Texte intégral
Pierre Mauroy, sénateur, maire de Lille, ancien Premier ministre, rend ici hommage à son ami Pierre Bérégovoy.
C'était un homme de volonté. Issu d'un milieu modeste. Il avait d'abord été ouvrier puis agent de maîtrise avant de gravir tous les échelons jusqu'à Matignon. Mais plus il progressait, plus il restait lui-même. Tout au long de sa vie, Pierre Bérégovoy emmena ses origines et son histoire à la semelle de ses souliers. Il sut ne jamais tourner le dos à ce qu'il avait été jadis, du côté de Rouen.
Dans la France d'aujourd'hui, c'était presque une curiosité. En tout cas, une exception. Il parlait volontiers de l'usine, qu'il avait connue. Il était l'un de ces rares hommes politiques qui sont intarissables sur leur famille. Fils d'immigré, il manifestait toujours aussi la volonté d'être de quelque part.
C'était un grand travailleur, doté d'une grande agilité d'esprit. En toute circonstance, Pierre Bérégovoy était capable de rédiger, sur un coin de table, le texte approprié, avec toute la subtilité requise. Comme il n'était pas de ceux à qui tout avait été donné, il ne lésinait jamais non plus sur l'effort. Il était même capable d'abnégation.
Au poste de Premier ministre, on est sans cesse assailli par les urgences et les mauvaises nouvelles. Les plus difficiles, c'est quand on quitte Matignon et que disparaît la pression. J'ai moi-même mal ressenti ce moment. On se sent seul, soudain, et fragile, Pierre Bérégovoy n'était ni l'un ni l'autre. Son geste est un choix qui doit être respecté et un acte de volonté.