Interview de M. Ernest-Antoine Seillière, président du MEDEF, à Europe 1 le 3 octobre 1999, sur la seconde loi sur les 35 heures, le libéralisme économique, la situation économique et le rassemblement de chefs d'entreprises contre la loi Aubry.

Texte intégral

Jean-Pierre Elkabbach : Monsieur le président du Medef, Monsieur Ernest-Antoine Seillière, bonsoir, merci d'être avec nous pour ce « Club de la Presse ». Le grand rendez-vous social, économique et politique de la saison prend toute sa dimension, le calendrier s'accélère à partir de ce soir, on peut dire avec votre intervention. Demain vous prenez la responsabilité de rassembler entre 10 000 et 20 000 chefs d'entreprise, agriculteurs, commerçants. Porte de Versailles à Paris pour dénoncer la loi Aubry et la stratégie sociale du Gouvernement Jospin. Demain aussi, la CGT manifeste de son côté pour que la loi sur la réduction du temps de travail soit améliorée et Martine Aubry ouvrira après-demain à l'Assemblée nationale un long débat qui s'annonce dur avec l'opposition et âpre au sein même de la majorité plurielle. Une fois de plus, deux conceptions radicalement différentes du rôle de l'État dans l'économie vont s'affronter au moment où la mondialisation, telle une bourrasque, contraint à des regroupements et à des fusions aux conséquences lourdes. Alors, qu'est-ce que le Gouvernement Jospin fait ou ne fait pas pour adapter la France au XXIe siècle qui arrive ? Comment les chefs d'entreprise réagissent-ils ? Le Medef est-il à la hauteur de toutes les batailles qui s'annoncent ? L'opposition farouche du Medef aux 35 heures s'arrêtera-t-elle demain soir ou alors quelle forme prendrait-elle ensuite ? Pour vous interroger, président Seillière, Franz-Olivier Giesbert, LE FIGARO, Serge July, LIBÉRATION, Jean-Louis Gombeaud, EUROPE 1, qui ouvre la discussion.

Jean-Louis Gombeaud : Monsieur Seillière, votre rassemblement de demain est-il un baroud d'honneur ? Parce que, somme toute, le débat n'est-il pas clos sur les 35 heures ?

Ernest-Antoine Seillière : Alors, c'est un évènement. Ce n'est pas très fréquent, en effet, que de partout en France se rassemblent les entrepreneurs, et notamment les entrepreneurs de terrain. C'est ceux-là qui vont être là, les petits, les moyens, je dirais les obscurs, ceux qui ressentent profondément que la France ne les comprend pas comme elle devrait les comprendre et sont décidés donc à réagir. Donc baroud d'honneur, sûrement pas ! C'est plutôt le premier jour d'une reconquête de l'opinion française par les entrepreneurs qui veulent prendre la pleine place, leur pleine place dans l'avenir de notre pays, le faire d'ailleurs comme on le fait partout dans le monde avec des pouvoirs publics qui les comprennent. Donc, c'est un rassemblement qui comptera, avec des entrepreneurs décidés à se faire entendre et qui n'admettent pas que, par les conditions qu'on veut leur imposer, ils puissent être le témoin d'un décrochage du pays, ils ne veulent pas que les entrepreneurs soient victimes avec la collectivité française de conditions qui ne seraient pas celles des autres.

Serge July : Est-ce que ce n'est pas l'échec, finalement, d'une stratégie frontale ? Vous avez choisi l'affrontement en ce qui concerne les 35 heures et puis, un an après, vous êtes dans une situation quand même difficile, la seconde loi va être débattue, elle aura lieu. Est-ce que d'une certaine manière maintenant vous n'êtes pas contraint à la défensive ?

Ernest-Antoine Seillière : Alors il y a eu stratégie, c'est vrai. C'est à dire vous vous souvenez des conditions dans lesquelles il y a deux ans on a voulu imposer, on a imposé pour des raisons politiques parfaitement claires la loi des 35 heures à l'ensemble des entreprises françaises. Nous nous y sommes opposés avec une gamme d'arguments que je ne reprends pas parce qu'elle a été surabondamment présentée mais que le Gouvernement n'a pas voulu écouter un instant, a ignoré. Et donc après cette phase d'opposition, nous avons constaté que la première loi imposait en France les 35 heures. C'est la loi. Et donc nous avons entamé à ce moment-là, je dirais, une deuxième étape de notre stratégie qui a été de nouer un dialogue social approfondi, probablement comme on n'en a jamais fait depuis la guerre dans l'ensemble des professions pour, prenant sur nous-mêmes, faire en sorte qu'on puisse échanger le temps libre que l'on veut imposer dans notre pays pour tous, contre de la flexibilité. Et donc de faire des accords qui feraient que tout ceci pourrait rentrer dans la réalité française sans trop de dommages. Pourquoi est-ce que nous rassemblons demain ? Pourquoi est-ce qu'en effet les 165 Medef territoriaux avec la CGPME, avec des agriculteurs, vous l'avez dit, nous nous rassemblons ? C'est parce ce que la deuxième loi veut ignorer complètement ce formidable mouvement de négociation sociale et faire imposer par la loi, pour des raisons purement politiques…

Serge July : Pour défendre les accords de branche, quoi !

Ernest-Antoine Seillière : Écoutez, on a fait une négociation sociale, il n'y a pas plus précieux que la négociation sociale pour faire la paix sociale et pour faire le progrès économique…

Jean-Pierre Elkabbach : Le Gouvernement vous empêche de faire du dialogue social…

Ernest-Antoine Seillière :  Il nous empêche de prolonger notre dialogue social en voulant imposer par la loi des conditions pour les 35 heures que nous n'avons pas négociées. Et ça, nous ne l'acceptons pas ! Voilà la raison pour laquelle nous nous rassemblons pour la liberté d'entreprendre, nous en dirons un mot, mais également contre la loi Aubry parce que cette deuxième loi, je vous le dis, serait une faute alors que la première a déjà été une erreur.

Jean-Pierre Elkabbach : Président Seillière, vous avez dit tout à l'heure « reconquête de l'opinion ». Reconquête, est-ce que c'est votre rôle ?

Ernest-Antoine Seillière : C'est parfaitement le rôle des entrepreneurs que d'avoir, de façon non partisane, au titre de leur rôle majeur dans la société… Nous faisons l'emploi ! On se targue, on se vante dans les ministères de 500 000 emplois, mais ce sont les entrepreneurs qui les ont créés, ce sont les entreprises, ce sont les gens qui se mettent à risque, c'est la décision d'embauche de gens qui tous ne savent pas ce que sera leur lendemain ! C'est ça, être entrepreneur !

Serge July : Le mot « reconquête » c'est quand même pas lui aussi un mot qui signifie que vous aviez perdu la bataille de l'opinion ?

Ernest-Antoine Seillière : Ah écoutez, alors là soyons francs ! Je crois qu'il faut l'admettre il faut l'admettre, il faut admettre. Nous en sommes peut-être responsables en partie nous les entrepreneurs, pour ne pas avoir su communiquer. Mais nous avons été également accablés par l'ensemble d'un dispositif culturel, politique, volontaire qui distille jour après jour que l'entrepreneur après tout, dans un pays comme le nôtre, on pourrait s'en passer. Nous savons ce que c'est qu'un pays sans entrepreneurs ! Nous savons à quelle faillite totale cela conduit sur le plan économique, social, politique, stratégique. Ça été fait et je ne souhaite pas…

Jean-Pierre Elkabbach : Vous le disiez déjà pour la première loi. Au-delà des grands mots, c'est pas la révolution, c'est pas la mer à boire ce que vous propose Lionel Jospin ! Est-ce qu'il met en cause vraiment le dynamisme des entreprises, leur avenir, l'avenir du pays ?

Ernest-Antoine Seillière : Ah il faut vraiment ignorer ce que c'est que la vie quotidienne d'un entrepreneur pour croire que mesures après mesures, dispositions après dispositions, en restreignant chaque jour la liberté de l'entrepreneur, en lui imposant de nouveaux impôts, de nouvelles réglementations… Le nombre de lois qui paraissent et qui doivent s'imposer à l'entrepreneur avec d'ailleurs des sanctions pénales… On croit que c'est ça le quotidien de l'entrepreneur et qu'on peut rajouter chaque jour sans que, finalement, il ne puisse plus exercer son métier ! « Pas la mer à boire », ce sont des formules là aussi de politiques et d'administratifs qui ne connaissent pas la réalité de l'entreprise ! Ce que nous reprochons d'ailleurs en réalité c'est qu'on ne vit pas en France, au niveau des pouvoirs publics, la réalité des entreprises comme on le devrait. Et ça, ça fait partie de notre mission ! Et c'est ça la reconquête de l'opinion.

Franz-Olivier Giesbert : Je vais prolonger la question de Serge July. Il est quand même assez étonnant que votre campagne contre les 35 heures n'ait pas pris. Le pire ennemi de cette campagne, est-ce que ça n'est pas la croissance ? Pourquoi est-ce que les Français s'inquiéteraient quand le chômage baisse ? Est-ce que finalement la situation économique n'agit pas comme du chloroforme ?

Ernest-Antoine Seillière : Il faut bien voir, n'est-ce pas, que la croissance dont nous nous félicitons parce que bien entendu nous sommes d'abord les artisans de la croissance et nous en sommes très heureux. Mais cette croissance, c'est la croissance des 39 heures, c'est la croissance de régime économique et social avant toutes ces initiatives qui ne sont pas encore en application, je vous le rappelle. Deuxièmement, vous dites : ça n'a pas pris ! Nous, nous disons, nous pensons que ça n'a pas pris ! Moi je pense que ça n'a pas pris parce que quand je vois les sondages d'opinion et que finalement les Français mettent, je crois à 10 %, l'application rapide des 35 heures comme une priorité, quand je vois en fait que, de partout, on nous dit - et ce sera confirmé demain - qu'en réalité les salariés ne sont pas demandeurs dans leurs entreprises des 35 heures dont ils voient bien entendu les contreparties sur le plan d'une modération salariale, éventuellement d'un recul du pouvoir d'achat potentiel et donc ils ne sont pas demandeurs. En fait ça n'a pas pris : 15 000 entreprises, moins de 1 % des entreprises françaises ont signé un accord des 35 heures. En dépit d'une formidable propagande officielle pendant pratiquement 18 mois !

Franz-Olivier Giesbert :  Une campagne comme celle-là ne peut pas prendre quand tout va bien !

Ernest-Antoine Seillière : Non, mais cela dit, si ça allait mal alors je préfère vous dire que ça prendrait encore beaucoup plus ! Nous ne serions pas, comme vous le dites, 20 000 demain, j'espère peut-être même un peu plus ! C'est une très grande chance, en effet, de pouvoir poursuivre la discussion sur les 35 heures dans un climat de croissance. Mais ça n'empêche pas que le problème il est là, il est posé et que les entrepreneurs n'oublient pas un instant cette mesure imposée, seule en Europe, qui rationne le travail, qui bafoue le dialogue social et contre laquelle nous sommes en effet très, très volontairement insurgés.

Jean-Louis Gombeaud : Mais n'êtes-vous pas excessif et en étant excessif sous-estimez-vous votre rôle ? Parce que, de fait, Madame Aubry a fait, je dirais des progrès, des pas, ne serait-ce que de faire une seconde loi, de reporter, de faire une période transitoire… Vous n'avez pas l'air de revendiquer un certain nombre de pas qu'elle a faits vers vous ?

Ernest-Antoine Seillière : Non. Nous estimons que Madame Aubry n'a jamais voulu écouter nos arguments, ne nous a pas consultés et que donc la loi qu'elle fait est la loi qu'en tant qu'experte du droit social. N'oublions pas que c'est une fonctionnaire du ministère du Travail qui a fait carrière, elle connaît tout ça par coeur…

Jean-Pierre Elkabbach : Vous dites ça comme une critique, non ?

Ernest-Antoine Seillière. - Pas du tout ! J'ai beaucoup de respect pour ses compétences.

Jean-Pierre Elkabbach : Une fonctionnaire qui a fait toute sa carrière…

Ernest-Antoine Seillière : Non, attendez, ce n'est pas une insulte de dire de quelqu'un qu'il est un fonctionnaire et qu'il a fait une carrière dans la fonction publique ! Autrement, il y aurait beaucoup de gens qui seraient vexés ! Mais cela dit, pour un entrepreneur en effet, ça n'est pas une garantie de connaissance de la réalité de l'entreprise !

Jean-Louis Gombeaud :Donc vous n'avez strictement rien obtenu !

Ernest-Antoine Seillière : Nous n'avons rien obtenu ! Nous n'avons rien obtenu et on a essayé, bien entendu, de dire que le moment où on est convenu finalement du côté du Gouvernement qu'on ne pouvait pas appliquer cette affaire le 1er janvier 2000, date pourtant emblématique, comme on l'avait juré et qu'on reportait d'un an, alors ça s'appelle report, transition ou je ne sais quel mot… Enfin c'est le bon sens ! L'usine à gaz ne peut pas se mettre dans la réalité…

Franz-Olivier Giesbert : Ça va peut être sortir en 2002 ou 2003…

Ernest-Antoine Seillière : Mais c'est pas impossible ! Alors ça, si vous voulez, nous prenons date !
Jean-Pierre Elkabbach : Alors, quel est l'objectif de toutes vos manifestations ? Ce que vous allez faire demain et de la suite dont vous parlerez peut être ? Vous voulez que le Parlement ne vote pas cette loi. Il la votera. Vous voulez qu'on retarde l'application ? Qu'est-ce que vous voulez ?

Serge July : Alors, si j'ai bien compris, vous êtes pour la défense des accords de branche qui ont déjà été signés. C'est ça votre objectif principal.

Ernest-Antoine Seillière : C'est tout à fait clair, et nous le disons tout à fait clairement, nous le disons au Gouvernement d'ailleurs et aux parlementaires, et nous le dirons demain avec l'appui de tous les entrepreneurs présents : si la deuxième loi ne tient pas compte des accords de branche, alors c'est vrai, les 35 heures vont s'enliser. C'est à dire qu'en fait, elles ne rentreront pas dans la réalité économique et sociale française. Mais nous proposons qu'en appliquant les 35 heures selon les accords sociaux qui auront été négociés, bien entendu, nous fassions le travail de dialogue social…

Serge July : Finalement, vous enviez l'un l'autre…

Ernest-Antoine Seillière : Nous disons simplement que si on ne veut pas faire respecter le dialogue social, on sera responsable du gel des relations sociales, peut être de l'échec du paritarisme. Et donc que c'est une très grande responsabilité que prendront ceux qui nieront le dialogue social.

Serge July : Monsieur Seillière, dans l'opposition, il y a beaucoup de responsables politiques, qui ont été aux affaires et qui admettent que, dans les 35 heures, il y a certes des aspects sans doute négatifs, notamment le fait que ce n'est pas forcément créateur d'emplois, mais que ça a des vertus en ce qui concerne le développement de la flexibilité, la modération salariale, le climat social, le développement même du dialogue social. Est-ce que ces vertus, vous ne les reconnaissez pas du tout ?

Ernest-Antoine Seillière : Je reconnais les vertus des 35 heures dans les entreprises où la mise en place d'une nouvelle organisation du travail et en même temps d'une réduction du temps de travail peut donner un plus. Parce qu'il s'agit bien entendu, pour une entreprise, de retirer un avantage pour sa compétitivité et son développement. Il y a des entreprises où c'est possible. Je vous dirais même que je crois que les 15 000 entreprises, sur 1,2 million, qui ont signé un accord, y ont trouvé un avantage et elles ont dit : merci Madame Aubry de nous mettre à disposition des subventions très importantes et toutes sortes de dispositions. Ça existe. Et nous n'avons jamais d'ailleurs au Medef en quoi que ce soit critiqué une entreprise qui avait signé un accord. Nous avons simplement constaté que nous représentions une immensité d'entreprises qui, elles, ne voulaient pas en signer.

Jean-Pierre Elkabbach : Martine Aubry disait cette semaine qu'elle était prête à engager le dialogue avec vous.

Ernest-Antoine Seillière : Oui. Elle a dit ça un certain nombre de fois. Moi, j'attends de voir quelles propositions elle peut me faire. Mais cette protestation de bonne volonté, pour moi, est parfaitement creuse.

Jean-Pierre Elkabbach : C'est à dire nulle. Vous ne prenez pas la main qu'elle vous tend ?

Ernest-Antoine Seillière : J'attends de savoir quelles propositions nous on nous fait pour aller dans le sens de ce que nous souhaitons, c'est à dire en fait la prise en compte du dialogue social pour mettre en place les 35 heures.

Franz-Olivier Giesbert : Alors, vous êtes très dur contre le Gouvernement, très dur contre Lionel Jospin. Et vous qui le connaissez bien, est-ce que vous pensez que Lionel Jospin est un social-libéral comme on l'a beaucoup pensé ou est-ce que c'est un socialiste doctrinaire qui n'aime pas les patrons ? Je pense à sa dernière intervention.

Ernest-Antoine Seillière : C'est très difficile pour moi de juger d'abord un Premier ministre et ensuite un Premier ministre auquel je reconnais des qualités et que je connais bien. Mais je crois, si vous voulez, que ce n'est pas le problème. Il est engagé dans une partie politique, car c'est un homme politique, il a une responsabilité. Et ce que je crois, en effet, c'est qu'il lui est très difficile de prendre en compte le réel. A partir du moment où, en effet, il a une situation politique qui l'oblige à prendre en considération les points de vue des uns ou des autres. Nous l'avons bien vu. Il a fait, semble-t-il, une émission qui n'était pas exactement ce qu'il souhaitait. On le lui a reproché dans sa majorité plurielle ici et là. Eh bien, comment est-ce qu'il s'en est sorti ? Il s'en est sorti en raclant dans les tiroirs ce qu'il pouvait y avoir comme mesure contre les entreprises en les présentant à sa majorité plurielle en lui disant : vous voyez comme je suis l'homme qu'il faut continuer à soutenir. Je vous assure que dans nos rangs, ça a fait venir plusieurs milliers de personnes de plus à notre rassemblement.

Serge July :  Ce n'était pas un peu du théâtre…

Ernest-Antoine Seillière : Pas du tout. Ce n'est pas du tout la première fois que ça se produit. C'est tout à fait classique en France. On se valorise politiquement en étant contre les entreprises. C'est le seul pays au monde d'ailleurs où l'on voit ça. Partout ailleurs, on voit des gouvernements qui essaient au contraire d'établir avec les entreprises des relations de partenariat pour construire ensemble les opportunités…

Serge July : Vous pourriez dire le contraire. Vous pourriez dire qu'il vous a protégé, justement, d'un mouvement réglementariste en ce qui concerne les entreprises. Par exemple sur le travail précaire, la taxation dont il a parlé, le fait de ne pas parler de seuil, vous avez évidemment bien compris que ça n'allait pas très loin.

Ernest-Antoine Seillière :  Écoutez, je crois que cet argument-là ne mérite pas d'être discuté. Les contrats à durée déterminée, on a menacé de les taxer. On a annoncé qu'on allait les taxer. Tout le monde a pris cela comme une mesure de plus, une taxation de plus. Après d'autres impôts…

Serge July : Vous savez déchiffrer…

Ernest-Antoine Seillière : Nous savons parfaitement déchiffrer. Il n'y avait pas de taxation des CDD. Il va y en avoir une. Je ne sais pas où est le plus…

Jean-Pierre Elkabbach : Quand le Gouvernement décide de ne pas donner de fonds publics à des entreprises qui suppriment des emplois alors qu'elles font des bénéfices, en quoi ça vous secoue ?

Ernest-Antoine Seillière : Alors, attendez. Pour ce qui est de donner des fonds publics, des subventions, vous le savez bien, depuis que nous sommes au Medef, nous refusons les subventions. C'est le Gouvernement qui veut nous en donner. Alors, nous ne sommes pas du tout en train de tendre la main. Toutes les subventions des 35 heures, permettez-moi de vous dire qu'on ne les a pas demandées. D'autant plus qu'on prend l'argent pour nous donner ces subventions sur les entreprises, voire dans les caisses sociales et que donc, à cela, nous sommes tout à fait opposés. Donc, que l'on arrête de donner des subventions aux entreprises qui ne les demandent pas et qu'on leur en prenne moins ! Ça, c'est en effet quelque chose…

Jean-Pierre Elkabbach : Pour l'industrie automobile aussi…

Ernest-Antoine Seillière : Nous disons cela pour tout le monde. Moi, je ne rentre pas dans le détail, en tant que président du Medef, je représente tous les entrepreneurs et toutes les entreprises. Mais nous ne demandons pas, nous, de subventions. Nous demandons moins de prélèvements.

Serge July : Même pour les préretraites ?

Ernest-Antoine Seillière : Et pour les préretraites aussi ! Ça, ne croyez pas une seconde que le Medef va être partisan des préretraites !

Franz-Olivier Giesbert : Ça fait près de 25 minutes qu'on vous entend Monsieur Seillière. Et on a quand même l'impression que vous vous considérez comme les têtes de turc, comme les boucs émissaires du Gouvernement. Qu'il ne vous aime pas.

Ernest-Antoine Seillière : Non. Je crois que c'est vrai. En France, on n'aime pas ses entrepreneurs. Il faut le reconnaître…

Franz-Olivier Giesbert : Strauss-Kahn, il vous aime bien. Le ministre de l'Économie ?

Ernest-Antoine Seillière : Il peut y avoir ici ou là quelqu'un, en effet, qui peut avoir une préférence. Mais il ne faut pas le dire parce qu'il paraît que ça le déstabiliserait. Alors, je ne le dis pas. Nous sommes le seul pays au monde où quand le représentant des entrepreneurs dit d'un ministre « c'est un type pas mal » ou une « dame pas mal », on dit : attention, vous allez lui porter ombrage. Ce n'est pas normal ça non plus. Et les Français, finalement, considèrent, je pense comme tout le monde, que cette situation est anormale. Nous allons tout faire, à partir de demain, pour essayer de…

Franz-Olivier Giesbert : Alors pourquoi le Gouvernement n'aime pas les patrons ?

Ernest-Antoine Seillière : Eh bien le Gouvernement n'aime pas les entrepreneurs parce qu'il ne les comprend pas. Il ne les comprend pas et il construit sa position politique la plupart du temps en s'opposant à eux. C'est classique. C'est vrai d'ailleurs dans toutes les parties de l'opinion. Et la décision, elle est prise, de faire en sorte que, désormais, on veuille bien comprendre en France que l'entrepreneur fait la richesse du pays, qu'il n'y a pas d'expansion sans lui, pas d'emplois sans lui, qu'il est essentiel et qu'il faut l'apprécier.

Franz-Olivier Giesbert : Le Gouvernement vous critique pour avoir l'air de gauche. C'est ça que vous nous dites ?

Ernest-Antoine Seillière : Ça, je ne comprends pas très bien ce que cela veut dire. Vous savez, nous ne sommes ni de droite, ni de gauche, nous sommes non partisans, mais nous sommes, c'est vrai, les défenseurs de l'entrepreneur et de l'entreprise, et des salariés. Et c'est cet ensemble là…

Jean-Pierre Elkabbach : On l'a compris…

Ernest-Antoine Seillière :  Mais c'est très important. Si vous l'avez compris, vous, c'est déjà un très grand progrès !

Jean-Pierre Elkabbach : Merci, merci. Étant donné mon niveau. Et, au Parlement, qui va relayer vos corrections et vos suggestions ? Qui va relayer ?

Ernest-Antoine Seillière : Alors, là, je dois dire que nous sommes assez seuls. Parce qu'il faut reconnaître, et je ne fais aucune critique, que d'une manière générale, le politique en France a plutôt tendance à rechercher ce que l'opinion apprécierait plutôt qu'à vouloir lui présenter quelque chose que l'on pourrait considérer comme constructif pour l'avenir. Et donc, c'est vrai que les 35 heures, depuis deux ans maintenant qu'on en serine quotidiennement l'utilité, eh bien c'est vrai que les 35 heures sont devenues un thème sur lequel, politiquement, on n'ose plus trop s'engager.

Jean-Pierre Elkabbach : Si la droite revient au pouvoir, qu'est-ce que vous lui suggérer de faire…

Serge July : Vous êtes pour l'abolition de deux lois sur les 35 heures.

Ernest-Antoine Seillière : Bien entendu. Bien entendu. Mais nous n'y croyons guère. Et donc, nous disons…

Serge July : Vous n'y croyez pas beaucoup ?

Ernest-Antoine Seillière : Non, nous n'y croyons guère parce que, en effet, nous avons vu la manière dont on a installé dans ce pays l'idée que l'ambition nationale était de travailler moins. Nous avons d'ailleurs vu chez les cadres, dans les entreprises, peu à peu, se mettre en place une situation dans laquelle les cadres après tout se disent : et pourquoi est-ce qu'on ne travaillerait pas moins ? Nous ne considérons pas tout cela comme un plus mais ce que nous demandons, nous, c'est que les 35 heures, dont veut ce pays, qu'il veut mettre en place, se fassent par le dialogue social. Sinon, c'est vrai, ça n'ira pas.

- Pause (journal de 18 h 30)

Franz-Olivier Giesbert : Monsieur Seillière, vous êtes attaqué sur un autre front, vous, les patrons, c'est les sous. Il y a un grand débat sur les stock-options, débat qui a été lancé par les confortables indemnités touchées par Philippe Jaffré lors de son départ d'Elf dans les conditions que l'on sait. Ne pensez-vous pas que le Gouvernement a raison de vouloir remettre de l'ordre ? Est-ce qu'il ne faut pas un peu de transparence dans tout cela ?

Ernest-Antoine Seillière : Le débat sur les stock-options a été lancé bien avant que tel ou tel soit suspecté d'avoir touché des montants importants. Les stock-options, c'est la manière dont les actionnaires associent les dirigeants, les cadres, quelquefois même les salariés, j'espère de plus en plus les salariés, à la réussite de l'entreprise, c'est à dire à sa valorisation, parce qu'elle augmente ses résultats et donc…

Franz-Olivier Giesbert : Il y a des entreprises qui associent les salariés, comme la Lyonnaise, Vivendi…

Ernest-Antoine Seillière : Oui, absolument. Je pense que ce sera de plus en plus et je pense que nous aurons, certainement, nous au Medef, à défendre et à proposer que les stock-options se généralisent. L'intéressement des salariés à la réussite de l'entreprise est certainement un des thèmes majeurs pour que l'entreprise soit mieux comprise dans notre pays.

Serge July : Pourquoi ils ne le font pas ?

Ernest-Antoine Seillière : Eh bien écoutez, je ne vous cache pas que, par exemple, notre propre groupe, la CGIP, a voté cette année une résolution qui fait que je ferai connaître, l'année prochaine, les stock-options qui me seront remis par l'assemblée générale.

Jean-Pierre Elkabbach : Vous souhaiteriez que ça soit généralisé ?

Ernest-Antoine Seillière. - Oui, sur les stock-options parce que, c'est un peu technique, mais c'est un contrat entre l'actionnariat et les dirigeants. Et donc il est tout à fait normal que les actionnaires connaissent les circonstances dans lesquelles on a voulu intéresser les dirigeants. Ça n'a rien à voir, comme vous le savez et que vous l'avez compris, entre le traitement - le traitement est une affaire interne à la société. Et alors, si on oblige l'ensemble des Français à publier leurs revenus, je pense que les chefs d'entreprise le feront également. Mais les stock-options, c'est quelque chose de particulier. Et donc, nous sommes pour la transparence dans ce domaine.

Jean-Pierre Elkabbach : Il n'y a rien d'immoral ou de sale dans les stock-options et le débat qui est né…

Ernest-Antoine Seillière : Si l'on considère comme sale et immoral qu'une entreprise réussisse et que son dirigeant gagne de l'argent, bien entendu, je pense qu'il y a encore un certain nombre de gens qui croient ça encore dans notre pays ! Ça fera partie aussi de notre politique de communication que de bien faire comprendre que quand on est entrepreneur, qu'on s'est mis à risque, qu'on a des qualités de dirigeant comme les grands artistes ou comme les grands footballeurs que sais-je, il est parfaitement normal qu'on gagne de l'argent. Une entreprise doit gagner de l'argent. Je ne connais pas une entreprise qui perd de l'argent et qui embauche. Je crois que c'est une chose dont il faut se souvenir.

Serge July : Oui, mais dans ce cas de Philippe Jaffré, quand même, il y a eu 140 000 actions qui ont été souscrites, je crois, ouvertes en tout cas, et on dit que Philippe Jaffré en a eu 60 000. Ça fait peut être beaucoup.

Ernest-Antoine Seillière : Vous me permettez de prendre un peu de hauteur sur ces questions. Je suis président du Medef et je n'ai pas à porter de jugement sur la manière dont une assemblée générale, un conseil, des dirigeants, organisent leur rémunération. Et sur ce point, vous ne ferez pas dire quoi que ce soit. Et d'ailleurs, on serait bien étonné que je le fasse.

Jean-Louis Gombeaud :  Mais, de toute façon, les stock-options seront réservés aux cadres dirigeants de très haut niveau. Le premier pas c'est l'épargne salariale, qu'est-ce que vous pensez des projets de Monsieur Strauss-Kahn sur cette épargne salariale ?

Ernest-Antoine Seillière : Nous approuvons les initiatives qui ont été prises par Monsieur Strauss-Kahn pour essayer de faire progresser dans notre pays toutes les formes d'intéressement des salariés à la réussite de l'entreprise. L'épargne salariale est une forme, les stock-options en est une autre, bien entendu les fonds de pension en seraient une troisième, nous pensons que c'est une évolution du capitalisme français qui est nécessaire. Il y a du retard dans ce domaine parce que nous jugeons le capitalisme français encore très infantile. N'oubliez pas qu'il y a quand même une quinzaine d'années, on a nationalisé l'ensemble, le quasi ensemble du secteur financier, du secteur des assurances ! Ne nous étonnons pas que nous ayons tout de même probablement du retard sur les autres dans ce domaine !

Franz-Olivier Giesbert : Il n'y a pas seulement les avantages des patrons. Il y a aussi les profits des actionnaires. Alors comment vous avez réagi après la levée de boucliers contre Monsieur Michelin  qui procédait en même temps à des licenciements…

Jean-Pierre Elkabbach :  Je rappelle que votre première réaction vous l'avez faite un matin sur Europe 1, le lendemain même de ce qui est devenu peu à peu l'affaire Michelin…

Franz-Olivier Giesbert : Mais là, simplement je vous demande de réagir aux réactions de la gauche dite plurielle, après les décisions de Monsieur Michelin…

Serge July : Oui et d'un grand nombre de dirigeants de l'opposition.

Ernest-Antoine Seillière : Je crois, si vous voulez, que le monde politique était à la recherche d'un prétexte pour essayer de provoquer ou des recentrages ou des accentuations dans telle ou telle direction et que la décision de Michelin a été un de ces prétextes. Il y aurait pu en avoir d'autres, ici ou là. Je ne crois pas qu'il faut trop s'attacher au cas. Ce qui est très intéressant, c'est de voir justement la manière dont on a entendu une grande clameur monter des milieux politiques et d'ailleurs de l'opinion, qui est très influencée bien entendu par ce que pensent les milieux politiques en disant : ça, c'est vraiment scandaleux. Et puis, maintenant, on voit les choses tout de même se stabiliser. On voit un très grand chef d'entreprise qui a la réputation d'avoir appartenu aux équipes de socialistes très, très en renom…

Serge July :  Monsieur Schweitzer…

Ernest-Antoine Seillière : Monsieur Schweitzer qui a, alors là, je lui laisse la responsabilité…

Jean-Pierre Elkabbach :  Il se souvient de Vilvoorde…

Ernest-Antoine Seillière : Qui a expliqué, nous voyons actuellement d'ailleurs de plus en plus de chefs d'entreprise qui osent parler, nous aimerions d'ailleurs qu'on ose plus parler…

Jean-Pierre Elkabbach : Est-ce que vous conseillez à Édouard Michelin de revenir sur l'annonce des 7 500 emplois supprimés en trois ans. Parce que apparemment le Gouvernement ne le laissera pas faire. Est-ce qu'il a une alternative, est-ce qu'il peut faire autre chose ?

Ernest-Antoine Seillière : Très honnêtement, c'est totalement son affaire d'abord. Et ensuite je vous dirais, ayant lu ses déclarations comme d'autres, moi je ne sais rien, je ne sais pas s'il y a des licenciements ou si c'est simplement en effet des emplois qui ne sont pas renouvelés, je ne sais pas si c'est en France ou si c'est en Europe, ailleurs en Europe, et donc je ne sais rien et nous verrons peut être que tout ceci, quand on verra la nature exacte, ne justifiait pas tout ce scandale et la manière dont politiquement on a voulu accabler une très grande entreprise française…

Jean-Pierre Elkabbach : Le Medef ne discute pas… Par exemple, un chef d'entreprise comme  Monsieur Michelin, vous ne lui apportez pas un soutien, vous lui apportiez un soutien, vous le lui dites, vous ne l'aidez pas, vous ne lui dites pas : venez nous voir, discutons pour votre prochain plan et puis n'annoncez pas les profits en même temps que les licenciements et les suppressions d'emplois ?

Serge July : Vous ne l'aidez pas sur sa communication ?

Ernest-Antoine Seillière : Nous ne sommes pas une société de conseil, nous sommes la représentation des entreprises. Quand il se produit un événement comme celui-ci et que la politique s'en saisit pour essayer d'accabler l'entreprise française nous réagissons et nous réagissons fort. Mais sur le cas lui-même, bien entendu c'est l'affaire des dirigeants.

Jean-Louis Gombeaud : Mais derrière l'affaire Michelin, il y avait aussi le problème des exigences des actionnaires. Beaucoup de chefs d'entreprise disent : les actionnaires demandent trop, demandent… Le fameux débat sur la création de valeur. Peut-on demander à des entreprises de fournir du 15 % chaque année ? Est-ce qu'il n'y a pas une contradiction entre le chef d'entreprise et les actionnaires ?

Ernest-Antoine Seillière : Alors, il faut voir, là aussi, que les entreprises françaises sont d'une immense variété, il y en a probablement 1 500 à 2 000 qui sont cotées et pour lesquelles donc la notion de création de valeur, l'exigence de l'actionnaire se révèle sur les marchés. Il y en a des centaines et des centaines de milliers pour lesquelles ça n'a pas de sens. Encore une fois, il faut bien distinguer. Il y a des entreprises qui sont dans le grand marché mondial et dans le grand marché mondial il y a des critères de réussite, il y a des exigences et si on y est en effet on ne peut pas être à la fois dans le marché et ne pas avoir les comportements voulus par le marché. Sans quoi, on en sort. On en sort, c'est à dire qu'on est racheté ou qu'on va à la… (inaudible). Donc je crois qu'il faut bien distinguer ceux qui sont dans le grand jeu mondial et qui ne peuvent pas faire autre chose que de jouer et suivre les règles de ce grand jeu mondial et puis toutes les autres. Ce qui est terrible, c'est de voir le contrat à durée déterminée taxé sur un 1,2 million d'entreprises parce qu'une grande multinationale a dû jouer le jeu mondial qu'on exigeait d'elle. Et ça, je trouve que c'est très injuste et incompréhensible.

Jean-Louis Gombeaud : Vous faites la distinction dans les entreprises françaises. Justement lors des dernières négociations GATT, à l'époque du CNPF, il y avait un clivage entre les entreprises qui voulaient jouer la mondialisation et celles qui le refusaient. Aujourd'hui, est-ce qu'il y a toujours ce même clivage au sein du Medef ?

Ernest-Antoine Seillière : Je crois que non. Il n'y a pas ce clivage au sein du Medef. Je crois que le Medef est extrêmement uni autour de l'idée que le monde étant ce qu'il est, et je crois d'ailleurs que nous n'avons pas de jugement à porter sur lui, nous devons tout faire pour y faire réussir des entreprises françaises. Et donc il n'y a pas à cet égard de gens qui pensent qu'il faut faire en dehors de la mondialisation et qui pourraient avoir l'illusion de pouvoir se sortir du monde réel. Rappeler d'ailleurs aux politiques le monde réel est une des missions des entrepreneurs. Et nous nous y attachons.

Jean-Pierre Elkabbach : Et quand le Gouvernement Jospin annonce de nouvelle régulations économiques face à la mondialisation, vous trouvez que c'est nécessaire que des règles soient données ou alors il faut laisser les choses se dérouler ?

Serge July : C'est un mot qui vous effraye ou c'est un mot que vous connaissez bien parce que c'est celui finalement du libéralisme économique ?

Ernest-Antoine Seillière : Quand on a la masse de régulations, la masse d'obligations qui sont imposées aux entreprises françaises, ici le mot régulation a en effet une connotation très négative. Pour nous, la régulation c'est à la limite empêcher la liberté d'entreprendre, empêcher les jeunes entrepreneurs de créer leur entreprise en France, ils ne veulent plus le faire, pour certains comme vous le savez, c'est ne pas vouloir renouveler ou développer son équipement en France, donc la régulation si on veut, comme on le conçoit actuellement au Gouvernement, l'accentuer, étouffera l'esprit d'entreprise. Et donc pour nous c'est quelque chose de très négatif pris sous cet angle.

Serge July : Mais par exemple, la loi de régulation dont a parlé Lionel Jospin, finalement quand on regarde le détail, celle qu'il a promise pour le printemps prochain, c'est l'adaptation à la législation française des dispositions de Bruxelles. Il n'y a rien de spécialement socialiste ou réglementaire dans cette affaire.

Ernest-Antoine Seillière : Attendez, c'est ce que l'on appelle le bonus-malus ? Toutes ces nouveautés qu'on veut mettre sur les entreprises…

Serge July : Non, non, je ne parle pas de ça. Je parle du projet de loi sur les régulations économiques, les nouvelles régulations économiques…

Ernest-Antoine Seillière : C'est un débat assez abstrait. Nous ne pensons pas qu'il puisse y avoir un accord mondial sur le niveau de régulation possible, c'est toujours la liberté qui tend aujourd'hui à l'emporter parce que le système en effet est orienté dans ce domaine et c'est vrai que la France préconise une réglementation nouvelle, souvent d'ailleurs des taxations nouvelles, et puis dans ce domaine-là, comme on le sait, elle n'est absolument pas suivie et donc, en fait, nous avons un Gouvernement qui prêche internationalement dans le désert.

Jean-Pierre Elkabbach : Au début de l'émission, je posais une question : est-ce que ce Gouvernement Jospin prépare ou non la France aux enjeux du XXIe siècle ? La réponse ?

Ernest-Antoine Seillière : Non. Le Gouvernement Jospin ne prépare pas la France aux enjeux du XXIe siècle. Le symbole de cette réticence fondamentale des politiques actuellement, c'est bien entendu les 35 heures, j'y reviens. Seuls en Europe, seuls au monde, nous faisons d'ailleurs l'objet de l'humour mondial, de haussements d'épaules ou de rires et donc je crois que, à cet égard, nous avons en effet un très grand retard et il faut rapidement le rattraper.

Jean-Pierre Elkabbach : C'est une réponse idéologique et politique du Medef…

Ernest-Antoine Seillière : Pas du tout ! C'est une réponse de bons sens des gens de terrain qui voient les contraintes qu'ils subissent, eux, et que les autres n'ont pas.

Franz-Olivier Giesbert : Alors Monsieur Seillière, je vous propose de faire un peu de morale maintenant et ça n'a rien à voir avec l'affaire Michelin qu'on a effectivement accablé, un peu vite sans regarder le dossier…

Jean-Pierre Elkabbach : C'est un jugement… C'est une question de Franz-Olivier, c'est tout dire…

Franz-Oliver Giesbert :  Oui, des jugements, on a le droit d'en faire aussi de temps en temps, on a le droit de faire des commentaires… Comment réagissez-vous quand vous voyez les actions d'une entreprise monter à la Bourse quand elle annonce des licenciements ou quand vous voyez aussi Wall Street qui s'écroule quand le chômage baisse aux États-Unis. Est-ce qu'il n'a pas un problème ? Est-ce que vous êtes fier de ce système ?

Ernest-Antoine Seillière : Non… Écoutez, très honnêtement, les entrepreneurs français et le Medef n'est pas fier du système international, il le vit ! Et je crois que c'est ça notre force, c'est de savoir nous adapter et d'adapter la France au monde qui est. D'ailleurs…

Franz-Olivier Giesbert : Mais c'est amoral, non ?

Jean-Pierre Elkabbach : Vous ne mettez pas la morale là-dedans…

Ernest-Antoine Seillière : Cap Gemini, société de notre groupe, qui a énormément embauché, 12 000 personnes en 1998 et en France près de 3 000 en 1999, a décroché en Bourse de façon très spectaculaire il y a quelques jours. Voyez-vous, que ceux qui aiment la morale peuvent là trouver peut-être dans des voies de réflexion.

Franz-Olivier Giesbert : De temps en temps, il y a de la morale. Et quand Wall Street s'écroule quand le chômage baisse aux États-Unis - on voit ça quand même très régulièrement…

Serge July : Ne s'écroule pas… Attendez, on l'aurait senti passer !

Franz-Olivier Giesbert : S'effrite sensiblement, on voit ça régulièrement, on voit ça très régulièrement, ça vous choque ?

Ernest-Antoine Seillière : S'il y a des chocs financiers qui compromettent la marche des entreprises et la croissance, je crois que c'est dommage. Je ne pense pas qu'on ait vu ça aux États-Unis depuis d'ailleurs 10 ans et, au contraire, tout le monde pense aujourd'hui que l'économie financière et l'économie réelle sont en train de se réconcilier.

Jean-Pierre Elkabbach : Président Seillière, je reviens à demain. Demain, c'est un grand rassemblement. Vous dites à des grands, petits patrons, peut être un peu rebelles, unissez-vous, donnez-vous la main. Le 5, c'est à dire le lendemain de la manif, qu'est-ce qui reste ? On plie les chaises, on enlève les micros et puis c'est fini ?

Ernest-Antoine Seillière : Il reste trois choses. Il reste des entrepreneurs qui ont compris qu'on était fier d'être entrepreneur en France et qu'on allait le dire et s'organiser fortement pour pouvoir communiquer cette réalité fondamentale. Il reste des entrepreneurs qui seront décidés à défendre la liberté d'entreprendre et il y a des entrepreneurs qui sont décidés à faire en sorte que la loi des 35 heures, si elle ne respecte pas les accords de branche et les accords professionnels s'enlise…

Jean-Pierre Elkabbach : D'accord, mais après, est-ce que vous organisez des états généraux de ceci ou de cela ? Est-ce que vous organiser un nouveau grand rendez-vous en janvier, février pour entretenir le moral combatif et d'opposition de vos troupes ? Ou vous vous arrêterez là ?

Ernest-Antoine Seillière : Nous sommes très pragmatiques. Nous avons attendu les 200 000 lettres ouvertes à Madame Aubry qui ont dépassé de 100 000 celles que nous avions lancées avant de lancer notre rassemblement de demain. Si nous sommes plus de 20 000, nous serons encouragés, peut être, en effet, à faire plus si on ne peut pas obtenir que l'on respecte l'entreprise dans notre pays, comme nous le souhaitons.

Jean-Louis Gombeaud : Alors, il y a un aspect que l'on n'a pas encore évoqué dans les 35 heures, c'est le financement. Et dans le financement, Madame Aubry a besoin d'une partie de l'argent de l'Unedic que vous cogérez. Est-ce que si cet argent vous est retiré, vous pensez partir de la gestion de l'Unedic et des organismes sociaux ?

Ernest-Antoine Seillière : Alors, sur ce point, voyez-vous, nous avons à consulter les partenaires sociaux, parce que nous cogérons l'Unedic. Est-ce que les syndicats, qui sont nos partenaire, semblent décidés à cesser de faire fonctionner cette institution si l'État vient cambrioler la caisse ? C'est à dire, en fait, y prendre l'argent des chômeurs, des assurés sociaux, pour financer les 35 heures, que nous nous ne voulons pas mais que peut être, eux souhaitent. Eh bien, nous, nous avons aujourd'hui la certitude que la totalité de nos partenaires sociaux, c'est à dire tous les syndicats français, sont décidés à mettre un terme au fonctionnement de l'Unedic si on prend dans la caisse comme on en a l'intention. Là-dessus, le Gouvernement est parfaitement averti. Et je ne dirais pas que nous sommes moteur, nous sommes en accompagnement d'une position d'ensemble des partenaires sociaux.

Serge July : Qu'est-ce que vous inspire, à vous, président du Medef, l'accord qui est intervenu chez Daimler-Chrysler dans l'automobile et qui sans doute va être imité par General Motors et par Ford sur le contenu du surenchérissement du coût de la main d'oeuvre aux États-Unis, le fait de faire des accords, des garanties de salaire à vie, une augmentation des salaires de l'ordre de 3 % ? Qu'est-ce que ça vous inspire ?

Ernest-Antoine Seillière : Écoutez, c'est un formidable problème de plein emploi. Quand on a attendu le plein emploi, bien entendu, les salariés, en position de force, on cherche partout des gens à embaucher, des gens qualifiés, on ne les trouve pas, il n'y en a plus. Et bien entendu, ils posent leurs conditions en disant : eh bien, écoutez, dans ces conditions, nous demandons ceci et cela. Si nous arrivions…

Serge July : Mais vous trouvez ça légitime ? Si on était en plein emploi, vous seriez favorable ?

Ernest-Antoine Seillière : C'est tout à fait légitime. Il y a des rapports de force nés des marchés. Et celui qui donne un beau jour aux salariés, en cas de plein emploi, la possibilité d'obtenir, voir d'imposer, dans certaines professions ou dans certaines situations, des hausses de salaire ou des garanties plus fortes sur le plan social, vous savez, je crois que c'est tout à fait normal. Et donc, nous n'avons à cet égard qu'à féliciter les États-Unis d'avoir conduit leur économie à cette… Et nous aimerions que le plein emploi soit également rapidement obtenu dans notre pays.

Franz-Olivier Giesbert : Alors, Monsieur Seillière, vous avez dit souvent, on le sent dans votre discours, vous vous sentez seul. Hein ? Vous êtes seul ?

Ernest-Antoine Seillière : Oui. Enfin, moi, personnellement pas. Mais les entrepreneurs, oui.

Franz-Olivier Giesbert : Êtes-vous sûr que l'opposition fait son travail ? S'il y a encore une opposition d'ailleurs.

Ernest-Antoine Seillière : Nous aimerions que l'opposition fasse ses choix et que ces choix soient en ligne avec les aspirations de l'entreprise française. De même que nous aimerions que la gauche française fasse ses choix et qu'elle soit également en ligne, comme nous le voyons, comme vous le savez, ailleurs. Je crois qu'il ne faut pas agacer quiconque en parlant de Blair et de Schröder, mais c'est certain que si nous avions un socialisme qui s'ouvre…

Franz-Olivier Giesbert : Vous préférez Blair à Jospin, quoi ?

Ernest-Antoine Seillière : Nous avons, nous, si vous voulez, des valeurs d'entreprise qui nous semblent parfaitement comprises au-delà de nos frontières. Et nous aimerions beaucoup qu'on puisse - droite ou gauche ce n'est pas notre affaire, franchement, nous ne sommes pas partisans - comprendre l'entreprise.

Franz-Olivier Giesbert : Qu'est-ce que vous aimeriez ? Qu'est-ce que vous attendez comme discours de l'opposition ?

Ernest-Antoine Seillière : Nous attendons de l'opposition qu'elle ait le courage, en effet, de prendre parti quelquefois pour des valeurs qui, semble-t-il, sont les siennes et qui sont parfois les nôtres. Mais cela dit, ce n'est pas toujours coïncidant.

Franz-Olivier Giesbert : Donc l'opposition n'a pas de courage, vous voulez dire aujourd'hui ?

Ernest-Antoine Seillière : Non, je crois qu'on peut dire, si vous voulez - maintenant, je m'engage très au-delà -, que nous aimerions que les vertus d'audace, de risque, de détermination et de sens de l'aventure qui sont celles de l'entrepreneur, soient quelquefois mieux partagées par l'ensemble de l'opinion  politique.

Jean-Louis Gombeaud : Mais vous citez Monsieur Schröder. Mais qu'est-ce que Monsieur Schröder fait-il de mieux que Monsieur Jospin ? Pour les entreprises ? Parce qu'il parle beaucoup, mais concrètement, qu'est-ce qu'il y a de mieux ? Qu'est-ce qu'il fait de plus ?

Ernest-Antoine Seillière : Écoutez, je ne vais même pas…

Jean-Louis Gombeaud : Et en plus, il n'est même pas suivi par la population.

Ernest-Antoine Seillière : Écoutez, je ne vais pas me livrer à une analyse détaillée de la politique économique Schröder, mais enfin, nous savons bien qu'il existe actuellement une ouverture forte du socialisme en Europe sur les réalités du monde moderne et que, donc, cette évolution se marque par un changement d'attitude sur un certain nombre de concepts et notamment sur le concept de marché et nous savons qu'à cet égard, la gauche française a des réticences. Encore une fois, nous n'en jugeons pas mais nous aimerions bien, en effet, que les mêmes évolutions, qui sont assez favorables au développement de l'emploi et à l'expansion se  retrouvent chez nous.

Jean-Pierre Elkabbach : Vous pensez que c'est une phase, comme le disait Denis Kessler un matin sur Europe 1, une phase de socialisme d'État ?

Ernest-Antoine Seillière : Denis Kessler…

Serge July : Abusif, peut être…

Franz-Olivier Giesbert : Il exagère !

Ernest-Antoine Seillière : Denis Kessler a des expressions remarquables qui sont les siennes et que je ne veux pas plagier de façon que nous puissions doubler notre voilure !

Jean-Pierre Elkabbach : C'est plus prudent, oui. Mais ça veut dire qu'il y a un désaccord ? Non ?

Ernest-Antoine Seillière : Ah pas du tout ! Denis Kessler et moi, c'est le même combat pour l'entreprise, pour la liberté d'entreprendre et contre la loi Aubry, cela dit en passant…

Franz-Olivier Giesbert : Vous trouvez jamais qu'il exagère !

Jean-Pierre Elkabbach : Je le regarde, il est en train de rougir…

Ernest-Antoine Seillière : Je crois que c'est une contribution forte d'avoir une personnalité de cette carrure dans les rangs de l'entreprise française.

Serge July : Vous trouvez que c'est la RDA ?

Ernest-Antoine Seillière : Je ne sais pas très bien ce que vous voulez dire par là…

Serge July : La RDA, l'ancienne Allemagne de l'Est, le socialisme d'État c'était les pays de l'Est…

Ernest-Antoine Seillière : J'avais raison de ne pas comprendre parce que je crois que c'est un peu excessif, ça…

Serge July : Ben oui, mais vous ne trouvez pas que c'est la formule qui l'est justement ? Le socialisme d'État… Quand le Premier ministre dit : nous ne voulons pas une économie administrée, vous trouvez que c'est un message de socialiste d'État ?

Ernest-Antoine Seillière : Quand on voit en réalité l'État fixer les temps de casse-croûte dans les entreprises chimiques ou le temps d'habillage et de déshabillage dans les travaux publics, nous pensons que le socialisme d'État n'est pas loin parce qu'il commence en effet à déborder sur la liberté d'entreprendre. Et c'est vrai qu'il y a là une limite qui nous paraît actuellement dépassée comme si, l'expression est peut être un peu forte, comme si on se vengeait dans le domaine social d'une certaine impuissance que l'on constate parce que le monde est le monde et que la France s'est mise dans le mouvement, notamment par l'euro. C'est vrai, donc, qu'il y a actuellement une tendance très abusive de l'État à pénétrer dans le domaine social, que nos partenaires sociaux le ressentent fortement et que nous ressentons avec eux.

Jean-Pierre Elkabbach : Mais sur sa gauche, on lui reproche de trop privatiser. Vous n'allez pas lui reprocher d'arrêter la croissance dans la phase actuelle ou peut-être de porter atteinte à la croissance dans les mois qui viennent ?

Ernest-Antoine Seillière : Écoutez, les raisonnements deviennent à ce point politiques que, quelquefois, je perds un peu pied et donc je préfère me retirer de ce débat-là si vous le permettez parce que c'est un peu subtil pour moi. Vous savez, les entrepreneurs n'ont pas beaucoup de sens politique et, de ce fait, je n'aime pas commenter tout ceci de trop près.

Franz-Olivier Giesbert : Ben tiens, justement ailleurs, une autre question politique : ça vous plaît la cohabitation ?

Ernest-Antoine Seillière : Oh, dans une entreprise où il y aurait, et on souhaite souvent l'instituer, une dualité de l'exécutif entre un chairman comme on dit, et un chief executive officer, excusez moi, mais enfin entre un président et un directeur général, on n'envisagerait pas qu'ils ne soient pas tous les deux unis sur le même projet.

Franz-Olivier Giesbert : Donc ça ne peut pas marcher !

Ernest-Antoine Seillière : Ça peut marcher en politique, mais dans l'entreprise ça ne marcherait pas !

Jean-Louis Gombeaud : Malgré tout ce qui vous accable, si on vous a bien écouté, comment vous expliquez que la conjoncture soit si positive ? Parce que si véritablement c'était une série de catastrophes qui s'abattait sur les entreprises, comment vous expliqueriez les 2,6 %, les 2,8 % de croissance et la baisse du chômage ?

Franz-Olivier Giesbert : Et comment expliquez-vous aussi que vous soyez si souriant ?

Ernest-Antoine Seillière : Ah attendez, ça c'est tout à fait autre chose, je dirige un groupe…

Jean-Pierre Elkabbach : On ne va pas lui reprocher son tempérament !

Ernest-Antoine Seillière : Je dirige un groupe qui marche bien…

Jean-Louis Gombeaud. - Ça prouve…

Ernest-Antoine Seillière : Oh hélas, notre groupe est à 80 % hors de nos frontières…

Jean-Pierre Elkabbach : Dans votre groupe on applique les 35 heures ? Non, je ne crois pas.

Ernest-Antoine Seillière : Pas trop, parce que les salariés ne le demandent pas trop. Mais là je ne voudrais pas rentrer non plus dans ces problèmes. Mais, nous, nous pensons que le temps politique est très bref et que c'est le court terme qui compte avant tout. Regardez la manière dont on s'est emballé à la rentrée en constatant un chiffre de croissance - 2,3 % - qui est tout de même assez sérieusement inférieur à celui qu'on avait fixé comme objectif un an plus tôt parce que finalement c'était 2,7. Non, on atteint 2,3 % alors c'est une formidable euphorie etc. Nous, nous sommes dans le moyen terme parce que le temps de l'entreprise, c'est 5 à 10 ans. De même que, me semble-t-il, le temps de l'État c'est 5 à 10 ans. Donc la question, la vraie question, c'est de savoir : tout ce qui se fait actuellement aura-t-il un impact négatif sur la France dans 5 à 10 ans ? Notre réponse, hélas aujourd'hui, est oui. L'affadissement de l'esprit d'entreprise, la propension des jeunes entrepreneurs à ne pas choisir d'entreprendre en France, les contraintes nouvelles mises sur le plan fiscal, réglementaire et du temps de travail nous paraissent annoncer une moindre attractivité de l'espace économique français par rapport à l'ensemble européen. Ça nous inquiète. C'est notre rôle d'entrepreneur que de le signaler.

Jean-Louis Gombeaud : Et pour vous, les entreprises étrangères qui viennent investir en France, parce que la France est le premier pays d'accueil des investissements étrangers, se trompent ?

Serge July : Elles se mettent le doigt dans l'oeil ?

Ernest-Antoine Seillière : Alors, j'aimerais que vous regardiez les chiffres, vous qui êtes un très grand économiste…

Jean-Louis Gombeaud : Très grand, n'exagérons rien, n'exagérons rien…

Ernest-Antoine Seillière : Et que vous décomposiez le chiffre des investissements étrangers entre ce que vous croyez être de la création d'emploi et du dynamisme nouveau, c'est à dire l'établissement de nouvelles usines ou le développement d'installations existantes et puis ce qu'est l'investissement étranger. Pour l'essentiel, c'est à dire le rachat par les étrangers de parts de marché sous forme d'investissements dans les sociétés cotées ou les sociétés non cotées pour prendre les parts de marché pour s'installer dans les affaires. J'ai un groupe dans lequel nous avons eu 10 % de présence d'un grand fonds de pension, ça a été comptabilisé comme un investissement étranger en France. Donc en réalité, nous avons une situation fausse mais comme disait Pagnol, « on peut toujours se rassurer en se regardant dans la glace ».

Jean-Pierre Elkabbach : Autrement dit, demain, vous allez faire un triomphe après cette analyse qu'on entend depuis une heure…

Ernest-Antoine Seillière : Oh je pense que nous serons à l'unisson de notre base entrepreneuriale. Nous avons fait depuis deux ans de très gros effort pour modifier l'ancien CNPF devenu Medef et donc, avec la base, je pense qu'on arrivera en effet à être ensemble.

Jean-Pierre Elkabbach : Et vous avez le soutien de tous les grands managers français ?

Ernest-Antoine Seillière :  Oui, j'ai réuni ce que l'on appelle l'establishment, je le fais régulièrement au Medef pour bien m'assurer que les grands, qui n'ont pas forcément les mêmes préoccupations que les petits, parce qu'ils sont mondiaux etc, étaient bien en appui de notre initiative, comprenaient notre position et donc, je dirais, je suis tranquille : les entrepreneurs français grands, moyens et petits soutiennent aujourd'hui le Medef appuyé également par la CGPME.

Jean-Pierre Elkabbach : Nous en verrons demain les résultats. Monsieur le président Seillière merci d'avoir participé à ce Club de la Presse.