Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes, à France-Info le 27 août 2019, sur le "Grenelle des violences conjugales" et la PMA pour toutes les femmes.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

MARC FAUVELLE
On va parler longuement de la PMA, puisque les débats débutent à partir d'aujourd'hui à l'Assemblée nationale, mais d'abord un mot sur la situation au Brésil. Le président brésilien a refusé cette nuit l'aide international qui venait d'être décidée hier à Biarritz, lors du G7, il n'en veut pas pour venir à bout des incendies chez lui. C'est un bras d'honneur ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, je crois qu'il faut reprendre de la hauteur dans ce débat. L'Amazonie, ça a été dit à de nombreuses reprises, et ça a été dit par le président de la République au moment du G7 et d'ailleurs au préalable également, ce n'est pas juste un territoire brésilien, l'Amazonie c'est l'un des poumons de la planète, donc l'entièreté de la planète est concernée par le sort de l'Amazonie. Et au demeurant, la France particulièrement, puisqu'il y a une frontière, comme vous le savez, avec le territoire français via la Guyane. Donc la question, le sort de l'Amazonie, ne concerne pas uniquement le Brésil, ne concerne pas uniquement le président brésilien, mais concerne vraiment le monde entier.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'on peut le forcer à accepter une aider internationale ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, ça, ça va être de la prérogative du président de la République de répondre au président brésilien. Moi j'observe qu'il y a eu un élan de volonté, notamment de la part de personnalités, vous avez vu qu'il y a des acteurs par exemple qui ont donné des millions de dollars pour soutenir l'Amazonie, mais surtout au G7, le président…

MARC FAUVELLE
Millions de dollars qui n'arriveront pas sur place.

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, et au G7, le président de la République a obtenu un accord avec l'intégralité des pays du G7 qui se sont engagés pour fournir une aide concrète, pour faire en sorte que l'Amazonie arrête de brûler. Parce que tout le monde partage des photos en disant : il faut prier pour l'Amazonie, il faut soutenir l'Amazonie etc. Là il y a une action concrète qui est engagé au G7 avec l'ensemble des chefs d'Etat de ce club informel de chefs d'Etat du G7, je crois qu'il serait bon pour le monde entier de l'accepter.

RENAUD DELY
Mais vous dites que ce sera la prérogative du président de la République que de répondre au président BOLSONARO, mais peuvent-ils encore se parler ? Jusqu'où ira cette crise entre la France et le Brésil ? On a vu que le président BOLSONARO a aussi insulté Brigitte MACRON.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, le président de la République française, Emmanuel MACRON, a fait preuve de beaucoup de sang-froid et a répondu très clairement, rappelant le mandat qui était le sien, il est président de la République française, il a un mandat de la part des Français pour les représenter, et il a rappelé que lui avait toujours traité avec la plus grande courtoisie tous ses homologues, dans le respect de la démocratie et dans le respect des relations diplomatiques habituelles.

RENAUD DELY
Même si le président brésilien, lui, a dénoncé un comportement néocolonialiste de la France à l'endroit du Brésil et de l'Amazonie ?

MARLENE SCHIAPPA
Je crois que le président de la République française lui a répondu là aussi en rappelant justement cette frontière française via la Guyane, et je crois encore une fois que là on ne doit pas… ces débats-là ne sont pas de mon point de vue, ces réflexions ne sont pas de mon point de vue personnel à la hauteur des enjeux, on parle là de dérèglement climatique, on parle là d'enjeux environnementaux majeurs, on parle de l'Amazonie qui est en train de brûler. Je crois qu'il faut que chacun puisse mettre les désaccords politiques et politiciens de côté, ce n'est pas le concours de qui a fait quoi, qui décide le plus, le mieux, parle le plus fort etc., c'est vraiment un enjeu d'efficacité et c'est ce qu'a porté le président Emmanuel MACRON au moment du G7.

RENAUD DELY
En marge du ce G7 justement, il y a un texte qui a été annoncé dans le cadre de l'enjeu de l'égalité entre les femmes et les hommes, qui était un enjeu à l'ordre du jour de ce G7. Emmanuel MACRON a évoqué un partenariat de Biarritz, et dans ce cadre-là, vous Marlène SCHIAPPA, vous allez porter un nouveau texte sur l'émancipation économique des femmes à l'horizon 2020, il faut un nouveau texte pour avancer dans ce domaine de l'égalité hommes/femmes et de l'émancipation économique des femmes donc dans leur vie professionnelle ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, en fait depuis plusieurs mois le président a installé un Conseil consultatif pour l'égalité femmes/hommes, qui est coprésidé par les deux co-Prix Nobel de la Paix de cette année, Nadia MURAD et Denis MUKWEGE, avec 35 expertes et experts mondiaux de l'égalité entre les femmes et les hommes. Et ces experts ils ont fait une revue des meilleures lois du monde pour l'égalité femmes/hommes, et le président Emmanuel MACRON a porté ce partenariat de Biarritz au G7, en demandant à tous les pays du G7 de s'engager à abolir les lois discriminantes pour les femmes dans le monde, et à soutenir au moins une nouvelle loi dans l'année, pour l'égalité femmes/hommes, et donc la France a choisi de montrer l'exemple, et s'est d'ores et déjà engagée à implémenter une loi pour l'émancipation économique des femmes, notamment pour soutenir l'entrepreneuriat des femmes, mais aussi la place des femmes dans l'économie, dans l'innovation et dans d'autres sujets.

MARC FAUVELLE
Ces derniers jours, à Toulouse, Marlène SCHIAPPA, une femme de 26 ans a été tuée à coups de couteau par son mari. Il s'agit de la 96ème ou peut-être 97ème femme tuée par son compagnon ou mari depuis le début de l'année. On fait quoi ?

MARLENE SCHIAPPA
On fait plusieurs choses. D'abord, vous savez qu'il y a un Grenelle des violences conjugales le 3 septembre, mais le gouvernement n'a pas attendu depuis 2 ans, nous agissons, nous avons pris toute la mesure de ce phénomène et de ce fléau, d'ailleurs c'est la raison pour laquelle le président a décrété l'égalité femmes/hommes grande cause du quinquennat, c'est parce qu'il y a ce constat et ces chiffres glaçants qui ne bougent pas, année après année. Donc nous avons créé une plate-forme de dialogue avec les policiers et les gendarmes, qui est disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, nous avons donné un objectif au numéro du 39 19, de répondre à 100 % des appels, en augmentant considérablement les moyens qui vont avec, mais nous pensons qu'il faut aller plus loin, c'est la raison pour laquelle le 39 19, à Matignon, sous l'égide du Premier ministre Edouard PHILIPPE, se tient ce Grenelle des violences conjugales, et nous allons mettre tous les sujets sur la table, pour que chacun prenne des engagements forts et que toute la société se mobilise face à ces féminicides.

MARC FAUVELLE
Vous en attendez quoi sur la question par exemple de l'éloignement des hommes violents ?

MARLENE SCHIAPPA
J'en attends beaucoup et je crois que ce Grenelle des violences conjugales il sera une réussite si chacun ne vient pas en se renvoyant la balle ou en renvoyant la responsabilité les uns aux autres, mais si chacun vient vraiment avec des engagements que chacun et chacune peut prendre. La question de l'éloignement des conjoints violents elle est très importante, vous avez raison de la mentionner, elle existe dans la loi, mais elle est très peu appliquée, elle n'est pas mise en oeuvre. Ça fait partie de…

RENAUD DELY
Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu'elle n'est pas mise en oeuvre ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, il y a plusieurs raisons, si on peut rentrer dans le détail. D'abord…

RENAUD DELY
C'est de la faute des magistrats ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, moi je ne veux pas rentrer dans le « c'est de la faute d'untel ou untel », c'est une responsabilité collective. Mais sur l'éloignement du conjoint violent, il faut qu'il survienne après une décision de justice. Les délais de la justice sont actuellement beaucoup trop longs en matière de violences conjugales. Vous avez dans les 96 féminicides que vous avez mentionnés cette année, des femmes qui avaient déposé plainte, entre le moment de la plainte et le moment du jugement, elles ont été tuées.

MARC FAUVELLE
Le mari ou le compagnon est revenu.

RENAUD DELY
Donc c'est une question de moyens ? Il faut davantage de moyens pour justement raccourcir ces délais ?

MARLENE SCHIAPPA
Tout et rien est une question de moyens. C'est une question avant tout, de mon point de vue, de volonté politique.

MARC FAUVELLE
Le délai de la justice, Marlène SCHIAPPA, ne correspondra malheureusement jamais au délai d'un couple qui se déchire, on parlera de semaines ou de mois, alors que là c'est une réponse en heures ou parfois en minutes qu'il faut donner.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, vous avez raison de souligner qu'il y a une vraie difficulté et je la compare souvent à la difficulté… à ce qu'on rencontre face au phénomène de terrorisme, d'ailleurs l'Espagne appelle les violences conjugales le terrorisme machiste, parce que quand vous avez face à vous quelqu'un qui est déterminé à tuer, quelles qu'en soient les conséquences, moi j'ai souvent fait face à des hommes qui n'avaient aucune crainte de la prison, qui n'avaient aucune crainte des sanctions, qui étaient simplement déterminés à tuer leur compagne ou leur ex-compagne, quelles qu'en soient les conséquences, y compris parfois devant des témoins. C'est ce que l'on a vu encore récemment d'ailleurs en Turquie, il y a une vidéo atroce qui a circulé sur les réseaux sociaux, avant d'en être retirée, où une femme est tuée par son ex-conjoint, dans un bar, filmée par des caméras de surveillance, avec pour témoin leur petite fille de 10 ans. C'est la raison pour laquelle il est extrêmement difficile, avec une politique publique, d'empêcher quelqu'un qui est déterminé à tuer, de tuer, et c'est pour ça qu'on a besoin d'une mobilisation générale, que les témoins interviennent, que la police prenne effectivement les plaintes, ne laisse pas ressortir des commissariats les femmes sans solution, et qu'il y ait un accompagnement. C'est pour ça qu'on a lancé le recrutement de 73 psychologues dans les commissariats également.

MARC FAUVELLE
Marlène SCHIAPPA, vous restez avec nous, dans un instant on va évoquer la PMA puisque le texte arrive, entame aujourd'hui son parcours législatif. Vous nous direz comment vous espérez ne pas revivre ce que la France a connu il y a quelques années au moment du mariage pour tous. 08h41, Lauriane DELANOË pour le rappel de l'info.

-Pause rappel de l'info-

MARC FAUVELLE
Marlène SCHIAPPA, la Commission spéciale entame donc aujourd'hui les auditions au sujet du projet de loi bioéthique qui prévoit notamment l'extension de la PMA à toutes les femmes, qu'elles soient seul ou en couple. Qu'est ce que vous dites aux Français qui n'en veulent pas ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord, je crois qu'il y a eu une très petite minorité de Français qui n'en veulent pas, les dernières études montrent qu'il y a près de 70 % des Françaises et des Français qui sont favorables ou très favorables à l'ouverture de la PMA.

MARC FAUVELLE
Vous savez, pardon vous interrompre, qu'au moment du mariage pour tous, on nous a expliqué la même chose, et on a vu que la proportion ensuite avait changé pendant les manifestations. Il faut toujours se méfier des enquêtes d'opinion sur les sujets de société, vous le savez aussi bien que moi. Qu'est ce que vous dites à ceux qui n'en veulent pas ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord, je dirais que la société a évolué depuis les débats sur le mariage pour tous, et je pense que maintenant la société est prête à avancer sur la PMA. Je crois qu'il faut mettre personne de côté dans le débat, mais je crois que ça, le président l'a dit et martelé, mes collègues qui sont en charge de cette loi, Frédérique VIDAL, Agnès BUZYN, Nicole BELLOUBET, ont mené des mois de concertations, notamment avec…

MARC FAUVELLE
Pourquoi ce n'est pas vous ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors moi je suis en charge de les seconder sur le volet…

MARC FAUVELLE
Secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes, ça pourrait être chez vous, non ?

MARLENE SCHIAPPA
Ça pourrait…

MARC FAUVELLE
La PMA pour toutes les femmes.

MARLENE SCHIAPPA
Ça pourrait, mais l'égalité… la PMA nous ne l'ouvrons pas au dessus de l'égalité femmes/hommes, depuis le début il a toujours été très clair que les trois ministres en charge de la PMA étaient les ministres de la Santé, ça me paraît quand même le plus logique sur la PMA, de l'Enseignement supérieur et de la recherche pour le volet vraiment recherche, et à la base Frédérique VIDAL est une biochimiste et chercheuse et donc qui a toute expertise pour intervenir là-dessus, et la garde des Sceaux puisqu'il y a des volets de droit importants, on l'a évoqué, la dénomination des parents, le droit de la filiation etc. Moi je seconde dans le cadre du gouvernement, ces débats sur le volet lutte contre l'homophobie, dialogue avec les associations, etc. pour être très précise.

RENAUD DELY
Vous dites, Marlène SCHIAPPA, que la société française a évolué, qu'il n'y a plus qu'une toute petite minorité, ce sont vos mots, que vous évaluez à 30 % hostiles à l'extension de la PMA à toutes les femmes…

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas moi qui l'évalue, ce sont les instituts de sondages.

RENAUD DELY
Ça signifie que vous n'avez aucune crainte quant à la répétition d'une mobilisation des opposants à la PMA comme on l'avait vu à l'occasion du mariage pour tous ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je ne vais pas vous dire que je n'ai aucune crainte. D'abord je crois que les phénomènes qu'on a vécus ces derniers mois notamment avec les Gilets jaunes, nous amène à la plus grande humilité dans les analyses de capacité de mobilisation de tel ou tel opposant ou de telle ou telle partie de la population.

RENAUD DELY
Ses opposants peuvent être nombreux dans la rue demain.

MARLENE SCHIAPPA
Je n'en sais rien, je ne peux pas vous dire qu'ils le seront ou qu'ils ne le seront pas. Ce que j'observe néanmoins c'est qu'il y a vraiment un espace de débat. Au moment du mariage pour tous peut-être n'y avait-il pas eu cet espace de débat qui ait pu exister notamment au Parlement, c'est en tout cas qu'avaient dit quelques opposants au mariage pour tous. Là il y a eu d'abord les états généraux de la bioéthique je crois que tout le monde s'est largement exprimé. Ce matin, juste avant moi, vous receviez encore la Manif pour tous, je crois que la Manif pour tous a vraiment un temps d'audience dans les médias qui est très large, on ne dira pas le contraire.

RENAUD DELY
C'est légitime.

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas à moi de faire la liste des invités, simplement en tant qu'observatrice, je vois qu'il n'est pas rare qu'on allume la télé ou qu'on allume la radio et qu'on tombe sur des représentants de la Manif pour tous, donc je ne crois pas qu'il soit interdit…

MARC FAUVELLE
Et vous avez constaté que vous êtes invitée juste après pour répondre à ce qu'elle a dit tout à l'heure.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, mais ce n'est pas du tout un reproche…

MARC FAUVELLE
Tout ça n'est pas entièrement innocent dans la programmation de nos invités.

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas du tout un reproche que je vous fais, je ne me permettrais pas, c'est simplement une observation. Je crois qu'ils ne sont pas écartés du débat, et surtout il y aura un débat parlementaire, et toutes les sensibilités pourront s'exprimer au moment du débat parlementaire, c'est la démocratie.

MARC FAUVELLE
Vous comprendriez qu'il y ait des Françaises et des Français qui descendent dans la rue contre la PMA pour toutes les femmes ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne vais pas comprendre ou ne pas comprendre les motivations des uns et des autres, j'observe encore une fois qu'il y a une large majorité de Français, de mon point de vue, qui sont assez indifférents à l'ouverture de la PMA. Il y a très peu de gens qui sont opposés, la PMA elle n'enlève aucun droit à personne, elle met simplement en conformité une situation et elle met fin à une discrimination qui existait, puisque, non pas entre femmes et hommes, mais entre femmes, puisque quand vous étiez une femme mariée, hétérosexuelle, vous aviez accès à la PMA, et pas quand vous étiez une femme mariée avec une autre femme, c'était une discrimination, le droit international l'a dit, nous nous mettons en conformité tout simplement.

MARC FAUVELLE
La Manif pour tous a donc déjà prévu de manifester début octobre contre la PMA pour toutes les femmes, voici pourquoi, une des raisons en tout cas, donnée par la présidente de la Manif pour tous, Ludovine de LA ROCHERE.

LUDOVINE DE LA ROCHERE, PRESIDENTE DE LA MANIF POUR TOUS
Tous les pays qui ont étendu la PMA, ont fini par soit rémunérer les hommes, ce qui est absolument contraire au droit français, soit par acheter des gamètes à d'autres pays. Alors comment on garantit que ce ne sera pas le cas ? Quelles sont les garanties, quels sont les moyens, qui va contrôler, est-ce que les Français pourront suivre ce qui va se passer ?

MARC FAUVELLE
Alors, pardon de vous poser la question comme ça, mais est-ce qu'on a assez de gamètes, de spermatozoïdes pour tout le monde ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, la ministre de la Santé s'est exprimée sur ce sujet…

MARC FAUVELLE
Sachant que pour l'instant il n'y en a pas assez pour les couples stériles.

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, mais elle s'est exprimée sur ce sujet, en rassurant très largement, en disant qu'il n'y aurait pas de destruction de stocks de gamètes, puisque c'était une question qui était posée dans le débat. Mais moi il y a une partie de ce qu'a dit Ludovine de LA ROCHERE qui m'interpelle particulièrement, elle fait mention des autres pays. Moi qui viens de passer des mois à travailler dans le cadre de la diplomatie féministe de la France dans le cadre du G7, je peux vous assurer que dans les autres pays comme elle le dit, dans la plupart des autres pays et notamment des pays du G7, cette question fait beaucoup moins débat, la question de l'ouverture de la PMA ça n'est même plus un débat. Si vous allez au Canada, si vous allez même aux Etats-Unis qui est rarement cité comme un modèle de développement pour les droits des femmes, la question de la PMA elle ne fait même plus débat. Donc u moment, au mois d'octobre que vous évoquiez, au moment où peut-être la Manif pour tous envisage de se mobiliser, moi je serai mobilisée aussi sur la loi sur l'émancipation économique des femmes, pour soutenir notamment la réinsertion vers le marché du travail des mères après une pause pour élever leurs enfants, des mères ou des pères au demeurant, donc je souhaite que tout le monde, y compris la Manif pour tous, soutienne cette fois pour l'émancipation économique des femmes.

MARC FAUVELLE
Oui, mais moi je vous repose la question : est-ce qu'il y a assez de gamètes pour tout le monde ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais nous verrons, je ne suis pas madame Soleil, comme disait l'autre, donc je ne peux pas vous dire maintenant s'il y aura suffisamment de gamètes dans 6 mois ou dans 8 mois.

MARC FAUVELLE
Est-ce que ça ne risque pas d'allonger encore les délais ?

MARLENE SCHIAPPA
Non mais je crois qu'il faut mettre fin aussi à un certain nombre de fantasmes, ce n'est pas parce que la loi pour la PMA pour toutes les femmes va être votée, que demain vous aurez des files d'attente dans la rue, de femmes qui veulent se jeter sur la PMA, ça n'est pas vrai, ça ne concerne pas des dizaines de millions de femmes en France. Donc il faut arrêter de se faire peur à bon compte, il faut arrêter de se laisser faire peur aussi, et peut-être écouter les parcours de femmes qui elles veulent avoir un enfant. Moi j'ai reçu encore il y a quelques jours une femme qui m'a dit : « Moi j'ai 42 ans, ça fait 7 ans que j'attends l'ouverture de la PMA, puisque c'est une promesse de François HOLLANDE, qui pendant 5 ans ne l'a pas tenue », cette femme elle a attendu 5 ans en vain, elle a attendu 2 ans là, enfin la loi va peut-être passer. Il y a des vies de femmes derrière…

MARC FAUVELLE
Et il n'est pas sûr qu'elle sera concernée puisqu'il y aura un âge limite qui sera fixé, à 43 ans…

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

MARC FAUVELLE
Donc le temps que la loi passe…

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, et donc je dis ça pour illustrer. Concrètement ce sont des aventures humaines et des histoires de famille qui sont derrière et pas juste des théories ou des dogmes ou des idéologies quelles qu'elles soient.

RENAUD DELY
Il y a une autre question qui fait débat, Marlène SCHIAPPA, à propos de l'extension de la PMA, c'est celle du remboursement. Le gouvernement s'est engagé à rembourser l'extension de la PMA à toutes les femmes, du remboursement par la Sécurité sociale, en l'occurrence un certain nombre de députés d'opposition dénoncent un dévoiement de ce mécanisme de remboursement de la Sécurité sociale, pourquoi faut-il rembourser l'extension de la PMA à toutes les femmes à vos yeux ?

MARLENE SCHIAPPA
Je crois qu'on ne peut pas remplacer une discrimination par une autre discrimination. Vous ne pouvez pas dire qu'il y a un même acte, la PMA, et que ce même acte, selon que vous soyez homosexuel ou hétérosexuel, il sera remboursé ou ne sera pas remboursé. C'est impossible, ce n'est pas comme ça que le gouvernement conçoit les actes médicaux.

RENAUD DELY
Les députés de l'opposition, un certain nombre en tout cas, disent que cet acte-là n'est pas, ne consiste pas à lutter contre une maladie, contrairement au remboursement…

MARLENE SCHIAPPA
Mais c'est leur droit de le dire, et c'est leur droit de l'exprimer, ils pourront l'exprimer pendant les débats parlementaires à l'Assemblée nationale, il y aura un vote, et c'est la démocratie, la majorité l'emporta.

MARC FAUVELLE
On va évoquer dans quelques instants, Marlène SCHIAPPA, si vous le voulez bien, l'affaire Epstein et ses conséquences peut-être également en France. Mais d'abord le rappel de l'actualité il est 08h50  sur France Info, Laurianne DELANOË.

-Pause rappel de l'info-

MARC FAUVELLE
La secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes, Marlène SCHIAPPA, invitée de France-Info jusqu'à 09h00, avec Renaud DELY.

RENAUD DELY
Le 12 août dernier, Marlène SCHIAPPA, deux jours après le suicide du milliardaire américain Jeffrey EPSTEIN dans sa cellule à New-York, vous aviez réclamé l'ouverture d'une enquête en France pour faire la lumière sur d'éventuelles ramifications françaises, précisément le Parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire en fin de semaine dernière sur cette affaire Epstein sur ses éventuelles ramifications en France. Est-ce que vous êtes satisfaite ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, vous savez qu'en vertu de la séparation des pouvoirs, je n'ai pas à commenter l'ouverture d'une enquête par un Parquet. Le Parquet de Paris, comme tous les Parquets de France, est indépendant du gouvernement. Néanmoins…

RENAUD DELY
C'est ce que vous avait rappelé Nicole BELLOUBET, à l'époque, début août, lorsque vous aviez fait sa demande. Elle avait rappelé qu'effectivement en vertu la séparation des pouvoirs ce n'était pas au gouvernement de demander l'ouverture d'une enquête.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, mais le gouvernement… Ce n'est pas au gouvernement de donner des instructions au Parquet, c'est assez différent, et à aucun moment ni Adrien TAQUET ni moi-même, je ne sais pas si nos auditrices et nos auditeurs voient à quoi je fais référence, mais pendant l'été, je me permets de le rappeler…

RENAUD DELY
Vous aviez publié un communiqué commun avec votre collègue Adrien TAQUET chargé de la protection de l'enfance.

MARLENE SCHIAPPA
Tout à fait, nous travaillons très souvent ensemble Adrien TAQUET et moi-même, puisque la protection de l'enfance et les droits des femmes sont intimement liés, et ce sera encore le cas au Grenelle des violences conjugales, et pendant l'été nous avons échangé sur cette affaire Epstein, vous savez qu'à partir du moment où le principal suspect, accusé en tout cas, meurt, eh bien il n'y a plus de procès, le procès s'arrête.

RENAUD DELY
Les poursuites s'éteignent.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, les poursuites s'éteignent. Nous, pour nous, eu égard à toutes que les remontées d'informations que nous avions et que nous avons toujours de la part des associations, notamment françaises, sur les liens qui peuvent exister entre monsieur EPSTEIN et la France, notamment le fait qu'il possède un immeuble ici, le fait qu'il y ait des allers-retours, le fait qu'il semble avoir des liens avec des gens dans le monde du mannequinat en France, le fait qu'il y ait des victimes françaises qui se soient exprimées, pour nous c'était insupportable de se dire que l'enquête allait s'arrêter là et qu'il y avait peut-être des gens en France qui étaient concernés, qui étaient peut-être même complices et qui ne seraient pas inquiétés. Et donc pour le secrétaire d'Etat à la Protection de l'enfance et pour moi-même, ce communiquait était une manière de rappeler que ce n'est pas parce que vous êtes milliardaire, ce n'est pas parce que vous avez des amis haut placés, que vous avez le droit de vous adonner à des pratiques de réseaux de prostitution, à des pratiques de pédocriminalité, à des pratiques de prédation vis-à-vis notamment des jeunes filles, et je crois que nous sommes dans notre rôle et nous étions dans notre rôle et nous le sommes toujours, en rappelant cela.

MARC FAUVELLE
Marlène SCHIAPPA, ces derniers jours sur des terrains de foot de Ligue 1 et de Ligue 2, des arbitres ont interrompu les matches pendant quelques minutes en raison de chants ou d'insultes homophobes proférées par une partie des supporters, si on peut les appeler comme ça. Est-ce qu'il faut aller plus loin et arrêter définitivement le match et dire à tout le monde : on rentre à la maison tant que ce n'est pas fini ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je vois plusieurs choses sur ce sujet. D'abord je pense qu'arrêter les matches temporairement c'est une manière de ne pas pénaliser outre mesure l'équipe et les joueurs qui ne sont pas responsables des propos des supporters, mais est une manière aussi fermement de marquer le coup et de rappeler les règles. Quand il y a des propos homophobes, des propos racistes qui sont tenus dans le cadre d'un match de foot, on doit pouvoir arrêter le match temporairement pour marquer le coup.

RENAUD DELY
Même si on voit que les incidents se multiplient. C'est-à-dire que les matchs sont interrompus quelques minutes, et on voit que sur un autre stade, quelques jours plus tard les incidents se reproduisent.

MARLENE SCHIAPPA
Moi je pense que plus…

RENAUD DELY
Est-ce qu'il ne faut pas aller plus loin, justement quitte à sanctionner les clubs qui reçoivent en l'occurrence ces supporters ?

MARLENE SCHIAPPA
Je pense que plus les arbitres seront fermes, et je salue d'ailleurs la décision courageuse, quand vous êtes en arbitre, ce n'est pas toujours facile de prendre la décision d'arrêter, même momentanément un match, dont je voudrais saluer la décision qui est courageuse de la part des arbitres de mettre en oeuvre ce règlement qui maintenant permet d'arrêter ce match quand il y a des propos homophobes. Je crois qu'il faut être intransigeant avec l'homophobie partout, parce qu'elle vise les joueurs, mais elle vise aussi les gens qui sont en train de regarder ce match. Moi je suis une grande passionnée de foot, comme vous le savez peut-être, je veux pouvoir continuer à aller au stade avec mes enfants, sans leur expliquer la teneur des propos homophobes.

RENAUD DELY
Etre intransigeant, ça peut être arrêter définitivement le match.

MARLENE SCHIAPPA
Je crois qu'il faut être aussi peut-être gradué dans la réponse, là pour l'instant le règlement permet d'arrêter temporairement le match, nous verrons si cela est efficace, si ça ne l'est pas, il faudra réfléchir à aller plus loin avec la ministre des Sports, avec la Ligue etc., mais là je crois qu'il y a des sanctions qui sont fermes, il y a un rapport qui a été lancé également sur les propos insultants à l'endroit de Stéphanie FRAPPART, l'arbitre féminine, l'arbitre femme qui a arbitré pour la première fois un match joué par des joueurs hommes, je crois que c'est une un message très fort qu'envoie le monde du foot de dire que l'homophobie, le sexisme, le racisme, n'ont plus leur place dans les stades.

MARC FAUVELLE
Quand vous entendez des insultes comme ça dans un stade, quand vous, vous y assistez, vous faites quoi ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est une très bonne question, et je me suis posée la question.

MARC FAUVELLE
Vous partez ou pas ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, moi…

MARC FAUVELLE
C'est Marseille…

RENAUD DELY
Vous supportez l'OM.

MARLENE SCHIAPPA
Alors, moi je suis supporter de l'OM et je suis, j'étais aussi à Ajaccio et je suis allée au stade à Ajaccio, il n'y avait aucune insulte d'ailleurs, je tiens à le préciser.

MARC FAUVELLE
Et à Marseille vous n'avez pas entendu d'insultes.

MARLENE SCHIAPPA
Alors, je suis en train de réfléchir, pour vous répondre honnêtement.

MARC FAUVELLE
Ce serait mieux, si vous voulez bien.

MARLENE SCHIAPPA
Oui. Non non, honnêtement dans les derniers matchs, il ne me semble pas, mais à un moment il y a eu un chant pour lequel je me suis posée la question, et j'étais avec la ministre des Sports d'ailleurs, on a échangé le chant s'est arrêté et nous sommes restés, mais vous avez raison, la prochaine fois je quitterai le stade quand il y aura des chants homophobes.

RENAUD DELY
La prochaine fois vous quitterez le stade, c'est sûr, c'est ferme et définitif.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, tout à fait.

RENAUD DELY
Vous allez donc porter, Marlène SCHIAPPA, un texte sur l'émancipation économique des femmes, pour aller vers l'égalité hommes/femmes, il y a un domaine dans lequel la loi instaure d'ores et déjà la parité entre les hommes et les femmes, c'est la politique, précisément, et les candidatures, mais on voit qu'aujourd'hui un certain nombre de partis politiques préfèrent payer les sanctions financières prévues par la loi plutôt que de présenter autant de femmes que d'hommes. Est-ce qu'il faut alourdir les sanctions financières à l'endroit de ces partis d'après vous ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, je le crois très profondément, parce qu'on voit qu'on a certains partis qui provisionnent le montant des amendes ou le montant en tout cas de la pénalité sur les fonds publics qui leur sont allouées et qui préfèrent donc avoir un budget « on ne va pas investir de femmes », plutôt que d'investir des femmes. Donc dans le cadre de la Loi pour l'émancipation économique que je suis en train de travailler avec Bruno LE MAIRE, qui est une émanation du G7 et une volonté du président de la République, nous allons proposer d'augmenter les pénalités aux partis politiques.

RENAUD DELY
Dans quelles proportions ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi la proposition je mets sur la table c'est de les augmenter en les multipliant par 5, mais c'est une loi qui sera construite en large concertation, donc avec Bruno LE MAIRE nous allons auditionner l'ensemble des élus, des représentants, des associations, et nous verrons quel est le chiffre qui fait consensus parmi tous les acteurs de ce secteur.

RENAUD DELY
Multiplier par 5, ça va ruiner un certain nombre de vos opposants, Les Républicains par exemple doivent payer 9 millions d'euros sur le quinquennat. Vous voulez leur infliger une amende de 45 millions d'euros ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors pour l'instant il n'y a pas de paiement, c'est-à-dire que c'est une retenue sur les subventions d'argent public qui sont données aux partis politiques.

MARC FAUVELLE
C'est de l'argent en moins dans les caisses des partis.

RENAUD DELY
C'est une sanction.

MARLENE SCHIAPPA
C'est de l'argent en moins. Tout à fait, c'est une sanction, mais je l'assume parfaitement, moi je suis persuadée…

RENAUD DELY
Qui peut ruiner un parti politique.

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien il y a une solution très simple pour ça, c'est d'investir des femmes. Moi je suis persuadée que dans le parti Les Républicains il y a des femmes de grand talent, qui sont engagées en politique, qui mériteraient d'être investies tout autant que les hommes, nous sommes en 2019, il n'y a aucune raison que la politique soit encore trustée majoritairement par les hommes. La République En Marche, qui était un parti qui venait d'être créé, a pu investir 50 % de femmes sur des circonscriptions gagnables, je crois que des partis qui ont beaucoup plus d'ancienneté, qui ont été des partis de gouvernement, doivent aussi pouvoir trouver des femmes dans leurs rangs.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.

RENAUD DELY
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 septembre 2019