Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à Sud Radio le 8 juillet 2019, sur la grève des corrections de copies du baccalauréat et le calendrier de la session parlementaire de rentrée.

Texte intégral

CECILE DE MENIBUS
C'est le « Petit déjeuner politique » de Marc FESNEAU, qui est ministre auprès du Premier ministre et chargé des Relations avec le Parlement.

PATRICK ROGER
Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

PATRICK ROGER
Alors, avant de parler de tous les sujets d'actualité, je crois que vous vouliez rendre hommage aussi ce matin à une députée qui vient de décéder, qui vient de trouver la mort.

MARC FESNEAU
Patricia GALLERNEAU, qui était députée du groupe que j'ai présidé jusqu'au mois d'octobre, qui était une combattante politique depuis des années auprès du MoDem et qui avait beaucoup oeuvré pour l'écologie et pour défendre cette cause-là, en particulier contre Notre-Dame-des-Landes, elle a été une combattante acharnée de cette cause-là.

PATRICK ROGER
Oui, c'est ça, elle était élue en Loire-Atlantique dans un premier temps, avant d'être en Vendée.

MARC FESNEAU
Avant d'être en Vendée. Elle s'était installée pour sa retraite en Vendée. C'était une députée qui était à la fois toujours très souriante, mais qui avec ce sourire portait beaucoup de convictions pour le groupe MoDem et pour l'ensemble de l'Assemblée c'est une triste nouvelle, elle est tombée malade en début d'année et malheureusement elle nous a quittés hier.

PATRICK ROGER
C'est le fléau de beaucoup de gens, le cancer.

MARC FESNEAU
Le fléau de beaucoup de gens, absolument, elle l'a fait avec beaucoup de discrétion, mais c'était ça nature, elle parlait assez peu d'elle. Mais vous savez, en politique on a souvent des compagnons comme ça, de route, qui vous suivent depuis des années, la politique c'est parfois un peu rude, mais on a aussi des gens qui vous ont suivis, elle a été de tous les combats, en 2010 elle avait été tête de liste aux régionales, elle avait été candidate aussi en 2012 aux législatives et la chance avait plutôt souri en 2017, mais et c'est quelqu'un qui devant l'engagement ne s'était jamais démentie au fil des années.

PATRICK ROGER
La politique, vous le dites, c'est un peu rude, c'est-à-dire que, plus rude que dans certains autres secteurs. Et il y a vraiment des coups tordus, il y a de la pression, tout ça.

MARC FESNEAU
C'est difficile, mais c'est un engagement qui est d'abord un engagement quotidien et de tous les instants, c'est une passion aussi, on ne peut pas faire de la politique sans passion, et en même temps les combats sont parfois injustes, on a l'impression de défendre une cause qui est juste et puis on n'y arrive pas, et puis parfois…

PATRICK ROGER
Et on est un peu entre le marteau et l'enclume, non, ou pas ?

MARC FESNEAU
On est en plus entre…

PATRICK ROGER
C'est-à-dire un président ou un Premier ministre et puis la population qui veut que ça aille plus vite.

MARC FESNEAU
Enfin, je ne sais pas si c'est entre le marteau et l'enclume, ce n'est pas le sujet, je crois que la politique c'est l'art d'essayer entre ce que l'on souhaiterait et ce que l'on peut faire, de trouver un compromis et c'est toute la noblesse de la politique.

PATRICK ROGER
Oui. Alors, le bac 2019, certains sont au rattrapage aujourd'hui, sans savoir vraiment s'ils devaient l'être, en raison des rétentions de notes. Il y a certains syndicats qui veulent porter plainte. Vous les encouragez aussi à ça ou pas ?

MARC FESNEAU
Enfin, moi je trouve que la responsabilité des syndicats ça serait de faire en sorte que… ça aurait été de faire en sorte que les copies soient rendues en temps et en heure. Je pense que le dysfonctionnement auquel on assiste…

PATRICK ROGER
Il y a un double-jeu de la part des syndicats, non ?

MARC FESNEAU
Je ne sais pas si c'est un double jeu, en tout cas on ne peut pas, à la fois, avoir prôné, en tout cas pour certains d'entre eux, une forme d'irresponsabilité collective qui est celui de laisser des jeunes et des parents sans connaître le sort qui leur sera réservé au bac, et le bac c'est la porte d'entrée pour l'université, où il y a des parents qui se préoccupent en cette saison, et même parfois avant, de savoir où leurs enfants vont aller, comment les loger et comment organiser l'année scolaire qui s'annonce, et donc je ne suis pas sûr que le l'exercice du droit de grève soit compatible dans cette mesure-là, avec l'idée qu'on retienne des copies. On peut avoir des divergences avec un gouvernement, avec une majorité, on peut avoir des divergences avec une mesure, le droit de grève est un droit fondamental, est un droit constitutionnel, mais d'une certaine façon, retenir des copies c'est aller à l'inverse de ce qu'est l'engagement je crois de la très grande majorité des enseignants, qui est celui de rendre des copies, c'est la première fois d'ailleurs que ça arrive en France, et je pense que c'est un très mauvais signal. C'est toute une...

PATRICK ROGER
Il y avait eu mai 68, dans des conditions un peu différentes.

MARC FESNEAU
Oui, mais c'est toute une corporation qui est touchée, alors que l'immense majorité des enseignants ont fait leur travail de correction des copies, et je trouve que ce n'est pas un bon service qu'on rend à ce métier, qui est un très beau métier, qui est celui d'amener des jeunes en formation, d'amener des jeunes, à leur ouvrir les portes de l'université ou de la vie professionnelle. Et tout ça est très dommage.

PATRICK ROGER
Marc FESNEAU, le président a parlé de prise d'otages, certains disent qu'il n'aurait pas dû employer ce terme. La prise d'otage ça convient dans d'autres situations.

MARC FESNEAU
Non, mais c'est une un terme générique…

PATRICK ROGER
Oui.

MARC FESNEAU
Tout le monde sait bien ce que veut dire… Quand vous retenez la copie et que vous dites à des jeunes qui attendent de savoir s'ils ont l'oral… s'ils ont leur bac…

PATRICK ROGER
C'est une prise d'otages.

MARC FESNEAU
Eh bien je ne vois pas quelle autre terminologie vous pouvez employer. Donc c'est un terme générique qui est souvent employé d'ailleurs dans ce genre d'exercice. On ne peut pas retenir des copies et s'attendre à ce qu'il y ait d'autres réactions que celle-là.

PATRICK ROGER
La loi sur le recyclage et le gaspillage arrive mercredi en Conseil des ministres. La loi va bousculer les acteurs de la filière industrielle, recycleurs, maires. Vous comprenez d'ailleurs les interrogations de ces filières ?

MARC FESNEAU
Eh bien je comprends les interrogations, puisque comme vous l'avez dit, l'idée c'est de cette bousculer un certain nombre de choses. Pourquoi ? Parce qu'on est un pays qui est très en retard ou qui est encore en retard sur les questions de recyclage, le recyclage du plastique, le recyclage dans le bâtiment…

PATRICK ROGER
On est en tard par rapport à certains, mais on avance par rapport à d'autres.

MARC FESNEAU
On est en retard par rapport à un certain nombre de pays, et notamment sur un certain nombre de filiales, je pense à la filière plastique où manifestement on est en retard, sur la filière travaux, bâtiments publics, où manifestement on est en retard, donc il faut qu'on avance et qu'on avance d'un grand pas, parce que derrière le recyclage c'est aussi l'économie des moyens et des matières, et on a besoin dans un moment que nous vivons, qui est un moment de transition écologique, de donner des signaux assez forts et c'est tout le sens de la loi qui est portée par Brune POIRSON.

PATRICK ROGER
Vous avez été élu local, Marc FESNEAU…

MARC FESNEAU
Oui.

PATRICK ROGER
… vous savez quand même que… et vous avez l'impression que rien n'a été fait sur le plan local ? Parce que moi j'ai vu quand même beaucoup d'investissements de la part de maires, de communautés de communes.

MARC FESNEAU
Vous ne m'avez pas entendu dire que rien n'avait été fait, je dis simplement qu'il faut aller plus loin sur un certain nombre de sujets, on voit bien que sur le plastique c'est assez insatisfaisant, l'idée n'est pas de jeter l'opprobre sur les élus locaux et les collectivités locales qui ont fait leur part du chemin…

PATRICK ROGER
Qui disent encore, d'ailleurs on va nous prendre de l'argent là du coup, parce qu'on a investi, et puis on a une filière qui marche bien.

MARC FESNEAU
Oui, j'ai lui qu'elles disaient qu'il y avait une filière, enfin, marche bien, non, puisque sur le plastique on n'est pas au terme du travail qu'on doit faire.

PATRICK ROGER
Ben oui, mais…

MARC FESNEAU
Oui, mais si ne elle marche pas bien, il faut peut-être qu'on se donne les moyens, les uns les autres, d'avancer. Il y aura un dialogue, le texte est présenté au Conseil des ministres mercredi, il y aura un dialogue qui a déjà eu lieu d'ailleurs mais qui se poursuivra avec les collectivités, il sera examiné à l'automne à l'Assemblée nationale et au Sénat, et à ce moment-là il y aura des choses qui seront clarifiées.

PATRICK ROGER
On ne va pas se tirer une balle dans le pied, quand même, pour notre industrie, d'une façon générale ?

MARC FESNEAU
Ah, je ne crois pas du tout, parce que c'est une filière, l'économie circulaire, la lutte contre le gaspillage, c'est aussi des filières, on voit bien d'ailleurs des initiatives qui naissent dans les territoires, qu'on appelle les Ressourceries, où on essaie de recycler le plus longtemps possible un certain nombre de produits, je pense que c'est des milliers d'emplois, de capacités d'emploi et de filières non délocalisables, par ailleurs, qu'on peut créer dans notre pays. Nous avons tous des smartphones dans nos poches, on utilise des smartphones avec des métaux qui sont rares, avec des produits qui sont rares, qui sont en voie de raréfaction d'ailleurs, sur lesquels les Chinois d'ailleurs sont en train de faire une pression terrible…

PATRICK ROGER
Mais ça, on va continuer ça.

MARC FESNEAU
Oui, sauf que l'idée c'est de pouvoir recycler mieux ces produits et faire en sorte qu'on je les jette pas à la poubelle.

PATRICK ROGER
Oui, mais est-ce qu'on ne devrait pas plutôt interdire à nos frontières des produits où il n'y a pas de garantie sur la fabrication et puis des choses qui sont fabriquées en plastique ?

MARC FESNEAU
Mais, une chose est la garantie de la fabrication, mais une fois que le consommateur l'a ou que des gens le vendent, notre responsabilité c'est de faire en sorte qu'on récupère le maximum de ces produits, parce qu'on voit bien qu'on est dans une société dite de consommation, qui prend qui prend peu de précautions avec des matériaux ou des métaux qui sont rares.

PATRICK ROGER
Un dernier mot quand même sur ce point, vous pouvez rassurer ce matin les maires qui déjà ont vu la suppression de la taxe d'habitation et se disent que la barque va être décidément chargée ?

MARC FESNEAU
Moi je pense que le texte de loi tel qu'il est proposé, et il y aura des débats, il permettra à la fois de combiner cette exigence de recyclage et cet équilibre des collectivités. Il y aura un autre texte d'ailleurs sur les collectivités à l'automne, qui va venir faciliter l'engagement des élus et par ailleurs simplifier un certain nombre de choses qu'on appelait la Loi NOTE, la nouvelle organisation territoriale de la République, ça a été beaucoup dit au moment du Grand débat, par les élus, qu'il fallait simplifier, qu'il y avait des modalités d'exercice des compétences qui n'étaient pas satisfaisantes et je crois que le projet de loi qui est présenté par Sébastien LECORNU dans le mois de juillet également, permettra de répondre aussi à ces attentes. J'étais avec des élus d'Ille-et-Vilaine vendredi et je crois qu'ils attendent beaucoup de ça.

PATRICK ROGER
Marc FESNEAU, ça bosse encore donc à l'Assemblée nationale…

MARC FESNEAU
Je vous le confirme.

PATRICK ROGER
Jusque quand, alors, vous allez jouer les prolongations jusqu'au mois d'août ou pas ?

MARC FESNEAU
Non. Non, on est…

PATRICK ROGER
Quand est-ce que vous arrêtez ?

MARC FESNEAU
On devrait terminer la dernière semaine de juillet. On a fait le choix de terminer le cycle des textes qui avaient été engagés, des cycles de textes importants : le projet de Loi santé, le projet de Loi sur la Fonction publique, le projet de loi sur les mobilités, il y a une commission mixte paritaire entre l'Assemblée nationale et le Sénat cette semaine. C'est des textes qui sont à la fois une partie de la réponse à la crise que nous avons connue, et puis des textes qui sont profondément de transformation et donc on devrait terminer dernière semaine de juillet.

PATRICK ROGER
Et puis il y en a certains qui sont reportés, parce qu'il y avait embouteillage, comme l'audiovisuel par exemple.

MARC FESNEAU
Enfin, reportés, non, l'audiovisuel…

PATRICK ROGER
Décalés.

MARC FESNEAU
Ils seront programmés en 2020. On va rentrer dans la période de l'automne qui est une période budgétaire, qui est une période très engageante, et puis par ailleurs à l'automne on aura le projet de loi dont on vient de parler, les projets de loi dont on vient de parler, le projet de loi sur bioéthique également.

PATRICK ROGER
Oui, et les retraites.

MARC FESNEAU
Et les retraites, en attendant…

PATRICK ROGER
Ça, ça promet d'être un peu chaud justement les discussions ? Vous êtes chargé de travailler vous avec l'ensemble des parlementaires.

MARC FESNEAU
Oui, alors on a deux choses. D'abord on a le rapport Delevoye qui va être produit dans les jours qui viennent, et qui permettra de donner les grands éléments de ce qu'est la réforme du système des retraites. Ça n'est pas le texte de loi, le rapport qui sera proposé par Jean-Paul DELEVOYE, c'est les grands attendus de cette réforme du système…

PATRICK ROGER
Absolument.

MARC FESNEAU
Et à partir de là, l'idée c'est de produire un texte de loi qui permettra de faire en sorte qu'on fasse converger les systèmes de retraite et que chaque citoyen français sache que pour un euro cotisé, il a le droit à la même prestation retraite de son voisin, si je peux dire, et donc c'est un exercice compliqué puisque c'est un exercice de convergence et je suis sûr que le débat avec les organisations syndicales, c'est bien elles avec lesquelles il faut discuter, et avec les parlementaires, sera fructueux.

PATRICK ROGER
Donc, réformes ça va être compliqué, l'éducation ce sera sans doute aussi un peu chaud, puisque les enseignants veulent revenir aussi un peu à la charge à la rentrée, face à Jean-Michel BLANQUER.

MARC FESNEAU
Eh bien c'est la réforme Jean-Michel BLANQUER, sur la réforme du bac, je pense que c'est des réformes du système. On est dans un pays où tout le monde dit qu'il faut réformer, qu'il y a des choses qui ne fonctionnent pas, et que dès que vous commencez à toucher à quelque chose, on vous dit : ah, il ne fallait pas toucher à ça.

PATRICK ROGER
Oui, et l'ouverture…

MARC FESNEAU
Et je crois que les Français nous font quand même le crédit d'essayer et de porter cette volonté de réforme, et je pense qu'on en a bien besoin.

PATRICK ROGER
Et l'ouverture de la PMA pour toutes ? Ça…

MARC FESNEAU
Oui, c'est dans le cadre du projet de loi bioéthique.

PATRICK ROGER
Quelle est la position d'ailleurs du MoDem ?

MARC FESNEAU
La position du MoDem, globalement, on ne va pas rentrer dans le détail parce que je pense que la position du MoDem…

PATRICK ROGER
Ah… mais ça nous intéresse quand même.

MARC FESNEAU
Si, je vais rentrer dans le détail, je veux dire le détail des votes. C'est pour ça que je vous dis ça, c'est parce que comme le groupe En Marche, comme la plupart des groupes d'ailleurs, on a décidé de laisser la liberté de vote sur ce texte, comme la plupart des textes quand il y a des sujets de bioéthique. Ce n'est pas un texte qui portera que sur la PMA, c'est un texte qui portera aussi sur la question de la filiation, la question de l'accès aux origines, enfin il y a des tas de sujets, la question de la recherche…

PATRICK ROGER
Oui, mais on a l'impression que vous n'êtes pas tout à fait en phase quand même, le MoDem, avec la République En Marche.

MARC FESNEAU
Non non non. Moi j'écoutais François BAYROU hier, on est en phase pour la grande majorité d'entre nous, avec l'idée qu'il faut ouvrir la PMA, c'est un droit qui ne prive pas les autres d'un droit, et par ailleurs c'est un droit qui s'exerce pour un certain nombre de gens, par-dessus nos frontières, si je peux dire, donc c'est une hypocrisie de dire que ça n'existe pas.

PATRICK ROGER
En revanche, pas question d'aller à la GPA.

MARC FESNEAU
Non, parce que je crois que c'est une…

PATRICK ROGER
Même si ça se fait déjà dans certains pays et que…

MARC FESNEAU
Non non, il n'est pas question pour nous d'aller à la GPA, parce que… et ce n'est pas la volonté de la majorité, parce que ça porte en soi, au-delà du sujet lui-même, la question de la marchandisation du corps, qui est un sujet qui a toujours été refusé en France.

PATRICK ROGER
Oui. Un mot, puisqu'on parle des familles politiques, là il y a un moment assez critique au sein de la République En Marche, c'est le choix pour la Mairie de Paris : Benjamin GRIVEAUX, Cédric VILLANI, vos faveurs, vous ?

MARC FESNEAU
Mais il ne vous aura pas échappé que je ne suis pas la République En Marche, on va laisser la Commission…

PATRICK ROGER
Bon. Vous êtes MoDem, mais vous êtes alliés.

MARC FESNEAU
Oui, mais on va laisser d'abord la Commission d'investiture de la République En Marche pour dire son candidat, et puis nous après nous rentrerons en dialogue avec les…

PATRICK ROGER
Est-ce qu'ils n'auraient pas dû faire des primaires, là, avec cette Commission nationale d'investiture ?

MARC FESNEAU
Après tout, j'entends très bien la question qui est posée, mais si on la fait là, pourquoi on ne la fait par ailleurs ? Il semble que l'exercice des primaires, tel que nous n'avons vécu au moment de la présidentielle, n'a pas été couronné d'un franc succès, parce que la primaire c'est : on parle à soi-même et on ne parle pas aux électeurs. La primaire, simplement circonscrite aux électeurs de son propre camp, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne formule, le MoDem a toujours été assez opposé aux primaires, en disant que c'était un système qui privait les électeurs en première intention du vote, et après quand on arrive au vote, on a des surprises.

PATRICK ROGER
Eh bien oui, il y a toujours des surprises. Il pourrait y avoir la surprise par exemple Edouard PHILIPPE pour la Mairie de Paris, Marc FESNEAU ou pas ?

MARC FESNEAU
C'est à lui de se déterminer. Moi je refuse de rentrer…

PATRICK ROGER
Ce serait un bon candidat ?

MARC FESNEAU
Je refuse de rentrer là-dedans, parce que c'est à Edouard PHILIPPE de se déterminer et de dire ce dont il a envie, c'est un bon Premier ministre, je pense qu'il a porté avec grande force au moment de la crise, la parole gouvernementale, et au moment de l'acte 2, on a besoin de lui évidemment.

PATRICK ROGER
A propos de la Mairie de Paris, vous soutenez la déclaration d'Emmanuel MACRON qui dit qu'on ne devrait pas refuser le financement de TOTAL pour les Jeux olympiques de 2024 ?

MARC FESNEAU
Eh bien il y a une forme de facilité, quand on dit : on a besoin de moyens financiers pour accompagner un projet comme celui des Jeux olympiques, de se priver des moyens de TOTAL, ça n'empêche pas qu'on puisse avoir des exigences avec TOTAL. TOTAL est une…

PATRICK ROGER
Donc il faudrait discuter avec TOTAL.

MARC FESNEAU
Eh bien, qu'est-ce que c'est que cette opprobre que l'on jette sur une entreprise, par ailleurs française ce n'est pas parce qu'elle est française qu'elle est vertueuse en tant que telle, mais en tout cas c'est une entreprise dont on peut plutôt espérer qu'on essaie de l'accompagner sur la transition écologique. Et elle est tout à fait consciente que de toute façon il faudra qu'elle change son métier. D'ailleurs elle a commencé à changer son coeur de métier. Et donc cette façon de dire : je n'en veux pas, parce que par nature elle a des activités avec lesquelles, qui ne sont pas conformes aujourd'hui avec la transition écologique, je pense que c'est une erreur.

PATRICK ROGER
Le mot de la fin, Marc FESNEAU, avec Cécile de MENIBUS.

CECILE DE MENIBUS
Il n'y a que 16 % de femmes à la tête des mairies en France, vous évoquiez tout à l'heure la rudesse de la politique, alors est-ce que c'est ça ou est-ce que c'est un phénomène historique où les femmes n'étaient pas incluses dans la vie politique depuis des années et des années ?

MARC FESNEAU
Ecoutez c'est un fait, c'est assez regrettable. Alors d'abord il y a deux sujets. Il y a une grande partie des communes pour lesquelles il n'y a pas d'obligation de parité, c'est une question qu'il reviendra d'ailleurs dans un texte qui va venir à l'automne, parce que je pense que, après tout, dans les territoires ruraux, moi j'ai été élu en 95, il y avait 9 femmes et 6 hommes dans le Conseil municipal, donc nous étions à front renversé, c'était une heureuse chose…

CECILE DE MENIBUS
Non mais le problème va plus loin, c'est qu'elles ne se présentent pas.

MARC FESNEAU
Oui. Alors là, je dis souvent en plaisantant : quand vous demandez à un homme s'il veut être candidat, j'en ai jamais vu qui disaient non, et quand vous demandez à une femme si elle veut être candidate, elle se pose toujours des questions qui sont saines, mais qui les freinent d'une certaine façon, de, est-ce que j'aurai le temps, est-ce que j'ai la capacité ? Donc d'abord il y a une nécessité d'encouragement des femmes. Dans le projet de loi d'ailleurs que portera Sébastien LECORNU, il y aura la volonté d'essayer de favoriser l'engagement des femmes.

CECILE DE MENIBUS
Vous voulez dire quoi, que c'est de la mésestime de soi ?

MARC FESNEAU
Oui, il y a un peu de ça, et je pense que la société toute entière elle fait porter sur les femmes parfois le sentiment qu'elles ne seraient pas capables, et ça serait bien parfois d'ailleurs que les hommes se posent la question de la même façon, me semble-t-il, et donc ça serait…

PATRICK ROGER
A propos…

MARC FESNEAU
Je pense qu'il faut encourager ça, et puis deux, je disais ça à des élus l'autre jour, le choix du moment des réunions, l'heure à laquelle on pose les réunions, c'est aussi un choix qu'on fait sur salarié, pas salarié, homme ou femme. Quand vous mettez à des horaires où manifestement les uns et les autres, où les unes et les autres…

CECILE DE MENIBUS
Ont des engagements…

MARC FESNEAU
Ont des engagements.

CECILE DE MENIBUS
… enfin, personnels.

MARC FESNEAU
Professionnels ou personnels, vous freinez l'engagement et donc c'est une oeuvre collective que nous devons faire.

PATRICK ROGER
A propos des femmes, Marc FESNEAU, d'un mot, le Grenelle sur les violences faites aux femmes, arrive simplement au mois de septembre. C'est un peu trop tard, il faudrait prendre des premières décisions.

MARC FESNEAU
Non mais il y a déjà des décisions qui sont prises, d'abord c'est un drame absolu. Le Grenelle il vise à mobiliser la société toute entière. Il y a une forme de, comment dirais-je, de regard qui est porté toujours un peu à distance, y compris de la société, sur ces questions-là, une espèce de tabou qu'on a toujours du mal à lever, et donc c'est l'attention de tous les autres. C'est l'attention de la justice, l'attention de la police, mais l'attention de toute une société pour ne laisser passer aucun acte et que, au fond, la peur change de camp.

CECILE DE MENIBUS
Mais pourquoi on attend si longtemps ?

MARC FESNEAU
Ça fait des années qu'on attend. Je pense qu'il y a des dispositifs qui sont en route, la garde des Sceaux a évoqué la question du bracelet parce que je pense que c'est une façon d'éloigner des personnes dont on sait parfois qu'elles peuvent être dangereuses, qu'elles ont commis des actes de violence, ça doit se faire sous couvert de la Justice.

CECILE DE MENIBUS
Vous dénonceriez, vous ?

MARC FESNEAU
Ah oui, sans aucune difficulté. Je pense que… J'ai été maire et il m'est arrivé de signaler aux gendarmes des situations où je soupçonnais, parce que je ne suis pas juge, je ne suis pas policier, des situations. Il ne faut jamais rien laissé passer, c'est comme la violence faite aux enfants, vous savez, c'est-à-dire qu'on pense qu'il se passe quelque chose, il ne faut jamais laisser passer ça, parce que ça garde, en fait ça n'est pas dans l'enceinte simple du foyer familial que les choses doivent rester fermées, il faut que ça regarde la société tout entière.

PATRICK ROGER
Merci Marc FESNEAU, ministre auprès du Premier ministre et chargé des Relations avec le Parlement, était l'invité ce matin de Sud Radio.

MARC FESNEAU
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 juillet 2019