Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire, à France Info le 31 octobre 2019, sur la fusion entre PSA et Fiat, l'usine Lubrizol, la COP 25 et la politique de l'énergie.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

MARC FAUVELLE
C'est jour de mariage aujourd'hui. Est-ce que vous avez eu votre mot à dire dans la fusion entre PSA et FIAT ?

ELISABETH BORNE
C'est deux entreprises privées mais effectivement on suit avec beaucoup d'attention ce rapprochement. L'idée, c'est de constituer un très grand groupe, le quatrième groupe mondial, et c'est aussi une réponse aux défis considérables auxquels l'industrie automobile doit faire face avec à la fois la révolution digitale et puis, ce qui me tient à coeur, c'est la transition énergétique. Ça suppose d'investir beaucoup pour préparer des véhicules plus propres de demain et je pense que ce rapprochement permettra d'avoir tous les moyens pour le faire. On sera évidemment aussi attentifs puisque vous savez que PSA est engagé sur les batteries, une filière de batteries européenne, à ce que cet engagement soit aussi tenu.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Elisabeth BORNE, on apprend dans le communiqué ce matin que le siège social sera aux Pays-Bas. Pourquoi ?

ELISABETH BORNE
Je ne peux pas vous dire.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Vous le regrettez ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'on est attaché en tout cas à ce que l'emploi soit maintenu en France, que les sites industriels soient maintenus. Ensuite, mo je n'ai pas d'éléments d'explication sur le choix de ce siège.

MARC FAUVELLE
C'est lié à de l'optimisation fiscale ?

ELISABETH BORNE
Je ne peux pas vous dire. En tout cas, moi ma préoccupation c'est que ce groupe ait les moyens d'investir dans la transition énergétique pour faire les véhicules propres de demain.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Un petit mot encore. CHRYSLER FIAT cette semaine s'est rangé du côté de Donald TRUMP contre la Californie qui veut abaisser les normes de pollution automobile. Ça ne vous inquiète pas ça ?

ELISABETH BORNE
Ça n'est pas un bon signal. Je sais que PSA est engagé pour proposer des modèles de voitures propres, des modèles de véhicules électriques. Vous savez que cette semaine, je recevais tous les constructeurs qui s'engagent pour proposer des véhicules propres. Voilà, on compte vraiment sur PSA pour garder cette ligne, je vous dis, s'engager à fournir les véhicules dont les Français ont besoin demain pour avoir des véhicules plus propres et s'engager aussi sur cette filière européenne des batteries.

MARC FAUVELLE
Elisabeth BORNE, Emmanuel MACRON était à Rouen hier un mois après l'incendie qui a touché l'usine LUBRIZOL de la ville. Il était temps un mois après que le président vienne ?

ELISABETH BORNE
Il a tenu son engagement de venir sur place et ça montre aussi qu'il faut être et qu'on sera aux côtés des Rouennais dans la durée. Il n'a pas été là-bas pour dire que tout allait bien mais pour marquer cet engagement dans la durée aux côtés des Rouennais. Je pense qu'on l'a vu hier : il y a encore beaucoup d'émotion, beaucoup d'inquiétude, parfois de la colère…

MARC FAUVELLE
De la défiance parfois, on a pu l'entendre dans les sifflets ou les huées qui l'ont parfois accueilli, dans des échanges qui ont parfois été musclées, on les a entendus, on les a vus ce matin sur Franceinfo.

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il y avait peut-être aussi des gens qui avaient des considérations politiques qui étaient là. En tout cas ce que je note, c'est qu'effectivement il y a encore de l'inquiétude, il y a encore des interrogations et il y a une seule façon d'y répondre : c'est d'être dans l'action et dans la transparence dans la durée.

JEAN-JEROME BERTOLUS
D'un petit mot, vous parlez de sujets politiques mais vous, Elisabeth BORNE, et vous le gouvernement, vous ne faites aucun mea culpa sur la manière dont vous avez communiqué au début de l'incendie et dans les jours suivants ?

ELISABETH BORNE
Mais évidemment, il faudra qu'on tire toutes les leçons de ce qui s'est passé. Effectivement, sans doute qu'on aurait dû davantage communiquer encore alors qu'on a fait des prélèvements et ça je pense…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Vous parlez avec plus de prudence ?

ELISABETH BORNE
En tout cas manifestement, on n'a pas réussi à lever les inquiétudes au départ alors même que sur cet incendie, on a fait des mesures plus tôt que ce qui avait jamais été fait. C'est-à-dire que dès le début de l'incendie, il y a eu des mesures de qualité de l'air, il y a un nombre de prélèvements considérable qui a été fait et on a pris le parti de mettre tout sur la table au fur et à mesure qu'on avait des informations. Ce n'est pas toujours simple parce qu'on n'avait pas tout tout de suite et qu'on a voulu rendre publiques toutes les informations qu'on avait. Je rappelle que toutes les mesures qui ont été faites montrent qu'on était en dessous des seuils habituels. Il y a même des produits sur lesquels ce n'était pas mesurable.

MARC FAUVELLE
Tout ça se mesure sur un temps long…

ELISABETH BORNE
Absolument, absolument.

MARC FAUVELLE
Et qu'on a peut-être justement voulu aller trop vite en disant « tout va bien » alors qu'il faudrait des mois et des années pour le savoir.

ELISABETH BORNE
Evidemment, cette surveillance environnementale dans la durée elle a lieu, elle aura lieu. Il y a aussi des études sur la santé et puis il y a un principe fort que moi je voudrais redire : c'est le principe pollueur-payeur.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Alors justement, hier Emmanuel MACRON, qui veut aller vite sur les indemnisations, a indiqué que les premières indemnisations tomberaient d'ici quelques jours. On l'écoute.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
D'ici au 18 novembre, nous aurons les premières indemnisations qui seront versées, qui permettront qui aux agriculteurs qui aux commerçants, donc à celles et ceux qui ont eu à subir les conséquences de ce qui s'est passé, de commencer à toucher ces indemnisations, là aussi dans l'esprit de responsabilité et de transparence.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Qui va payer et jusqu'à combien ?

ELISABETH BORNE
Mais je vous dis, c'est le principe pollueur-payeur. C'est l'industriel qui paye évidemment pour la dépollution.

JEAN-JEROME BERTOLUS
LUBRIZOL.

ELISABETH BORNE
LUBRIZOL qui paye pour la dépollution, la mise en sécurité, la surveillance environnementale. Moi j'avais reçu le PDG de LUBRIZOL début octobre et je lui avais dit qu'évidemment il fallait qu'il respecte ses obligations, mais qu'on attendait de lui aussi qu'il prenne en compte l'émotion que cet accident a suscitée à Rouen, et que sans attendre des décisions de justice, il indemnise tous ceux qui ont subi des préjudices : les agriculteurs, les commerçants, les particuliers qui ont dû nettoyer aussi leur maison, et donc c'est ce qu'on a pu concrétiser avec Edouard PHILIPPE en allant sur place vendredi dernier. Il y a deux protocoles qui ont été signés : l'un pour indemniser les agriculteurs et l'autre pour les autres acteurs qui ont été touchés, les commerçants, les entreprises et les particuliers.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'il vous a expliqué, Elisabeth BORNE, comment et pourquoi il a pu stocker pendant des mois et des années des produits dans une entreprise voisine de la sienne ? Des produits qui ont brûlé eux aussi dans une entreprise qui, elle, n'était pas classée Seveso ?

ELISABETH BORNE
Ça, ça va être l'objet…

MARC FAUVELLE
Il ne vous a rien expliqué là-dessus ?

ELISABETH BORNE
… de l'enquête judiciaire….

MARC FAUVELLE
Vous lui avez posé la question ou pas ?

ELISABETH BORNE
Enfin, moi je voulais surtout…

MARC FAUVELLE
C'est quand même curieux.

ELISABETH BORNE
Je voulais surtout lui dire qu'on attendait de lui qu'il soit exemplaire sur la mise en sécurité, la dépollution, la surveillance environnementale, l'indemnisation de tous. Il y a des enquêtes judiciaires. Moi j'ai dès le départ demandé une enquête administrative. Ça permettra de faire toute la transparence sur les causes, de dégager des responsabilités et ça c'est l'enquête judiciaire…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Il y a eu des contrôles chez NORMANDIE LOGISTIQUE ? Vous avez vanté le nombre de contrôles chez LUBRIZOL mais chez NORMANDIE LOGISTIQUE, cette entreprise à côté ?

ELISABETH BORNE
NORMANDIE LOGISTIQUE n'était pas un site classé Seveso et effectivement, il n'y a pas eu les mêmes contrôles que chez LUBRIZOL. Je pense qu'on aura aussi à en tirer les conséquences. L'industriel n'a pas forcément respecté toutes les procédures notamment de déclarations quand il a franchi des seuils. Et donc, voilà, il y a une enquête judiciaire, je vous dis, qui permettra de désigner les responsables. Il y a aussi une enquête administrative, et moi j'y ai tenu pour qu'on tire toutes les leçons. A chaque fois qu'il y a un accident et un accident aussi important, on doit en tirer toutes les leçons pour améliorer, le cas échéant, notre législation, nos réglementations, nos procédures.

MARC FAUVELLE
On va parler de la COP25 annulée ou reportée en tout cas. Elle devait se tenir dans quelques jours au Chili mais les manifestations en cours ont conduit le président chilien à annoncer hier qu'elle n'aurait pas lieu, en tout cas dans ce pays. Vous nous direz si la France est prête à faire un geste dans quelques instants. (…)
- On va évoquer justement avec Elisabeth BORNE cette question de la SNCF dans quelques instants, d'abord la COP25 qui n'aura donc pas lieu au Chili, emportée par la contestation sociale qui touche en ce moment ce pays. Est-ce que la France est prête à faire quelque chose ? A organiser ici certaines des réunions qui étaient prévues là-bas ?

ELISABETH BORNE
Alors d'abord, moi je prends acte de ce qui a été annoncé par le président chilien qui est qu'il renonce à organiser la COP à Santiago au mois de décembre. On attend…

MARC FAUVELLE
Vingt-cinq mille personnes attendues dans un mois là-bas.

ELISABETH BORNE
Oui. On attend des précisions. Ça ne veut pas dire qu'ils renoncent à présider la COP. Et donc maintenant, c'est la secrétaire de la COP, donc les Nations unies, qui doivent discuter avec les pays d'Amérique du Sud parce que je rappelle que c'est leur tour, si je peux dire, d'organiser la COP, pour voir comment c'est COP va se tenir. Moi je pense que c'est très important qu'elle se tienne. On a vraiment besoin de définir, de finaliser les règles de l'accord de Paris et puis vous savez qu'il y a une autre COP qui doit se tenir en Europe, en Angleterre à la fin de l'année 2020, dans lequel tous les pays doivent revoir à la hausse leurs engagements de réduction de gaz à effet de serre. Donc voilà, moi ce qui m'importe c'est que cette COP puisse se tenir et c'est les Nations unies qui définiront les conditions d'organisation de la COP en lien avec le Chili et les pays d'Amérique latine.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais est-ce que ces COP servent encore à quelque chose ? C'est des grands-messes internationales, souvent peu suivies d'effets compte tenu des objectifs. Ecoutez ce qu'en dit Yannick JADOT, eurodéputé Europe Ecologie-Les Verts.

YANNICK JADOT, EURODEPUTE EUROPE ECOLOGIE-LES VERTS
Cette annulation devenait une évidence. On ne négocie pas sur le climat protégé par des chars. C'est peut-être l'opportunité de repenser ces sommets climat pour qu'ils soient beaucoup plus efficaces, qu'ils apparaissent beaucoup moins hors sol et qui, de fait, ils donnent enfin des résultats tangibles et pas simplement un show pour dirigeants en mal de réputation écologique.

MARC FAUVELLE
Alors pour ceux qui nous suivent à la radio et pas à la télé, pendant qu'on écoutait Yannick JADOT vous faisiez « non » de la tête.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je trouve que c'est un peu surprenant de dire ça. Enfin, je ne sais pas si Yannick JADOT se souvient de la dynamique qu'il y a eu à Paris quand on a organisé la COP. Ça n'a pas été uniquement une conversation entre chefs d'Etat. Ça a été une grande dynamique dans lequel des ONG, des entreprises, des citoyens ont pris conscience de ces enjeux…

MARC FAUVELLE
Et l'accord a ensuite été déchiré par les Etats-Unis.

ELISABETH BORNE
L'accord a été déchiré par les Etats-Unis. Je vous rappelle que le président de la République a immédiatement pris le relais en disant qu'on voulait évidemment que ce ne soit pas l'occasion de détricoter tout l'accord de Paris. Et ces moments, ils sont très importants parce que c'est d'abord un sujet qu'on ne va pas traiter chacun dans son coin, donc tous les pays de la planète se rencontrent une fois par an pour voir où on en est, comment on peut rehausser nos ambitions. Que ce soit aussi l'occasion de mobiliser tout le monde : les entreprises, les collectivités, les ONG, les citoyens. Moi je pense que c'est très important.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'on peut être à la pointe comme le revendique Emmanuel MACRON dans le changement climatique et être le pays qui va construire ou veut construire des EPR dans les années qui viennent, comme le dit et le répète sur les plateaux radios et télés actuellement le patron d'EDF Jean-Bernard LEVY qui dit : « ma mission aujourd'hui, c'est de construire six nouveaux EPR. C'est l'avenir de la planète » ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, Jean-Bernard LEVY, on lui a demandé de nous dire à quelles conditions il pouvait construire le cas échéant des EPR. Je rappelle qu'aucune décision n'est prise, qu'on examine un scénario…

MARC FAUVELLE
« C'est la mission que j'ai reçue quand j'ai été nommé », c'est ce qu'il a dit tout récemment encore.

ELISABETH BORNE
Oui. Alors j'ai eu l'occasion de le dire…

MARC FAUVELLE
Il a mal lu sa mission ou alors il n'est plus l'homme de la situation ?

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas le PDG d'EDF qui fait la politique énergétique de la France. Donc on lui a demandé, et je pense que vous avez en tête les dérapages en coûts et en calendrier de l'EPR de Flamanville, donc d'abord qu'on arrive à avoir des explications sur ces dérapages, qu'il y ait un plan d'action qui soit proposé par EDF. Et puis au-delà, on doit évidemment travailler sur les scénarios énergétiques de notre pays. C'est ce qu'on fait et c'est ce qu'on fait en examinant un scénario 100% renouvelables pour notre électricité, et puis un scénario avec la construction de nouvelles centrales.

MARC FAUVELLE
Pour reprendre une célèbre formule, vous décidez, il exécute ;

ELISABETH BORNE
La politique énergétique du pays, c'est le gouvernement, c'est le président de la République. Je vous le confirme.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Et il faut couper en deux EDF. D'un côté le nucléaire et cette aventure effectivement hasardeuse des EPR, et de l'autre les énergies renouvelables.

ELISABETH BORNE
Il n'y a pas du tout de décision dans ce sens.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais vous y seriez favorable.

ELISABETH BORNE
Non. Il n'y a pas du tout décision dans ce sens. Attendez, il y a eu une question qui a été posée au PDG d'EDF de réfléchir à une organisation qui permette demain à EDF d'être présent aussi sur le développement des énergies renouvelables. Vous savez qu'on a l'objectif de ramener la part du nucléaire à 50 % en 2035. Ça veut dire développer massivement les énergies renouvelables et évidemment, moi je souhaite qu'EDF soit vraiment présent dans cette course pour développer des énergies renouvelables.

MARC FAUVELLE
Elisabeth BORNE, une réunion débute dans quelques instants au ministère de la Santé entre votre secrétaire d'Etat aux Transports, le Haut-commissaire aux Retraites monsieur DELEVOYE et les syndicats de la SNCF. Ça, c'est ce qui était prévu, puisque deux des quatre syndicats de la SNCF ont prévu de boycotter cette réunion. C'est une discussion qui doit aborder la question des retraites. Est-ce qu'il faut faire un geste aujourd'hui pour sortir de l'impasse et déminer ce conflit social qui arrive dans un mois avec l'ombre d'une grève illimitée à la SNCF et à la RATP ?

ELISABETH BORNE
Alors comme vous le dites, il y a une réunion qui se tient avec les syndicats qui veulent bien parler ;

MARC FAUVELLE
Deux sur quatre donc.

ELISABETH BORNE
Parce que c'est toujours une bonne chose de parler. Il peut y avoir des inquiétudes, vous voyez, mais si on ne vient pas discuter, si on ne vient pas écouter, je pense que ce n'est pas un très bon signal que donnent les syndicats. Donc on en est dans une phase où on écoute. Il y a des principes généraux qui ont été annoncés par le président de la République, par le gouvernement sur l'objectif d'abord de garantir la pérennité de notre système de retraite qui est au cœur du pacte social de notre pays, et puis d'aller vers un système plus juste dans lequel chaque euro cotisé donne les mêmes droits, et je pense que les Français, ils sont attachés à ce qu'on ait un système juste. Ensuite, il y a la situation des situations particulières, celle des régimes spéciaux qui ont des règles qui ont été conçues il y a des années. Et aujourd'hui, il faut qu'on puisse discuter avec chaque secteur de la façon dont il va pouvoir converger vers ce système universel, en tenant compte aussi du pacte qui a été signé avec les salariés au moment où ils ont été embauchés. Donc c'est l'objet de ces discussions, de ces consultations qui sont en cours. Refuser le dialogue, je pense que ce n'est pas une bonne méthode.

MARC FAUVELLE
Est-ce que la pénibilité par exemple sera toujours un critère dans la réforme pour les cheminots ou est-ce qu'ils seront traités comme tous les autres salariés ? Est-ce que tout le monde rentre dans le même moule ou est-ce qu'il y aura quand même un régime dérogatoire – enfin, je ne sais pas comment l'appeler – pour les cheminots à l'avenir ?

ELISABETH BORNE
On va vers un système universel, et vous savez que dans le régime général, il y a la prise en compte de la pénibilité, donc il faut regarder comment elle pourra aussi être prise en compte pour ces secteurs qui avaient leur propre régime. S'il y a effectivement de la pénibilité, elle devra être prise en compte. Mais c'est l'objet des discussions qui s'ouvrent et moi j'invite tous les syndicats à participer à cette discussion.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Est-ce que vous craignez que le mouvement social actuel - on est encore loin du 5 décembre - le mouvement social actuel qui paralyse une grande partie du trafic sur l'axe Atlantique de la SNCF, qui ennuie bien sûr les vacanciers, est-ce que vous pensez que ça va se poursuivre, s'étendre jusqu'au 5 décembre ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je pense d'abord aux usagers. Evidemment, ils sont très pénalisés par ces mouvements qui, en plus, ne respectent pas les procédures habituelles. Vous savez que, évidemment, les cheminots ont le droit d'exprimer leurs revendications comme tout le monde, mais dans le service public il y a des règles à respecter…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Vous souhaiteriez des sanctions ?

ELISABETH BORNE
C'est à l'entreprise de regarder. Il y a des règles, elles doivent être respectées. Je pense qu'on parle aussi beaucoup des cheminots qui sont en grève, on les voit beaucoup dans les médias. Je pense aussi à ceux qui sont au travail pour assurer huit TGV sur dix ce week-end. Mais effectivement, tous ceux qui disent défendre le service public, il faut qu'ils pensent d'abord aux usagers du service public. Je pense que c'est ce qu'on attend d'eux.

MARC FAUVELLE
Faut-il payer les jours de grève des agents du centre de Châtillon qui le réclament pour sortir de ce conflit ?

ELISABETH BORNE
Je pense que franchement, chacun sait que ça fait des années qu'on ne paye pas les jours de grève. Il y a un conflit qui s'est déclenché sur une réorganisation qui, entre-temps, a été abandonné, donc cette grève elle n'a pas lieu d'être. Je rappelle qu'elle a en plus été déclenchée en ne respectant pas les procédures qui permettent de minimiser la gêne pour les usagers, donc moi j'appelle vraiment chacun à la responsabilité, à avoir en tête que le service public, c'est au service des usagers et des Français.

JEAN-JEROME BERTOLUS
D'un mot, Guillaume PEPY part à la retraite lui-même demain après onze ans passés à la direction de la SNCF. Son successeur, son premier objectif ça doit être de rétablir le dialogue social dans l'entreprise ?

ELISABETH BORNE
Alors il a des défis très importants. Vous savez qu'il y a une réforme qui se met en place au 1er janvier. Il y a l'ouverture à la concurrence qui arrive. Mais moi, je suis convaincue, je suis certaine que Jean-Pierre FARANDOU aura à coeur d'avoir un dialogue social de qualité à la SNCF et c'est très important.

MARC FAUVELLE
On va parler SUV et foie gras dans un instant, Elisabeth BORNE. (…)
- Y a-t-il beaucoup de SUV dans le parc automobile de votre ministère ?

ELISABETH BORNE
Non. Je vous confirme qu'il n'y a pas de SUV dans le parc de mon ministère.

MARC FAUVELLE
Il y en avait quand vous êtes arrivée ?

ELISABETH BORNE
Non. Des SUV, non.

MARC FAUVELLE
Non ?

ELISABETH BORNE
Moi, je me déplace en voiture électrique et je pense que, effectivement, le développement de ces SUV, vous voyez, enfin je ne peux pas être d'accord en fait…

MARC FAUVELLE
Le chef de l'Etat, il n'a pas un SUV ?

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas un SUV, je ne pense pas. Non, non.

MARC FAUVELLE
Non ? Il n'y en pas dans le gouvernement ? Vous n'avez pas regardé s'il n'y en avait pas autour de vous ? Il n'y en a aucun ?

ELISABETH BORNE
Il y a des…

MARC FAUVELLE
Des grosses voitures.

ELISABETH BORNE
Il y a des minibus qui permettent de transporter plus de personnes en même temps, mais je peux vous assurer que, effectivement, on sera très attentif. Moi je roule en voiture électrique et je proposerai que mes collègues fassent la même chose.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Attentif certes, mais finalement la majorité a repoussé un amendement qui était soutenu par Matthieu ORPHELIN, un proche de Nicolas HULOT, qui était soutenu aussi par une partie de la majorité. Ecoutez pourquoi effectivement il faudrait taxer aujourd'hui les SUV. Matthieu ORPHELIN.

MATTHIEU ORPHELIN, DEPUTE NON-INSCRIT DU MAINE-ET-LOIRE
Les SUV, c'est des véhicules très gros. Il y en a qui vont jusqu'à deux tonnes et qui représentent aujourd'hui pratiquement 40 % des ventes. En conséquence, les consommations des véhicules neufs sont reparties à la hausse depuis trois ans. Nous avons proposé avec un certain nombre de collègues de, effectivement, prendre en compte dans le bonus-malus auto le poids du véhicule, ce qui permet de mieux prendre en compte aussi l'ensemble des impacts de ces gros véhicules. On n'a pas besoin d'un véhicule de deux tonnes pour rouler en ville.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Je le disais, même une partie de votre majorité était favorable à cet amendement. L'ADEME, votre agence de l'environnement, y est également favorable. Vous êtes attentive mais est-ce que vous êtes assez audacieuse, Elisabeth BORNE ?

ELISABETH BORNE
Enfin, on a eu ce débat avec Matthieu ORPHELIN et avec certains députés. Le malus, il est défini en fonction des émissions de CO2 et je pense que c'est bien ce qu'on attend de nous : qu'on pénalise les véhicules qui émettent le plus de CO2. Alors Matthieu nous dit qu'il faut que ce soient les véhicules lourds : il se trouve que c'est pareil, vous voyez. Donc on a un malus dont le seuil a été baissé de 117 grammes à 110 grammes cette année, qui continuera à baisser, dont le montant a été augmenté de plus de 2 000 euros et donc on continuera à mettre des malus sur ce qui nous importe, c'est-à-dire des véhicules qui émettent beaucoup de CO2.

MARC FAUVELLE
On ne touche pas aux limites du politique là ? C'est-à-dire que si les Français en achètent et les constructeurs en vendent, on ne peut rien faire.

ELISABETH BORNE
Enfin, moi je…

MARC FAUVELLE
40 % des ventes aujourd'hui en France sont des SUV dont l'Agence internationale de l'énergie nous disait il y a quelques semaines que ces voitures sont en train d'annihiler tous nos efforts, en tout cas dans les pays riches, pour tenter de faire baisser les gaz à effet de serre. On ne peut rien faire ou pas grand-chose.

ELISABETH BORNE
On peut mettre des interdictions. On peut interdire la vente des SUV. Je pense qu'il faut aussi que chacun prenne ses responsabilités. C'est des véhicules qui émettent plus de gaz à effet de serre, ça veut dire qu'ils consomment plus donc qui coûtent plus cher. Donc voilà, moi je pense qu'il faut aussi compter sur la responsabilité des Français. On va continuer à les informer sur les émissions et sur les coûts de ces véhicules et on va continuer à augmenter les malus.

MARC FAUVELLE
La ville de New New-York a décidé cette nuit d'interdire la vente et même la possession de foie gras à partir de l'année 2022. Ça coûtera au minimum 500 dollars si on trouve dans son réfrigérateur une tranche de foie gras. C'est un coup dur, ou, vous applaudissez cette décision ?

ELISABETH BORNE
Non, je ne peux pas vous dire que j'applaudis cette décision. Je pense qu'effectivement…

MARC FAUVELLE
Vous n'êtes pas la ministre du bien-être animal ?

ELISABETH BORNE
Alors c'est un sujet très important et c'est un sujet… Alors moi je suis en charge des animaux sauvages et c'est un sujet… Enfin, je vois, qui monte dans l'opinion…

MARC FAUVELLE
Vous c'est des animaux sauvages, et Didier GUILLAUME, votre collègue de l'agriculture, c'est les animaux de ferme.

ELISABETH BORNE
Je vous confirme, je vous confirme.

MARC FAUVELLE
Donc l'oie gavée est plutôt chez Didier GUILLAUME que chez vous ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il faut s'occuper du bien-être de tous les animaux. Ce qui est dans mon champ de responsabilité, c'est les animaux sauvages.

MARC FAUVELLE
Donc c'est une bonne nouvelle ou pas ? Non ?

ELISABETH BORNE
Je pense que, effectivement, je ne peux pas vous dire que je trouve formidable effectivement le gavage des oies. C'est aussi une filière importante en France et il faut évidemment s'assurer qu'on progresse sur le bien-être des animaux sauvages - c'est ma responsabilité - et Didier GUILLAUME aura à coeur aussi de s'occuper du bien-être des animaux captifs.

JEAN-JEROME BERTOLUS
On parlait de New-York, retour à Paris. Il y a un bus voire des bus qui circulent à Paris et qui font la pub d'un site de paris. Ces bus rouleraient à vide. Est-ce qu'il n'y a pas un moment où vous, vous devez taper du poing sur la table pour qu'enfin les pratiques de tous les jours, que ce soient les consommateurs ou les industriels, soient plus vertueuses ?

ELISABETH BORNE
Alors moi, je peux taper du poing sur la table. Ce que je note quand même, vous savez, c'est qu'il y a une prise de conscience comme il n'y en a jamais eu de l'importance de ces….

JEAN-JEROME BERTOLUS
Oui, on voit.

ELISABETH BORNE
Donc voilà, moi je peux inviter les gens à ne pas regarder les publicités sur ces bus.

MARC FAUVELLE
C'est difficile de le rater. Il est Paris, il est à Toulouse, il est à Lille, il est à Lyon.

ELISABETH BORNE
Oui.

MARC FAUVELLE
C'est difficile de ne pas le voir. Enfin, c'est une forme de pollution visuelle.

ELISABETH BORNE
C'est parfaitement inapproprié de faire rouler un bus vide pour faire de la publicité. C'est sans doute en plus un détournement du règlement de publicité de la Ville de Paris, donc je pense que ce n'est pas une bonne façon de faire de la publicité et peut-être qu'on peut faire passer ce message à ceux qui ont trouvé cette voie, que franchement ce n'est pas comme ça qu'on va convaincre d'acheter les produits en question.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Une dernière question pour ma part. On voit dans l'acte 2 du quinquennat, qui balbutie un petit peu, mais on voit les questions régaliennes qui sont vraiment… qu'Emmanuel MACRON mais au cœur de l'actualité. Immigration effectivement, et puis on voit aussi le projet de loi sur les retraites donc le côté économique et social. Ce qu'on ne voit pas trop finalement, c'est ce que vous portez, l'environnement. Quel est le prochain rendez-vous que vous donnez aux Français sur l'environnement ?

ELISABETH BORNE
Je peux vous assurer que les projets, ils avancent sur l'environnement. Alors peut-être qu'on n'en parle pas suffisamment dans les médias. On aura très prochainement le vote de la loi mobilité. C'est une loi qui repense complètement notre politique dans ce domaine-là en s'occupant enfin des transports du quotidien, en permettant aux Français d'avoir des transports plus faciles, moins chers et plus propres. Vous savez qu'on a une discussion qui a déjà eu lieu au Sénat et qui viendra prochainement à l'Assemblée sur la loi anti-gaspillage portée par Brune POIRSON, secrétaire d'Etat. Anti-gaspillage, économie circulaire, c'est une autre façon de consommer.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais l'environnement sera bien l'un des actes forts de cette deuxième partie du quinquennat ?

ELISABETH BORNE
Voilà. On avance l'énergie, on avance sur l'économie circulaire, on avance sur les déchets. On aura un grand moment sur la biodiversité l'an prochain où on accueille le congrès mondial de l'UICN à Marseille pour préparer le grand rendez-vous international en Chine sur la biodiversité, donc on est sur tous les fronts pour prendre en compte cet enjeu majeur qu'est la transition écologique et solidaire.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Elisabeth BORNE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 novembre 2019