Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’État, porte-parole du Gouvernement, à France 2 le 12 février 2019, sur la lutte contre l'antisémitisme, notamment sur les réseaux sociaux, les manifestations des "Gilets jaunes" et l'affaire Benalla.

Texte intégral

CAROLINE ROUX
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour Caroline ROUX.

CAROLINE ROUX
Un site à la mémoire d'Ilan HALIMI profané, des portraits de Simone VEIL tagués avec une croix gammée, l'inscription « Juden » qu'on voit ressortir des heures sombres de l'histoire sur la vitrine d'un magasin Bagelstein, il n'y a plus de limite ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous avez oublié les tags antisémites dans le 1er arrondissement sur la façade du journal Le Monde, MACRON associé à ROTHSCHILD et ça c'est seulement ces quelques derniers jours, que tout cela s'est produit à Paris et autour de Paris. On a une augmentation et on a une explosion des actes antisémites, c'est 74 % d'augmentations par rapport à l'année dernière, c'est évidemment insupportable, ça rappelle évidemment des moments de l'Histoire de France qu'on aimerait voir oubliés et nous, nous n'oublions pas.

CAROLINE ROUX
Vous faites un lien avec le mouvement des gilets jaunes ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, moi je ne veux pas faire de lien, il y a des enquêtes qui sont en cours, il faudra déterminer, trouver les auteurs, mais ce que je veux dire aussi, c'est que ça se passe souvent en marge de ces cortège où on le sait, une part d'extrême gauche et une part d'extrême-droite se mêlent, provoquent des violences, contestent l'autorité de la police, ne respectent pas les appels à manifester dans des cortèges, brûlent des voitures, pillent des commerces, etc… Donc c'est souvent en marge de ces cortèges qu'on retrouve ces inscriptions antisémites et absolument inacceptables.

CAROLINE ROUX
Ce mouvement sert de grand défouloir.

BENJAMIN GRIVEAUX
En tout cas sur l'antisémitisme, il y a une libération de la parole manifestement et cela il faut le combattre, ça se combat évidemment…

CAROLINE ROUX
Comment, c'est la question ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a une réponse pénale, judiciaire et le Premier ministre avait fait des annonces au printemps dernier sur la poursuite, y compris sur les réseaux sociaux, parce que bien souvent l'anonymat de compte sur Twitter ou sur Facebook est aussi la manière de déverser de la haine antisémite au quotidien à l'endroit de personnalités publiques, de personnalités politiques, de gens du monde du spectacle.

CAROLINE ROUX
Il faut en finir avec l'anonymat sur les réseaux sociaux justement ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, l'anonymat, c'est de quoi a-t-on peur quand on est anonyme, si de la propre haine qu'on déverse sur les réseaux ? Eh bien moi en tout cas, je considère qu'il y a une part de responsabilité, et ça, ça s'exprime sur les réseaux sociaux, ça s'exprime parfois dans la rue, il faut le combattre, y répondre de manière judiciaire, y répondre par la loi.

CAROLINE ROUX
Avec plus de fermeté, c'est ça que vous laissez entendre ce matin ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Pas plus de fermeté, mais il faut y répondre de manière absolument peu ambiguë. Il y a parfois des dénonciations qui ont tardé y compris au sein de la classe politique française.

CAROLINE ROUX
Vous pensez à quoi précisément ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Sur ces sujets-là, il y a des dénonciations qui ont tardé sur les questions de l'antisémitisme, sur les questions de l'antiracisme, sur la question de la xénophobie, nous avons été quelques-uns à dire au début de certaines manifestations, où on voyait des débordements, où on voyait des slogans malheureusement fleurir, « on est chez nous », dont on sait exactement l'identité politique, ça vient de l'extrême droite française, c'est le mot d'ordre du groupement identitaire. Mais vous savez, ce n'est pas très grave…

CAROLINE ROUX
Qu'est-ce que vous attendez de la classe politique ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il faut regarder en face, ça ne veut pas dire et je le redis à nouveau, qu'il faut faire l'amalgame entre ceux qui ont enfilé un gilet jaune et qui manifestent parce qu'ils n'arrivent pas à joindre les deux bouts, que le 15 du mois, ils sont dans le rouge à la banque, il n'y a pas de problème. Mais qu'en revanche ceux qui se livrent à des actes violents ouvertement antisémites ou racistes, ceux-là doivent être poursuivis, fermement condamnés et puis ça se passe, pardon de le dire à l'école et ça commence dès le plus jeune âge, et c'est tout le travail qu'a engagé Jean-Michel BLANQUER notamment sur, eh bien ce travail de mémoire, de sensibilisation et d'écoutes auprès y compris les plus jeunes enfants.

CAROLINE ROUX
Vous dites, il faut condamner, donc il faut être clair, vous visez une partie de la classe politique en disant il n'y a eu pas suffisamment de condamnation sur les débordements, notamment de ce mouvement, vous pensez à qui Benjamin GRIVEAUX ?

BENJAMIN GRIVEAUX
L'extrême droite et l'extrême gauche française qui ont eu en permanence des difficultés à dire qu'eux, ils condamnaient les violences sans aucune ambiguïté. Vous savez, il y a une forme de romantisme révolutionnaire chez certains qui est absolument insupportable parce que pour les gens, c'est des violences physiques sur la police, c'est des violences dans les rues des grandes villes et vous le savez les commerçants et notamment les habitants de certaines grandes métropoles se plaignent parce qu'ils ont perdu beaucoup le chiffre d'affaires, il y a des gens qui ont dû licencier suite à ça.

CAROLINE ROUX
On va en parler.

BENJAMIN GRIVEAUX
Moi, j'attends de la classe politique qu'elle soit exemplaire dans ces condamnations.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous l'avez trouvé exemplaire sur la condamnation de l'incendie du domicile de Richard FERRAND ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui et c'est heureux. La présidente de l'Assemblée nationale, c'est un des hauts personnages de l'Etat, et oui la condamnation a été unanime et je m'en félicite.

CAROLINE ROUX
Vous avez parlé des violences, ce week-end a encore été marqué par les violences dans certaines grandes villes de France, les maires des grandes villes appellent à l'aide pour compenser le coût des dégradations et la mobilisation de leur personnel tous les week-ends, ils demandent une réunion d'urgence au gouvernement, que leur répondez-vous ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord il y a déjà 3 millions d'euros qui est une enveloppe qui a été débloquée par le Premier ministre, ils sont reçus par ailleurs demain à Bercy en présence du ministère de l'Intérieur et puis du ministre de la Cohésion des territoires, donc vous le voyez l'Etat mobilise des moyens.

CAROLINE ROUX
3 millions d'euros, juste pour information pour les gens qui nous regardent, le maire de Toulouse évoque lui, 5,6 millions d'euros pour sa ville seulement.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est une première enveloppe qui a été débloquée et maintenant on veut aussi voir les commerçants. Par ailleurs a les moyens de l'Etat, c'est aussi permettre par exemple aux commerçants d'avoir des décalages de trésorerie, d'avoir des facilités au regard de l'administration fiscale…

CAROLINE ROUX
C'est ça, c'est ce qu'ils demandent.

BENJAMIN GRIVEAUX
… de l'administration sociale, ils ont rendez-vous demain matin à Bercy et on va trouver des solutions. L'objectif n'est pas d'avoir la double peine pour les commerçants qui ont eu à subir ces violences, le fait de devoir fermer leur boutique, d'abandonner une grande partie de leur chiffre d'affaires parce qu'on sait qu'au moment de Noël et puis au moment des soldes en janvier si vous faites le total c'est souvent 25, 30, 40 % parfois du chiffre d'affaires de l'année qui se fait sur quelques semaines, donc il n'est pas question évidemment qu'on ne les accompagne pas et des solutions seront trouvées ville par ville.

CAROLINE ROUX
Après l'acte 13, l'acte 14, l'acte 15, l'acte 16, chaque samedi des violences avec le sentiment qu'il n'y a pas de raison pour que ça s'arrête, la réponse politique suffira-t-elle à calmer les personnes qu'on retrouve dans les rues chaque samedi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord il y a aussi des milliers de Français, des dizaines de milliers de Français qui se rendent dans les réunions publiques autour du grand débat et moi, je regarde ceux-là, il y a près de 850.000 contributions qui ont été faites sur la plateforme numérique, il y a déjà des milliers de réunions qui se sont tenues, moi, je dis merci aux Français qu'ils aient un gilet jaune ou pas qui se rendent dans ces réunions de manière pacifique et je préfère regarder ceux-là que l'acte 14. Ce que je comprends de ces actes, c'est qu'il y a des manifestations qui sont déclarées, quand elles sont déclarées ça se passe bien, mais qu'il y a certains qui appellent à ne plus déclarer des manifestations et donc ils sont dans une stratégie de violences insurrectionnelles que je ne partage pas.

CAROLINE ROUX
Alors selon MEDIAPART, Alexandre BENALLA aurait joué le rôle d'intermédiaire dans un contrat sécuritaire avec un proche de Vladimir POUTINE, alors qu'il était encore en poste aux côtés du chef de l'Etat, ce n'est toujours pas une affaire d'Etat ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais d'abord c'est une enquête judiciaire qui a été ouverte et vous comprendrez que moi je suis attaché aux principes de la République et étant membre du gouvernement il ne m'appartient pas de commenter une affaire judiciaire qui est ouverte. Ce que je constate c'est que beaucoup expliquent que dans un complot généralisé, dans une conspiration ourdie de longue date, il serait protégé, il n'est en rien protégé, il est un justiciable comme les autres, preuve en est les différentes enquêtes qui ont été ouvertes parlementaires, administratives, judiciaires sur différents fronts. Ce que moi en revanche je peux vous dire, c'est que tout ce que j'entends, si c'est avéré ça me consterne, c'est aux antipodes des valeurs que je porte, pour lesquelles je me bats depuis longtemps et j'espère que la vérité sera faite et que si les faits sont avérés, ils seront sévèrement punis.

CAROLINE ROUX
Le président pouvait ignorer ces négociations, dont certaines avaient lieu au siège même de La République En Marche ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous avez plus de 900 collaborateurs à l'Elysée, le président ne peut pas être derrière chacun de ses collaborateurs, savoir ce qui s'y passe, en revanche c'est à la justice de déterminer et je compte sur l'enquête qui a été ouverte pour déterminer la réalité des faits.

CAROLINE ROUX
Vous découvrez à l'occasion de cette affaire la personnalité d'Alexandre BENALLA ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui.

CAROLINE ROUX
Vous êtes déçu ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne sais pas, ce n'est pas le sujet de savoir si je suis déçu ou pas, je suis atterré…

CAROLINE ROUX
Choqué ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Choqué et je le dis le comportement qu'il a eu et on a découvert les images à la place de la Contrescarpe le 1er mai, était inacceptable et les comportements qu'on découvre, s'ils sont avérés une nouvelle fois par l'enquête en cours, eh bien ce ne sont pas mes valeurs.

CAROLINE ROUX
Vous allez me dire que la démission d'Ismaël EMELIEN, conseiller spécial du président de la République, mis en cause dans l'affaire BENALLA n'a rien à voir avec ces dernières révélations ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez le départ d'Ismaël EMELIEN est liée à l'écriture d'un ouvrage, qu'il a écrit, qu'il a coécrit d'ailleurs avec David AMIEL sur le progressisme. Ismaël, vous savez, je le connais depuis longtemps, c'est quelqu'un qui a été engagé sur le front des idées, il veut mener le combat désormais à l'extérieur d'une autre manière, c'est un combat important, on vient d'en dire un mot, le progressisme, c'est la lutte contre l'obscurantisme, contre l'antisémitisme aussi et pour nos libertés. Ce combat, il pourra le mener en dehors de l'Elysée.

CAROLINE ROUX
Vous n'avez pas essayé de le retenir, s'il est si brillant…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas à moi de le retenir, il a fait ses choix et c'est un choix très personnel.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 février 2019