Interviews de M. Jean Glavany, porte-parole du PS, sur Europe 1 le 9 juillet 1993 et à "France-Soir" le 10 juillet, sur les relations entre le PS et le MRG et sur les affaires concernant MM. Emmanuelli et Tapie.

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Média : Europe 1 - France soir

Texte intégral

9 juillet 1993
Europe 1

J.-P. Elkabbach : Vous avez renoncé hier à un rendez-vous de deux délégations, l'une conduite par M. Rocard et l'autre par J.-F. Hory et B. Tapie une demi-heure avant la rencontre. Est-ce votre nouveau style ?

J. Glavany : Je suis peiné d'écouter, d'entendre que B. Tapie ne serait pas fréquentable. Ce n'est pas mon genre. Quand un ami est dans la difficulté, ma règle c'est de lui tendre la main. La réalité c'est qu'hier, sur le fond, nous avons considéré que le moment n'était pas propice à une rencontre sereine et que nous risquions de délibérer ensemble sous la pression médiatique de l'affaire OM-Valenciennes. C'est ce qu'on a voulu éviter. La conférence de presse que B. Tapie a fait hier au siège du MRG, là où devait avoir lieu la rencontre et qui a été exclusivement consacrée à autre chose nous a un peu confortés dans cette idée.

J.-P. Elkabbach : La conférence de presse n'a eu lieu qu'après le report de la réunion.

J. Glavany : C'est vrai mais ça montre bien que c'était autre chose qui était dans la tête de tout le monde. Sur la forme, je suis d'accord. C'est vrai qu'on aurait pu s'y prendre un peu plus tôt pour demander ce report. Mais c'est vrai que nous étions en états généraux tout le week-end, qu'ensuite nous avions le comité directeur du PS et que nous avons eu tort de nous préoccuper de cette rencontre que jeudi matin.

J.-P. Elkabbach : B. Tapie reste-t-il un ami du PS ?

J. Glavany : Il était membre d'un gouvernement dont moi-même j'étais membre. Je n'ai pas à faire de commentaire particulier sur cette affaire. Ce n'est ni une rupture ni un divorce, c'est une petite mésentente passagère accentuée par la dramatisation excessive qu'en a fait J.-F. Hory hier soir et qui ne change rien.

J.-P. Elkabbach : M. Rocard pourrait-il en parler avec B. Tapie ?

J. Glavany : Ce n'est pas impossible, ça permettrait de balayer les arrière-pensées ou les jugements à l'emporte-pièce. Je souhaite que ça se fasse.

J.-P. Elkabbach : Vous n'en finissez pas avec les affaires. H. Emmanuelli va démissionner et vous annoncez un vrai combat politique à ses côtés. Qu'est-ce que ça veut dire ?

J. Glavany : Je suis triplement solidaire d'H. Emmanuelli. D'abord de son épreuve. S'il devait être traduit en correctionnelle, ce serait par le fait qu'il était trésorier du PS à l'époque des faits et pas du tout parce qu'à titre personnel, il aurait eu quelques responsabilités dans ces affaires. C'est la moindre des choses que je sois solidaire de cette épreuve d'un homme qui est traduit devant la justice uniquement au nom de cette responsabilité collective.

J.-P. Elkabbach : Vous estimez que les faits reprochés à H. Emmanuelli sont faux ?

J. Glavany : Je suis solidaire de sa démission parce que je trouve que c'est une démission qui est une certaine forme de courage et une certaine conception de la vie politique. Il y a des moments où il faut savoir démissionner. Certains n'ont pas su le faire. Enfin, je suis solidaire de son combat politique parce qu'effectivement, il va mener un combat dans les trois mois qui viennent pour expliquer des choses sur ces rapports obscurs entre la justice et la vie politique.

J.-P. Elkabbach : Vous estimez que la justice a été partisane ?

J. Glavany : Tout le monde savait que le dossier de l'inculpation d'H. Emmanuelli est vide. C'est pour cette raison que le parquet avait requis un non-lieu. Tout le monde le sait mais la chambre d'accusation de Rennes poursuit. Pourquoi ? Cette chambre a déjà donné la réponse : on indique que, contrairement à Marseille, il y aura à Rennes un homme politique au banc des accusés. C'est cette conception de la justice qui n'est pas la mienne. On ne traîne pas devant la justice un homme sous prétexte qu'il est un homme politique.

J.-P. Elkabbach : Il y aura probablement l'élection en octobre. Est-ce que M. Rocard et le PS vont faire campagne à côté d'H. Emmanuelli ?

J. Glavany : Ça ne sera même pas faire campagne. Ça va être un combat politique exemplaire. Nous y serons tous pour poser ces problèmes en des termes très politiques. Ça recommence et ça suffit comme ça.

J.-P. Elkabbach : Quand vous dites "ça recommence", faites gaffe dans vos rangs et ça ne recommencera pas.

J. Glavany : Quand vous dites "faites gaffe dans vos rangs", c'est que vous acceptez l'idée que dans nos rangs, il y en a qui ont fauté. Quand il y en a qui ont fauté, nous le disons. Nous avons d'ailleurs collectivement décidé à Lyon que, peut-être, on ne l'avait pat, assez dit.

J.-P. Elkabbach : Le PS est empêtré dans ses affaires. Quand V. Giscard D'Estaing et l'UDF dénoncent un glissement et une dérive constitutionnelle dans cette phase de la cohabitation, qu'en pensez-vous ?

J. Glavany : Je souris. Il y a un côté un peu pathétique chez Giscard de se placer comme le gardien des institutions. La Constitution prévoit que le Président de la République est le garant de ces institutions, mais pas les anciens présidents. Ce n'est pas une affaire qui va mobiliser les foules et ça ne mérite pas une crise institutionnelle grave. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure : Giscard ne se plaint pas du Président, il se plaint de Balladur et il confond le manuel de pratique institutionnelle avec un guide de la guérilla RPR-UDF. Ça ne nous concerne pas.

 

10 juillet 1993
France-Soir

Jean Glavany : "Le sport n'est pas achetable"

Porte-parole du parti socialiste, Jean Glavany est aussi un grand amateur de football et un spécialiste des affaires sportives. Il avait été nommé par Michel Rocard délégué interministériel chargé du dossier "Grand Stade". Il répond aux questions de "France-Soir".

France-Soir : Le milieu du foot est-il réellement pourri ?

Jean Glavany : Ce n'est pas la première fois que l'on découvre dans le football professionnel des affaires de ce type. Malheureusement, depuis des années, on est ballotté de caisses noires en double billetterie, d'intermédiaires douteux en contrats qui le sont tout autant. Plus rien ne me surprend, mais cela s'ajoute à une liste déjà longue. Certains se font des virginités à bon compte en ce domaine.

France-Soir : Quel est votre pronostic sur l'affaire OM-Valenciennes ?

Jean Glavany : Je ne pronostique rien. Je laisse la justice faire son œuvre. La seule médication possible : que les choses hors la loi soient sanctionnées par la justice. Il y a trop de gens qui commentent cette affaire aujourd'hui pour ajouter ma voix à ce concert.

France-Soir : Que souhaitent les amateurs de foot ?

Jean Glavany : Ceux qui, comme moi, ont la passion du foot souhaitent que la morale et les compétition saine restent toujours la règle. Même si l'on découvre parfois des choses troubles, le sport n'est pas achetable.