Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la jeunesse à LCI le 29 avril 2019, sur les mesures présentées lors du grand débat et le déploiement du service national universel.

Texte intégral

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Christophe JAKUBYSZYN, vous recevez Gabriel ATTAL ce matin.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bonjour à tous. Mon invité ce matin en effet est le secrétaire d'Etat à la Jeunesse. Bonjour Gabriel ATTAL

GABRIEL ATTAL
Bonjour. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, vous serez peut-être porte-parole du gouvernement ici à la fin de la semaine, ou pas, après tout ce n'est pas grave, comme on dit à l'Elysée : « Gabriel ATTAL il était déjà un peu porte-parole de fait ».

GABRIEL ATTAL
Moi je suis je suis entré au gouvernement il y a 5 mois, sur des très beaux sujets, la jeunesse, la vie associative, l'engagement, le service national universel, et par ailleurs je viens chaque fois qu'on m'invite, défendre la ligne globale du gouvernement, parce que j'y crois et parce que je considère que c'est notre responsabilité de membres du gouvernement. Effectivement, moi je ne cours pas après les titres et je continuerai à défendre la ligne globale du gouvernement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On verra d'ici la fin de la semaine, en tout cas peut-être justement une réaction à ces propos, ces mots du président qui continuent de faire débat, on le voit, on l'a vu à l'instant, dans Nice-Matin où le président souhaite un prompt rétablissement à Geneviève LEGAY qui a été blessée en marge des manifestations à Nice, mais il lui recommande aussi un peu de sagesse et il considère qu'elle n'avait pas à se trouver là.

GABRIEL ATTAL
D'abord, moi je me réjouis de ce qu'on vient d'entendre, c'est-à-dire qu'elle va bien, elle va mieux cette personne, parce qu'effectivement une personne qui est bousculé ou blessée dans une manifestation, c'est toujours un drame, mais je considère aussi qu'on ne peut pas considérer que c'est normal ou acceptable que des personnes, d'une manière générale, aillent manifester dans un secteur qui a été interdit, alors même qu'on a vu des violences la semaine dernière.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais apparemment elle serait, elle n'aurait pas été dans le secteur strictement interdit.

GABRIEL ATTAL
Ce n'est pas ce que j'ai compris. Ensuite, je vais vous dire, le président de la République il dit ce que tout le monde pense, parce que la réalité c'est que c'est vrai que quand on sait, quand on a vu les violences qu'il y a eu la semaine dernière, quand on sait qu'il y avait des appels de black-blocs à venir à Nice pour des interpellations particulièrement violentes, eh bien quand on en a 74 ans, c'est vrai que ça peut être un risque.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On a le droit de manifester quand on a 74 ans.

GABRIEL ATTAL
Mais bien sûr, mais vous savez il y a eu des manifestations qui ont été déclarées, qui ont été autorisées, il y en a encore eu à Paris le week-end dernier entre Denfert-Rochereau et Montmartre. Il y avait sans doute des personnes de tous les âges qui manifestaient, mais aller sur un lieu où les rassemblements sont interdits, où on sait qu'il peut y avoir des violents, parce qu'il y a des casseurs, des émeutiers qui viennent, c'est effectivement un risque et il faut penser à la protection des personnes et donc aussi être responsable. Moi je ne veux pas arriver à une situation où si on accepte ou on « tolère » des dérapages comme celui-là, des casseurs pourraient se dire : « on va prendre des personnes âgées comme boucliers humains ».

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais, il n'a pas fait preuve, le président, comme parfois, d'un peu de, une forme de, pas d'arrogance, de mépris en tout cas de, ce n'est pas exactement les mots qu'on attendait du président.

GABRIEL ATTAL
Je ne crois pas, je pense que, encore une fois, il a dit ce que la plupart des Français pensent, et surtout il a une conviction et un objectif, c'est de faire en sorte de protéger les Français, et notamment de protéger des Français qui ne sont pas là forcément pour casser ou pour créer des émeutes, mais qui sont là pour manifester, il faut le dire à ce moment-là, que manifester ça se fait dans un cadre déclaré, avec une autorisation, et qu'aller dans un lieu où on sait qu'il va y avoir des violences, eh bien c'est prendre un risque.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Samedi prochain, on maintient le même dispositif, c'est-à-dire des secteurs interdits et une mobilisation forte des forces de l'ordre ?

GABRIEL ATTAL
Oui, le dispositif tel qu'il a été a mis en place samedi dernier sera maintenu, tant qu'il y aura des menaces d'émeutes, de casse, de pillages et de violences contre les personnes. Ça me semble évidemment normal, les Français attendent qu'on maintienne l'ordre sur le territoire et c'est ce qui sera fait.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, on va parler donc de ce démarrage de la campagne des élections européennes, avec la désignation de Nathalie LOISEAU tout à l'heure comme, officiellement, comme tête de liste de la liste la République En Marche aux européennes. Dans la foulée il y aura un remaniement, aujourd'hui, demain, vendredi ? C'est pressé ou pas ?

GABRIEL ATTAL
Moi je n'ai aucune information sur le sujet. Par définition, la Constitution dit que c'est le président de la République, sur proposition du Premier ministre, qui nomme, donc je n'ai absolument aucune information à vous donner.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Sans doute pas aujourd'hui.

GABRIEL ATTAL
Franchement, je n'en sais rien, et je préfère du coup ne rien dire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que c'est le coup d'envoi des élections européennes ou c'est aussi le coup d'envoi des élections municipales avec, on dit peut-être le départ de Benjamin GRIVEAUX du gouvernement, de Mounir MAHJOUBI ?

GABRIEL ATTAL
La priorité là c'est deux choses : la sortie du grand débat national qui a mobilisé beaucoup de Français, qui fera l'objet d'une nouvelle réponse politique du président de la République, après celle du 10 décembre, et la deuxième chose c'est la campagne des européennes. On veut un vrai débat européen.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais il y en a qui veulent déjà faire campagne pour les municipales, comme Benjamin GRIVEAUX.

GABRIEL ATTAL
Il y a peut-être des collègues qui veulent se préparer, se préparer à une candidature, et moi je l'entends parfaitement, mais la priorité c'est quand même la campagne des européennes, et la sortie du grand débat national.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, les élections européennes, il y a ce duo à la tête de la liste la République en marche : Nathalie LOISEAU - Pascal CANFIN, ancien patron du WWF France. Ça veut dire quoi cette – on parle d'autres noms, d'une navigatrice, d'un ancien ministre italien – c'est quoi l'idée que cette liste, j'ai envie de dire plurielle pour les élections européennes ?

GABRIEL ATTAL
L'idée c'est que l'on veut envoyer au Parlement européen, une équipe qui veut faire bouger l'Europe, et que finalement notre liste elle n'a pas vocation à être, comme ça a été le cas peut-être avec des partis précédemment, une sorte d'équipe B qu'on envoie à Bruxelles parce qu'ils n'ont pas réussi à avoir un mandat national ou parce qu'ils ont été battus ou autre. On veut des personnes qui ont un projet pour l'Europe, qui ont une compétence à apporter pour l'Europe…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc ils auront une mission au Parlement de construire une majorité, avec d'autres alliés.

GABRIEL ATTAL
Bien sûr, ils auront une mission de construire un groupe, qu'on espère le plus fort possible, qui pourrait être charnière, qui pourrait faire basculer dans un sens ou dans l'autre des majorités sur des projets, parce qu'on a un projet très fort pour l'Europe, il y a des personnes qui veulent renverser l'Europe, nous on veut renverser la table en Europe. On considère qu'il faut qu'on ait une Europe qui protège mieux ses emplois, mieux son industrie, une Europe qui soit un véritable espace européen de l'éducation, ça me parle, puisque moi je suis auprès de Jean-Michel BLANQUER sur ces enjeux-là, où il y a une vraie mobilité des jeunes en Europe, parce que c'est comme ça qu'on développe un attachement à l'Union européenne, une Europe qui agit pour le climat. On voit bien que c'est au coeur aujourd'hui d'un certain nombre de mobilisation et des attentes des Français, et on sait bien que l'échelle de l'efficacité en matière climatique, elle est au niveau européen.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais vous avez vu la jeunesse dans la rue vendredi, il y a 10 jours, cette marche pour le climat, le lendemain aussi cette Marche du siècle, on a vu quand même 10 fois plus de manifestants que les gilets jaunes. Alors, cette jeunesse elle était dans la rue pour dire que vous n'en faisiez pas assez Gabriel ATTAL, pour dire que le gouvernement n'était pas à la hauteur des menaces qui pèsent sur la planète.

GABRIEL ATTAL
D'abord, vous avez raison de dire qu'il y avait 10 fois plus de manifestants pour le climat que dans les manifestations de gilets jaunes. Je ne suis pas sûr qu'on en ait parlé 10 fois plus dans les médias, donc c'est important…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On en parle quasiment tous les jours ici, dans l'interview politique.

GABRIEL ATTAL
Mais c'est important d'en parler, et je vous remercie parce que c'est extrêmement important de le dire, on a aujourd'hui une jeunesse qui s'est trouvé un combat commun et qui défend un combat commun qui est celui du climat. Moi j'étais dans la manifestation, parce que je fais aussi partie de cette génération, et parce que je considère que c'est aujourd'hui qu'il faut agir si on veut encore rattraper un certain nombre de choses.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais vous étiez dans la manif, au moment où vous collègues députés de la République En Marche votaient des amendements qui n'étaient pas très écolos, pour prolonger par exemple la production de produits chimiques.

GABRIEL ATTAL
Mais ça, pour le coup, c'est un exemple de fait qui pour moi n'est pas expliqué dans sa réalité. Il y a eu un décalage de 3 ans d'une autorisation, de 2 ans, par rapport à quoi ? Par rapport à une interdiction et une date que nous-mêmes on a votée, et on va plus vite que nos voisins européens, parce qu'il y a un enjeu à l'emploi, un enjeu d'adaptation.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais moins vite que l'on avait pris au départ.

GABRIEL ATTAL
Oui, il y a une adaptation, parce qu'il y a 1 000 emplois je crois, à la clef, et que l'on est aussi respectueux de ça. Nous, ce qu'on fait, c'est qu'on se donne des objectifs, qui sont d'ailleurs plus ambitieux que nos voisins européens, notamment, mais on se donne une capacité d'y parvenir. Exemple, on va supprimer, fermer toutes les centrales à charbon en France, d'ici à 2022. Une centrale à charbon ça pollue énormément.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors que les Allemands, c'est 2035/2040 je crois.

GABRIEL ATTAL
C'est ça, 2035 ou 2039 pour l'Allemagne, nous ça sera 2022, donc on voit bien qu'on va plus vite, et dans ces centrales à charbon il y a des salariés qui travaillent, des salariés qui n'ont pas forcément choisi ce modèle-là, qu'on doit aider à reconvertir, qu'on doit former etc.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc, le climat oui mais pas trop vite.

GABRIEL ATTAL
Non, ce n'est pas ça, c'est parce qu'on veut aller vite, parce qu'on veut que ça fonctionne, eh bien on se donne des objectifs clairs et surtout on se donne les moyens d'y parvenir, on met le paquet. Vous savez, par exemple la centrale de Fessenheim, sur le nucléaire, il y a un certain nombre de présidents qui ont été élus auparavant qui ont dit : « on va fermer la centrale de Fessenheim », elle est toujours ouvert.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
François HOLLANDE par exemple.

GABRIEL ATTAL
Oui. Elle est toujours ouverte, parce qu'on ne s'est pas donné les moyens d'y parvenir. Nous on a donné l'objectif, elle sera fermée l'an prochain je crois, parce qu'on a travaillé avec les salariés, pour les former, pour leur permettre de trouver une reconversion professionnelle, c'est ce travail-là qu'on fait. Evidemment qu'on souhaiterait toujours que ça aille plus vite, que ça aille plus loin, que ça aille plus fort tout de suite, mais il faut prendre tous les enjeux en considération, l'important c'est de se donner des objectifs clairs. Aujourd'hui, la France c'est une locomotive en Europe, et dans le monde, en matière de transition énergétique et en matière de protection de l'environnement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais ce n'est pas ce que la jeunesse ressent, et d'ailleurs cette liste LOISEAU – CANFIN, ce n'est pas un peu de politique politicienne pour casser l'élan de la liste de Yannick JADOT ?

GABRIEL ATTAL
On a besoin d'avoir des personnes qui sont capables de faire bouger les lignes en Europe, sur tous les sujets. On a, on va avoir dans notre programme pour l'Europe, c'était au coeur de la tribune du président de la République, des objectifs en matière d'investissements pour la transition énergétique, avec une banque européenne du climat etc. qui sont très puissants, et donc on a besoin d'avoir sur notre liste et dans l'équipe qu'on va envoyer à Bruxelles, des personnes qui sont capables de porter ce chantier, de convaincre, de construire une majorité autour de ça, et il y a un certain nombre de noms que vous avez cités, qui seront tout à fait en capacité de le faire, parce qu'ils ont une expertise reconnue sur ces sujets-là.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, quand on regarde les sondages sur les européennes, on voit toujours ce duel de tête, cette opposition entre la République En Marche qui pour l'instant est toujours en tête, et le Rassemblement national de Marine LE PEN. C'est ça l'avenir de la politique française, c'est-à-dire un duel éternel entre la République En Marche, Emmanuel MACRON et le Rassemblement national Marine LE PEN ? Ça ne laisse pas de place aux autres, du coup l'alternance politique en France, c'est quoi, c'est le Rassemblement national ?

GABRIEL ATTAL
Ecoutez, aujourd'hui vous voyez, on voit les sondages, on voit effectivement qu'il y a deux blocs qui s'affrontent, parce que pour le coup c'est quand même deux visions radicalement opposées…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais ça ne vous inquiète pas ? Ça veut dire qu'il faut bien... en démocratie il y a toujours de l'alternance.

GABRIEL ATTAL
Mais moi je vais vous dire, je souhaite…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
A un moment donné, ça ne sera plus vous.

GABRIEL ATTAL
Je souhaite qu'il y ait des partis républicains forts, qui sont en capacité de proposer une alternative. Ce que je constate, c'est qu'aujourd'hui ils ne sont pas en capacité de le faire, et notamment sur la question européenne, quelle est la ligne des républicains sur l'Europe ? Est-ce que c'est la ligne de ceux qui ont toujours défendu l'Europe et qui aujourd'hui se retrouvent plutôt dans ce que nous on porte, ou est-ce que c'est la ligne de ceux qui considèrent, comme monsieur BELLAMY par exemple, qu'eh bien l'Europe finalement ce n'est pas ce qu'il y a de plus important, et surtout qui propose, comme ça a été le cas sur le Brexit, de laisser les Anglais renégocier l'accord, c'est-à-dire de vendre le beurre et l'argent du beurre des Européens aux Anglais.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Les Anglais, vous voulez les bouter hors de l'Europe, très vite.

GABRIEL ATTAL
Non, les Anglais on les a mis au pied du mur. On considère qu'il y a un moment où il faut choisir, et que l'on ne sort pas de l'Union européenne en moonwalk, c'est-à-dire en hésitant et en reculant. On sort ou on ne sort pas, mais à un moment il faut choisir. Et donc ce qu'a fait le président de la République au Conseil européen la semaine dernière, c'est leur dire : il faut jouer carte sur table, vous avez maintenant jusqu'à la fin du mois pour prendre une décision, soit vous prenez l'accord, et à ce moment-là vous sortez d'ici au 22 mai, soit vous ne prenez pas l'accord, mais il faut présenter une solution alternative, crédible.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais on voit peut-être que le Parlement britannique à reprendre la main sur Theresa MAY.

GABRIEL ATTAL
Oui, ce qui s'est passé au Parlement britannique…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Cette nuit.

GABRIEL ATTAL
C'est une conséquence directe de la mobilisation du président de la République, et on voit que, le fait que le président…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Si vous dites ça aux Anglais, ils ne vont pas être contents. Si vous dites que leur changement de cap c'est lié à…

GABRIEL ATTAL
Non, ce que je dis c'est que le président de la République a été très clair et très ferme au Conseil européen, en disant : à un moment il faut décider, et il faut être responsable, parce qu'il y a des personnes, depuis des années, qui travaillent.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais Theresa MAY, elle ne décide pas ?

GABRIEL ATTAL
C'est les élus anglais qui ne décident pas aujourd'hui. Il y a eu plusieurs votes qui ont été proposés au Parlement britannique, les votes n'ont pas été acceptés, et il y a un moment où il faut prendre une décision, et parce que le président de la République s'est mobilisé, a convaincu aussi un certain nombre de partenaires européens, de porter cette position, on voit les choses sont en train de bouger au Parlement britannique.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ultimatum.

GABRIEL ATTAL
C'est un objectif clair qui est de prendre une décision avant les élections européennes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, cette interview de Nathalie LOISEAU dans Le Figaro ce matin, elle est assez offensive contre le Rassemblement national, est ce qu'elle ne joue pas un peu ce duel, cette opposition, avec l'objectif évidemment d'arriver en tête, regardez ce qu'elle dit : battre le Rassemblement national serait la première victoire, ce sont des sortants encombrants, qui ont affaibli la France, ils se sont servis plus qu'ils n'ont servi les Français. Ça commence fort cette campagne anti Rassemblement national.

GABRIEL ATTAL
Mais c'est la réalité la plus absolue. Qui sont les sortants aujourd'hui de la délégation française au Parlement européen ? C'est le Front national qui était le premier parti.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais il n'était pas majoritaire.

GABRIEL ATTAL
Mais qu'est-ce qu'ils ont fait, qu'est-ce qu'ils ont porté ? Est-ce qu'ils ont réussi à infléchir un certain nombre de choses ? Il y a d'autres partis nationalistes, est-ce qu'ils se sont emparés des sujets ? Pas du tout. On a obtenu un accord sur les travailleurs détachés, pour qu'en France à travail égal, on ait un salaire égal, pour que ça ne pénalise pas les travailleurs français. Qu'est-ce qu'ils ont fait là-dessus ? Ils n'ont même pas voté l'accord. Je ne sais pas où ils étaient, par contre on a vu qu'ils ont été mis en cause dans un certain nombre d'affaires. Donc oui, moi je suis totalement d'accord avec ce que dit Nathalie LOISEAU sur ce point. Le Front national, le Rassemblement national ils veulent un Frexit, ils veulent que la France sorte de l'Union européenne, comment est-ce qu'on peut imaginer que pour nos agriculteurs, pour nos commerces, pour nos commerçants, pour nos PME-TPE qui sont des partenaires commerciaux, pour les 2 tiers des pays européens, comment on peut imaginer que ça ne va pas plomber leur quotidien ? Nous on se bat contre cette idée-là, on se bat pour l'idée que la France elle a une place en Europe, ça veut dire qu'il faut changer l'Europe pour faire en sorte qu'elle réponde mieux aux attentes et aux besoins des citoyens européens.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors Gabriel ATTAL, vous allez être le ministre du retour du Service national universel. Ça sera quand d'ailleurs ? C'est pour juin ?

GABRIEL ATTAL
Ça commencera en juin, le16 juin, dans 13 départements pilotes, avec 2 000 jeunes environ sur le territoire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
2 000 jeunes. Donc vous, vous allez aller dans les casernes.

GABRIEL ATTAL
Oui, moi je…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça sera quoi ? Vous allez nous expliquer comment ça va se passer.

GABRIEL ATTAL
Alors, les jeunes seront hébergés dans des lieux d'hébergement collectifs, il y a des internats de lycées, des internats de collèges, il y a des centres de formation, il y a des bâtiments militaires qu'on peut encore utiliser, il y a des structures de tourisme social. Ça c'est la première partie de deux semaines où ils seront encadrés par un certain nombre d'animateurs, d'éducateurs spécialisés…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mixtes, garçons et filles ?

GABRIEL ATTAL
... de militaires. Ça sera mixte, contrairement au Service national d'avant qui ne concernait que les hommes, et il y aura un certain nombre de modules, des modules de formation, un certain nombre de risques, vous savez que les risques ont évolué depuis le Service militaire, comment on réagit face à une catastrophe naturelle, comment on intègre un poste de secours, comment on connaît les gestes de premiers secours ? On est très en retard en France, dans des pays nordiques, 80 % de la population sait réagir à un accident, en France c'est l'inverse, on a 80 % de la population qui ne sait pas réagir.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qui va former ces jeunes, justement, pour ce type de geste de secourisme ?

GABRIEL ATTAL
Sur les gestes de secourisme, on travaille avec des associations de protection civile type Croix-Rouge ou autres, mais il y a aussi les pompiers qui vont beaucoup nous aider, on travaille beaucoup avec eux, ils seront très présents dans le service national, les pompiers seront présents, les militaires seront présents aussi pour des modules d'intervention. Il y aura aussi des modules sur la protection, par exemple face aux attentats terroristes, on sait que c'est une demande aussi des jeunes, il y aura des modules sur les valeurs de la République, sur les institutions, des modules sur les éco-gestes, la protection de l'environnement, voilà un certain nombre de formations.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce qu'il y aura un uniforme ?

GABRIEL ATTAL
Il y aura une tenue commune.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Une tenue commune, ça veut dire quoi ? Un jogging, un t-shirt ?

GABRIEL ATTAL
Moi je fais attention aux mots, je ne veux pas qu'on pense par exemple qu'il y aura un treillis, parce que ce n'est pas l'objet, ce n'est pas un service militaire, mais il y aura une tenue commune.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ah oui, il y aura une tenue ? Que vous offrirez aux jeunes ?

GABRIEL ATTAL
Oui, l'objectif, c'est…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est quoi la tenue, ça veut dire quoi une tenue, ça sera quoi, dites-nous…

GABRIEL ATTAL
J'ai lancé un concours dans 13 lycées professionnels, dans des filières mode et design, parce que je veux que cette tenue, elle soit dessinée par les jeunes, pour les jeunes, je leur a donné un cahier des charges très clair, les couleurs de la République, les valeurs de la République, ils ont bossé, ils ont fait des propositions, vendredi, je réunis un petit jury de 4 personnes avec le général PUGA, qui est le grand chancelier de la Légion d'honneur, l'ancien chef d'état-major particulier de Nicolas SARKOZY et François HOLLANDE, et d'autres personnes, comme Marie TRELLU KANE, qui a fondé l'association, le jeune créateur de mode français, Simon PORTE JACQUEMUS, une jeune lycéenne. Ils vont choisir, parmi ces propositions des jeunes, quelle sera la tenue commune…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vendredi, on connaîtra la tenue ?

GABRIEL ATTAL
Je ne sais pas si on l'annoncera vendredi, mais en tout cas, elle sera décidée vendredi, on l'annoncera prochainement. L'objectif, c'est quoi ? C'est d'abord que les jeunes, dans le service national, soient fédérés autour de ces symboles et de ces valeurs de la République, et surtout, qu'ils gardent la tenue parce que, comme je vous l'ai dit, on va les former à un certain nombre de réactions de protection des Français, et dans le cas où surviendrait un événement grave près d'eux, l'objectif, c'est que…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ils sortent la tenue et ils sont mobilisés…

GABRIEL ATTAL
Ils sortent la tenue, ils l'enfilent, qu'ils descendent dans la rue et qu'ils se repèrent entre personnes qui auront été formées pour apporter la première réponse.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça sera généralisé à toute une génération, une classe d'âge, quand ?

GABRIEL ATTAL
On a missionné le général Daniel MENAOUINE avec un groupe de travail qui propose un scénario de généralisation en 2026…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ah, 2026, ce n'est pas demain ?

GABRIEL ATTAL
Quand j'ai été nommé, j'ai dit que 2026, ça me paraissait un peu loin, et que je souhaitais qu'on regarde dans quelle mesure on peut aller plus vite. C'est ce qu'on est en train de faire, et la phase pilote qui aura lieu en juin, avec les 2.000 jeunes, nous permettra de voir dans quelle mesure on peut aller plus vite. Mais voilà, l'objectif, c'est d'arriver à généraliser quelques années avant ce qui est prévu en 2026…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc département par département, ça va se passer comment, ou d'abord, il y aura les volontaires, et ensuite, ce sera obligatoire ?

GABRIEL ATTAL
Là, on est sur du volontariat cette année. L'an prochain, on va faire en sorte que le service national soit lancé dans tous les départements de France, avec, là encore, des petites cohortes d'appelés. Et sans doute, on passera encore par le volontariat pour l'année prochaine. Et ensuite, il y aura une montée en puissance progressive.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qu'est-ce que vous avez retenu du grand débat pour la jeunesse, moi, j'ai vu passer des propositions diverses et variées, par exemple, le vote blanc, ça remonte beaucoup chez les jeunes, le revenu universel dès 18 ans ou encore le vote à 16 ans.

GABRIEL ATTAL
Ce que j'ai vu remonter des jeunes, d'abord, pour faire le lien avec ce dont on parlait tout à l'heure, c'est une vraie grande préoccupation sur la transition énergétique et sur l'impact climatique, ça, il faut le dire…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Dont on a parlé, oui…

GABRIEL ATTAL
Aujourd'hui dans les grands débats qui ont été…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On les a vus dans la rue…

GABRIEL ATTAL
Voilà, on les a vus dans la rue, mais dans les grands débats, c'est là où ils sont venus faire le plus de propositions, ensuite, il y a des enjeux très forts sur le quotidien des jeunes. Effectivement, la question de la précarité – on sait que la classe d'âge aujourd'hui la plus précaire, c'est les jeunes – est beaucoup revenu, et donc moi, c'est une proposition que j'ai portée, c'est qu'on puisse ouvrir le revenu universel d'activité, dont je rappelle qu'il a été annoncé par le président de la République dans le cadre du plan pauvreté, pour rassembler toutes les aides qui existent pour éviter que des personnes n'aient pas recours aux aides auxquelles elle ont droit…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Dès 18 ans ?

GABRIEL ATTAL
Dès 18 ans, c'est possible, ça peut faire… enfin, ça va faire l'objet d'un travail.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Le vote blanc ?

GABRIEL ATTAL
La question du vote blanc, elle remonte beaucoup, vous avez raison, quand les jeunes s'intéressent et font des propositions sur les institutions, la démocratie, la prise en compte du vote blanc revient beaucoup, c'est-à-dire la possibilité de choisir, de ne pas choisir…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça va être retenu, ça ?

GABRIEL ATTAL
Moi, j'y suis favorable. Moi, je suis favorable à ce qu'on reconnaisse le vote blanc, au moins au premier tour de l'élection, parce que c'est important qu'au second tour, celui ou celle qui est élu président ait la légitimité…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Soit élu avec 50 % des suffrages exprimés…

GABRIEL ATTAL
Oui, parce que…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Le droit de vote dès 16 ans ?

GABRIEL ATTAL
C'est assez peu remonté chez les jeunes, moi, je l'ai en tout cas assez peu entendu dans les débats…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
J'ai vu le slogan « 18 ans, c'est trop tard pour voter », enfin, bon, voilà…

GABRIEL ATTAL
Moi, ce qui m'interpelle, c'est qu'à 18 ans, on a encore beaucoup d'abstentions chez les jeunes, donc la question que je me pose, c'est comment est-ce qu'on fait pour que les jeunes s'emparent davantage de leur droit de vote, le jour où les jeunes participeront massivement aux élections à 18 ans, je pense qu'on pourra s'interroger sur le fait d'abaisser l'âge à 16 ans.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Une dernière question, ce rapport sur le bureau de Gérald DARMANIN, le ministre du Budget de la Fonction publique, sur le fait que près d'un fonctionnaire sur trois ne ferait pas 35 heures, en tout cas, 190.000 d'entre eux, sur un million qui ont été testés, donc ça fait un peu moins de 20 %, n'ont pas de raison de ne pas faire 35 heures, ça pourrait faire économiser 30.000 emplois publics, pourquoi on ne le fait pas ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, c'est un rapport qui a été demandé par le gouvernement précisément pour être efficace et pour pouvoir prendre les décisions ou les mesures qui s'imposent. Il y a un projet de loi sur la Fonction publique qui sera présenté mercredi en Conseil des ministres, et l'objectif…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est un rapport qui arrive à point nommé pour appuyer ce…

GABRIEL ATTAL
Eh bien, l'objectif avec la discussion parlementaire, c'est justement d'aller vers cet objectif, que tous les fonctionnaires travaillent 35 heures, ce qui semble tout à fait légitime.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci beaucoup Gabriel ATTAL d'avoir été notre invité.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 mars 2019