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François Bayrou : « Le premier anniversaire de Force démocrate marque une étape que nous sommes heureux de vivre ensemble et dont nous serons heureux de nous souvenir »
Force démocrate a un an, et c'est le premier Conseil national, dans sa nouvelle formule. Le CDS et le PSD ont fait ce pas et une partie de nos amis de Génération Écologie nous ont rejoints aujourd'hui, autour du secrétaire général de ce mouvement, Patrice Hemu et de tous ceux qui l'ont accompagné dans la démarche qui s'appelle Génération Mouvement. Le mouvement est fait. Notre souhait est, bien entendu, que ce mouvement ne s'arrête pas. Lorsqu'on a choisi, pour conduire une action politique, la démarche de rassemblement, c'est cette démarche qui doit inspirer chacun de nos actes et chacune de nos actions.
(…) Un an, 40 % de nouveaux adhérents et l'idée que, précisément, nous sommes en situation de réconcilier, aussi surprenant que cela paraisse, les citoyens et l'action politique. Jamais, dans cette année, nous n'avons eu un moment le sentiment que nous allions rater le pari. Mais je ne crois pas que la politique soit de l'arithmétique, c'est de la dynamique. La politique, c'est la capacité à construire une logique, un mouvement, une attitude qui rayonne et attire, pour que, de plus en plus nombreux, venant d'horizons divers, quelquefois très différents, soient ceux qui viennent la soutenir. Ce sont deux logiques radicalement différentes. (…) Nous avons des divergences d'appréciation, il nous arrive de sentir les choses différemment, mais cela n'a jamais compromis notre amitié, et qu'au contraire, les apports nouveaux l'ont renforcée.
Ce premier anniversaire se déroule dans une ambiance, dans une atmosphère – je crois qu'on peut dire que la politique française aujourd'hui a une gueule d'atmosphère ! —, dans un sentiment d'affolement. Nos concitoyens attendent des responsables politiques qu'ils soient lucides, c'est-à-dire qu'ils mesurent les difficultés qui sont celles des Français, qu'ils les prennent en compte, qu'ils les écoutent, et qu'ils n'hésitent pas – quand il le faut – à adapter la démarche politique à ces angoisses et à ces attentes. Ils attendent que nous soyons lucides, mais ils attendent que nous soyons solides.
L'Amérique est de retour comme seule puissance mondiale, la seule vers laquelle, en des moments de crise, se tournent les regards. Qu'est-ce qui explique que la prospérité et l'emploi soient de retour aux États-Unis, alors qu'ils ne le sont pas sur le sol de notre Europe, et en particulier sur le sol français ? Le peuple américain n'est ni mieux formé, ni ne bénéficie de plus de cohésion sociale que le nôtre. Ce serait, si l'on comparait vraiment, probablement le contraire. La vérité est que le peuple américain dispose de deux armes dont l'une, en tout cas, est absolument indiscutable et que tous les Français savent : l'Amérique possède l'arme du dollar.
L'urgence : construire la monnaie européenne
Lorsque l'autre a une arme qui lui assure la suprématie, le devoir le plus urgent des dirigeants conscients doit être de donner aux siens cette arme qui lui manque dans la compétition. C'est d'autant plus important pour nous que notre famille politique a été, au travers du temps, sans jamais manquer à cette mission, celle qui a défendu dans la vie démocratique française l'idée qu'il n'y avait qu'un avenir pour la France, et que cet avenir, c'était l'avenir européen. Notre conviction, c'est que pour tous ceux qui aiment la France, son histoire et ses valeurs, sa langue et sa culture, il n'y a qu'un moyen qui réussisse à la protéger des menaces de la mondialisation, qui efface toutes les différences, et qui puisse lui donner le socle nécessaire pour rayonner dans le siècle qui vient : c'est la construction de l'Europe. (…) C'est à nous de relever le drapeau européen de l'infamie où on est en train de le traîner. C'est notre mission, et c'est pourquoi je pose les deux problèmes en parallèle. Tel que les choses ont pris leur cours, la monnaie, c'est l'Europe. La réussite de l'entreprise européenne va se jouer sur la monnaie européenne. Nous sommes au rendez-vous.
(…) Je ne voudrais pas que notre famille politique se rende complice d'avoir manqué ce rendez-vous historique. C'est là que cela va se jouer.
Le Droit à l'utilité sociale par l'emploi
Dans cette crise, la principale question qui se pose à nos concitoyens, et qu'ils formulent, est la question du travail, du statut du travail. Est-ce qu'on est à la fin du travail abondant ? Faut-il désormais se poser seulement la question du partage de ce qui reste, de la pénurie du travail ? Ou avons-nous un autre chemin devant nous ? C'est le travail qui donne aux gens leur dignité. Or, il se trouve qu'il y a en France des millions d'emplois gelés, des millions d'emplois qui ne peuvent pas être mis en action, en valeur, simplement parce que nous nous sommes donné, au travers du temps, des contraintes qui les gèlent. Songez, par exemple, à ce que nous avons fait peser comme charges sur le travail. Je crois que notre devoir, si nous reconnaissons le droit au travail comme un droit de l'homme, est de chercher le moyen de mettre ce gisement en exploitation.
Je crois que les Allemands ont raison. Je crois que l'investissement civique est un investissement plus profond et plus profitable qu'un autre. Je crois que nous avons à le construire, c'est-à-dire à formuler, pour nos concitoyens, la morale avec laquelle ils vont entrer dans le XXIe siècle, l'idée de ce que doit être le rapport entre le citoyen et les pouvoirs. Et ce rapport a pour moi une double exigence.
La démocratie de participation
La première, c'est que les pouvoirs considèrent le citoyen comme un décideur. La démocratie de participation, c'est celle qui considère le citoyen comme un acteur de son avenir, et qui choisit de faire confiance à l'expérience autant qu'à l'expertise ; de faire confiance à la base autant qu'au sommet, pour la détermination des décisions à prendre. C'est une idée qu'il faut relever, et je suis heureux qu'elle nous permette de nous rapprocher d'un certain nombre de partenaires de la majorité. Deuxième exigence : le citoyen a droit à la protection. Les citoyens ont droit à l'autorité de la loi, à la protection de la loi, à la sécurité de la loi. Ils ont droit à ce que la loi soit sans faiblesse.
La mission des politiques est de montrer le chemin
Si les politiques ne servent qu'à gérer, alors, on le vérifiera, les citoyens manifesteront leur déception, leur impatience et, au bout du compte, leur rejet. Le destin des peuples ne se joue jamais quand ça va bien. Le destin des peuples s'est toujours joué quand ça va mal. C'est le moment de montrer qu'à ce rendez-vous du caractère, de la lucidité et de la solidité, le premier anniversaire de Force Démocrate marquait une étape que nous sommes heureux de vivre ensemble et dont nous serons heureux de nous souvenir.