Interviews de M. Charles Pasqua, président du groupe RPR au Sénat, à RTL le 9 mars, à TF1 le 12 mars, à France 2 le 15 mars et à Europe 1 le 16 mars 1993, sur la perspective d'une cohabitation après les législatives et sur le choix du prochain Premier ministre.

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Média : RTL - TF1 - France 2 - Europe 1

Texte intégral

RTL – 9 mars 1993

P. Caloni : Vous ne trouvez pas qu'il y a beaucoup de prétendants au poste de Premier ministre ?

C. Pasqua : Le choix du Président de la République sera limité par celui qu'auront fait auparavant les électeurs. Parce qu'il y a la lettre de la constitution et il y a la tradition républicaine. Alors, quoi que l'on dise, on a beau spéculer, ergoter, il n'en reste pas moins que la tradition veut que l'on appelle à Matignon le chef de la principale formation parlementaire. Or, comme le RPR devrait arriver légèrement en tête au soir du 28 mars, la logique voudrait que le Président de la République appelle J. Chirac. Comme il l'a dit lui-même se sera à lui de se déterminer. Il verra bien à ce moment-là s'il veut y aller ou pas. Et s'il ne veut pas, il peut très bien indiquer à Monsieur F. Mitterrand que monsieur Balladur ferait un bon Premier ministre. Ça je pense que Monsieur F. Mitterrand le sait. Seulement, c'est Monsieur F. Mitterrand qui choisit le Premier ministre.

P. Caloni : Qu'est-ce qui va différencier la cohabitation qui se prépare de celle qu'on a connue de 86 à 88 ?

C. Pasqua : Nous sommes dans une situation tout à fait nouvelle. Quand on compare la précédente cohabitation avec celle qui va s'engager, si F. Mitterrand reste à son poste, parce qu'il y a quand même un suspense – cela simplifierait les choses s'il le quittait – on peut voir trois différences. La première, c'est que le Président de la République est à la veille de son départ et non pas du renouvellement de son mandat. Il voit donc son influence diminuer. On le voit d'ailleurs pour le PS. Il aura donc lui-même moins d'attrait pour la fonction et moins de poids dans l'opinion. Deuxièmement, la majorité parlementaire – tout le monde s'accorde à le dire – sera sans commune mesure avec celle que nous avions de 86 à 88. Quand j'étais ministre de l'intérieur, nous avions quatre voix de majorité à l'Assemblée et on ne savait jamais si la semaine suivante on serait encore là. Cette fois il y aura 100, 120, 130 voix de majorité, du moins c'est ce que semblent indiquer les sondages. Ce qui veut dire que plus la majorité sera forte, et plus la capacité et la liberté de manœuvre du gouvernement seront grandes, plus la marge de manœuvre du président sera faible.

P. Caloni : Est-ce que le fait que les présidentielles soient dans deux ans – c'est-à-dire que la campagne soit quasiment dans un an – ne fausse pas un peu le jeu et le débat concernant les législatives ?

C. Pasqua : Je crois que cela ne fausse pas le débat des législatives. Les Français ne s'y trompent pas. D'ailleurs quand on sillonne le pays, les questions que l'on nous pose sont de deux ordres. La première c'est « alors vous y allez ? ». Sous-entendu, vous allez vous faire rouler dans la farine comme la dernière fois. Il est facile d'y répondre puisque les conditions ne seront pas les mêmes, la marge de manœuvre du gouvernement sera différente. Il y a un autre élément. Les Français n'attendent aucun miracle. Ils savent très bien que l'on ne résoudra pas les problèmes par un coup de baguette magique. Mais si l'on ne veut pas être roulé dans la farine quand nous aurons fait l'inventaire, quand nous aurons vu ce qu'il y a dans les tiroirs, c'est-à-dire peu de chose probablement, et dans les placards beaucoup – nous serons en mesure de dire aux Français : « voilà exactement où nous en sommes, et voilà ce qui faut faire pour redresser le pays ». Il faudra passer un contrat. Il faudra que nous disions aux Français : « voilà ce que nous vous demandons, et voilà les résultats que nous attendons pour la première année, pour la deuxième année. » C'est ce que l'on appelle un peu la gestion par objectif. À ce moment-là, les Français se rendront compte. La deuxième question, c'est : « qu'est-ce que vous allez faire pour “mon chômage ?” » La situation n'est pas irrémédiable. Le chômage n'est pas une fatalité. Il faut prendre un certain nombre de mesures. Il faut d'abord relancer l'économie. Pour cela il faut alléguer le poids de l'État et, contrairement à ce que disent certains, il faut diminuer les charges sociales, les charges fiscales qui pèsent sur les entreprises. Il faut aider tous ceux qui veulent créer des emplois, des entreprises. Le meilleur moyen de créer des emplois, c'est de créer des entreprises. Il y a un élément décisif, c'est la confiance. Parce qu'il y a dans ce pays beaucoup de moyens. Pour cela, il faut que les Français aient confiance. Il faut qu'ils aient le sentiment qu'à la tête du pays il y ait des gens dévoués au bien public, mobilisés pour l'intérêt général et pour leurs propres intérêts personnels ou leurs affaires. Dès lors les choses changeront.

P. Caloni : Si on vous demande d'aller au gouvernement vous y allez ?

C. Pasqua : Moi, je dis qu'il faut gouverner. Alors si on me le demande, je ne vais pas dire que je n'y vais pas. Mais on ne va pas au gouvernement pour faire n'importe quoi. Il faudra donc bien que le gouvernement fasse preuve d'une grande volonté. La priorité numéro un, c'est la priorité sociale. C'est donc le rassemblement, la lutte pour l'emploi.


TF1 : 12 mars 1993

C. Chazal : Lorsqu'on égrène toutes ces affaires, qu'est-ce que vous vous dites ?

C. Pasqua : Je crois qu'il y a urgence à moraliser la vie publique, c'est évident. Je crois que plus que de loi, c'est une question d'éthique et c'est à chacun d'entre nous de savoir ce qu'il doit faire et ce qu'il ne doit pas faire.

C. Chazal : Pensez-vous qu'il est possible qu'un pouvoir se passe de ces écoutes téléphoniques ?

C. Pasqua : Elles sont nécessaires dans les affaires criminelles, dans les affaires de terrorisme et dans les affaires qui concernent la sécurité de l'État. Mais dans ces cas-là, elles sont régies par des règles et des textes. Ce qui est en cause dans cette affaire dont on parle c'est qu'on sort de ces critères et de ces lois. C'est quelque chose de tout à fait inhabituel et qui ne devrait pas exister.

C. Chazal : J. Chirac a dit qu'il n'y aura ni compromis, ni compromission. Y-aura-t-il une cohabitation dure ?

C. Pasqua : Nous serons dans une situation que personne n'a expérimentée car le 28 au soir, il y aura une très large majorité parlementaire qui se sera constituée contre le Président de la République. Il ne faut pas oublier que la Constitution est de type parlementaire. La pratique est devenue plus présidentielle mais l'esprit est parlementaire. Le Président de la République a reconnu lui-même qu'il n'y avait pas de domaine réservé. C'est le gouvernement qui devra déterminer la politique étrangère de la France mais le reste c'est une question de pondération. On ne va pas se disputer comme des chiffonniers mais il faut que le président de la République se rende compte qu'il est entré dans une phase nouvelle.

C. Chazal : On dit que J. Chirac serait tenté par une crise rapide pour arriver à des présidentielles anticipées.

C. Pasqua : Je ne crois pas que J. Chirac soit tenté par la crise. Ce qui est sûr, c'est qu'il préférerait que le Président de la République tire les leçons de la grave sanction qu'il va recevoir au travers du PS et s'en aille. Il est bien évident que l'intérêt du pays est qu'il y ait des élections présidentielles le plus rapidement possible pour qu'il n'y ait pas de dyarchie et qu'il y ait une seule impulsion à la tête de l'État. Si le Président de la République ne veut pas partir, personne ne peut l'y contraindre et j'imagine mal que J. Chirac fasse autre chose que de laisser le libre jeu des institutions et des pouvoirs publics.

C. Chazal : Si l'UDF arrive devant le RPR, est-ce qu'au RPR reviendra de droit la présidence de l'Assemblée nationale ?

C. Pasqua : Il ne faut pas entrer dans ce genre de débat relativement secondaire. Les Français ne comprendraient pas qu'après avoir conduit ensemble la campagne électorale et expliquer qu'il fallait se rassembler, on se mette à se chicaner. Nous verrons le résultat des élections. Si l'UDF arrive en tête, il paraît normal que le Premier ministre soit issu de ses rangs. Cette hypothèse me paraît hautement improbable.

C. Chazal : Si c'est le RPR, votre candidat est toujours J. Chirac ?

C. Pasqua : Ce n'est pas moi qui désigne le Premier ministre.

C. Chazal : Quel rôle allez-vous jouer après 1993 ?

C. Pasqua : Je suis en train de faire le tour de France pour essayer de dire aux Français qu'il faut retrouver encore un peu d'espérance et que la France est un grand pays. À partir du moment où je tiens ce langage, je ne vais pas rester sur le bord du chemin. Je suis prêt à prendre ma place dans l'œuvre du redressement. À quel poste, c'est secondaire.


France 2  : 15 mars 1993

C. Chazal : Est-ce que cela ne poserait pas de problèmes, une majorité trop large ?

C. Pasqua : Moi j'ai connu des majorités parlementaires étroites quand nous n'avions que quatre voix de majorité, alors je préfère les majorités larges. J'ajouterais que les élections n'ont pas encore eu lieu. Pour le moment ce ne sont que des estimations.

G. Leclerc : Est-ce que ce n'est pas plus une victoire par rejet des socialistes que par adhésion à vos idées ?

C. Pasqua : Oui, je crois. Mais c'est souvent comme cela dans notre pays. En 1981, ce n'est pas F. Mitterrand qui a été élu, c'est V. Giscard d'Estaing qui a été battu. C'est vrai qu'il y a un rejet considérable envers le pouvoir actuel, qu'il s'agisse du PS ou du Président de la République. Mais les questions que les gens se posent c'est : est-ce que la France peut s'en sortir et, une question beaucoup plus directe, qu'est-ce que vous allez faire pour le chômage ? Et je crois que depuis une quinzaine de jours, ils pensent qu'il y a peut-être une chance de s'en sortir, alors que jusque-là ils étaient désenchantés et inquiets. Moi, ce que je leur dis, c'est on va s'en sortir !

G. Leclerc : Jean-Marie Le Pen prédit que la cohabitation produira les mêmes effets, c'est-à-dire les mêmes erreurs que de 86 à 88. Comment l'éviter ?

C. Pasqua : Si Jean-Marie Le Pen était le meilleur analyste de la situation politique française cela se saurait depuis longtemps. Premièrement, il s'agit d'appliquer les institutions. Que voulez-vous que nous fassions d'autre ? La constitution a prévu les différents cas de figures. S'il y a une majorité très large à l'Assemblée nationale, il est bien évident que c'est le gouvernement qui déterminera et conduira la politique de la nation conformément à l'article 20 de la constitution et F. Mitterrand lui-même reconnaît aujourd'hui qu'il n'y a pas de domaine réservé. Mais naturellement il faudra un minimum de bonne volonté de part et d'autre, et de politesse.

G. Leclerc : Le Premier ministre doit-il appartenir au groupe le plus puissant ?

C. Pasqua : Je crois qu'il n'y a pas de règle, mais il y a une tradition et elle veut que le Premier ministre soit choisi au sein du groupe parlementaire le plus important et qu'il soit représentatif de la majorité nouvelle. Chacun s'accorde à penser que si le RPR est en tête ce sera le RPR, mais que si l'UDF est en tête, le Premier ministre sera UDF. C'est une éventualité qui me paraît improbable. Nous verrons bien le moment qui cela sera.

G. Leclerc : C. Chirac exclu tout relèvement de la CSG et réaffirme sa volonté d'un franc fort. Vous le suivez ?

C. Pasqua : Personne n'a envie d'un franc faible. Ce qui est sûr, c'est qu'il faut diminuer les taux d'intérêt qui sont beaucoup trop élevés et qui empêcheront toute reprise économique. Ce n'est pas la seule mesure à prendre, mais celle-là est indispensable. Alors, nous allons discuter avec nos amis Allemands et peut-être qu'un gouvernement volontaire appuyé sur une majorité forte obtiendra des allemands qu'ils se montrent plus européens qu'ils ne le sont actuellement. S'ils ne le font pas, il faudra bien que le gouvernement se décide à prendre les mesures nécessaires. Concernant la CSG, J. Chirac a parfaitement raison. Je suis contre toute augmentation d'impôt ou des cotisations sociales. Car les entreprises, les artisans et les commerçants sont écrasés sous les impôts et les taxes. Il faut diminuer le poids de l'État et alléguer la fiscalité.

G. Leclerc : M. Rocard propose une charte pour qu'il y ait une politique claire et continue, concernant l'immigration. Est-ce que l'idée vous paraît bonne ?

C. Pasqua : L'ennui avec M. Rocard, c'est qu'il semble toujours avoir de bonnes idées, mais il en a tellement qu'il n'en poursuit aucune. J'ajouterais qu'il a eu une occasion inespérée non seulement de faire des propositions, mais aussi de les mettre en œuvre. C'est quand il était Premier ministre. Mais il n'a strictement rien fait. Alors, il peut toujours faire des propositions...

G. Leclerc : Que pensez-vous de l'action du général Morillon qui a été saluée par le Premier ministre ?

C. Pasqua : Si les Douze ne s'étaient pas trompés de politique, nous n'en serions probablement pas là. Au lieu de nous enfermer dans une Europe frileuse et riquiqui, si nous avions engagé la construction de l'Europe politique, les Allemands n'auraient pas reconnu unilatéralement la Slovénie et la Croatie et la fédération yougoslave n'aurait pas éclatée. Cela étant, dans la situation où nous sommes, j'admire le courage personnel du général Morillon, mais cela veut dire aussi que les Nations-Unies sont incapables d'arriver à bout de cette affaire. Cela veut dire aussi que l'Europe s'est montrée également incapable de réaliser quoi que ce soit. Alors, autant je suis hostile à une intervention militaire, autant je crois que les moyens militaires auraient dû et devraient être employés pour l'embargo, de façon à faire comprendre aux Serbes que leur agression a assez duré.


Europe 1 : 16 mars 1993

J.-P. Elkabbach : Il y a beaucoup de monde dans les meetings ?

C. Pasqua : Beaucoup de monde, et depuis une quinzaine de jours, je trouve que le climat a changé. Les gens étaient très attentifs jusqu'alors, mais on les sentait préoccupés, et dans une certaine mesure presque désespérée. Depuis, je les trouve plus détendus, presque plus souriants, je crois qu'ils considèrent que pour les socialistes c'est déjà fini. Alors ils se réjouissent.

J.-P. Elkabbach : À l'égard de F. Mitterrand vous êtes plutôt poli maintenant alors que vous aviez tendance à le faire chahuter dans vos meetings.

C. Pasqua : Non, moi je combats les socialistes, je trouve effectivement que l'intérêt du pays serait que le Président de la République tire les leçons du désaveu qui va être infligé au PS et à lui-même, et qu'il parte. Mais comme nous n'avons pas les moyens de l'y contraindre, s'il décide de rester, il faut envisager comment nous allons gouverner.

J.-P. Elkabbach : C'est une manière de défendre ou de maintenir les pouvoirs du Président de la République.

C. Pasqua : Je crois que si nous n'y prenons pas garde, les institutions de la Ve République risquent de sortir assez ébranlées. Il y a le Président de la République qui, au travers de la réforme constitutionnelle, essaie d'enlever à son successeur une partie des pouvoirs qu'il aura lui-même utilisés sans complexe. Ensuite il y a nos propres amis qui souhaitent limiter les pouvoirs du président actuel. Il ne faut pas aller vers le retour au régime d'assemblée.

J.-P. Elkabbach : Avec la vague de députés de l'opposition à l'Assemblée, comment allez-vous éviter qu'il y ait des revanchards ?

C. Pasqua : Je crois qu'il n'y a pas d'esprit de revanche, mais il faut comprendre qu'il y a dans le pays un profond désir de changement qui est à l'égal des espérances que les socialistes avaient fait naître. Ce dont nous devrons nous souvenir, c'est que nous ne sommes pas là pour gouverner seulement pour les électeurs de droite mais dans l'intérêt du pays. Et surtout, il faudra se souvenir que les socialistes ayant échoué sur le plan social, notamment en laissant se développer les inégalités et l'exclusion. C'est à cela que nous devons aussi nous attaquer. Il faut restaurer la cohésion nationale.

J.-P. Elkabbach : Vous prônez donc auprès des vôtres, la tempérance, la modération ?

C. Pasqua : J'ai trouvé des gens sérieux parmi les nouveaux candidats. Et ce qui me rassure c'est que j'ai trouvé beaucoup de gens qui représentent les milieux qui devraient être davantage présents à l'Assemblée nationale. Il ne faut pas une assemblée dans laquelle il n'y a que des fonctionnaires, mais des agriculteurs, des gens qui viennent de l'entreprise, etc. C'est très important parce qu'autrement nous avons des lois préparées et votées par des fonctionnaires.

J.-P. Elkabbach : L'UDF croit qu'elle arrivera avant vous, vous partagez cette idée ?

C. Pasqua : Que l'UDF ait cette espérance, c'est légitime. Que ça se réalise, c'est hautement improbable.

J.-P. Elkabbach : Vous n'imaginez pas un gouvernement avec V. Giscard d'Estaing ?

C. Pasqua : Le Président de la République en tirera les conséquences et appellera probablement l'UDF, mais qui ? Je ne sais pas ! Nous sommes unis pour gouverner, alors il ne s'agit pas de dire je refuse d'aller au gouvernement avec Monsieur Untel.

J.-P. Elkabbach : V. Giscard d'Estaing a promis que si l'UDF arrivait en tête, il n'y aurait pas d'état UDF.

C. Pasqua : Qu'on ne nous fasse pas rigoler avec ce vieux canard de l'État RPR, UDR, etc. Lorsqu'on gouverne on ne doit pas se préoccuper de mettre aux leviers de commande, ses amis politiques, faute de quoi on va au-devant de graves déboires. On doit se préoccuper de mettre les gens les plus compétents.

J.-P. Elkabbach : Vous croyez que vous avez éprouvé toutes les joies et toute la popularité du ministre de l'intérieur ?

C. Pasqua : J'en ai épuisé une bonne partie. Je ne dis pas que je préfère aller à tel ou tel poste, l'important sera d'abord de constituer un gouvernement ramassé et volontaire, et décidé à aller de l'avant vite. Si tel est le cas, et si on me le demande, j'y participerai, mais je n'ai pas vocation à être dans tous les gouvernements.

J.-P. Elkabbach : Mais si vous êtes dedans, vous mettrez du sparadrap sur votre bouche ?

C. Pasqua : Quand on est dans un gouvernement, on est solidaire. Mais quand on a une certaine personnalité, on pousse pour que les engagements qui ont été pris, soient tenus.

J.-P. Elkabbach : F. Mitterrand va apporter le soutien de la France et de l'Europe à Eltsine, c'est de la peine perdue, de l'argent perdu. Va-t-il à Moscou avec le soutien de Pasqua ?

C. Pasqua : Je ne suis pas sûr que F. Mitterrand ait besoin de mon soutien, mais il a raison d'y aller parce que la situation en Russie est préoccupante et qu'après tout, F. Mitterrand et Kohl ont fait preuve de tellement d'aveuglement en ce qui concerne les pays de l'Est qu'il est grand temps qu'ils se réveillent. Si on n'intègre pas la Russie dans l'Europe, on le paiera très cher. Il faut un très grand effort de solidarité avec les peuples de l'Est, sur le plan économique mais aussi politique pour éviter les risques d'affrontement. Le prochain gouvernement devrait prendre des initiatives de relance de l'union politique de l'Europe. L'union économique est difficile à faire, l'union politique est une nécessité.

J.-P. Elkabbach : Vous dites qu'il faut pousser l'Europe, c'est remarquable !

C. Pasqua : Je l'ai toujours dit, la grande Europe, pas la petite.

J.-P. Elkabbach : Vous soutenez Morillon ?

C. Pasqua : Il y a, de notre temps, si peu de gens qui se prennent pour Du Guesclin ou Bayard. Lorsqu'il y en a un, on ne peut qu'être satisfait. Est-ce que cela suffit ? C'est un autre problème.