstruire une force de changement social dans le cadre d'un vaste rassemblement.
G. Leclerc : Comment analysez-vous la crise du PS ?
C. Fiterman : Je suis prudent. D'une part, je ne veux pas jouer le jeu du commerçant qui voit le concurrent chez qui c'est le bazar, et qui verse des larmes de crocodile bruyamment en se disant qu'il va lui piquer sa clientèle. D'autre part, je suis dans une formation qui a eu un secrétaire général qui était M. Thorez. Quand il s'est installé, le premier mot d'ordre qu'il a lancé, c'est jetons la pagaille. Parce qu'il y a des désordres ravageurs. Quand les débats ne portent que sur des questions de personnes, de clans, d'intérêts, de candidatures, c'est le problème du PS. Mais il peut y avoir des désordres créateurs dans la mesure où ils favorisent les renouvellements, les débats d'idées, et finalement débouchent sur des solutions. C'est cela que j'espère.