Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État auprès du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à BFMTV le 15 janvier 2020, sur la légalisation du cannabis, la réforme du lycée et la lutte contre le repli communautaire.

Intervenant(s) :

  • Gabriel Attal - Secrétaire d'État auprès du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse

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Temps de lecture 27 minutes

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Gabriel ATTAL, bonjour.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous ce matin, vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale, chargé de la Jeunesse, particulièrement.

GABRIEL ATTAL
Et des associations.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et des associations. Eh bien la jeunesse, tiens, je vais vous surprendre peut-être, je vais vous parler du cannabis pour commencer. Pourquoi le cannabis ? Parce qu'une mission parlementaire vient d'être lancée autour du cannabis. Est-ce que la législation est trop répressive en France ?

GABRIEL ATTAL
La France est un des pays les plus répressifs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, avec aussi la plus forte, l'une des plus fortes consommations.

GABRIEL ATTAL
Notamment chez les jeunes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Chez les jeunes. Bon, ça pose problème.

GABRIEL ATTAL
Ça pose des questions en tout cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amende forfaitaire de 200 € pour sanctionner les consommateurs.

GABRIEL ATTAL
Depuis cette année, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin sauf que ça n'a pas été mis en place encore.

GABRIEL ATTAL
C'est expérimenté dans plusieurs territoires, je crois notamment dans la ville de Rennes, à Créteil…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y croyez, oui ?

GABRIEL ATTAL
En tout cas c'est ce qui est prévu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut étendre cela où ?

GABRIEL ATTAL
Moi je pense que ça mérite un vrai débat. Vous l'avez dit, on est un des pays les plus répressifs et en même temps un pays où les jeunes fument le plus, notamment en Europe, je crois que c'est 40 % des jeunes qui ont expérimenté le cannabis. C'est un sujet qui mérite un vrai débat et moi je me réjouis qu'il y ait une mission parlementaire qui en parle à l'Assemblée nationale, parce qu'il faut poser tous les sujets, évidemment, poser celui de la prévention…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, est-ce qu'il faut ouvrir le débat sur la légalisation du cannabis ?

GABRIEL ATTAL
Mais, ça fera partie du débat à l'Assemblée nationale. Vous savez, il y a quelques années…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça fera partie du débat. Donc pour la première fois, si j'ai bien compris, la classe politique, le gouvernement puisque j'imagine que cette mission à l'aval du gouvernement.

GABRIEL ATTAL
Le Parlement prend ses responsabilités et décide d'organiser.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, tout de même, tout de même.

GABRIEL ATTAL
Moi, ce que je vous dis, c'est que c'est un débat qui mérite d'être mené et qu'évidemment on suivra ça avec intérêt.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous voulez ouvrir le débat autour, entre autres, de la légalisation du cannabis ?

GABRIEL ATTAL
Le débat, il doit se faire sur l'ensemble du sujet. Il doit se faire aussi sur les questions de prévention, sur les questions de sanctions, sur les questions de contrôle. Il y a quelques mois j'étais en déplacement au Québec, dans le cadre de mes fonctions liées à la jeunesse, je préside l'Office franco-québécois de la jeunesse, et j'en ai profité pour aller rencontrer des acteurs, puisque le cannabis a été légalisé au Québec il y a maintenant quelques mois. J'ai vu la Cité québécoise du cannabis, j'ai vu des médecins de prévention, de santé publique, j'ai vu des personnes qui consomment. Ma conviction, la conviction que ça m'a donné, c'est que l'enjeu principal c'est celui de la prévention. On ne peut pas simplement dire : oui, il faut légaliser, sans se poser la question de savoir comment on l'accompagne. Ce n'est pas possible de rentrer dans des débats comme ça. Donc ça mérite de regarder tous ces sujets-là, et on suivra avec attention. Vous savez, il y a quelques années on disait : on ne peut pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne peut pas parler du cannabis, on ne peut pas parler de légalisation.

GABRIEL ATTAL
Ni même du cannabis thérapeutique, alors que beaucoup de pays se sont engagés très tôt sur le sujet, et là depuis cette année on expérimente le cannabis thérapeutique, c'était une demande très forte notamment de beaucoup de malades, c'est expérimenté, on va regarder les résultats de cette expérimentation, il y a des médecins qui suivent cela, je pense que vraiment il faut se fonder sur les questions de santé publique, sur les questions de sécurité et sur la question de la prévention. Il y a beaucoup de personnes, vous savez, qui disent : « on est pour la légalisation », aussi pour des raisons financières…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr…

GABRIEL ATTAL
Le marché du cannabis c'est 55 milliards de dollars.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, vous êtes favorable à l'ouverture d'un débat autour de la légalisation du cannabis.

GABRIEL ATTAL
Moi, je suis favorable par définition, par principe, à ce débat-là, parce que je pense que la situation que vous avez décrite, mérite d'être posée. Je ne vous dis pas « il faut légaliser le cannabis »…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable à la légalisation vous-mêmes, encadrée, évidemment.

GABRIEL ATTAL
Mais je pense que c'est ce débat qui nous permettra notamment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous-même, vous êtes favorable à la légalisation encadrée ?

GABRIEL ATTAL
Alors, Jean-Jacques BOURDIN, je suis en charge de la jeunesse et de l'Education nationale…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De la jeunesse, vous vous rendez-compte ?

GABRIEL ATTAL
Oui, mais je sais bien ce que peut provoquer une petite phrase de ma part, sur ce sujet-là, dite comme ça. Et dites surtout…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais vous êtes déjà favorable à l'ouverture d'un débat sur la légalisation.

GABRIEL ATTAL
Eh bien oui, et c'est déjà très bien, parce qu'il faut être ouvert, il faut regarder l'ensemble des sujets.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous, à titre personnel ?

GABRIEL ATTAL
Moi, à titre personnel je suivrai avec beaucoup d'attention les débats et je me prononcerai.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne voulez pas vraiment, vous ne voulez pas vous mouiller, quoi.

GABRIEL ATTAL
Non, ce que je ne veux pas, c'est prendre une position sur la légalisation, sans poser à côté ce que sont les enjeux de prévention…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous êtes content qu'on ouvre le débat autour de la légalisation.

GABRIEL ATTAL
Oui, je pense que c'est un débat qu'il faut mener.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'il faut mener. Vous avez déjà fumé ?

GABRIEL ATTAL
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça vous est arrivé ?

GABRIEL ATTAL
Ça m'est arrivé. Voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et alors ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien écoutez, je ne suis pas un consommateur, et j'ai vu aussi auprès de camarades, lorsque j'étais plus jeune, j'ai vu ce que ça a produit aussi pour des jeunes qui étaient complètement accros, parce que franchement il faut aussi le rappeler ça, on parle de cannabis récréatif, on parle de manière assez légère, pour des jeunes qui fument régulièrement, qui tombent là-dedans, ça ramolli les neurones, et moi j'ai vu des jeunes qui ont été totalement déscolarisés et qui sont sortis de tout circuit, et ça, ce n'est pas acceptable. Donc c'est pour ça que c'est un sujet qui est très important, très lourd et qui mérite qu'on regarde l'ensemble des facettes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La réforme des retraites, projet de loi discuté au Parlement à partir du 3 février, on est bien d'accord. Les députés vont devoir se prononcer sur une réforme dont ils ne connaissent pas le financement. Est-ce logique ?

GABRIEL ATTAL
Les députés ils vont se prononcer sur une réforme en sachant qu'elle sera financée, puisque c'est la garantie qui a été donné, elle sera financée sur le long terme avec un âge d'équilibre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne sait pas comment.

GABRIEL ATTAL
Avec un âge d'équilibre pour le long terme, pour le nouveau système, et ensuite d'ici à 2027, avant que le nouveau système rentre pleinement en vigueur, il y a un déficit qui a été identifié par le Conseil d'orientation des retraites, il faut trouver un financement et c'est l'objet de la conférence de financement. Mais évidemment que le débat va aussi se faire à l'Assemblée nationale, parce que les mesures de financement qui vont être ajoutées dans le cadre de la discussion parlementaire, elles le seront, ça a été dit par ordonnance, une ordonnance pour habiliter le gouvernement à la prendre, vous avez un débat à l'Assemblée nationale, pour la ratifier vous avez un débat à l'Assemblée nationale, donc évidemment le débat va aussi se faire à l'Assemblée. Mais ce qui est important, c'est que les parlementaires se lancent dans ce débat en sachant que le gouvernement souhaite que notre réforme soit financée et souhaite qu'il n'y ait plus de déficit pour notre système de retraite. Et moi c'est quelque chose auquel je suis attaché. Quand on parle de déficit, ce n'est pas juste un slogan pour dire qu'on est réformateur. Moi je suis en charge de la jeunesse, et quand on prend des mesures, quand on décide de réformes qui ne sont pas financées, qui viennent augmenter les déficits, on contracte un impôt sur la tête de tous les jeunes de ce pays, parce qu'un jour l'addition il faudra qu'elle soit payée par quelqu'un et en l'occurrence par les jeunes générations aujourd'hui. Donc aujourd'hui, agir de manière responsable en disant : on veut lutter contre les déficits, on veut faire en sorte que les réformes qu'on prend, que les mesures positives, les droits nouveaux qu'on crée, notamment pour les petites retraites, pour les femmes, soient financés, c'est une mesure aussi pour les jeunes générations, parce que ce n'est pas à elles de payer l'addition plus tard de décisions qui sont prises aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le Bac, Gabriel ATTAL, est-ce que les premières épreuves auront lieu ?

GABRIEL ATTAL
Oui, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comme prévu.

GABRIEL ATTAL
Les épreuves de contrôle continu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez vu la contestation ?

GABRIEL ATTAL
On voit une contestation. Vous avez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elles auront lieu ces épreuves ?

GABRIEL ATTAL
Oui, elles auront lieu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Pas de recul ?

GABRIEL ATTAL
Il n'y a pas de recul, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ni d'annulation, ni de…

GABRIEL ATTAL
Vous avez une contestation politique d'une réforme, de la part de mouvements politiques, parfois d'organisations syndicales, qui contestent le principe de la réforme du lycée, qui a été portée par Jean-Michel BLANQUER. Moi j'y crois à cette réforme. J'y crois parce que... Qu'est-ce qu'on voyait dans le système jusqu'à aujourd'hui ? On voyait un système qui n'avait plus grand sens, avec trois grandes filières, S, ES et L. La filière S, scientifique, qui était devenue pour tout le monde l'espèce de filières d'excellence. Plus de 50 % des jeunes choisissaient cette filière alors plus de la moitié d'entre eux ne se destinaient pas à des carrières scientifiques Ça n'avait plus vraiment de sens. Et donc qu'est ce qu'on dit ? C'est : on revient sur ces filières, on permet aux jeunes d'avancer à la carte en choisissant leur spécialité, et surtout on met en place le contrôle continu pour éviter ce qu'on appelle le bachotage, mais au-delà de ça, pour éviter que les jeunes fassent tapis au moment des épreuves du Bac. On sait qu'il y a des jeunes qui peuvent avoir très bien travaillé, s'être préparés, et puis parce qu'ils sont très stressés, eh bien la veille du Bac il y a une catastrophe et puis le jour du Bac ils ratent leurs épreuves. Là on anticipe et donc 40 % de la note finale des bacheliers sera prise en compte via un contrôle continu et notamment des épreuves qui ont lieu à partir de la semaine prochaine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, Gabriel ATTAL, les violences policières. Hier Emmanuel MACRON a demandé au gouvernement de faire des propositions pour améliorer la déontologie dans la police. Christophe CASTANER a reçu la famille de Cédric CHOUVIAT, mort après un contrôle de police dans le 7ème arrondissement de Paris, c'était la semaine dernière. Pourquoi les policiers, ils étaient quatre, qui ont interpellé Cédric CHOUVIAT, ne sont-ils pas suspendus ?

GABRIEL ATTAL
Parce que l'enquête suit son cours, et…

JEAN-JACQUES BOURDIN
N'aurait-on pas pu les suspendre en attendant le résultat de l'enquête ?

GABRIEL ATTAL
Ça c'est la décision du ministre de l'Intérieur. Moi, ce que je comprends de l'affaire c'est qu'il y a effectivement cette situation qui est dramatique. Moi j'ai écouté les familles et notamment les enfants qui sont dans une douleur inouïe, qui ont perdu leur papa à l'occasion de cette interpellation. Il y a évidemment des questions qui sont posées et qui sont légitimes, il y a une vidéo qui a circulé, il y a une enquête qui est en cours, je pense qu'il y a des premiers éléments qui sont en train de remonter et qu'en fonction Christophe CASTANER prendra la décision…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La famille demande la suspension de ces quatre policiers.

GABRIEL ATTAL
Mais je l'entends parfaitement et je le comprends parfaitement, mais je pense que Christophe CASTANER évidemment suit de très près ce dossier, il a rencontré la famille, et il prendra les décisions qui s'imposent, au moment où elles s'imposent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les violences policières, certaines seront condamnées, d'autres pas, nous verrons bien, les tribunaux vont juger. Mais comment les jeunes peuvent-ils aujourd'hui avoir confiance dans la police ? Je vous dis ça parce qu'à force, c'est vrai, on parle beaucoup de ces violences policières, à tort ou à raison, tout dépend, Gabriel ATTAL, on est bien d'accord, à tort ou à raison...

GABRIEL ATTAL
On en parle beaucoup, c'est sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parfois à tort mais parfois à raison.

GABRIEL ATTAL
Moi je ne parle pas du terme de violences policières, parce que je ne veux pas laisser le sentiment qu'il y aurait finalement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de violences policières, alors comment qualifiez-vous…

GABRIEL ATTAL
Il y a des dérives.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a des dérives policières.

GABRIEL ATTAL
Il y a des dérives qui sont inacceptables, il y a eu des vidéos qui ont circulé, qui ont troublé, on a vu encore ces derniers jours, moi je comprends qu'elles troublent, moi je n'accepterai pas qu'en France il y ait des personnes qui aient peur d'aller manifester parce qu'elles ont peur pour leur sécurité. Mais moi je vous dire, j'ai totalement confiance dans la police et dans l'institution policière. Vous savez, on a des policiers qui sont là pour défendre les Français, qui sont là pour les protéger, au risque, au péril de leur vie, on a vu qu'il y a quelques jours à Bron, il y a un policier qui est décédé, qui a été écrasé par un homme qu'il était en train d'interpeller, un homme qui avait visiblement le choix de pouvoir fuir sans le renverser, qui l'a délibérément renversé. Ils prennent des risques au péril de leur vie. Il y a des dérives, on en a vu à travers des vidéos, elles sont évidemment minoritaires, mais elles doivent être identifiées et elles doivent être sanctionnées. C'est aussi un enjeu pour les policiers eux-mêmes, parce que vous savez, quand vous discutez avec des policiers, évidemment qu'ils ne cautionnent pas qu'il puisse y avoir des dérives. Donc quand il y en a, il faut les identifier, il faut qu'il y ait une enquête, il faut qu'elles soient sanctionnées, et c'est ce qu'a dit Christophe CASTANER.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant de parler de la lutte contre le communautarisme, je voudrais évoquer le cas de Ségolène ROYAL. Ségolène ROYAL ne sera plus ambassadrice des pôles. Est-ce logique ?

GABRIEL ATTAL
Il y a une forme de logique. On a vu que depuis plusieurs mois, Ségolène ROYAL qui est investie de cette mission, qui est extrêmement importante, la question des pôles, on parle ici de climat, on parle de la fonte des glaciers, eh bien consacre l'essentiel de son temps à des prises de parole politiques, en l'occurrence en opposition au gouvernement, alors que sa mission est celle d'être ambassadrice pour les pôles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle est sanctionnée parce qu'elle a trop critiqué le gouvernement.

GABRIEL ATTAL
Evidemment que non. Evidemment que non. L'enjeu c'est : quand vous êtes aujourd'hui investi de ces missions...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle est sanctionnée parce qu'elle n'a pas rempli sa mission, quoi, si je vous comprends bien.

GABRIEL ATTAL
Elle est sanctionnée parce que, quand vous êtes aujourd'hui ambassadeur, vous avez des règles qui s'imposent à vous, notamment un devoir de réserve. Il ne s'agit pas de museler par principe des personnes, il s'agit de dire que quand vous êtes ambassadeur vous représentez la France auprès de chefs d'Etat étrangers, d'autorités étrangères. Si vous passez votre temps dans les médias à critiquer l'action qui est menée, l'action politique en France, en termes de crédibilité pour porter la voix de la France ensuite à l'étranger, c'est quand même compliqué.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-elle allée trop loin ?

GABRIEL ATTAL
En tout cas elle consacre son temps…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ou non est-elle allée trop loin ?

GABRIEL ATTAL
Elle s'est éloignée, trop éloignée de sa mission. Vous savez, moi j'ai parfois le sentiment que Ségolène ROYAL, elle voudrait créer un régime spécial chez les ambassadeurs, dont elle serait la seule bénéficiaire, qui lui permettrait de ne pas respecter ses obligations et devoir de réserve qui s'impose à tous les agents publics. Et ça, ce n'est pas possible, à un moment il faut choisir. Voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La lutte contre le communautarisme. On va beaucoup en parler dans les semaines qui viennent, si j'ai bien compris, avec des annonces qui seront faites début février, c'est cela, vous confirmez ?

GABRIEL ATTAL
C'est ce qu'a indiqué Sibeth NDIAYE, oui oui, qu'il y aurait des annonces au mois de février.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Vous allez vous déplacer dans les quartiers à la rencontre des jeunes, je crois savoir, à Vénissieux et ailleurs, dans les semaines qui viennent. Est-ce qu'aujourd'hui l'islamisme gagne du terrain en France ?

GABRIEL ATTAL
Oui, bien sûr, l'islamisme, le repli communautaire. Et vous l'avez dit, moi je suis en charge de la jeunesse et des associations, qui sont parfois présentées comme des problèmes sur ce terrain-là. Et moi, ma conviction, c'est qu'ils peuvent être une solution. Je le vois dans tout le travail qu'on fait sur la promotion des valeurs de la République auprès de la jeunesse, à travers l'école, à travers le Service national universel, et je le vois aussi à travers des associations qui s'engagent dans le terrain, sur le terrain, dans ces quartiers difficiles, qu'on a notamment identifiés comme les quartiers de reconquête républicaine, pour apporter ce contre-discours et pour créer du lien social, et que la République soit davantage présente, parce que c'est bien de ça qu'il s'agit. Et effectivement je vais me déplacer, je serai vendredi à Vénissieux, je vais aller voir une association...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sevran ensuite, Maubeuge, les quartiers Nord de Marseille.

GABRIEL ATTAL
Oui, parce que c'est important de voir des acteurs et notamment des acteurs associatifs qui s'engagent sur le terrain, qui ont des résultats, parce qu'ensuite c'est des enseignements sur ce qu'on peut faire plus largement au niveau national. On a une politique de lutte contre le repli communautaire qui est extrêmement ambitieuse, qui produit des résultats. Je rappelle que dans ses voeux aux Français, Emmanuel MACRON a parlé de ce sujet-là, il a dit qu'il voulait mettre fin à ces dérives qui sont parfois une sécession vis-à-vis de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors, pour mettre fin à ces dérives, il va falloir prendre des décisions et faire des annonces, c'est ce qui sera fait.

GABRIEL ATTAL
Oui. Il y en a déjà eu un certain nombre, je rappelle la circulaire qui a été adressée par Christophe CASTANER en novembre, aux préfets. On a une stratégie très claire pour ces territoires, qui est une stratégie d'entrave, pour éviter le repli communautaire, éviter à des personnes qui veulent imposer des lois qui ne sont pas celles de la République sur un territoire, de prospérer et de se développer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comment faire ? Sanctionner ? Appliquer la loi d'abord.

GABRIEL ATTAL
Bien sûr. Le sens de la circulaire c'est que vous avez aujourd'hui des outils qui existent et qui vous permettent d'entraver ce mouvement-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors pourquoi ?

GABRIEL ATTAL
On a fermé des débits de boissons, on a fermé des établissements associatifs et culturels, on a fermé des lieux de culte, on a fermé des écoles hors contrat et démantelé des écoles de faits. Donc cette action-là elle est totale. Et puis il y a un enjeu encore une fois de présence républicaine dans les territoires, et là, moi ma conviction c'est que la vie associative, les associations, elles ont un rôle majeur à jouer. Et je vous donne un exemple, je vais aller à Maubeuge pour voir un travail qu'on a engagé avec des grandes associations d'éducation populaire, je pense à la Ligue de l'enseignement, à la Fédération Léo-Lagrange, à partir d'un constat clair : vous aviez des enfants qui sortaient de l'école en fin de journée, et qui n'avaient pas spécialement d'endroit où aller, et donc vous aviez des personnes qui développent un islamisme, qui leur proposaient des activités périscolaires. Et donc là on a dit : retour de la République avec des associations. On propose une vraie offre périscolaire, c'est ce qu'on fait notamment dans le cas des cités éducatives, avec Julien DENORMANDIE, à ces enfants. C'est ça qu'il faut insuffler dans tous les territoires qui sont concernés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a radicalisation culturelle, il y a radicalisation dans le sport, aussi, Gabriel ATTAL…

GABRIEL ATTAL
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a des associations qui prônent, sans vouloir vraiment le dire, une forme de radicalisation, mais vous pouvez les dissoudre ces associations ou pas ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien justement, je pense que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'aujourd'hui la loi le permet ?

GABRIEL ATTAL
Aujourd'hui, la loi le permet s'il y a une atteinte à la loi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi est-ce qu'elles ne sont pas dissoutes ?

GABRIEL ATTAL
Il y en a qui sont dissoutes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très peu, très peu.

GABRIEL ATTAL
Très peu. La question…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pourquoi très peu ?

GABRIEL ATTAL
Parce que la question c'est celle du contrôle et celle d'identifier aussi des associations qui dérivent. Et moi, dans le travail que je vais faire, dans les discussions que je vais avoir à l'occasion de ces déplacements, et dans ce que je proposerai au président de la République, au Premier ministre, il peut y avoir des mesures aussi pour mieux contrôler un certain nombre d'associations dans des territoires, et pour pouvoir identifier des dérives. Evidemment. Mais vous citiez l'exemple du sport. Moi je pense que le sport c'est typiquement un territoire, un terreau sur lequel on a vu progresser un repli communautaire, un islamisme, mais c'est aussi une chance pour lutter contre ces situations. Vendredi, je serai à Lyon pour voir une association qui s'appelle « Sport dans la ville », qui a été très soutenue par le maire de Lyon, Gérard COLLOMB, qui concrètement, à travers le sport, permet à des jeunes de les sortir de ce repli, de les insérer, de les aider à trouver un emploi. Je crois que c'est plus de 6 000 jeunes qui ont été accompagnés. Donc on a une vie associative qui est très dynamique et qui va nous permettre d'avancer sur ce terrain.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Autre question importante, la formation des imams, souvent financée de l'étranger. Est-ce que vous êtes favorable à la création d'une Ecole nationale de théologie musulmane ?

GABRIEL ATTAL
En tout cas je suis favorable à ce que les imams soient formés en France, et que l'on arrive progressivement à mettre fin à ce détachement et à ces imams…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comment, qui ? C'est l'Etat qui pourrait former les imams ?

GABRIEL ATTAL
Vous savez bien qu'on a des règles de laïcité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien oui, c'est pour ça que je vous pose la question.

GABRIEL ATTAL
Ça, ça fait typiquement partie des sujets sur lesquels on est en train de travailler, qui pourront donner lieu à des annonces…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, une école nationale de théologie musulmane, c'est pas mal comme idée, non ?

GABRIEL ATTAL
Moi je suis ouvert à toutes les provisions. Par définition, ce n'est pas moi qui arbitre ce genre de choses, mais c'est aussi un enjeu diplomatique, Jean-Yves LE DRIAN est très investi sur ces questions-là, en lien avec les pays qui aujourd'hui « exportent » les imams…

JEAN-JACQUES BOURDIN
« C'est un enjeu diplomatique », ça veut dire quoi ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien c'est les discussions qu'on a en ce moment avec les pays qui aujourd'hui exportent des imams.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On doit leur dire : arrêtez de financer.

GABRIEL ATTAL
Pour leur faire comprendre qu'on va basculer dans un autre système, et c'est ce qui est engagé aujourd'hui, et là-dessus on avance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le Service national universel, juin 2020, 30 000 jeunes.

GABRIEL ATTAL
Autour de... j'espère le plus près 30 000 possibles. Ça va dépendre des capacités d'accueil, parce qu'il faut évidemment qu'on soit en mesure physiquement d'accueillir tous les jeunes, mais on sera, oui, dans ces eaux-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et l'objectif, 800 000, toute une classe d'âges, pour quand ?

GABRIEL ATTAL
C'était prévu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous ne prenez pas du retard ?

GABRIEL ATTAL
Non, on ne prend pas de retard…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franchement, Gabriel ATTAL ?

GABRIEL ATTAL
On va aller plus vite que prévu, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ? C'est-à-dire ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien c'était prévu pour 2026, ce que je peux vous annoncer c'est qu'on généralisera plusieurs années avant 2026.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Attendez, plusieurs années avant 2026 ? C'est-à-dire ? Généralisé quand ?

GABRIEL ATTAL
Je ne vais pas vous annoncer le calendrier aujourd'hui, parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais vous me dites plusieurs années, on est en 2020, plusieurs années, j'imagine 2022.

GABRIEL ATTAL
C'est entre maintenant et 2026. Ça fait partie des... franchement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va gagner combien d'années ?

GABRIEL ATTAL
Ça fait partie des discussions qu'on a en ce moment. Ce que je peux vous dire, c'est que dans ses voeux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais ça je sais, c'est pour ça que je vous pose la question.

GABRIEL ATTAL
Non mais on voit qu'il y a un lien aussi avec ce dont on est en train de parler. Dans ses voeux aux Français, Emmanuel MACRON a parlé de ces enjeux régaliens, de la lutte contre le repli, qu'il soit communautaire, qui soit social, qu'il soit géographique. Et il a dit : « le Service national universel, j'y attache la plus haute importance ». Parce qu'il croit profondément à ce projet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire qu'avant 2022, une classe d'âge, 800 000…

GABRIEL ATTAL
Non, ce n'est pas ce que j'ai dit, parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais plusieurs années, moi ça me... Plusieurs années, c'est au moins deux.

GABRIEL ATTAL
Eh bien c'est... Très bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
2026 - 2 = 2024. C'est-à-dire que dans ces années-là 2022/2023/2024, toute une classe d'âge fera ce Service national universel.

GABRIEL ATTAL
Je pense que dans ces eaux-là, effectivement, c'est notre horizon de travail, mais l'important c'est de travailler maintenant, pour faire en sorte que chaque année…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si vous avez les moyens.

GABRIEL ATTAL
... Chaque année il y ait de plus en plus de jeunes qui participent à ce SNU. On était à 2 000 l'an dernier, on sera vous l'avez dit autour de 30 000 cette année, et ça va continuer à augmenter de manière exponentielle dans les années qui viennent. Je veux quand même vous dire, parce que j'étais venu vous voir avant le SNU, j'étais d'ailleurs venu vous voir avec des jeunes du Service national, et la question que vous m'aviez posée, c'est : est-ce que ça va être efficace ? J'avais missionné des chercheurs, des sociologues de la jeunesse, indépendants, qui ont fait ce travail…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai vu les enquêtes.

GABRIEL ATTAL
Et il y a des résultats extrêmement positifs et très encourageants. On a vu des jeunes qui avaient décroché de l'école pour phobie scolaire, pour délinquance, qui à l'issue de leur service national ont repris l'école en septembre dernier, parce qu'il y a eu un effet d'entraînement, parce qu'ils ont rencontré des jeunes qui viennent d'autres horizons, qui leur ont donné aussi un exemple.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce qu'ils ont aimé, les jeunes, ce sont les rencontres justement, avant tout.

GABRIEL ATTAL
Oui, 80 % des jeunes ont dit : « première fois que je rencontre quelqu'un qui vient d'un autre milieu social que le mien ». Mais ça quand même c'est quelque chose de formidable dans la République. Il y a beaucoup, aujourd'hui il y a de moins en moins de lieux de mixité, de lieux où on rencontre des personnes, des jeunes qui viennent d'autres milieux sociaux, il y a évidemment l'école de la République, mais on sait qu'il y a aujourd'hui une réalité géographique qui fait que ce n'est plus totalement le cas dans certains territoires. Et ça c'est extrêmement positif d'avoir ce creuset républicain. Et le rapport a montré cela, le lien aussi entre les jeunes et nos armées, puisqu'une partie des encadrants des jeunes sont des militaires. Les jeunes, en ce moment, terminent leur mission d'intérêt général, puisque dans la phase obligatoire il y a les deux semaines de cohésion, encadrées par des militaires, des associatifs, etc., avec des formations très concrètes sur les gestes de premiers secours. Et puis après vous avez une mission d'intérêt général, on demande aux jeunes d'aller s'engager dans une association ou un corps en uniforme. Je suis allé à la gendarmerie nationale, j'ai vu 200 jeunes qui ont choisi de faire leurs missions d'intérêt général dans la gendarmerie. C'est aussi un lien entre nos corps en uniforme et nos jeunes qui se retissent, qui se tissent et c'est extrêmement positif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, pour résumer, vous allez accélérer le SNU.

GABRIEL ATTAL
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Gabriel ATTAL


source : Service d'information du Gouvernement, le 16 janvier 2020