Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à Public Sénat le 16 septembre 2019, sur le climat politique de la rentrée parlementaire.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Et notre invité politique ce matin c'est Marc FESNEAU, bonjour.

MARC FESNEAU
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci d'être le premier invité de cette émission, vous êtes le ministre chargé des Relations avec le parlement, vous êtes avec nous pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec les télés locales, les Indés Radios et la presse quotidienne régionale, représentée ce matin par Pascal JALABERT, bonjour Pascal.

PASCAL JALABERT
Bonjour Oriane.

ORIANE MANCINI
Vous êtes le rédacteur en chef des journaux du groupe EBRA, ce sont les journaux de l'Est de la France. Avant de parler du calendrier parlementaire, Marc FESNEAU, question d'actualité. Le procès MELENCHON a lieu en fin de semaine, jeudi, vendredi, il sera jugé pour les actes, les incidents lors de la perquisition au siège de son parti il y a 1 an. Hier il a qualifié ce procès de procès politique, il parle d'exécution, "ce n'est ni du droit, ni de la justice" dit-il, que pensez-vous de ces propos tenus par un parlementaire ?

MARC FESNEAU
Moi je regrette qu'on tienne de tels propos vis-à-vis de la justice, il faut laisser faire à la justice son travail. Je pense que le respect des institutions fait qu'on doit à la fois se tenir à la séparation des pouvoirs et se tenir à ne pas commenter les décisions ou les procédures de justice. Jean-Luc MELENCHON a été renvoyé sur la perquisition qui avait eu lieu devant son parti, ou à son parti. Moi je regrette vraiment l'instrumentalisation permanente qu'on fait de la justice, je pense qu'il faut laisser les magistrats faire leur travail tranquillement…

ORIANE MANCINI
Et Jean-Luc MELENCHON instrumentalise la justice pour vous ?

MARC FESNEAU
Je trouve que de dire que c'est un procès politique, il prend le risque d'accréditer la thèse du complot généralisé, nous sommes dans une grande démocratie, personne ne peut remettre en cause – on l'a vu ces derniers jours d'ailleurs – le fait que la justice travaille de manière indépendante, il ne sait pas lui-même d'ailleurs ce qui sera dit lors de son procès, personne ne le sait, on verra ce que diront les uns et les autres, mais je pense qu'on ne rend pas un bon service à la démocratie quand on commence, en permanence, sur ces sujets-là comme sur d'autres d'ailleurs, à introduire le doute. La justice est indépendante dans ce pays, elle fait son travail, et il faut la laisser faire son travail.

PASCAL JALABERT
Jean-Luc MELENCHON dénonce, en gros, une méthode à deux vitesses, "chez moi on perquisitionne, on fait du spectacle, et pas chez les autres", que répondez-vous à ça ?

MARC FESNEAU
J'ai l'impression que le spectacle il était peut-être du côté de Jean-Luc MELENCHON, des perquisitions il y en a eu dans tous les partis politiques, des questions qui ont été posées…

PASCAL JALABERT
Y compris le vôtre.

MARC FESNEAU
Y compris, et il n'y a pas eu d'incident majeur, quand il y a une perquisition vous laissez entrer la police et la police fait son travail. Donc, la mise en scène et la théâtralisation, il me semble qu'elle ne vient pas du côté de la police ou de la justice, c'est le choix qu'a fait Jean-Luc MELENCHON, je le regrette parce que c'est un responsable politique, c'est un responsable politique éminent, mais il ne rend pas service, non pas à lui, ce n'est pas le sujet, il ne rend pas service à la justice, il ne rend pas service à la République et à la démocratie, en agissant ainsi, parce que je pense que dans ces cas-là on introduit un doute, je le répète, qui est de mauvaise manière, de fait, me semble-t-il.

ORIANE MANCINI
Allez, on va parler de la rentrée parlementaire, Marc FESNEAU, c'est un peu votre rentrée des classes, du coup dans quel état d'esprit êtes-vous ?

MARC FESNEAU
Double rentrée des classes, l'Assemblée nationale a commencé, là on a la rentrée complète, puisque le Sénat démarre cette semaine, c'est un état d'esprit à la fois de sérénité et puis d'exigence qu'est la nôtre d'avancer sur un certain nombre de textes et de réformes. Le Sénat va examiner le texte sur l'économie circulaire, et puis après le texte important sur l'engagement des élus locaux, et puis après nous rentrerons dans la traditionnelle séquence budgétaire, et puis à l'Assemblée nationale le texte autour de la bioéthique, qui est déjà passé en commission, et qui va démarre la semaine prochaine. Et je pense que c'est une rentrée qui est exigeante en termes de réformes, et qui nécessite d'autant plus de montrer ce qu'on fait, d'avoir des débats parlementaires qui soient au niveau, qui soient de qualité, je crois comme ce qu'on a eu par exemple sur la bioéthique.

ORIANE MANCINI
On va parler de toutes ces réformes, mais juste, vous organisez ce soir une réception, vous recevez les parlementaires de la majorité dans votre ministère, Edouard PHILIPPE sera présent, Emmanuel MACRON aussi ?

MARC FESNEAU
Je n'infirme ni ne confirme cette information, en tout cas le gouvernement sera présent au grand complet devant les parlementaires pour faire en sorte qu'on puisse débattre des sujets dont on vient de parler, des sujets qu'on a sur la table, c'est un moment toujours important. On a eu un séminaire la semaine dernière et la semaine d'avant, gouvernemental, c'est l'occasion aussi d'échanger avec les parlementaires.

ORIANE MANCINI
Mais il y a de grandes chances qu'Emmanuel MACRON vienne ?

MARC FESNEAU
On verra ce soir.

PASCAL JALABERT
Alors justement, sur un texte comme la bioéthique, tout à l'heure Jean-Marie BOCKEL, sénateur centriste, disait "il se peut que dans notre groupe il y ait des divisions parce que ça dépasse le cadre politique, il y a aussi un côté personnel." Est-ce que sur un texte comme ça le gouvernement donne des consignes, ou le groupe majoritaire doit donner des consignes ou pas ? On a des questions sensibles, la filiation, la PMA bien évidemment, la Procréation Médicale Assistée, comment voyez-vous ce débat ?

MARC FESNEAU
Le président du groupe La République en marche, le président du groupe MoDem à l'Assemblée nationale, ont dit une chose assez simple, qui est assez saine, c'est de dire que, il y avait liberté de vote sur ce texte, ça permet de répondre à la première partie de votre question. La seule exigence qu'on a, si on peut dire que ce soit une consigne, c'est de faire en sorte que les débats se nourrissent dans un cadre qui soit respectueux des opinions de chacun, et je pense que c'est ce qu'on a vu. C'est la grandeur du débat parlementaire de voir qu'on peut discuter de sujets qui sont très complexes, beaucoup plus complexes que parfois la simplification à laquelle on assiste, vous avez parlé de la PMA, il y a la PMA post mortem, il y a la recherche sur les embryons…

PASCAL JALABERT
Remboursement de la PMA.

MARC FESNEAU
Il y a tous ces sujets-là qui sont sur la table, la filiation, vous l'avez dit, et donc la seule exigence qui doit être la nôtre c'est de faire en sorte qu'on prouve, pour l'instant c'est le cas, qu'on peut sur des sujets qui sont très sensibles, qui sont parfois épidermiques, qui renvoient parfois à l'histoire de chacun, qu'on fasse en sorte que le débat soit à la hauteur des enjeux qui sont les nôtres. On est sur des débats d'éthique et de bioéthique, c'est des débats qui engagent la société toute entière, et moi je suis assez satisfait de voir la façon dont en commission, à ce stade, les débats se sont posés, les gens ont pu se parler, les gens ont pu débattre, les gens ont pu contre-argumenter, et je pense que c'est cette attitude-là qui renforce d'une certaine façon le Parlement. Quand vous avez un parlement qui est capable de débattre sans être dans la caricature, je crois que vous rendez service à la démocratie et à la démocratie parlementaire.

ORIANE MANCINI
Vous ne craignez pas un débat violent, pour vous ce sera un débat apaisé ?

MARC FESNEAU
Je veille, en tout cas nous veillons à ce que le débat ne soit pas violent, comme vous le dites, à ce qu'il soit respectueux. On peut avoir des opinions différentes, je pense qu'en démocratie c'est sain d'ailleurs, je ne crois pas du tout qu'on puisse être unanime sur des sujets comme ceux-là, comme sur d'autres d'ailleurs, mais qu'on se mette au niveau du débat, c'est-à-dire qu'on le porte avec la responsabilité qui est celle d'un parlementaire, je trouve que c'est une bonne nouvelle.

ORIANE MANCINI
Hier dans Le Journal du Dimanche François-Xavier BELLAMY, en parlant de la PMA pour toutes, disait "ce sera notre malédiction", il dénonce les apprentis-sorciers de la condition humaine, qu'en pensez-vous ?

MARC FESNEAU
Moi je trouve que François-Xavier BELLAMY en a fait un peu son cheval de bataille, si je peux dire, y compris d'ailleurs aux élections européennes, et il y a eu une réponse des électeurs. Je pense que, être apprenti-sorcier c'est de, comment dirais-je, d'essayer d'agiter les peurs sur des sujets comme ceux-là, Monsieur BELLAMY pense bien ce qu'il veut, mais en tout cas je trouve qu'il ne rend pas service au débat en disant qu'en agitant les peurs…

ORIANE MANCINI
Pour vous c'est l'apprenti-sorcier ?

MARC FESNEAU
Il me semble que quand on commence à poser les mots comme ceux de "malédiction", on emploie les mots plutôt de l'apprenti-sorcier que les mots du responsable politique. La question ce n'est pas la malédiction, la question c'est de savoir quelle est la société dans laquelle on veut vivre, et c'est bien ça qui est au coeur du débat.

PASCAL JALABERT
L'autre grand sujet du moment c'est bien évidemment la réforme des retraites, même si au niveau parlementaire elle n'arrivera qu'après les municipales, fort probablement…

ORIANE MANCINI
Elle arrivera quand d'ailleurs au niveau parlementaire ?

PASCAL JALABERT
Voilà, on a une idée ?

MARC FESNEAU
Le Premier ministre a indiqué que ça sera avant l'été, on verra après dans le calendrier…

ORIANE MANCINI
Votée avant l'été, mais au parlement ?

MARC FESNEAU
On verra, on verra, on a des tas de textes avant, on en reparlera peut-être tout à l'heure, en tout cas c'est avant l'été que le processus sera…

PASCAL JALABERT
C'est la mère de toutes les réformes ?

MARC FESNEAU
Oui, parce que c'est une réforme qui pose à la fois la question de la solidarité, la question de l'universalité des droits, et finalement c'est notre rapport au travail qui est posé au travers de ça, donc c'est une réforme très importante, une réforme souvent reportée, c'est un engagement du président de la République autour de la réforme des retraites à points, moi je pense que c'est une réforme qui vise à rendre le système plus juste, et c'est bien ça qui compte, et à maintenir son universalité et le principe d'une retraite par répartition. Donc je pense que le débat qu'on va avoir, maintenant, parce qu'au fond le processus va commencer maintenant pour ce qui est la partie d'échanges avec les syndicats, d'échanges avec les citoyens français, la première partie a été portée par Jean-Paul DELEVOYE qui désormais est membre du gouvernement, qui était… de créer les conditions techniques, de regarder les attendus techniques du dossier. Maintenant il faut regarder secteur par secteur les conséquences de la réforme…

PASCAL JALABERT
Qu'est-ce qu'il va rester aux parlementaires à la fin, parce que Jean-Paul DELEVOYE a vu tous les aspects techniques, là on va en reparler…

MARC FESNEAU
Il va rester l'essentiel, c'est-à-dire un texte de loi qui donnera le cadre de cette réforme et la façon dont on fait converger les systèmes, ça me paraît plutôt un bon morceau, si vous me passez cette expression, pour les parlementaires il va rester ce que sera le cadre législatif qui permettra de mettre en oeuvre cette réforme.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce qu'elle n'est pas déjà écrite cette réforme ? Vous l'avez dit, Jean-Paul DELEVOYE consulte depuis 2 ans, il y aura encore une consultation…

MARC FESNEAU
Non, non…

ORIANE MANCINI
Est-ce que ce n'est pas déjà écrit ?

MARC FESNEAU
Je ne crois pas du tout. Alors, il faudra qu'on sache sur quel pied danser, si je peux dire, parce que quand on l'écrit on nous dit vous avez tout bâclé d'avance, si je peux dire, et organisé d'avance, et quand on commence à en débattre on dit ce n'est pas prêt. Ni l'un, ni l'autre. On essaye d'avancer, on voit les grands termes généraux de cette réforme, et puis secteur par secteur il faut qu'on regarde les choses comment elles peuvent s'organiser et comment on fait converger les systèmes, donc la réforme n'est pas du tout écrite, les consultations ont commencé la semaine dernière, elles vont se poursuivre maintenant secteur par secteur.

ORIANE MANCINI
On parlait de la réforme des retraites, la grève à la RATP a été très suivie vendredi, on le disait, un nouveau mouvement aujourd'hui avec les avocats, les médecins, les pilotes de ligne. Est-ce que vous redoutez un automne social ?

MARC FESNEAU
Non, je ne redoute pas particulièrement un automne social, je regrette simplement, mais c'est peut-être un peu un mal français, que dans ce pays, quand on pose simplement les principes d'une réforme, ou l'idée d'une réforme, on commence par se mettre en grève, on essaye d'inventer le concept de grève préventive, c'est-à-dire avant de savoir, c'est-à-dire la grève même sur le principe de la réforme, or il y a besoin d'une réforme. Il y a besoin d'une réforme du système de retraite qui n'est pas égalitaire, et quand vous croissez les gens, j'étais dans mon village ce week-end, ils comprennent bien que le système est assez inégalitaire - ce n'est pas une question de pointer les uns ou les autres, c'est une question de justice pour un certain nombre de gens - mais avant d'aller dans un mouvement de grève je trouve que ça serait bien de se mettre autour d'une table pour regarder ce en quoi on est d'accord, ce en quoi on est en désaccord, et ce vers quoi on peut converger. Parce que si la grève c'est le préalable à la discussion, je trouve qu'on ne rend pas non plus un grand service à la démocratie. La grève c'est, pour moi, un droit imprescriptible, un droit naturel, d'une certaine façon, mais c'est plutôt le processus qui amène, quand il y a un échec de la discussion, quand on n'est pas assez entendu, mais là on ouvre les portes pour pouvoir faire en sorte que les uns et les autres…

ORIANE MANCINI
…Les régimes spéciaux seront supprimés.

MARC FESNEAU
Oui, mais ils vont converger, enfin ce n'est pas quelque chose d'abrupt, c'est dans la durée, c'est, il faut regarder quelles sont les conséquences pour les uns et les autres. Les régimes spéciaux ils avaient, pour la plupart d'entre eux, pour ne pas dire tous, des fondements au démarrage, pourquoi il y avait des régimes spéciaux de telle ou telle nature, et il faut le faire, je le répète, sans pointer du doigt les uns et les autres, la question n'est pas de dire il y a des privilégiés ou il n'y a pas de privilégiés, la question c'est de faire un système qui soit plus juste.

ORIANE MANCINI
Un système plus juste, un système égalitaire, ça veut dire des gagnants et des perdants, est-ce que vous assumez de dire qu'il y aura des perdants avec cette réforme des retraites ?

MARC FESNEAU
Mais on verra, l'idée c'est de faire en sorte que, collectivement on ait une réforme qui soit plus juste, après ça fait converger les systèmes, on verra. On voit bien qu'aujourd'hui sont posés les termes, et qu'on nous dit ici il y a des gagnants, ici il y a des perdants, il faut regarder dans la durée comment les choses vont se passer.

PASCAL JALABERT
Faut-il mettre les compteurs à zéro en 2025 ou alors est-ce que là aussi, comme pour la réforme, on peut étaler ça sur plus longtemps ?

MARC FESNEAU
Vous voyez bien que c'est une réforme du système, l'idée des compteurs à zéro c'est plutôt des compteurs à zéro budgétaires, mais en tout cas l'idée que nous avons c'est de faire en sorte qu'on prenne le temps qu'il faut, dans la discussion, mais aussi qu'on prenne le temps qu'il faut dans l'application de la réforme pour que… évidemment quelqu'un qui vient, qui a 55 ans aujourd'hui, on ne lui dise pas « ton régime, alors que tu es déjà à 30 ou 40 ans de cotisation, ton régime disparaît brutalement », donc, s'il faut prendre le temps, on prendra le temps. Quand on a des réformes de systèmes de cette nature-là…

PASCAL JALABERT
Y compris sur le déficit ?

MARC FESNEAU
Non, je pense qu'il y a besoin d'être à l'équilibre parce qu'il fait que le système, le nouveau système ne soit pas, comment dirais-je, alourdi du déficit du précédent, mais ça aussi on en discutera.

ORIANE MANCINI
Autre texte, c'est la réforme des institutions. L'exécutif cherche un accord avec le Sénat, écoutez ce que disait Gérard LARCHER lors de sa conférence de presse de rentrée, c'était le 4 septembre dernier.

GERARD LARCHER, PRESIDENT DU SENAT (LE 04/09/19)
La réforme des institutions revient dans l'actualité au début de cette saison 2. Le Sénat, je le répète, vous me l'avez entendu déjà dire 1000 fois, est disponible. Qui peut croire que la réforme échouerait sur la réduction du nombre de parlementaires que la majorité sénatoriale soutient, mais qu'elle conditionne à une juste représentation des territoires ? On échouerait pour une différence de 20 sénateurs, voyons, voyons.

ORIANE MANCINI
Vous entendez Gérard LARCHER, Marc FESNEAU ?

MARC FESNEAU
Oui, oui, j'entends très bien…

ORIANE MANCINI
Est-ce que le gouvernement ne sur-joue pas le blocage avec le Sénat ?

MARC FESNEAU
Non, non, je crois que c'est bien qu'on ait posé les termes du débat. Je rappelle que nous étions sur une version, qui avait posé des interrogations au Sénat, qu'on a fait évoluer, puisque le texte qui a été présenté en Conseil des ministres n'est pas le texte qui avait été initialement prévu en 2018, donc le gouvernement, et la majorité, a fait sa part du chemin, en tout cas une grande part du chemin. Ce qu'il faut qu'on regarde maintenant c'est les voies de convergence pour essayer d'aboutir à un texte. Alors, il y aura un débat parlementaire, et c'est bien normal qu'il y ait un débat parlementaire, tout ne se discute pas préalablement, mais il y a besoin de savoir, sur l'ensemble des termes, comment les choses peuvent se faire…

ORIANE MANCINI
Alors, c'est peut-être bien de le préciser, parce qu'on a l'impression que l'exécutif cherche un accord préalable, en quelque sorte, avec le Sénat, avant tout débat parlementaire.

MARC FESNEAU
Non mais, on peut avoir un accord préalable sur les grands principes des textes, je pense que c'est un petit peu plus complexe que simplement 20 parlementaires d'écart, parce qu'après il y a la question de la représentation à l'intérieur du volume…

PASCAL JALABERT
Justement, on va en parler.

MARC FESNEAU
Et donc je pense que c'est ça aussi qu'il faut regarder, discuter. Les débats constitutionnels sont souvent des débats assez longs, on a un calendrier parlementaire qui est assez serré, comme vous l'avez dit, avec un certain nombre de textes qui sont devant nous, évidemment il faut qu'il y ait un débat parlementaire, mais il faut qu'il y ait un débat parlementaire avec de bonnes chances d'aboutir, parce que sinon, d'une certaine façon, les Français ne comprendraient pas qu'on consacre beaucoup de temps sur un débat parlementaire qui n'aboutirait pas.

ORIANE MANCINI
Donc vous ne lancerez le débat parlementaire que si l'accord avec le Sénat est trouvé et si vous savez que ça ira jusqu'au bout ?

MARC FESNEAU
C'est en tout cas que les principes qu'on voit, il y a un principe, mais il faut laisser la place au débat parlementaire, je suis ministre des Relations avec le Parlement, je ne vais vous vous dire que le débat il se clôt au moment où le texte est présenté sur les bureaux des deux Assemblées, mais en tout cas il faut regarder sur les grands principes si on peut être d'accord. Je partage le sentiment du président LARCHER, on est finalement pas si loin, mais il faut qu'on regarde pratiquement comment les choses se mettent en ordre, notamment sur la réduction du nombre de parlementaires.

PASCAL JALABERT
Alors à propos de principes, le président LARCHER défend un principe d'élection des députés fondée sur la démographie, c'est-à-dire un député pour tant d'habitants, en revanche pour le Sénat il dit il faut sortir de ce critère et fonder sur la représentation des territoires pour qu'on ne se retrouve pas, je schématise, avec 25 ou 30 départements et un sénateur. Est-ce que vous approuvez ce principe ?

MARC FESNEAU
Non mais, sur les principes on peut être d'accord – je signale déjà au passage que…

PASCAL JALABERT
Ah, c'est nouveau !

MARC FESNEAU
Non, ce n'est pas nouveau, le fait qu'on représente les territoires, honnêtement, ni moi, ni personne, n'a rien inventé, puisqu'aujourd'hui les territoires ruraux, en pondération de population, ils sont plus représentés au Sénat et à l'Assemblée nationale que leur poids démographique réel.

PASCAL JALABERT
Ils votent davantage aussi.

MARC FESNEAU
Il y a un député en Lozère, pour…

PASCAL JALABERT
72.000 habitants.

MARC FESNEAU
72 000 habitants, et les circonscriptions, globalement en France, sont plus importantes que ça.

PASCAL JALABERT
Oui, mais avec une participation qui dépasse certaines circonscriptions de Seine-Saint-Denis à plus de 120 000 habitants.

MARC FESNEAU
Oui, oui, on est d'accord, donc il y a déjà un écart de population, c'est bien ce que je vous dis.

PASCAL JALABERT
Oui, mais pas en termes d'électeurs.

MARC FESNEAU
Ce critère de répartition territoriale qui ferait que les territoires ruraux soient représentés, évidemment on est d'accord, après la question c'est à quel seuil on le met, et c'est pour ça que ça paraît simple d'une certaine façon, mais qu'après quand on dit, si on veut le moins possible de départements mono-sénateur ou mono-député, quand on regarde pratiquement c'est un peu plus compliqué que ça. Et c'est donc le travail que nous aurons à faire, mais l'idée que les territoires ruraux soient représentés pas simplement sur le critère démographique c'est déjà le cas, et donc on ne dérogera pas à cette règle-là, simplement il y a aussi des principes constitutionnels pour faire en sorte que les écarts soient les plus moins importants possibles et donc c'est cet équilibre-là qu'il faudra essayer de trouver.

ORIANE MANCINI
Le premier texte examiné par les sénateurs ce sera le texte sur le statut de l'élu, texte de Sébastien…

MARC FESNEAU
Sur l'économie circulaire le premier texte.

ORIANE MANCINI
Oui, pour la session ordinaire, je précise.

MARC FESNEAU
Pour la session ordinaire, vous avez raison.

ORIANE MANCINI
Ce n'est peut-être pas très clair pour tout le monde…

MARC FESNEAU
On a raison tous les deux.

ORIANE MANCINI
A partir du mois d'octobre se sera le texte sur le statut de l'élu. Pour répondre au malaise des maires, est-ce qu'un tel texte à six mois des municipales il n'y a pas un peu de politique derrière tout ça, vous voulez cajoler les maires ?

MARC FESNEAU
Non, excusez-moi de vous dire qu'il était annoncé dès qu'on a, au fond, engagé le grand débat national, parce qu'on a perçu le président de la République, le gouvernement, la majorité, un certain nombre d'écueils qu'il y avait au travers des différents textes qui avaient été votés en relatif aux collectivités locales, et la demande d'un certain nombre d'élus de simplifications et de responsabilités nouvelles qui pourraient leur être confiées pour mieux exercer leur mandat. C'est pas mal qu'avant les municipales on ait ce texte parce que ça permettra aux nouveaux élus d'être dans un cadre rénové, dans un cadre qu'ils connaissent, si on avait fait ce texte au mois de juillet 2020 on nous aurait dit vous élisez des élus locaux et après vous leur donnez les règles. Moi je trouve que c'est plutôt sain, je crois d'ailleurs que l'Assemblée nationale et le Sénat sont assez d'accord sur les principes généraux de ce texte, après on va laisser là aussi faire le débat parlementaire, mais je pense que c'est sain que la nouvelle mandature qui va s'ouvrir à partir de 2020 ait un cadre assez renouvelé sur un certain nombre de sujets. C'était des écueils qu'on avait depuis longtemps, depuis la loi NOTRe, la loi Maptam, enfin sans prendre tous les acronymes des lois qui sont venues, plutôt complexifier, à vrai dire, le travail des élus, moi j'ai été maire et président de communauté de communes, et j'ai vu à quel point, au fur et à mesure, plutôt de bonne foi et plutôt de bonne volonté, on a fini par complexifier le système, et donc c'est ça qui est important, et puis un deuxième sujet qui est de favoriser l'engagement des élus.

PASCAL JALABERT
Puisqu'on parle des municipales, vous êtes élu et membre du MoDem, avec La République en marche il y a quand même des points de friction sur cette élection, on pense à Bordeaux et sans doute à d'autres villes. Comment ça se passe et comment ça va se terminer tout ça, et à Paris qui allez-vous soutenir ?

MARC FESNEAU
Sur Paris on a notre propre séquence, donc on prendre notre décision sur Paris, comme sur d'autres villes d'ailleurs, dans le courant du mois d'octobre, donc à ce moment-là vous me réinviterez, on en reparlera, mais je ne vais pas préjuger de la décision de mon mouvement. La deuxième chose que je veux dire c'est que, c'est normal, dans un processus municipal, il y a 1000 villes de plus de 10 000 habitants, et donc 35 000 quasiment de moins de 10 000, sur chacun de ces villes-là il peut y avoir des candidatures et il n'est pas illégitime qu'on ait envie d'être candidat, il peut y avoir des convergences, et puis il peut y avoir des divergences sur les choix, ou d'alliances, ou les choix de têtes de listes. On est dans la phase où évidemment émergent les sujets et les difficultés, mais évidemment, le travail que nous faisons les uns et les autres, au MoDem et à En Marche, est un travail pour essayer de faire converger les points de vue. Je pense que le moment municipal est un moment où on doit plutôt essayer de rassembler que de diviser, et donc c'est ça les… et ce n'est pas tant seulement une question de dialogue entre La République en marche et le MoDem, parce qu'on ne peut pas à la fois dire il faut sortir du champ partisan et qu'on résume le débat à un débat entre La République en marche et le MoDem, la question c'est de trouver les meilleures équipes et de soutenir ceux qui sont, soit en place, soit qui veulent être maire, qui nous paraissent être les meilleurs profils et les meilleurs profils du rassemblement.

PASCAL JALABERT
Vous allez faire au cas par cas, ou il y aura une configuration nationale ?

MARC FESNEAU
La règle générale c'est d'essayer de tomber d'accord, et après tout ça peut souffrir des exceptions et que, au cas par cas, il puisse y avoir des points qui soient de différences entre les uns et les autres. Je répète, 1 000 villes, de plus de 10 000 habitants, ce n'est quand même pas anormal que dans un certain nombre d'entre elles on puisse avoir des désaccords, l'important c'est que nous donnions l'image collectivement d'une volonté de rassemblement et de rassemblement sur les bases de 2017 au fond. Le président de la République a été élu sur la base d'un dépassement du clivage droite/ gauche, et de dire on essaye de prendre les meilleurs, qu'ils viennent de la droite, de la gauche ou du centre, et c'est la même chose qu'il faut faire aux municipales, je vous assure, quand vous êtes maire, et quand vous constituez votre équipe municipale, votre principale préoccupation c'est d'abord de trouver des compétences, des gens qui veulent s'engager et de partager un projet, après les étiquettes s'effacent un peu.

ORIANE MANCINI
Sur les municipales, Marine LE PEN a fait sa rentrée politique ce week-end, en parlant, bien sûr, longuement des municipales, elle a aussi parlé de la fracture territoriale, de la France des oubliés, est-ce qu'aujourd'hui c'est elle qui capte le mieux la colère des Français ?

MARC FESNEAU
Oui, enfin je vois qu'elle découvre les questions de fracture territoriale, parce que ça fait quand même un certain nombre d'années qu'on entend Madame LE PEN, et elle était assez peu sur ces sujets, alors on est sur une séquence municipale, elle est sur la fracture territoriale…

ORIANE MANCINI
Qu'est-ce que c'est pour vous, une opportunité politique, ou elle a tiré elle aussi les leçons de la crise des Gilets jaunes ?

MARC FESNEAU
Alors, peut-être qu'elle a tiré les leçons, mais il était temps, d'une certaine façon moi je sais bien ce que c'est la fracture territoriale, je vis dans une commune de 700 habitants, donc je sais à peu près de quoi je parle, je ne dénie pas aux autres le droit d'en parler aussi d'ailleurs. On a un travail de…

ORIANE MANCINI
Vous pensez qu'elle sait moins de quoi elle parle ?

MARC FESNEAU
Non, en tout cas je vois qu'elle découvre ce week-end la question de la fracture territoriale, la fracture territoriale elle est réelle, elle est le produit de 20 ou 30 années de désindustrialisation, de disparition des services publics, de désappropriation finalement des sujets locaux par les élus locaux, et donc c'est un lent travail de réappropriation qu'il faut faire et moi je pense que nous avons une exigence, nous, collectivement, élus de la République, qui est de faire en sorte que plus aucun territoire ne se sente, comment dirais-je, à côté du chemin. Moi je l'avais dit, je me souviens, quand j'avais été… j'ai été président de groupe au Congrès, j'avais dit on n'imagine pas le dégât que fait la disparition de tel ou tel service public, la disparition de telle ou telle industrie, dans des territoires que vous connaissez, où on a vu disparaître des pans entiers de ce qu'était l'histoire économique, des gens qui se sentent délaissés et abandonnés depuis des années. Alors, nous ne portons pas toute la responsabilité, c'est une responsabilité collective, notre responsabilité au gouvernement c'est de faire en sorte de résoudre ces questions de fracture territoriale, c'est la question que nous essayons de lever au travers de la loi que va présenter Sébastien LECORNU, c'est des questions qu'on va essayer de lever avec Jacqueline GOURAULT autour de la décentralisation, les questions qu'on a autour des Maisons France Service, mais c'est un processus lent, de réappropriation du territoire. On a besoin à la fois d'un Etat qui soit stratège et qui refasse de la politique d'aménagement du territoire, et qui le fasse avec les collectivités locales, c'est ça la nouveauté.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 septembre 2019