Texte intégral
Antoine Waechter : "Michel Rocard veut une pincée d'écologisme, une pincée de centrisme, une pincée de communisme rénové".
Michel Rocard propose de recomposer la gauche en y mettant beaucoup de socialisme, une pincée d'écologisme, une pincée de centrisme, avec une pincée, le cas échéant, de communisme rénové. Ce Big Bang là, ce n'est pas la bonne formule. Le Big Bang ne doit pas être un apparent consensus qui anesthésie le débat. Pendant 10 ans, les socialistes nous ont méprisé. Depuis 10 mois, les socialistes nous font la cour. Nous sommes donc on ne peut plus circonspects à leur égard. Nous voulons des partenaires capables de signer un contrat clair, les socialistes ou d'autres. Le caractère écrasant de la future majorité m'inquiète. Pour contourner ce piège, il faut envoyer à l'Assemblée un maximum de députés choisis parmi les 200 écologistes qui seront présents au second tour.
Élisabeth Guigou : "Il ne faut pas faire de bouillabaisse avec le Big Bang".
Il est artificiel de vouloir opposer François Mitterrand à Michel Rocard. François Mitterrand s'est contenté d'une observation de bon sens que tout socialiste peut reprendre à son compte : il ne faut pas faire de bouillabaisse avec le Big Bang, une bouillabaisse qui ne plaira à personne, une espèce de magma. Que chacun reste soi-même. Pour éviter cette bouillabaisse, il faut avant tout que nous parlions du contenu. Le Big Bang s‘est vrai, donne de l'air, du tonus et des vitamines à notre campagne. Il y aura toujours un camp des conservateurs et des gens de progrès, mais la ligne de clivage bouge. Il y a nécessité à définir un contenu du Big Bang. Pour que le Big Bang ne reste pas un feu d'artifice, il faut aborder très vite le problème de la proportionnelle. Il n'est jamais trop tard pour bien faire. Je ne fais pas une croix sur le PS et le Big Bang peut être utile à sa rénovation. De toute façon, les socialistes peuvent sortir la tête haute avec leur bilan. Le PS est capable de se régénérer. Le Challenge avec les écologistes lui sera peut-être salutaire en lui permettant d'aller plus vite.
Élisabeth Guigou : "Les écologistes n'ont pas le droit de laisser passer la droite la plus sectaire, la plus dure, la plus démagogiste."
Il y a dans la droite des gens parfaitement estimables, mais je crains beaucoup, si un raz de marée se réalise, de voir la droite la plus sectaire, la plus dure, la plus démagogiste, la plus corporatiste, être sur le devant de la scène. Les gros bataillons du RPR vont se retrouver en avant, cela m'interpelle. Les écologistes n'ont pas le droit de laisser passer ça comme ça.
14 mars 1993
François Léotard : "Je ne participerai en aucune manière à un gouvernement qui soit opposé à l'esprit de Maastricht."
Les français attendent une réforme intellectuelle et morale qui devrait nous rapprocher des valeurs nouvelles et anciennes d'une république moderne. La droite doit d'abord elle-même se réformer. Mais il n'est pas exclu qu'ensuite, sur certains sujets, se dégagent des majorités d'idées ou des contrats de législatures. Sur certains sujets, devant la gravité des questions qui nous assaillent, je pense bien sûr à l'Europe, il n'est pas exclu que puissent se former à l'avenir en dehors des clivages d'aujourd'hui, des majorités qui acceptent de se réunir avec un contrat précis devant l'électorat, avec ceux qui accepteraient l‘idée que l'Europe est un élément important de classification et de clivage.
Le débat sur Maastricht n'est pas clos. On a vu progresser dans la société française, du fait d'un certain nombre d'appels d'hommes publics, le NON.
Je n'accepterai pas que le futur gouvernement ait une attitude vis-à-vis de l'esprit de Maastricht qui soit contraire à ce que nous avons voté en septembre dernier. Sinon, je ne participerai en aucune manière à ce gouvernement. C'est pour les français un enjeu formidable. Je vois aujourd'hui avec beaucoup d'angoisse la Grande Bretagne mener sa vie, l'Allemagne afficher ses préoccupations sur la réunification, l'Espagne rétablir le contrôle des changes et chacun s'accorder de cette situation affreuse pour le Continent.
François Léotard : "Pour la création d'une vaste formation conservatrice et libérale ouverte aux écologistes."
Je suis pour qu'à droite on arrive petit à petit à la création d'une vaste formation conservatrice et libérale ouverte aux écologistes. Gouverner c'est aussi rassembler. Pour rassembler, il faut aujourd'hui chercher dans le pays les forces neuves et je considère que le mouvement écologiste est en partie une force neuve utile pour le pays.
François Léotard : "Il faut des règles nationales pour éviter que les partis ne s'emparent de l'administration."
Il faut aujourd'hui trouver des règles nationales pour éviter qu'un parti quel qu'il soit s'empare de l'administration, la manipule ou la noyaute.
C'est vrai que le PS l'a fait, c'est vrai que dans le passé d'autres tentations ou d'autres pratiques ont existé. Il faut revenir aux principes de la république : un fonctionnaire d'État est au service du pays et non d'un parti politique, on ne doit pas savoir à quel syndicat adhère tel ou tel magistrat ou si un enseignant de droite ou de gauche. Si l'on dit d'un policier qu'il est de droite ou de gauche, la république est déjà fichue. Malheureusement, nous nous sommes éloignés de l'esprit de la république. Il faut retrouver des règles fortes qui permettent de mettre l'État à l'abri des partis. C'est un vaste programme quand on connaît les appétits des partis. Le conseil amical que je pourrais donner à mes amis gaullistes, serait de retrouver la fibre de la résistance. Chacun doit retrouver le meilleur de lui-même.
François Léotard : "Je suis favorable à ce que la future majorité examine les conclusions du rapport Vedel."
Je suis favorable à ce que la future majorité examine les conclusions du rapport Vedel sur la réforme constitutionnelle. Je suis hélas un des rares à le dire et je plaide auprès de mes amis politiques pour qu'ils ne considèrent pas ce travail avec désinvolture.
17 mars 1993
Brice Lalonde : "Ce ne serait pas mal si l'UDF devance le RPR."
La question de la construction européenne et celle du conflit yougoslave est aujourd'hui le défi le plus grave. Si François Léotard forme un gouvernement sur ces bases-là, j'en suis.
Il risque d'y avoir à l'Assemblée une majorité d'enfer. Le Premier ministre risque d'en être totalement prisonnier, car les présidentiables de tous les partis lui diront : "surtout ne fait rien pour ne pas gâcher mes chances à la présidentielle". Le grand risque est donc celui de l'immobilisme.
Certains partis ont intérêt à la crise. Ceux qui veulent mettre François Mitterrand à la porte ont intérêt à la crise. Ceux qui veulent montrer que la nouvelle majorité est nulle ont intérêt à la crise. Qui a intérêt à réussir ? Peu de gens. Je ne vois pas comment Édouard Balladur pourrait réussir.
Si l'UDF devance le RPR ce ne serait pas mal. Je ne suis pas sûr qu'à l'UDF ils sont tous mieux qu'au RPR. Je suis persuadé qu'il y a au RPR des libéraux au sens américain du terme et qu'a l'UDF, des gens comme Poniatowski ou Griotteray ne soient pas forcément proches de l'esprit que défend François Léotard. En France, 60 % de la richesse produite est publique. Cette richesse publique est organisée par nos institutions et nos élites sur lesquelles la population a très peu de contrôle. Il faut continuer à considérer que la richesse d'un pays n'est pas simplement l'excellence de ses élites et des institutions que les élites se réservent, mais réellement l'autonomie et l'élévation de chaque citoyen. Tout ceci forme un projet social très important dans une crise. En ce moment dans la discussion sur la réforme de la constitution, ce n'est pas un hasard si le RPR ne veut rien réformer du tout. Au moment de s'asseoir sur le fauteuil le fauteuil lui convient parfaitement bien. Ce sera donc à nouveau une division blindée qui va occuper la place et nous, nous regarderons passer le train. La réforme de la constitution est donc capitale.
Une partie du malaise français aujourd'hui vient en effet de la non-transparence des institutions, de leur dysfonctionnement et d'un éloignement de la démocratie elle-même. Que le Président de la République s'en soit préoccupé extraordinairement tardivement, qu'il est probablement derrière la tête des manœuvres qui lui sont chères, c'est probable. Mais je regrette qu'à partir d'un rapport dont tout le monde s'accorde à dire qu'il est bon, on ne veuille pas le mettre à l'ordre du jour. Une partie du malaise français vient de cette réalité. Quand le 29 mars au matin les français s'apercevront que la Constitution permet à 40 % des voix d'obtenir 80 % des sièges, ils auront un choc. Dans la réflexion des français sur les institutions, il doit y avoir le mode de scrutin. Je suis pour ma part favorable à ce que l'on trouve des mécanismes en ce sens, à condition notamment de ne pas augmenter le nombre des parlementaires. Il faut trouver une formule : maintenir un principe majoritaire et faire en sorte que des éléments nouveaux de la vie politique qui correspondent à des aspirations des citoyens puissent être représentés.
François Léotard : "Je suis pour une augmentation de l'assiette de l'impôt sur le revenu."
L'impôt français tue l'emploi. Notre niveau de prélèvements obligatoires est excessif. Notre projet est de remettre l'État a sa place. Le volume global de la fiscalité doit dans un premier temps rester égal à ce qu'il est. Mais il faut restructurer à l'intérieur les fiscalités injustes, non transparentes et inefficaces. Fera-t-on progressivement passer la CSG à la place de l'impôt sur le revenu ? Augmentera-t-on l'assiette de l'impôt sur le revenu ? Personnellement je suis pour. Une des rares erreurs que l'opposition reconnait dans sa gestion de 86 à 88, est d'avoir exonéré 2 à 3 millions de foyers français de l'impôt sur le revenu. Je pense que ce n'était pas la bonne décision et nous le reconnaissons aujourd'hui. Notre impôt direct, la TVA est trop lourd. Il faudra probablement s'adapter à un système européen dans lequel il est plus modeste. Peut-être faudra-t-il élargir l'assiette de l'impôt sur le revenu. On peut concevoir de substituer la CSG à l'impôt sur le revenu, mais à volume égal car il ne faut pas augmenter aujourd'hui la fiscalité française.