Interview de M. Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de la protection de l'enfance, à RFI le 10 janvier 2020, sur la concertation concernant la réforme des retraites et son financement.

Texte intégral

FREDERIC RIVIERE
Bonjour Adrien TAQUET.

ADRIEN TAQUET
Bonjour Frédéric RIVIERE.

FREDERIC RIVIERE
Des centaines de milliers de personnes – on va s'éviter la bataille des chiffres …

ADRIEN TAQUET
Des chiffres, oui.

FREDERIC RIVIERE
Des centaines de milliers de personnes ont manifesté hier dans plusieurs villes de France contre la réforme des retraites, à l'occasion de la quatrième journée de mobilisation nationale. Comment le gouvernement analyse-t-il ces manifestations ? Est-ce qu'il ne fait que regarder, j'allais dire un peu froidement les chiffres, en se disant : c'est plus, c'est moins que la dernière fois ?

ADRIEN TAQUET
On ne regarde pas froidement les chiffres, nous sommes à l'écoute de ce que nous disent les Français, des revendications qui peuvent être portées. On constate tout de même aujourd'hui une situation, où vous avez un certain nombre d'organisations syndicales, essentiellement une, la CGT, qui affiche son opposition ferme et résolue à cette réforme, réforme qui je le rappelle faisait partie du programme d'Emmanuel MACRON, dont nous avons dit qu'elle irait à son terme, et dont nous sommes ravis, avec un certain nombre d'autres organisations syndicales, de continuer à concerter, discuter sur un certain nombre d'éléments qui nécessitent encore d'être précisés. C'est une réforme d'importance pour notre pays, pour les Français, pour leur vie, pour leur carrière, et il est normal que ce genre de réforme prenne un peu de temps et qu'elle nécessite un certain nombre de concertations, et ce matin, nous allons en reparler j'imagine, un nouveau cycle de discussions autour de cette question essentielle, dont on ne peut pas faire l'économie, qui est celle de l'équilibre du système que nous allons mettre en place. Faire autrement, les Français ne comprendraient pas.

FREDERIC RIVIERE
Alors, effectivement, la réforme des retraites faisait partie du programme d'Emmanuel MACRON, mais sans modification de l'âge légal pour une retraite à taux plein, or l'introduction de cet âge d'équilibre est une façon plus ou moins détournée de repousser cet âge.

ADRIEN TAQUET
Sans rentrer dans trop de technique, pas réellement dans la mesure où l'âge légal reste celui qu'il est, tel que nous nous étions...

FREDERIC RIVIERE
Oui, mais avec décote, en effet, c'est un peu technique.

ADRIEN TAQUET
... engagés, et vous avez raison, il y a ce fameux âge pivot qui peut donner lieu à une décote. Mais, permettez-moi de vous rappeler, et d'ailleurs dans le texte qui a été transmis aux organisations syndicales, aux caisses de retraite hier soir, ce sujet, ce point est mentionné, qu'aujourd'hui 20 % des femmes de notre pays, 10 % des hommes, souvent ceux qui ont des carrières dites hachées, avec des périodes de chômage, par exemple, partent aujourd'hui à 67 ans. C'est-à-dire que demain, progressivement, et c'est écrit dans le texte, elles pourront partir à 64 ans. Donc c'est aussi pour un certain nombre de Français, et notamment les Français une fois encore qui ont les situations les plus vulnérables, un progrès que d'instaurer cet âge, qui par ailleurs est nécessaire pour assurer l'équilibre financier. Mais, nous allons y venir, on sait que c'est un point un peu de crispation, dur, entre le gouvernement et les organisations syndicales, en particulier la CFDT ; une fois encore, et je crois que le Premier ministre l'a répété hier, tout comme il l'avait dit dès le 11 décembre, nous pensons que ce fameux âge pivot à 64 ans est le système le plus juste pour assurer le financement de l'ensemble... l'équilibre financier de l'ensemble du système, mais nous sommes ouverts, le Premier ministre est ouvert, il le dit régulièrement, c'est l'objet des discussions ce matin, à d'autres solutions si les organisations syndicales en trouvent d'autres, et c'est tout l'objet d'ailleurs de la conférence de financement que propose Laurent BERGER.

FREDERIC RIVIERE
Dont il va être question ce matin.

ADRIEN TAQUET
Oui.

FREDERIC RIVIERE
Alors, vous rappelez, et les responsables de la majorité le font souvent, qu'un certain nombre de personnes qui aujourd'hui partent en retraite à 67, pourront partir à 64, que d'autres qui ont des retraites bien inférieures à 1 000 €, auront une retraite de l'ordre de 1 000 € minimum. Est-ce que vous pouvez affirmer qu'il y aura plus de personnes qui vont profiter de cette réforme, que de personnes qui vont d'une certaine manière en pâtir ? Parce que finalement, c'est aussi ça la question, en médecine vous êtes auprès d'Agnès BUZYN, on parle de bénéfice/risque, donc…

ADRIEN TAQUET
Ce que je constate, c'est que le système actuel est un système profondément injuste pour un certain nombre de nos concitoyens, dont on a du mal à comprendre la logique. Ce qui est fondé…

FREDERIC RIVIERE
Quelle est l'injustice ? Ce sont les régimes spéciaux ?

ADRIEN TAQUET
Alors, notamment, qui est fondée sur les statuts. Moi, qu'on instaure un système qui est au plus près de ce qu'est la vie des gens, de ce qui est leur carrière, des ruptures qu'ils peuvent connaître dans leur vie, heureuses ou malheureuses, périodes de chômage, mais aussi le fait d'avoir des enfants, et que l'on prenne ça mieux en considération. Que le système de retraite soit plus accroché à ce qu'est leur vie, c'est ça qui permet la justice.

FREDERIC RIVIERE
Mais vous n'avez pas répondu à ma question : est-ce que vous pensez que plus de personnes vont profiter de la réforme, que de personnes qui vont en pâtir ?

ADRIEN TAQUET
Eh bien moins moi je pense que personne ne va en pâtir, mais ce dont je suis sûr…

FREDERIC RIVIERE
Ceux dont la pension baissera, pourront dire qu'ils en pâtissent.

ADRIEN TAQUET
Ce dont je suis sûr, c'est que, et j'y suis particulièrement attaché, les personnes les plus vulnérables, en bénéficieront, les personnes en situation de handicap, les personnes qui connaissent des périodes de chômage, qui seront enfin prises en compte dans le calcul de leur retraite, les femmes dont on sait qu'elles ont des pensions inférieures, les femmes qui ont des enfants, c'est un sujet qui m'intéresse particulièrement, on sait que dès le premier enfant les choses sont prises en considération. Toutes ces personnes-là seront bénéficiaires, et vous l'avez dit, Jean, aujourd'hui un artisan qui est à 890 € de retraite, demain, et c'est inscrit dans le projet de loi, pourra toucher 1 000 € net minimum de pension et à horizon 2025, c'est des choses qui peuvent encore faire l'objet de discussions, sera porté à 85 % du SMIC.

FREDERIC RIVIERE
Alors…

ADRIEN TAQUET
Ça, tout ça, ce sont des... excusez-moi, je le dis et moi je l'affirme souvent sur les plateaux, sans ambages, ce sont des progrès sociaux majeurs.

FREDERIC RIVIERE
Le Premier ministre reçoit donc aujourd'hui les partenaires sociaux, il va les recevoir les uns après les autres, à Matignon, pour parler de cette conférence de financement qu'a souhaitée Laurent BERGER, le secrétaire général de la CFDT. Il va y avoir neuf réunions individuelles avec les responsables des syndicats, réunions de 45 minutes chacune en principe. Est-ce qu'on peut imaginer donc que le projet passe en Conseil des ministres, soit discuté à l'Assemblée, et que seulement dans un deuxième temps, on examine la question de son financement, de son équilibre budgétaire ?

ADRIEN TAQUET
Je pense que les deux cheminements doivent être concomitants et que dans le texte qui sera finalement adopté, la question du financement doit être réglée. Ça ne peut pas être décorrélé. Le processus législatif est assez, est un peu long, vous le savez, l'examen à l'Assemblée nationale, puis au Sénat, et en parallèle la question du financement, cette conférence de financement doit être aidée. In fine, dans le projet de loi qui sera adopté, me semble-t-il, la question du financement doit être réglée.

FREDERIC RIVIERE
Mais, est-ce que si vous repoussiez un peu le calendrier, parce qu'après tout on parle quand même d'une réforme qui pour certaines personnes n'entrera pas en vigueur avant 25 ans. Donc on n'est pas forcément à quelques semaines près. Est-ce que repousser un peu le calendrier ne décrisperait pas un peu l'ambiance ?

ADRIEN TAQUET
Vous évoquez là aussi, sans trop rentrer dans la technique, deux aspects sensiblement différents, c'est dès 2022 que normalement…

FREDERIC RIVIERE
Oui, mais pour un certain nombre ça sera dans 25 ans.

ADRIEN TAQUET
Oui oui, j'ai raison, mais vous avez totalement raison, mais ces questions de financement commencent, doivent commencer à être appréhendées dès 2022, et donc ça impose de commencer à s'y atteler, à trouver des solutions dès maintenant. Je crois que l'ambiance n'est pas aussi crispée que cela, moi je suis convaincu qu'on est... je suis convaincu, non mais écoutez, laissez moi le plaisir de faire montre…

FREDERIC RIVIERE
D'optimisme.

ADRIEN TAQUET
D'optimisme, mais d'optimisme résolu et convaincu, moi je pense qu'on n'a jamais été aussi proche, voilà, d'un compromis, et il faut maintenant que celui-ci puisse se conclure.

FREDERIC RIVIERE
Et il y avait donc hier la quatrième journée de mobilisation, il y en aura d'autres la semaine prochaine, il y a des appels de l'intersyndicale pour les 14, 15 et 16 janvier. Pour, enfin, tous ceux qui restent mobilisés aujourd'hui contre la réforme des retraites, avec parfois des conséquences financières très lourdes pour ceux qui sont grévistes, pourquoi le font-ils selon vous ? Est-ce que c'est parce qu'ils n'ont pas compris la réforme des retraites, ou est-ce que c'est parce qu'ils sont égoïstes ?

ADRIEN TAQUET
Non, moi je ne veux pas aller sur ce terrain-là, qu'il y ait un besoin probablement vis-à-vis d'eux, et probablement un peu au-delà vis-à-vis des Français, de continuer à faire la pédagogie, d'expliquer cette réforme, qui est une réforme qui est complexe, qui est engageante pour les Français et pour le pays, je pense que c'est une nécessité. Après, chacun répond peut-être à ses propres logiques, et notamment je pense à certaines centrales syndicales, mais il y a les grévistes, et puis moi je veux penser aussi aux Français, et puis aux Franciliens, notamment ceux qui ont des difficultés à rejoindre leur boulot. Vous savez, moi je suis ministre mais j'ai été élu député à Asnières et à Colombes, eh bien à Asnières il y a la ligne 13, qui va à Asnières, qui n'est pas une ligne toujours facile, même en règle générale, qui va dans les quartiers nord d'Asnières, quartiers difficiles, eh bien les gens il galèrent pour aller à leur boulot le matin, ils y vont à pied. Parce que ces gens-là, qui ont souvent des boulots aussi un peu précaires, s'ils ne se pointent pas au boulot le matin, rapidement ils sont virés. Moi c'est à ceux-là aussi qu'il faut penser, je pense ce matin.

FREDERIC RIVIERE
Merci Adrien TAQUET, bonne journée.

ADRIEN TAQUET
Merci à vous.

NATHANAEL VITRAN
Entretien avec Frédéric RIVIERE et le secrétaire d'Etat chargé de la Protection de l'enfance, à retrouver en intégralité et en vidéo sur rfi.fr.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 janvier 2020