Texte intégral
Il y a des responsables politiques qui se préoccupent de l'économie française pendant que d'autres font de la politique politicienne.
Que dire de la deuxième loi sur les 35 heures que l'on nous présente maintenant ? Une deuxième loi qui va geler le dialogue social, tendre les relations entre syndicats et patronat, frapper de caducité les quelques accords conclus dans la douleur, aucune disposition n'étant prévue pour en assurer la validation !
Une deuxième loi qui, surtout, va pénaliser les salariés : la forte limitation du recours aux heures supplémentaires, l'apparition d'un mode de décompte de celles-ci particulièrement incompréhensible, l'augmentation des cadences, le gel des salaires apparaissent, hélas, comme l'indispensable corollaire d'un processus autoritaire et figé. Dans cette logique du « tous perdants », le gouvernement n'a évidemment pas oublié les entreprises, qui devront choisir entre les 35 heures imposées ou le paiement d'une surtaxe sur le travail.
Au-delà, le développement de l'activité va maintenant être contrarié par le malthusianisme d'une loi qui contingente le travail, augmente les contrôles administratifs et implique de nouveaux prélèvements pour son financement qui s'élèvera à terme à 65 milliards de francs.
Qui plus est, alors que chacun s'accorde aujourd'hui à reconnaître que les charges sociales sont un des principaux facteurs du chômage, surtout celui des salariés les moins qualifiés, la deuxième loi sur les 35 heures aggrave les coûts salariaux. Les aides prévues se borneront à limiter ces surcoûts. Elles seront financées par de nouveaux impôts et non par des économies.
Elles ne favoriseront pas le recul du chômage. Tous ces arguments, nous les avons donnés. D'autres que nous les ont repris. Le gouvernement en connaît le bienfondé. Un de ses anciens ministres, M. Dondoux, écarté depuis, a même eu un jour la naïveté d'avouer que les 35 heures ne créeraient pas d'emplois. Mais voilà. L'impact des 35 heures, le gouvernement n'en a cure. L'essentiel est' ailleurs. Il est dans la gestuelle, dans la symbolique politique. Il ne s'agit pas d'améliorer la situation de l'emploi, d'encourager l'appareil productif à s'adapter à la mondialisation. Il s'agit de satisfaire le « peuple de gauche » et de donner un os à ronger à une « majorité plurielle » qui à la fringale.
Il s'agit de montrer que l'on est fidèle à ses engagements alors que, plus prosaïquement, on persiste à croire en ses chimères. Il s'agit de faire croire que l'on respecte ses promesses, alors qu'on les sait dangereuses pour le pays.
Loin d'être une forme aboutie d'honnêteté intellectuelle, cette attitude est une forme supérieure de cynisme.
Mais qu'importent après tous les réalités, pourvu qu'on ait le symbole susceptible de faire gagner l'élection présidentielle !
Toute l'histoire des 35 heures se résume, en définitive, à ce malentendu : il y a des hommes responsables qui se préoccupent de l'économie française, pendant que d'autres font de la politique politicienne.
Puissent-les Français s'en rendre compte avant qu'il ne soit trop tard.