Texte intégral
JEAN-JACQUES BOURDIN
Laurent NUNEZ, bonjour.
LAURENT NUNEZ, SECRETAIRE D'ETAT AUPRES DU MINISTRE DE L'INTERIEUR
Bonjour.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je rappelle que vous connaissez très bien la hiérarchie policière puisque vous avez été policier de haut rang, Laurent NUNEZ. J'ai une simple question à vous poser après tout ce qui s'est passé samedi, tout ce qui a été dit, les mesures annoncées. Je vais revenir sur les mesures évidemment. Le citoyen n'est plus protégé par l'Etat comme il l'attend, pourquoi ?
LAURENT NUNEZ
D'abord samedi, j'espère qu'il n'a échappé à personne - on entend parler de manifestation des gilets jaunes - j'espère qu'il n'a échappé à personne que les scènes auxquelles on assistait, ce sont des scènes d'émeutes, de guérilla urbaine et que les 10 000 personnes qui était présentes à Paris sur les Champs-Elysées étaient des personnes qui étaient là pour en découdre. Oui il y avait des individus des mouvances ultras, ils étaient bien là, mais nous avions aussi des gilets jaunes extrêmement radicalisés.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui étaient là pour en découdre.
LAURENT NUNEZ
Qui étaient là pour en découdre, pour casser, pour piller, pour s'en prendre à l'Arc de Triomphe. Ça a commencé, vous vous en souvenez, par une attaque de l'Arc de Triomphe à nouveau comme le 1er décembre donc voilà. Donc on avait des individus qui étaient extrêmement déterminés. Extrêmement déterminés.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous le saviez.
LAURENT NUNEZ
Et nous le savions. Les renseignements, les services de renseignements nous l'avaient précisé. Nous savions qu'une partie des manifestants qui traditionnellement se réunissent en province étaient susceptibles de monter à Paris. C'est ce qui s'est passé et nous le savions parfaitement. Nous ne savions pas où ils allaient se réunir. Nous ne savions pas le type d'action qu'ils allaient mener puisqu'ils ne déclarent jamais leurs manifestations. Il n'y a aucun service d'ordre, ils s'éclatent généralement un peu partout, donc nous ne savions pas forcément où ils allaient aller. D'ailleurs ils avaient même prévu d'infiltrer la marche pour le climat qui s'est très bien passée, d'infiltrer d'autres manifestations qui avaient lieu ce jour-là car nous avions de nombreuses manifestations.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous savez ce que nous disait ce matin Yves LEFEBVRE que vous connaissez bien, qui est le secrétaire général du syndicat de Police SGP-FO ? Il nous disait : « On a subi une raclée. Nous avons été minables, nous les forces de l'ordre. » « Nous avons été minables. » Les forces de l'ordre ont été minables samedi ?
LAURENT NUNEZ
Les forces de l'ordre n'ont pas été totalement minables. Que ce soit un échec, je vous le concède…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Une raclée ?
LAURENT NUNEZ
Puisque nous avons eu des vitrines cassées, des magasins pillés, ce qui est absolument inacceptable. Il y a eu de nombreuses dégradations mais Yves LEFEBVRE le sait très bien et les forces de police et les militaires de la gendarmerie le savent très bien, ils sont aussi intervenus. Il y a eu 282 interpellations parfois même d'individus en flagrant délit de pillage. Il y a eu de nombreuses exactions qui ont été évitées, les forces de l'ordre étaient présentes. Et donc dire qu'on a été minable et qu'on a subi une raclée, je pense qu'il faut aussi penser au travail des gendarmes et des policiers qui a encore une fois été exceptionnel.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sont les gendarmes mobiles qui sont intervenus d'ailleurs.
LAURENT NUNEZ
Gendarmes mobiles et forces de la préfecture de police et les compagnies républicaines de sécurité également.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Echec, c'est ce que vous avez dit hier matin.
LAURENT NUNEZ
C'est le mot que j'ai employé. A partir du moment où vous avez 26 magasins qui sont pillés, vous avez une centaine de magasins dégradés dans Paris, je ne vais pas vous dire que c'est un succès. Mais on ne peut pas dire qu'on a pris une raclée. Vous savez les 282 personnes qui ont été interpellées, les personnes que nous avons à de nombreuses reprises dispersées ne doivent pas forcément vous parler de raclée.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de raclée mais les magasins ont été saccagés et des kiosques ont brûlé et cætera, et cætera. Je ne vais pas revenir là-dessus.
LAURENT NUNEZ
Je suis en train de vous dire que je le confirme.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Echec. Pourquoi êtes-vous encore là ? Pourquoi à votre poste ? Pourquoi ?
LAURENT NUNEZ
Non mais attendez…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pourquoi le ministre de l'Intérieur est encore à son poste ?
LAURENT NUNEZ
D'abord nous nous sommes aux commandes. Moi je n'ai pas l'habitude de renoncer dans l'adversité et je suis à la tête des policiers avec Christophe CASTANER et des gendarmes. On n'a pas l'habitude de reculer. Après l'Arc de Triomphe le 1er décembre, nous avions fait significativement évoluer la doctrine avec Christophe CASTANER. En écoutant d'ailleurs les organisations syndicales à commencer par monsieur LEFEBVRE, à commencer par les syndicats de commissaires, d'officiers, les syndicats de gardiens. Nous avions convenu d'une doctrine qui soit une doctrine de mobilité, de réactivité et d'interpellation. Et cette doctrine Jean-Jacques BOURDIN, après le 1er décembre, elle a marché cette doctrine. Quand vous écoutez monsieur CIOTTI qui vous parle de ces actes qui ont dérapé, les actes successifs, mais ce n'est pas tout à fait exact. On a quand même évité beaucoup de pillages, on a interpellé beaucoup de personnes. Ce qui n'a pas marché, c'est samedi. Cette doctrine samedi n'a pas été exécutée comme nous le demandons.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ?
LAURENT NUNEZ
Elle n'a pas été exécutée comme nous le demandions parce qu'il y a eu - et nous le savons maintenant avec Christophe CASTANER et c'est inacceptable que ces instructions ne nous aient pas été soumises - nous savons qu'il y a eu des consignes de retenue. De retenue dans l'intervention, de retenue dans l'usage des…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qui a donné ces consignes ?
LAURENT NUNEZ
Ces consignes ont été données à la préfecture de police. Nous sommes en train de déterminer à quel niveau. Qui sont les responsables. En tout état de cause, il y a des instructions de retenue qui ont été données sans que nous soyons au courant. Des ministres définissent une doctrine opérationnelle qui est une doctrine réactive, offensive. On interpelle les casseurs, on va au contact et on l'a fait jusqu'à samedi dernier. On l'a fait, on nous a même reproché les blessés, les mains arrachées, les yeux éborgnés et c'est légitime qu'on ait à rendre des comptes sur ces suspicions - je dis bien suspicions - de violences policières. C'est légitime. Mais samedi, force est de constater que nous n'avons pas constaté la même réactivité et ce ne sont pas les forces de l'ordre qui sont en cause. Ce ne sont pas les policiers, ce ne sont pas les gendarmes qui sont en cause. Il y a des instructions qui ont été données sans que nous les validions et certaines parfois sans même que le préfet de police soit au courant, ce qui est inacceptable.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qui peut donner ce genre d'instructions dans la hiérarchie policière ?
LAURENT NUNEZ
Je ne vais pas… On lancera des procédures. Je ne vais pas… Voilà.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qui ?
LAURENT NUNEZ
Il y a des responsables dans la hiérarchie policière qui donnent avant chaque service d'ordre un certain nombre d'instructions, qui sont censés relayer les instructions.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va y avoir d'autres sanctions ?
LAURENT NUNEZ
Bien sûr. Qui sont censés relayer les instructions des ministres et pas les adapter, les aménager, surtout quand il s'agit de les rendre moins fermes.
JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que le préfet de police obéit à ces instructions qui ne viennent pas du ministre ?
LAURENT NUNEZ
Il n'a pas obéi à ces instructions. Le ministre donne des instructions, le préfet de police donne des instructions et manifestement ces instructions n'ont pas été suivies à la lettre. Elles ont été adaptées, elles ont été aménagées. J'en veux pour preuve, je peux vous donner un exemple, je vais vous donner un exemple.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez, parce que là je ne comprends très bien le fonctionnement de votre hiérarchie. Vous donnez un ordre…
LAURENT NUNEZ
Mais vous n'avez pas à le comprendre, c'est un dysfonctionnement. On n'a pas à le comprendre, on a à le sanctionner, c'est tout. On a à le sanctionner.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous allez sanctionner de hauts responsables de la police ?
LAURENT NUNEZ
Je peux vous le confirmer, il y aura d'autres sanctions. Je vous donne un exemple : l'usage des lanceurs de balles de défense. Nous n'avons jamais avec Christophe CASTANER demandé la restriction d'usage. C'est une arme indispensable pour pouvoir intervenir face à des émeutiers dans des scènes de guérilla urbaine sans le LBD. On est incapable d'interpeller des personnes. D'ailleurs je ne sais pas où est passé monsieur TOUBON entre nous soit dit.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il a une part de responsabilités d'ailleurs le défenseur des droits ?
LAURENT NUNEZ
Je suis trop respectueux de Monsieur TOUBON pour aller jusqu'à dire ça. Mais implicitement et indirectement, on peut penser que oui parce qu'on a des fonctionnaires de police maintenant qui nous disent : « On n'ose plus utiliser cette arme intermédiaire » alors qu'ils ont toute notre confiance. Nous savons pertinemment avec Christophe CASTANER qu'ils en font un usage proportionné mais l'usage du LBD, des instructions avaient été passées sans que ces instructions aient été portées à notre connaissance, ce qui encore une fois est inacceptable, d'avoir une utilisation plus retenue. Ce qui n'a pas échappé, comme vous le dites, à l'ancien directeur des services de police que je suis, qui dès le samedi soir a constaté curieusement que le nombre de tirs était bien inférieur à celui que nous pratiquions d'habitude. Donc forcément avec Christophe CASTANER, on a imposé un certain nombre de questions. Nous avons eu les réponses immédiatement et elles sont inacceptables.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. C'est la raison pour laquelle le préfet de police a été limogé et remplacé ?
LAURENT NUNEZ
Oui. Le préfet de police. La préfecture de police est une grande maison, une maison qui est très professionnelle mais qui doit appliquer les instructions du ministre à la lettre. Des ministres à la lettre et ça n'a pas été le cas samedi.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et ne pas subir d'autres influences.
LAURENT NUNEZ
Et ne pas subir d'autres influences mais surtout appliquer les instructions du ministre. Et donc nous avons une équipe qui va se mettre en place et qui mettra en oeuvre les instructions telles que nous les déciderons. C'est vrai pour l'usage de l'emploi des forces intermédiaires, c'est vrai pour la chaîne de commandement et donc nous allons… Voilà, je ne peux pas être plus clair que je le suis.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Didier LALLEMENT remplace Michel DELPUECH, préfet de Nouvelle-Aquitaine, ancien secrétaire général du ministère de l'Intérieur. C'est cela ? Didier LALLEMENT contesté par certains noms.
LAURENT NUNEZ
Il a un caractère.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il a un caractère.
LAURENT NUNEZ
Je n'emploierais pas le mot « contesté ».
JEAN-JACQUES BOURDIN
Contesté par la France Insoumise, par…
LAURENT NUNEZ
Enfin la France Insoumise, on sait pourquoi. On sait pourquoi, voilà. Je pense qu'un parlementaire qui a pris un coup de matraque alors qu'il se trouvait à un endroit où la manifestation était…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'un parlementaire doit recevoir un coup de matraque ?
LAURENT NUNEZ
Non, mais un parlementaire, il n'a certainement pas à se rendre sur une manifestation quand elle est interdite, surtout sur le périmètre où elle est interdite, et il excipe de sa qualité. C'est la moindre des choses.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Donc remplacement du préfet de police de Paris, interdiction des manifestations des gilets jaunes dans le périmètre de certains quartiers.
LAURENT NUNEZ
Oui. Oui, oui.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça vaut pour samedi prochain ?
LAURENT NUNEZ
Ça s'appliquera dès samedi bien sûr.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Dès samedi ?
LAURENT NUNEZ
Dès samedi. Les préfets vont en discuter avec les maires, c'est une mesure aussi que nous souhaitons quand même concerter avec les maires. Mais il est bien évident que dans les endroits où il y a eu des incidents graves, des troubles à l'ordre public graves – je pense aux Champs-Elysées, à la Concorde, Christophe CASTANER l'a évoqué je crois hier sur une chaîne concurrente - on peut penser qu'à Bordeaux, Toulouse, Toulouse au Capitole où on a des incidents graves, on peut penser que ce sont des endroits effectivement où il y aura des arrêtés d'interdiction.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc samedi, toutes les manifestations sur les Champs-Elysées seront interdites.
LAURENT NUNEZ
Oui. Alors ce qui change, c'est, il faut dépasser ce stade de l'interdiction. C'est une mesure administrative. Ce qui va changer, c'est que chaque fois que nous aurons connaissance de ce qu'un attroupement puisqu'on parle d'attroupement maintenant : je me refuse à parler de manifestations, on ne peut pas parler de manifestations. Ce n'est pas un droit d'expression, ce sont des gens qui viennent uniquement…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Surtout que rien été permis samedi dernier, pardon. Il n'y avait pas de manifestation autorisée. Il n'y avait pas de manifestation autorisée samedi.
LAURENT NUNEZ
Il n'y avait pas de manifestation déclarée. On n'autorise pas les manifestations qui ne sont pas déclarées.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin « autorisée », « déclarée ».
LAURENT NUNEZ
Oui. Elle n'était pas déclarée donc elle était par définition illégale, mais surtout il n'y a pas de revendications. Ce sont des gens qui ne viennent que s'exprimer par la violence et donc là où il y aura eu des troubles à l'ordre public, nous prendrons des arrêtés d'interdiction. Mais ce qui est important de comprendre, c'est que ce qui change dans la doctrine, la doctrine opérationnelle que nous avons définie après le 1er décembre, elle reste la même. Beaucoup de mobilité. Nous donnerons à nos forces mobiles aussi cette capacité d'interpeller, d'être encore plus mobiles. Donc la doctrine opérationnelle ne change pas, elle reste la même. On la renforce. On la renforce en quoi ? On la renforce en disant à ces gens : « Vous venez uniquement pour commettre des violences, nous ne permettrons pas que vous commenciez simplement à vous réunir. » Et ça, c'est ce qui change par rapport à avant où on tolérait le rassemblement et nous n'intervenions que lorsque commençaient des exactions, commençaient les pillages, des prises à partie des forces de l'ordre.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc dès que des attroupements sont constatés, vous intervenez.
LAURENT NUNEZ
C'est exactement ça.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qui va intervenir ? Quelles unités ?
LAURENT NUNEZ
Ce sont nos effectifs. Alors juste juridiquement, soit la manifestation est interdite et nous intervenons parce que nous avons bien arrêté l'interdiction et les personnes que nous interpellons sont susceptibles de se voir appliquer une amende dont le montant d'ailleurs va être porté à 135 euros, de 38 euros à 135 assez rapidement. Soit nous ne sommes pas dans le cadre d'un arrêté d'interdiction, ce qui est possible aussi, vous savez. Parce que vous allez prendre un arrêté sur les Champs, on protège les Champs-Elysées bien évidemment et puis ils peuvent se rassembler ailleurs dans Paris. Mais là à ce moment-là, ça reste un attroupement d'individus susceptibles de commettre des violences, et ça après sommation - après sommation - nous sommes en capacité 1 : de disperser, 2 : d'interpeller les gens et ça devient un délit. Et c'est ça que nous allons appliquer immédiatement. Donc oui, c'est un grand crantage supplémentaire, c'est-à-dire qu'on ne permettra pas aux individus de se réunir, de se rassembler.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous permettez là… Il y a des blocages. Vous savez qu'il y a des ronds-points qui sont bloqués ?
LAURENT NUNEZ
Oui, oui.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'il y a des appels à bloquer des raffineries. Est-ce que vous allez accepter cela ?
LAURENT NUNEZ
Non mais on intervient systématiquement.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez intervenir. Vous intervenez systématiquement.
LAURENT NUNEZ
Mais c'est comme ça depuis le début du mois de décembre. Nous allons de nouveau intervenir. Mais c'est ce que font… Chaque fois qu'il y a des blocages, nos policiers et les gendarmes ont des instructions. Celles-là elles sont appliquées dans les heures qui suivent, au maximum dans les heures qui suivent, les blocages sont dégagés.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ceux qui lancent des appels, notamment il y a de nouveaux appels qui sont lancés, pour de nouvelles manifestations sur les Champs-Elysées samedi, je pense à monsieur Maxime NICOLLE ou monsieur Eric DROUET, peuvent être poursuivis, vont être poursuivis ?
LAURENT NUNEZ
Mais bien sûr, mais…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils vont être poursuivis ?
LAURENT NUNEZ
Mais bien sûr. Il y a deux cas de figure. Vous savez celui qui va appeler à une manifestation qui n'est pas déclarée. Pardon, mais c'est un organisateur de manifestation, donc nous saisissons la justice, on fait ce qu'on appelle un article 40. Que vos téléspectateurs comprennent bien, l'article 40 c'est l'autorité administrative qui saisit la justice en disant : là, il y a constitution d'un délit, je vous le signale. On le fait systématiquement. Deuxième cas de figure, c'est quand il y a des appels à la violence. Il y a des appels à la violence sur les réseaux sociaux, systématiquement la justice est saisie, les individus sont identifiés, y compris d'ailleurs quand ils agissent sous une forme anonyme. Nous avons des techniques d'investigation qui nous permettent de déceler qui sont ces individus, et ils sont systématiquement poursuivis. Mais bien sûr. De la même façon que les auteurs des exactions, vous savez, quand on manifeste violemment comme on l'a fait samedi, et ça a été vrai d'autres samedis quand il y a eu des débordements, on ne rentre pas impuni à la maison. Tous les jours les services d'investigation judiciaire continuent à confondre des auteurs, et c'est ce qui fait qu'on arrive à près de 10 000 interpellations.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, près de 10 000 interpellations depuis le 17 décembre. Combien de peines de prison ? Est-ce que vous savez combien, Laurent NUNEZ ?
LAURENT NUNEZ
Alors, là-dessus, non mais attendez, pardon d'être un peu technique…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non non mais allez-y, allez-y.
LAURENT NUNEZ
Enfin, ça a juste été un peu mon métier pendant ces 20 dernières années. On donne un chiffre d'interpellations, mais il faut attendre que les gens soient jugés, on est dans un pays de droit, les gens passent en jugement. Sur l'ensemble de ces interpellations, il y a 1 800 jugements qui ont été rendus, 1 800 actuellement, et il y en a un certain nombre qui sont en attente de jugement. Sur les 1 800, 40 % ont pris de la prison ferme. 40 %. Donc il faut arrêter de dire qu'il n'y a pas de peines de prison ferme, qu'il n'y a pas de sanctions. Moi je laisse ces imprécisions, ces inexactitudes à l'opposition, aux Républicains au Rassemblement national, mais il faut être précis. 1 800 jugements, 40 % de condamnations à de la prison ferme.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Laurent NUNEZ, j'imagine que vous attendez avec impatience la promulgation de la loi anticasseurs.
LAURENT NUNEZ
Bien sûr. Mais bien sûr nous l'attendons avec impatience.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Malheureusement elle est retardée.
LAURENT NUNEZ
Elle est retardée parce que…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Etait-ce une bonne idée d'ailleurs d'aller la présenter au Conseil constitutionnel ?
LAURENT NUNEZ
Mais bien sûr. Jean-Jacques BOURDIN, c'est un texte qui a suscité un certain nombre de polémiques, on ne va pas le nier, on nous accuse d'être liberticides. Bon. Je note d'ailleurs que ceux qui nous imputent les dégâts qui ont eu lieu à Paris, je pense notamment à madame HIDALGO et à sa majorité, ont quand même voté une motion contre cette loi. Cette loi qui nous aurait permis d'aller interpeller tous les individus au visage masqué. Mais, je le note au passage, simplement je le dis. Cette loi, nous l'attendons bien sûr avec impatience, parce qu'elle va nous permettre, quand nous allons aller disperser un attroupement, empêcher les gens de se rassembler, on aura en plus la possibilité, un en amont, d'interdire à certains individus que nous aurions identifié sur des séquences précédentes, de se rendre à la manifestation, c'est l'arrêté individuel d'interdiction, et puis deux, d'aller interpeller les individus au visage dissimulé, ça c'est très important, c'est un délit, là où avant, pour que vos téléspectateurs comprennent bien, c'était une contravention, c'est-à-dire qu'on ne pouvait pas interpeller les gens, là on pourra le faire.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais personne ne comprend, dans l'opinion publique, que ces Blacks-Blocks puissent venir, comme ça, librement, se retrouver sur les Champs-Elysées et se mettre à détruire et à saccager.
LAURENT NUNEZ
Alors, il faut que vous téléspectateurs comprennent une chose.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, expliquez-nous d'où ils viennent, vous les connaissez, vous les connaissez !
LAURENT NUNEZ
On n'en connaît une partie seulement, une partie seulement. Un Black-Block, qu'est-ce que c'est un Black-Block ? Il faut que vos téléspectateurs comprennent qu'un Black-Block ce n'est pas un groupe structuré, ce n'est pas on ne parle pas des anarcos autonomes, groupe structuré, on ne parle pas d'ultradroite par exemple, on ne parle pas de mouvement structurel. Le Black-Block c'est une technique, ce sont des individus qui se sont passés le mot de venir dans une manifestation, de l'infiltrer, de venir au milieu de la manifestation, bien évidemment sinon c'est compliqué, pour les policiers, ça serait plus facile pour les policiers s'ils se mettaient en capacité d'être appréhendés. Ils se mettent au milieu. A un moment donné ils sont venus avec des vêtements qui sont des vêtements noirs, dans des sacs, ils se vêtissent de noir, ils s'équipent, ils peuvent se mettre des masques, et le Black-Block se constitue et c'est plus une forme d'action, ça n'est pas un groupuscule d'individus constitués. Vous savez, il y a des Blacks-Blocks qui se constituent pendant la manifestation et ils se dissolvent immédiatement après. Et donc c'est toujours bien évidemment compliqué d'intervenir sur un Black-Block. La solution…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils sont identifiés quand même, non ?
LAURENT NUNEZ
Une partie sont identifiés, vous avez des individus qui sont des mouvances ultragauche, anarcos et d'autres, qui sont identifiés…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Là, par exemple ?
LAURENT NUNEZ
Oui mais juridiquement vous faites comment ? Vous connaissez un individu, vous savez que c'est un anarco autonome…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut le prendre en flagrant délit.
LAURENT NUNEZ
Mais bien sûr, vous ne pouvez pas préjuger, on est quand même dans un pays de liberté, on ne peut pas aller chercher un type parce qu'on pense que peut-être qu'il va aller faire le Black-Block à la manifestation de samedi.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Samedi, beaucoup venaient de l'étranger ?
LAURENT NUNEZ
A la manifestation de samedi, on pense qu'on avait des individus qui venaient de l'étranger, c'est ce que nous disent les effectifs, et puis c'est ce qu'on constate quand on regarde le la proportion que nous en avons parmi les interpellés. Sur 282 individus interpellés, on a une vingtaine d'étrangers. On pense qu'effectivement un certain nombre d'individus ont pu venir samedi de l'étranger, de la même façon que nos ressortissants aiment bien aussi aller se lier avec d'autres individus. Parce que vous savez, l'ordre public c'est un problème européen, ce n'est pas que le problème de la France, on a aussi, on a... Par contre, ce que je voulais signaler quand même sur le trouble à l'ordre public…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y.
LAURENT NUNEZ
Vraiment en 10 secondes. Ce qu'on vit actuellement, c'est complètement inédit, c'est de l'ultraviolence, ce sont des individus qui viennent uniquement pour, je crois bousculer nos institutions, bousculer ce que nous représentons, peut-être même bousculer l'échange que nous avons ce matin, Jean-Jacques BOURDIN vous et moi, je ne crois pas que les individus qu'on avait samedi sur les Champs-Elysées, à casser et à piller des magasins, s'inscrivent dans cette logique de débats, dans cette logique contradictoire, ce sont les individus qui sont des séditieux, et ça on le voit, on l'a vu bien avant les gilets jaunes.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il y a des gilets jaunes qui vous répondent et qui vous disent : la violence sert la cause des gilets jaunes, sinon nous ne sommes pas entendus.
LAURENT NUNEZ
Mais ça n'est pas acceptable. Ça n'est pas acceptable.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je l'entends.
LAURENT NUNEZ
Il y a eu un mouvement le 17 novembre, il y a eu un grand débat, c'est totalement inédit dans ce pays. Il y a eu des mesures qui ont été annoncées par le président de la République, 10 milliards d'euros, ça n'est pas acceptable…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ce qui s'est passé…
LAURENT NUNEZ
Mais c'est gens-là ne revendiquent rien. Ecoutez ce qu'ils disent, nous avons des policiers et des gendarmes qui sont au contact, nous avons des services de renseignements, mais qu'est-ce qu'ils demandent ? Ils demandent la destitution de nos institutions. Alors certains peuvent se réjouir qu'ils demandent la destitution du président MACRON, mais quand vous écoutez bien, ils demandent la suppression du Sénat, ils demandent la suppression de l'Assemblée.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je vous pose une question : est-ce que le grand débat est saccagé ?
LAURENT NUNEZ
Non.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que le grand débat a été saccagé par ce qui s'est passé samedi, en partie saccagé par ce qui s'est passé samedi ?
LAURENT NUNEZ
Il est saccagé si c'est ce qu'on veut dire de ce qui s'est passé. Ce sont juste des…
JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est l'autorité ! C'était l'autorité du Premier ministre, c'est l'autorité du président de la République qui est en cause, non ?
LAURENT NUNEZ
Mais, est-ce que ça annihile les près de 2 millions contributions qu'il y a eue, les nombreuses réunions publiques qu'il y a eu, les débats qu'il y a eu, est-ce que ça annihile cette volonté citoyenne qui s'est manifestée à l'occasion du grand débat, est-ce que ce sont ces 10 000 individus qui ont commis des exactions graves et que nous allons poursuivre, nous allons en interpeller le maximum, croyez-moi bien, on relève des traces et des indices dans les magasins qui ont été pillés, on lève, on relève des traces et des indices, il y aura des interpellations. Est-ce que ce sont ces 10 000 individus qui vont venir brouiller ce qu'a été ce grand débat ? Mais ce n'est pas possible, on ne peut pas l'accepter. Mais même commenter ça, je vais vous dire franchement, mon sentiment, c'est un sentiment personnel, même le commentaire en ce sens, c'est finalement leur donner raison.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors, Laurent NUNEZ…
LAURENT NUNEZ
C'est leur donner raison.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous pose une dernière question : comment allez-vous faire, comment allez-vous faire pour empêcher, pour empêcher dans les prochaines semaines, des manifestations violentes ? Comment allez-vous faire ? Vous pensez que la seule réponse est une réponse autoritaire ?
LAURENT NUNEZ
Sur ce qu'on a vu samedi, pardon Jean-Jacques BOURDIN, il n'y a qu'une réponse, elle est sécuritaire. Vous ne discutez pas avec ces gens-là, et la réponse sécuritaire, nous allons la cranter un niveau au-dessus, oui nous allons aller au contact, oui quand il y aura…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Au contact, ça veut dire risque de violence ? Ça veut dire risque de blessures graves ?
LAURENT NUNEZ
C'est usage de la force.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous assumez ce risque.
LAURENT NUNEZ
Bien sûr que je l'assume, c'est un usage proportionné, mais moi, vous savez, comme Christophe CASTANER, moi j'ai toujours assumé les instructions que j'ai données, j'ai toujours assumé. Face à la violence et au déchaînement de violence que nous avons, moi j'ai la faiblesse de croire que la grande majorité des Français nous demande cette fermeté, et elle sera au rendez-vous.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Laurent NUNEZ d'être venu nous voir ce matin.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 mars 2019