Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, à RTL le 27 mars 2019, sur les élections européennes et la construction européenne.

Texte intégral

YVES CALVI
Elizabeth MARTICHOUX, vous recevez ce matin Nathalie LOISEAU, Ministre des Affaires européennes et tête de liste La République en Marche aux élections européennes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes en effet encore Ministre des Affaires européennes ; bonjour Nathalie LOISEAU.

NATHALIE LOISEAU, MINISTRE DES AFFAIRES EUROPEENNES
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Encore quelques heures…

NATHALIE LOISEAU
C'est ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et merci de nous réserver votre première interview depuis que vous avez été investie officiellement tête de liste La République en Marche pour les européennes. D'abord un mot de vous, si vous le permettez. Vous n'avez pas un profil trop techno, technocrate pour espérer réconcilier les Français avec l'Europe.

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, c'est ce que disent ceux qui ne me connaissent pas et c'est parfois ce que disent ceux qui n'ont pas envie de parler du projet. Moi, j'ai passé ma vie à travers le monde. J'ai passé ma vie sur des terrains très difficiles et parfois très différents. Je ne me suis jamais vue comme une technocrate, je ne me reconnais pas dans cette caricature. Ce que je suis, c'est une engagée de l'Europe, une passionnée de l'Europe, quelqu'un qui veut porter les intérêts des Français en Europe. Je trouve que ça ne nuit pas quand on veut changer quelque chose de savoir comment ça marche.

ELIZABETH MARTICHOUX
En 2014, vous étiez l'invitée du Journal inattendu sur RTL. Vous étiez alors directrice de l'ENA. Vous sembliez quand même déjà vouloir vous débarrasser de votre image. Ecoutez.

Le Journal inattendu de RTL – document de 2014 :

NATHALIE LOISEAU
C'est vrai, je suis diplomate mais je n'aime pas la langue de bois. Je dirige l'ENA mais je ne suis pas énarque. Je suis féministe mais je ne règle mes comptes avec aucun homme. Bref, je n'aime ni les étiquettes, ni les idées reçues, ni les parcours tout tracés.

ELIZABETH MARTICHOUX
Waouh ! Pour un peu vous vous définiriez comme une rebelle, Nathalie LOISEAU.

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, je suis une engagée. C'est pour ça que je fais de la politique, c'est parce que je veux changer les choses.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, et vous n'aimez pas les étiquettes. Vous assumez celle de La République en Marche, réputée compétente, connaisseuse des dossiers, pas forcément perçu comme proche des Français.

NATHALIE LOISEAU
Là encore, c'est toujours facile de décrire qui on ne connaît pas. Moi j'ai passé, par exemple, toute cette année sur le terrain. Mon travail consiste notamment à écouter les Français, qu'ils soient artisans, agriculteurs, qu'ils aient une PME, savoir ce que l'Europe leur apporte, les difficultés aussi qu'ils rencontrent…

ELIZABETH MARTICHOUX
On va en parler d'ailleurs.

NATHALIE LOISEAU
Pour pouvoir porter ça au niveau européen, et c'est comme ça qu'on peut être efficace, je crois.

ELIZABETH MARTICHOUX
« Je ne suis pas langue de bois » vous venez de dire ; c'était en 2014.

NATHALIE LOISEAU
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
On imagine que vous le dites toujours. Franchement, est-ce que vous ne regrettez pas votre déclaration de candidature face à Marine LE PEN sur France 2 d'une façon qui paraissait peu spontanée, pour ne pas dire même complètement fabriquée ?

NATHALIE LOISEAU
C'est les commentateurs qui ont commenté. Moi ce que j'ai lu, c'est les messages des Français. A la fois pour me dire qu'aller sur le ring voir Madame LE PEN, tout le monde ne le fait pas. Je n'ai pas eu l'impression qu'on se battait pour l'affronter. Ensuite, moi j'ai parlé avec mon coeur, avec mes tripes aussi. J'avais envie à ce moment-là de ne plus me débiner. Vous savez, ce n'est pas facile de se dire : « Je vais solliciter la tête de liste et il faut que je trouve un moment pour l'annoncer. » Si vous écoutez vos conseillers, ils vous disent qu'on va faire ça petit-à-petit, j'allais dire, dans l'entre soi de la politique à l'ancienne. Là, vous avez des millions de téléspectateurs. Vous avez entendu beaucoup de contre-vérités.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez l'impression de prendre un risque là ? De sauter dans le vide au moment où vous l'avez dit ?

NATHALIE LOISEAU
Je me suis mise en risque, oui, parce que je n'avais pas prévenu les chefs de la majorité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous aviez prévenu Emmanuel MACRON.

NATHALIE LOISEAU
Emmanuel MACRON souhaitait que je sois tête de liste.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et vous l'aviez prévenu que vous alliez le faire de cette façon-là ?

NATHALIE LOISEAU
Emmanuel MACRON était en Afrique.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous l'aviez prévenu ?

NATHALIE LOISEAU
Il a entendu que je l'avais fait à ce moment-là.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous l'aviez prévenu.

NATHALIE LOISEAU
Je l'ai fait spontanément à ce moment-là. Je ne suis pas une vieille bête de foire de la politique politicienne, je vous le confirme.

ELIZABETH MARTICHOUX
Votre numéro deux, Pascal CANFIN, sur la liste révélée hier, la trentaine de noms en tout cas…

NATHALIE LOISEAU
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Jouit d'une belle estime dans les milieux écolos, dans les milieux européens. Yannick JADOT, qui est tête de liste des Verts, dit que la ficelle est un peu grosse : « On ne compense pas une absence de politique écologique par un casting. » En gros, il dit que c'est votre alibi écolo.

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, je connais bien Pascal CANFIN. Il n'a pas une tête d'alibi. Il nous rejoint parce qu'il le souhaite, parce qu'il veut comme nous agir au niveau européen pour être pleinement efficace pour cette transition écologique qui est l'urgence climatique. Nous, nous sommes totalement convaincus que nous devons apporter aux Français, aux Européens, une réponse à la hauteur sur l'urgence climatique. Je rappelle en outre que Pascal CANFIN n'est pas le seul à porter ces convictions sur cette liste, je les porte moi aussi. Mais vous avez Irène TOLLERET qui est agricultrice dans le sud de la France, qui a déjà fait la transformation dans le bio de son exploitation ; vous avez Pascal DURAND qui est encore aujourd'hui député européen écologiste ; vous avez Catherine CHABAUD, navigatrice, qui travaille sur la dépollution des océans. Ça n'est pas une prise mais c'est une très bonne nouvelle pour la liste, pour les Français, que Pascal CANFIN nous rejoigne.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui. C'est un fait exprès d'avoir mis autant d'inconnus du grand public sur la liste ? C'est quoi ?

NATHALIE LOISEAU
C'est le renouvellement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce que la cause européenne y gagnera en fait ?

NATHALIE LOISEAU
D'avoir des Européens dont l'histoire est une histoire d'engagement pour l'Europe mais aussi d'une une histoire d'insatisfaction. Tous ceux qui sont sur la liste, ce sont des gens qui croient que l'Europe peut faire mieux, doit faire mieux. Qui ont envie de s'y consacrer. Qui se sont tous engagés à être à 100% sur leur mandat, à être présents à Bruxelles et à Strasbourg en permanence, à porter des vrais sujets…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça, c'est le renouvellement ? Ça c'est un tacle à la pratique qui consistait il y a encore quelques années à concevoir les listes européennes comme une espèce de fourre-tout, de cimetière des éléphants ?

NATHALIE LOISEAU
Exactement et je crois que c'est ce qui faisait que les Français ne s'intéressaient pas beaucoup aux élections européennes. Aujourd'hui vous avez une liste, une très belle liste, une très belle équipe de gens qui veulent vraiment se donner à ce projet, vraiment défendre les intérêts des Français en Europe.

ELIZABETH MARTICHOUX
On verra comment se passe la campagne. Quel sera l'axe majeur de la campagne précisément pour vous ?

NATHALIE LOISEAU
L'axe majeur, c'est le projet. C'est permettre aux Français d'avoir une Europe qui les protège mieux, qui aujourd'hui soit respectée dans le monde.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pardon, mais vous êtes en contradiction déjà avec Pascal CANFIN. Qu'est-ce qu'il dit hier dans Le Monde ? « L'écologie sera l'axe majeur de la campagne, premier transversal du projet » ; il n'hésite pas. Ce n'est pas ce que vous venez de nous dire.

NATHALIE LOISEAU
L'écologie mais aussi l'Europe sociale parce que c'est une urgence. Faire en sorte qu'il y ait un SMIC européen, c'est une urgence. Ne plus se concurrencer les uns et les autres entre Européens, c'est une urgence. Permettre d'avoir des champions européens, faire qu'en sorte par exemple, et ça rejoint les préoccupations écologiques, mais d'avoir une alliance européenne des batteries. Faire que l'intelligence artificielle soit un projet porté par l'Union européenne et pas un projet porté par la Chine ou par les Etats-Unis. Voilà ce que nous portons. L'urgence écologique, l'urgence climatique, elle est transversale à tout ça et là-dessus je rejoins Pascal CANFIN.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous ne me répondez pas tout à fait de la même façon, mais enfin vous allez vous caler, on espère pour vous. Vous pouvez compter sur votre principal adversaire…

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, nous sommes complémentaires. C'est bien d'avoir des facettes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous pouvez compter sur votre principal adversaire j'imagine, le Rassemblement national, pour vous rappeler qu'une des priorités de la campagne, qu'il mettra en tout cas en priorité, c'est l'immigration. Emmanuel MACRON dit dans sa tribune, la tribune qui l'a publiée dans un certain nombre de journaux européens récemment, qu'il faut remettre à plat Schengen.

NATHALIE LOISEAU
Exactement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça veut dire quoi ?

NATHALIE LOISEAU
Ça veut dire que Schengen a été créé en commençant par abattre les frontières intérieures sans renforcer les frontières extérieures. Il est temps d'être sérieux, il est temps d'avoir 10 000 hommes pour la police européenne des frontières. Aujourd'hui on en a 600. Ça veut dire aussi que les pays membres de Schengen doivent tous prendre leurs responsabilités et être solidaires.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça c'est quoi ? C'est pour la Hongrie, c'est pour la Pologne qui refusent d'accueillir des réfugiés ?

NATHALIE LOISEAU
Il ne s'agit pas de montrer du doigt un pays ou un autre. On est dans Schengen, on accepte de contrôler ses frontières mieux que certains ne le font…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et s'ils ne le font pas ?

NATHALIE LOISEAU
Et on accepte d'être solidaire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ils ne le font pas, il ne se passe rien.

NATHALIE LOISEAU
Sinon on ne bénéficie pas de la liberté de circulation, sinon on est suspendu de Schengen.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc c'est une menace. Vous voulez possiblement remettre en cause la libre circulation intérieure de l'Europe ?

NATHALIE LOISEAU
Ce que nous voulons, c'est que les pays qui bénéficient de cette libre-circulation la fassent fonctionner au mieux des intérêts des Européens. Il ne peut pas y avoir simplement des avantages et aucune responsabilité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc c'est une menace qui est brandie.

NATHALIE LOISEAU
Ce n'est pas une menace, c'est une règle du jeu.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui mais la règle du jeu, vous ne pouvez pas l'appliquer pour l'instant.

NATHALIE LOISEAU
C'est justement pour cela qu'il faut la renforcer. Si on est tous d'accord que Schengen c'est un plus, que nos travailleurs…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous voulez dire l'unanimité ?

NATHALIE LOISEAU
Non, ça ne se fait pas à l'unanimité.

ELIZABETH MARTICHOUX
A la majorité qualifiée.

NATHALIE LOISEAU
Exactement. Si nous sommes tous d'accord que faire circuler les travailleurs, les idées, les étudiants est un plus pour l'Union européenne, alors il faut se donner les moyens que cet espace de circulation, il soit sûr et il soit contrôlé.

ELIZABETH MARTICHOUX
Sur RTL, on va consacrer une série sur l'Europe qui fait avancer ou l'Europe qui bloque. Donnez-moi un exemple de bénéfice européen pour les Français.

NATHALIE LOISEAU
Hier au Parlement européen, et je remercie l'un des membres de notre liste qui est encore parlementaire européen qui se présente à nouveau, Dominique RIQUET, d'être allé voter, c'est un vote majeur : aujourd'hui les créateurs, les artistes, voient leurs droits protégés dans l'univers du numérique grâce à l'Europe.

ELIZABETH MARTICHOUX
L'Europe qui nuit au contraire, l'Europe qui pénalise.

NATHALIE LOISEAU
L'Europe qui pénalise, c'est quand elle a fait trop de normes. Il lui est arrivé d'en faire, elle en fait moins aujourd'hui. Il faut que nous soyons vigilants. Il ne faut pas compliquer la vie des PME ; il ne faut pas que les réglementations européennes soient là pour protéger des lobbies ; il faut qu'elles soient là pour protéger les Européens, les consommateurs par exemple.

ELIZABETH MARTICHOUX
Question courte, réponse courte. L'Allemagne suggère que Strasbourg ne soit plus le siège du Parlement européen. Il y a une question de rationalisation à la fois financière, écolo d'ailleurs, que tout se passe à Bruxelles.

NATHALIE LOISEAU
Alors ce n'est pas l'Allemagne, c'est un parti politique. Ce n'est pas la même chose.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est la patronne de la CDU, la successeure de MERKEL.

NATHALIE LOISEAU
Strasbourg, c'est le coeur de la démocratie en Europe. C'est le Parlement européen, c'est la Cour européenne des droits de l'Homme. Si un jour vos droits sont bafoués, c'est à Strasbourg qu'ils sont défendus.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc ?

NATHALIE LOISEAU
C'est le Conseil de l'Europe. On a besoin de tout sauf d'une Europe recroquevillée dans une bulle à Bruxelles avec des technocrates.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous refusez d'ouvrir ce débat ? Il n'est pas question d'ouvrir ce débat ?

NATHALIE LOISEAU
Il n'est pas question d'ouvrir ce débat.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a un dessin ce matin à la une du Canard Enchaîné, Nathalie LOISEAU : Emmanuel MACRON qui vous parle. Il vous dit : « L'équation est simple, Nathalie. Tu me fais gagner ou tu endosses l'échec. » Que ça vous plaise ou non, de votre réussite ou de votre échec dépend une grande partie de la suite du quinquennat ; vous devez arriver en tête. C'est ça l'enjeu pour le président.

NATHALIE LOISEAU
L'enjeu c'est que notre projet soit le premier projet qui convainc les Français. Parce que si on veut une France forte, il faut que l'Europe soit transformée.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous envisagez de ne pas arriver en tête ?

NATHALIE LOISEAU
Mon but, c'est d'arriver en tête bien sûr. C'est pour ça que je me bats, c'est pour ça que j'y vais.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous la sentez la responsabilité sur les épaules ?

NATHALIE LOISEAU
Bien sûr. Et c'est enthousiasmant qu'on me fasse confiance et qu'on puisse porter quelque chose d'aussi beau avec des colistiers et une liste aussi convaincante auprès des Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dernier conseil des ministres donc dans quelques minutes.

NATHALIE LOISEAU
Dernier conseil des ministres.

ELIZABETH MARTICHOUX
Votre démission va entraîner un remaniement. Est-ce qu'il pourrait être plus large, s'étendre au départ du porte-parole Benjamin GRIVEAUX ?

NATHALIE LOISEAU
Ça n'est pas à moi de le dire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui. Vous êtes candidate, ça y est, vous êtes sur le ring. Vous lui dites quoi ? « Viens te battre, sors du gouvernement. Viens te battre pour Paris » puisque c'est ça son combat ? Vous lui dites quoi ?

NATHALIE LOISEAU
C'est à lui de décider et c'est au président de savoir s'il veut faire un remaniement, de quelle taille. Ça n'est pas à moi, ça n'a jamais été à moi et encore moins aujourd'hui où je quitte le gouvernement. Avec regret parce que c'était une équipe formidable mais avec enthousiasme.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous aurez un petit message d'adieu pour vos confrères ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, ce qui se dit au conseil des ministres reste au conseil des ministres.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais dites-le nous.

NATHALIE LOISEAU
Bien sûr, oui, oui. Ça a été un très grand plaisir et un très grand honneur de servir les Français au gouvernement. C'est une autre manière de servir mes compatriotes que de mener cette liste.

ELIZABETH MARTICHOUX
Nathalie LOISEAU, pleinement et entièrement tête de liste dans quelques heures après le conseil des ministres, puisqu'elle quitte le gouvernement. Merci d'avoir été ce matin sur RTL. Bonne journée.

NATHALIE LOISEAU
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 mars 2019