Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à France 2 le 5 mars 2019, sur la tribune du président de la République publiée dans 28 pays à propos de la "renaissance européenne".

Texte intégral

Benjamin GRIVEAUX 
Secrétaire d'Etat, Porte-parole du Gouvernement

France 2, Caroline Roux – 7h40

5 mars 2019


CAROLINE ROUX
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX, PORTE-PAROLE DU GOUVERNEMENT
Bonjour Caroline ROUX.

CAROLINE ROUX
Une tribune pour une renaissance européenne. Trois mots-clés : liberté, protection, progrès. C'est un programme de campagne.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est un programme pour l'Europe avant d'être un programme de campagne.

CAROLINE ROUX
C'est pareil.

BENJAMIN GRIVEAUX
L'Europe, elle est depuis vingt ans sans doute sortie de l'Histoire. Elle n'a pas répondu aux impératifs des peuples européens qui était d'abord un impératif de protection. De protection face aux mutations du monde contemporain, du marché du travail, les géants du numérique, la question migratoire qui est présente, la question climatique. Et face à ces défis, les Etats se sentent un peu démunis et la bonne taille, la bonne réponse, le bon niveau de réponse c'est l'Europe. C'est pour ça que la Tribune s'intitule « La renaissance européenne » parce que l'Europe, elle a été cet espace où on a bâti la paix, la prospérité pendant de nombreuses décennies. Elle ne l'est plus, il faut que l'on renoue avec ce fil de l'histoire. Donc oui, c'est un programme pour l'Europe à quelques mois, à un peu moins de trois mois des élections européennes. Il est normal que le président de la République, il a décidé de s'adresser à tous les citoyens d'Europe dans la presse européenne et qu'il fixe un cap. Maintenant c'est à la République en Marche et aux partis qui souhaiteront s'associer à la démarche qui est la nôtre de porter un projet européen.

CAROLINE ROUX
On va y venir. Une tribune publiée, vous l'avez dit, dans 28 pays européens.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ainsi qu'aux Etats-Unis et en Chine.

CAROLINE ROUX
Ainsi qu'aux Etats-Unis et en Chine. C'est une démarche en solo. Ce n'est pas comme ça que se passe habituellement au niveau européen.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas une démarche en solo. Il a, vous le savez, beaucoup consulté ses partenaires européens. Il a visité plus de 19 pays membres de l'Union en moins de deux ans de mandat. Il est allé dans des pays où bien souvent un chef d'Etat français n'était pas allé depuis plus de vingt ans. Et donc, c'est évidemment nourri avec les échanges qu'il a eus avec les chefs d'Etat et de gouvernement qu'il a proposé cette tribune.

CAROLINE ROUX
Mais est-ce qu'il se pose comme le leader de cette Europe progressiste ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais vous savez, à force de vouloir identifier un seul leader, on a une Europe sans tête. L'Europe, c'est un collectif. L'Europe, elle a aussi échoué parce que de grands pays européens n'ont pas su s'entendre. Elle a échoué aussi pourquoi ? Parce que vous avez aujourd'hui le Brexit et dans quelques semaines la Grande-Bretagne, s'il n'y a pas d'accord, sortira de l'Union européenne sans accord, ce qui n'est pas une bonne nouvelle.

CAROLINE ROUX
Le meilleur moyen de jouer collectif, c'est de parler seul, Benjamin GRIVEAUX ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Le meilleur moyen de parler collectif, c'est de faire une tribune qui s'adresse à tous et où il n'y a pas une démarche individuelle de la France, mais bien la volonté d'emmener nos partenaires européens sur une banque européenne du climat, sur une innovation européenne, sur un traité de défense européen, sur un bouclier social européen C'est tout sauf une démarche individuelle.

CAROLINE ROUX
Effectivement, vous avez raison de le rappeler. Beaucoup d'initiatives, beaucoup de propositions du Président de la République. C'est ce qu'il avait fait aussi lorsqu'il est arrivé aux responsabilités et il a vu que c'était parfois plus difficile d'avancer à 27 que de décréter certaines modifications, certaines réformes. Est-ce que son appréhension de l'Europe a un peu changé sur la méthode ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il a, quand il est arrivé, prononcé ce discours dit discours de la Sorbonne dans lequel il y avait des propositions concrètes sur lesquelles on a pu avancer.

CAROLINE ROUX
Pas toutes.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, je vous le confirme. Mais beaucoup de sujets qui étaient restés en jachères : la question des travailleurs détachés qui est importante pour protéger les travailleurs français ; la question des droits d'auteur, la directive des droits d'auteur. Donc vous voyez qu'il y a des sujets. La question également migratoire. Il y a des sujets sur lesquels on a pu avancer. Pus il y a des sujets sur lesquels on n'a pas avancé suffisamment.

CAROLINE ROUX
Quelle leçon vous en tirez ?

BENJAMIN GRIVEAUX
La leçon qu'on en tire, c'est que si besoin, il doit être possible à des pays européens d'avancer plus vite à quelques-uns, et puis ceux qui voudront se joindre à la démarche nous rejoindrons. Mais ceux qui ont envie d'avancer n'ont pas à être empêchés par ceux qui ont envie que rien ne bouge, par ceux qui préfèrent le statu quo voire l'immobilisme. Si demain nous voulons faire à 15 à 20 ou à 25 des avancées sur tel ou tel sujet, on doit être en capacité de le faire.

CAROLINE ROUX
Ou avancer seuls comme vous l'avez fait sur la taxe GAFA.

BENJAMIN GRIVEAUX
Sur la taxe GAFA, je rappelle que nous avons aujourd'hui 23 des 27 pays de l'Union qui sont sur nos positions et donc il faut arriver à l'unanimité, vous le savez. Mais nous avons déjà 6 pays européens qui sont sur notre ligne et qui vont dans leur législation nationale suivre ce que Bruno LE MAIRE présentera demain au conseil des ministres, la taxe sur les GAFA qui rapportera 500 millions d'euros, parce que nous ne pouvons pas rester désarmés face aux géants du numérique.

CAROLINE ROUX
Toutes les grandes entreprises européennes, américaines pardon, seront concernées par la taxe GAFA ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, oui, beaucoup d'entreprises. Près de 35 entreprises, en tout cas une trentaine d'entreprises sur la planète qui seront concernées.

CAROLINE ROUX
Parmi les propositions, un bouclier social. Est-ce que c'est la réponse aux gilets jaunes ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est la réponse à vingt ans de déclarations souhaitant de part et d'autre, de toutes sensibilités politiques, une Europe sociale mais jamais de réalisation. On a réussi sur les travailleurs détachés plus que ce qui avait été fait depuis vingt ans et la fameuse directive Bolkestein que chacun a en mémoire. Elle date de 1996 et n'avait jamais été retouchée parce qu'on n'avait pas retroussé ses manches et allé discuter avec nos partenaires.

CAROLINE ROUX
Mais est-ce que c'est la leçon tirée de la crise des gilets jaunes ou pas ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais c'est la leçon tirée, je vais vous dire, des vents mauvais qu'on voit en Europe se lever partout. Quand l'Europe, quand en Europe, les classes moyennes des grandes démocraties européennes considèrent que leurs enfants vivront moins bien qu'elles, considèrent qu'ils peuvent perdre leur emploi du jour au lendemain, que leurs retraites sont menacées, le contrat social est rompu. Tout l'objectif de ce bouclier…

CAROLINE ROUX
C'est ça la réponse à la montée des populismes ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est évidemment une partie de la réponse. Il y a la question identitaire mais il y a la question…

CAROLINE ROUX
Les frontières ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Bien sûr. Mais il y a la question sociale qui est au coeur de notre contrat. Lorsque vous dites que vous abandonnez une partie de vos revenus et c'est l'impôt, ce sont les cotisations, vous devez en échange avoir de la protection. Et cette protection elle n'est plus présente, c'est aussi le sens d'un bouclier social. C'est un principe très simple : même lieu, même salaire. Voilà. Ce n'est pas quelque chose de très compliqué et ça doit être applicable en Europe demain.

CAROLINE ROUX
Emmanuel MACRON parle donc de cette Europe qui protège, il parle également des frontières, vous l'avez dit, du bouclier social. Est-ce que son discours européen a un peu bougé en parlant d'Europe souveraine par exemple ? Ce sont des mots qu'on a vu arriver dans son discours qui n'étaient pas forcément les siens pendant la campagne.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il l'a déjà dit et il l'a dit à maintes reprises y compris depuis la campagne. Nous ne pouvons pas rester désarmés y compris sur le plan commercial. Prenez des exemples : il l'a exercé d'ailleurs lorsqu'il était ministre de l'Economie à Bercy. Quand la Chine a mis des taxes sur l'acier européen, il est le premier ministre à être allé à Bruxelles, à convaincre nos partenaires de pouvoir répondre commercialement. Il y a de la réciprocité. La concurrence, elle est juste si les règles elles sont partagées par tous. Les règles ne le sont pas, à nous de mettre un peu d'ordre aussi dans le commerce mondial.

CAROLINE ROUX
C'est lui qui conduira la campagne ? On se dit : la future tête de liste, ce sera le Président de la République.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas lui qui conduira la campagne, vous le savez très bien. Nous aurons une liste composée de 79 personnalités et je n'ai aucun doute qu'elles seront toutes compétente et auront vocation à aller défendre le projet européen partout.

CAROLINE ROUX
Oui, mais est-ce qu'il y aura une tête de liste à un moment donné ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vous rassure, il y aura une tête de liste.

CAROLINE ROUX
Quel est le profil ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais vous savez, nous on fait toujours les choses dans l'ordre. D'abord un diagnostic ; ensuite un projet, une plateforme ; et ensuite la question des candidatures. Nous avons beaucoup de talents.

CAROLINE ROUX
Donc vous avez raison, c'est ce qu'on disait au début de cette interview : c'est donc un programme pour les élections européennes.

BENJAMIN GRIVEAUX
En tout cas, c'est une plateforme qui va nous permettre de déployer notre programme.

CAROLINE ROUX
Jean-Pierre RAFFARIN rejoint Emmanuel MACRON, rejoint d'une certaine manière le projet…

BENJAMIN GRIVEAUX
Le projet européen.

CAROLINE ROUX
Le projet de la République en Marche pour les européennes. C'est un soutien de poids.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, Jean-Pierre RAFFARIN il est connu des Français. C'est un homme de bon sens, c'est un homme de terrain. C'est un homme qui sait ce que l'Europe a apporté à la France, à la France des territoires. Et il est important que dans ces moments-là, dans ces moments de doute, on oublie parfois les querelles qui ont pu nous séparer par le passé et que, lorsque l'essentiel est en jeu, on sache se retrouver. Et je salue moi, évidemment, le soutien de Jean-Pierre RAFFARIN à la démarche engagée par le Président de la République sur la question européenne.

CAROLINE ROUX
Je ne peux pas terminer cette interview sans vous dire un mot du plan social de FORD validé ce matin et accepté par la préfecture. Ça veut dire que l'usine, c'est fini ? Enfin je veux dire, la page est tournée.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça veut dire qu'il y a un plan social qui a été adopté mais que, à nouveau, il y a des choses qui doivent être poussées et dans lesquelles FORD devra s'impliquer. La reconversion du site, la dépollution des sols et puis comment est-ce qu'on réindustrialise un bassin. Il y a des gens qui partent en préretraite mais il y a des gens qui ne partent pas en préretraite, comment est-ce qu'on les accompagne le mieux. Sa responsabilité, FORD devra l'exercer jusqu'au bout. Ça a été dit et ça a été rappelé à maintes reprises.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 mars 2019