Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, à RMC le 5 novembre 2019, sur la sécurité dans les banlieues et l'habitat insalubre à Marseille.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Julien DENORMANDIE, bonjour.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes ministre chargé de la Ville et du Logement, vous allez partir à Chanteloup-les-Vignes avec le Premier ministre tout à l'heure, Julien DENORMANDIE. Alors, à Chanteloup, des imbéciles ou des criminels ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien, est-ce que ce sont des imbéciles ? Ça évidemment, évidemment. C'est un groupe de jeunes qui s'attaquent à des symboles, des lieux de culture, des écoles, des lieux pour rechercher des emplois. Est-ce que ce sont des criminels ? La justice le dira, parce que des enquêtes sont en cours, mais ce qui est sûr c'est que moi je veux que la justice elle applique des peines très fermes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, c'est un acte criminel !

JULIEN DENORMANDIE
C'est la justice qui le dira, mais moi je vous le dis très clairement, il faut que la justice elle soit très ferme, très ferme, parce que c'est intolérable, c'est inqualifiable ce qui s'est passé, et donc il faut que les peines soient à la hauteur des actes qui ont été commis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais oui, mais Julien DENORMANDIE, si jamais ce sont des mineurs ils ne seront pas peut-être, je ne sais pas…

JULIEN DENORMANDIE
On verra.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous savez ce que dit l'opinion publique, elle dit « oui, ce sont des mineurs, on va les relâcher six mois après »…

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez on est dans un Etat de droit, il y a des règles, mais ce qui est sûr c'est qu'il faut qu'on ait une justice forte et il faut aussi qu'on ait une justice qui rende rapidement la peine, parce que parfois c'est trop long, et donc ce matin on se rend à Chanteloup-les-Vignes avec Christophe CASTANER, avec Nicole BELLOUBET…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce que vous allez dire tout à l'heure ?

JULIEN DENORMANDIE
Il y aura différents sujets, il y aura le sujet de la sécurité, de montrer comment on fait pour renforcer encore la sécurité sur un tel…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Trafics de stupéfiants dans ce quartier ?

JULIEN DENORMANDIE
Trafics de stupéfiants, parlons-en, la justice le dira, mais ce qu'on sait c'est que moi j'ai des projets de rénovation urbaine, qu'on porte avec la maire Catherine ARENOU, qui fait un boulot formidable, et parmi les tours qu'on détruit il y a une tour qui embête les réseaux, on le sait, parce que c'est un point de deal, on le sait. Est-ce qu'il faut céder à ça ? bien au contraire, il faut aller encore plus fort dans la rénovation, détruire cette tour, faire en sorte qu'un nouveau cadre soit créé, et que, en parallèle, la sécurité évidemment soit assurée, et que quand la sécurité n'est pas assurée, eh bien qu'on mette plus de forces de police pour y aller, c'est ça la réponse globale, mais on ne va pas se laisser, ici intimider, ou là arrêter par une bande de jeunes qui, par des actes de violences, essayent de créer un sentiment d'impunité, un sentiment d'insécurité. On ne lâchera pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce que l'on voit à Chanteloup-les-Vignes, ce que l'on a vécu à Chanteloup-les-Vignes, pas nous, mais les habitants de Chanteloup-les-Vignes, on l'a vécu à Béziers récemment avec l'incendie de cette école, on le vit régulièrement dans des quartiers, dans des banlieues de villes, à Chenove près de Dijon récemment, et ailleurs encore.

JULIEN DENORMANDIE
Vous avez raison, et moi j'insiste, parce qu'en tant que ministre de la Ville, vous savez… dans ces quartiers, qui pâtit de cette insécurité ou de ces actes de violences ? Ce sont avant tout les habitants. Arrêtons là aussi de faire un amalgame, ce sont les habitants. Regardez ces images de jeunes en pleurs devant cette arche, ici à Chanteloup-les-Vignes, qui a été cramée, moi ma responsabilité c'est de faire en sorte que ces territoires, qui regorgent de talents également, qui regorgent de potentiels, on puisse aussi en parler d'une autre manière, pour faire en sorte que cette réussite républicaine elle s'applique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ces territoires, Julien DENORMANDIE…

JULIEN DENORMANDIE
Et par exemple, ce lieu, moi je veux en tant que ministre de la Ville…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce que vous allez en faire, qu'est-ce que vous allez faire, est-ce que ça va être reconstruit, ça va être reconstruit très vite ?

JULIEN DENORMANDIE
Très vite, et la maire l'a dit, Catherine ARENOU l'a dit, l'Etat sera à ses côtés, et c'est bien normal…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que l'Etat va participer au financement, à la reconstruction ?

JULIEN DENORMANDIE
Je vais en parler tout à l'heure avec la maire, mais en aucun cas il ne faut que des considérations financières empêchent de le construire, et donc l'Etat sera au rendez-vous, évidemment, évidemment. J'en parlerai tout à l'heure…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aidera à la reconstruction.

JULIEN DENORMANDIE
Evidemment, et j'en parlerai tout à l'heure avec la maire pour l'accompagner, mais évidemment qu'on sera là, parce que c'est cette réussite républicaine, donner à chacun des lieux de culture, des lieux où trouver du boulot, des lieux d'émancipation, c'est très important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, mais en attendant, très bien pour Chanteloup-les-Vignes, très bien, il faut reconstruire évidemment, il faut essayer de chasser ces dealers, ces trafics de stupéfiants, de ce quartier, mais c'est partout, partout.

JULIEN DENORMANDIE
Il n'y a aucune fatalité Jean-Jacques BOURDIN. Dans les forces de sécurité, il faut voir d'où on part. 2007-2012, vous avez 10.000 forces de sécurité en moins dans notre pays, depuis 2017 on en met 10.000 de plus, dans les quartiers c'est déjà 600 qui sont arrivées, c'est comme ça qu'on va gagner la bataille de la sécurité. Sur la justice, on était en Seine-Saint-Denis, non pas Chanteloup-les-Vignes, on était en Seine-Saint-Denis il y a quelques jours avec le Premier ministre, on a fait une annonce très importante, on renforce les officiers de police judiciaire, pour faire en sorte que la justice elle passe plus vite sur notre territoire, essentiel. Et puis moi, mon boulot, c'est de faire en sorte qu'on lutte contre le fléau du chômage dans ces quartiers, deux fois plus élevé que sur le reste du territoire, deux fois plus élevé, alors qu'il y a des jeunes qui demandent, absolument pas l'aumône, qui demandent de pouvoir bosser. Donc, c'est toute cette réponse, une fermeté totale contre ceux qui cassent, intolérable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et la légalisation de la vente de cannabis ce n'est pas une solution ?

JULIEN DENORMANDIE
Je ne pense pas, moi je suis contre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous, vous êtes contre ?

JULIEN DENORMANDIE
Je suis contre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais que certains y réfléchissent beaucoup, même au gouvernement.

JULIEN DENORMANDIE
Moi j'ai beaucoup travaillé sur la question, beaucoup échangé avec les policiers, je ne parle pas des médecins, évidemment, mais je suis contre parce que je pense qu'un trafic succéderait à un autre trafic, et qu'il n'y a pas une question de légaliser des trafics, il y a une question qui est de faire appliquer un Etat de droit partout sur notre territoire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Marseille, 1 an après l'effondrement des deux immeubles de la rue d'Aubagne. Alors, l'Etat avait promis, vous-même, avait promis d'engager 240 millions d'euros, 17 millions ont été dégagés sur les 240, pourquoi, 1 an après, seulement 17 millions d'euros ?

JULIEN DENORMANDIE
Attendez, je vais y revenir. D'abord, on est 1 an après ce drame, je voudrais vraiment témoigner ma solidarité, mon soutien auprès de tous les Marseillais. Je l'ai dit à plusieurs reprises, je me suis beaucoup rendu aux côtés de Marseillais, je ne les lâcherai pas vis-à-vis de ce fléau qu'est l'habitat indigne. On a énormément travaillé pendant 1 an, on a géré l'urgence. Vous l'avez rappelé ce matin, près de 3500 personnes qui ont été délogées suite à ce drame, 8 personnes qui sont malheureusement décédées, et donc pendant 1 an on a géré l'urgence. Il reste encore quelques centaines de personnes à l'hôtel, et donc ça veut dire que cette urgence…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un an après.

JULIEN DENORMANDIE
Un an après, elle n'est pas encore terminée, malgré tous les efforts que nous avons pu faire en termes d'accompagnement, en termes d'identification des logements vacants, personne ne peut comprendre qu'il y ait des logements vacants dans cette cité phocéenne alors qu'au même moment des personnes doivent être relogées. Et puis j'ai entrepris, en parallèle de ce volet d'urgence, la reconstruction de l'habitat de Marseille, et les mots sont forts, parce qu'on a des milliers de logements vacants là-bas, et donc j'ai annoncé plusieurs projets de politique publique, 240 millions d'euros dédiés aux copropriétés dégradées, 117 millions d'euros dédiés à la rénovation urbaine, des préfinancements à 100 % des travaux d'urgence, et en 1 an on a effectivement, déjà, déboursé 17 millions d'euros, sur l'urgence et sur les études…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous dites 240 millions d'euros sur 10 ans, c'est ce que vous dites ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, le plus vite possible, sur 10 ans c'est parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon, c'est ce que vous aviez dit, mais…

JULIEN DENORMANDIE
Mais le plus vite possible…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le plus vite possible, mais alors, il faut y aller plus vite encore.

JULIEN DENORMANDIE
Mais, c'est ce que je fais. Vous, comme moi, vous savez bien que rénover un immeuble ça ne se fait pas en 8 mois, soyons sérieux, ça ne se fait pas en 8 mois, et donc aujourd'hui on a dédié les financements, on a créé le cadre. Et comment on fait pour aller plus vite ? Eh bien je l'ai annoncé là, tout récemment, je vais créer – elle sera opérationnelle, on est en train de finir les statuts, avec les collectivités – une société de rénovation de l'habitat à Marseille, une société qui ne fera que ça, une société où l'Etat sera actionnaire, qui ira chercher les logements, les rénovera et les remettra sur le marché. Pourquoi ? Mais pour accélérer, parce que, évidemment, il faut aller le plus vite possible. Mais, vraiment, je veux arrêter ces débats sur les chiffres, en 1 an on a déjà fait 17 millions d'euros pour financer les études et aujourd'hui déployer le plus rapidement possible ces projets de rénovation, l'impatience des Marseillais c'est la mienne aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 novembre 2019